Publié le 6 mai 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités du gouvernement, à Paris le 6 mai 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités du gouvernement, à Paris le 6 mai 2013.

6 mai 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Je tenais à réunir le Gouvernement ce matin. Pas simplement, parce quil y a un an, jour pour jour, les Français me confiaient la responsabilité de l'Etat. Mais, parce que nous devons prendre ensemble la mesure du temps. Ce qui a été fait depuis un an est consistant, et ce quil reste à faire est considérable.
Il y a un an, nous prenions la charge dun pays rongé par les déficits, alourdi par la dette, affaibli par la perte de compétitivité, mais surtout hanté par laugmentation continue du chômage depuis 5 ans. Nous nen sommes pas comptables, et encore moins coupables, mais gouverner, cest prendre la France telle quelle est. Sans pour autant perdre la mémoire. Et sans recevoir la leçon de ceux qui en 2007 disaient quils étaient à la tête dun Etat en faillite et qui nous lont laissé 5 ans plus tard avec 600 milliards de plus de dette.
Cest pourquoi, sous la responsabilité du Premier ministre, le gouvernement na pas attendu pour prendre les mesures correctrices, dès les premiers jours, pour maîtriser la dépense et même appeler de nouveaux prélèvements. Or, ce nest jamais populaire. Je ne connais pas un gouvernement dans le monde qui, en augmentant les impôts, ait vu une affection irrépressible monter vers lui, même quand cest réalisé avec esprit de justice. Mais ces décisions étaient le seul moyen dassurer la souveraineté du pays.
Il y a un an, nous étions confrontés à une zone euro menacée déclatement je dis bien déclatement , à un système bancaire dépourvu de tout contrôle, et à une récession européenne provoquée par une austérité sans limite. Qui ne voit, là encore, le chemin parcouru, depuis un an, sur ce terrain-là ? Et le rôle que nous avons pris pour louvrir, ce chemin : création de lunion bancaire, préservation de lintégrité de la zone euro, création de la taxe sur les transactions financières, priorité donnée, enfin, à la croissance.
Il y a un an, et sans faire de promesses excessives puisque javais pris 60 engagements , nous connaissions aussi les attentes de nos concitoyens. Elles étaient forcément multiples et intenses, surtout après 10 ans de conduite de lEtat par la même majorité.
Nous y avons répondu avec sincérité : retour à la retraite pour les personnes ayant commencé à travailler tôt, augmentation du SMIC, créations de postes dans l'Education nationale dès la rentrée 2012, augmentation de 25% de l'allocation de rentrée scolaire, encadrement des loyers...
Mais nous avions à faire davantage : être à la hauteur de la gravité de la situation du pays £ être capables darrêter le décrochage et le déclassement£ faire des réformes : celles qui avaient été repoussées, reportées, remisées pendant des années. Nous les avons engagées, et dans le pire des contextes : une croissance nulle depuis 2008. La production en France est exactement au même niveau fin 2012 quelle était au début de 2008. Dans un contexte de plans sociaux complaisamment différés et dun chômage à son plus haut niveau.
Et pourtant, nous avons fait 4 choix majeurs pour notre pays :
Le sérieux budgétaire : en 2012, la dépense publique a été strictement identique à ce qui avait été prévu. Nous ferons le même effort en 2013, et même davantage en 2014, au moins pour lEtat. Nous en recueillons déjà les fruits : les taux dintérêt nont jamais été aussi bas sur les emprunts dEtat, la trajectoire, fixée par la Commission européenne a été assouplie et nous y sommes pour beaucoup. Assouplie pour nous, mais aussi pour bon nombre de pays de la zone euro. Enfin, le déficit structurel, celui qui nest pas affecté par la croissance, qui tient nos propres décisions, a été réduit de 2 points de PIB en 2012 et 2013.
Le pacte de compétitivité : crédit dimpôt mais aussi accompagnement de la création dentreprise, de linnovation, de lexportation.
Nous avons fait, aussi, le choix de maîtriser la finance avec la création de la BPI et la loi bancaire.
La réforme du marché du travail, avec la transposition de laccord du 11 janvier sur la sécurisation de lemploi.
Voilà les fondements que nous avons posés. Il a fallu, et jen remercie le Premier ministre, de la ténacité, de la constance mais aussi de la cohérence parce quune politique nest pas une addition de mesures, même justes, même fortes. C'est une inspiration commune, un sens partagé, cest tout simplement une ligne qui doit être portée envers et contre tout.
Ma tâche est de veiller à cette cohérence. Les réformes qui ont été engagées vont changer le visage de la France. Profondément. Mais, elles demandent du temps, pour donner leur pleine mesure.
Il revient au gouvernement de maîtriser ce temps. Quand je dis maîtriser ce temps, ce nest pas le retenir, cest au contraire laccélérer. Ce nest pas simplement de défendre un bilan, cest être à loffensive. Un an, cest court mais quatre ans ce nest pas long. Voilà lenjeu.
Je comprends le scepticisme des Français. Depuis des années, il leur a été demandé tant de sacrifices, par tant de gouvernements sans résultats. Il leur a été annoncé tant de sorties de tunnel, sans quils nentrevoient jamais la lumière. Promis tant de réformes supposées être les dernières, quelles finissent par engendrer le fatalisme. La question majeure qui tenaille les Français est de savoir si notre pays peut encore tenir son rang, sa place, son niveau dans la compétition mondiale. Et si eux-mêmes peuvent réussir.
J'avais indiqué que mon quinquennat comporterait deux phases. La première le redressement, nous y sommes pendant laquelle des réformes difficiles mais indispensables seraient conduites £ et une phase de dépassement, pour permettre de changer de modèle, et, de vivre mieux.
Nous sommes dans le redressement. Mais déjà nous devons entrevoir le dépassement. Nous devons nous concentrer pour lannée qui vient sur trois grandes priorités, celles que je demande au gouvernement de mener à bien.
La première, cest la bataille pour lemploi. Jai fixé lobjectif dinverser la courbe du chômage à la fin de lannée. Je le répèterai autant quil est nécessaire car cest le but, et il doit être atteint. Il est à notre portée.
Comment ? Dabord en créant le meilleur environnement pour nos entreprises.
Sur le plan réglementaire, cest le choc de simplification, avec lallègement des procédures, laccélération des prises de décisions, la réactivité des administrations. Nous le montrons avec les ordonnances sur le logement.
Sur le plan fiscal, le gouvernement donnera plus de visibilité, de stabilité et même de sécurité aux entreprises qui doivent connaitre la donne pour le quinquennat
Sur le plan financier, la BPI doit encore accentuer, accélérer ses interventions. Et nous devons mobiliser lépargne privée. Ce sera le sens de la réforme de lassurance vie, la création du PEA pour les PME, et le financement participatif. Le rôle de léconomie sociale et solidaire devra être également renforcé.
Mais dici le retour de la croissance provoqué par nos mesures, lEtat doit mobiliser toutes ses forces pour réduire le nombre de demandeurs demploi : emplois davenir, contrats de génération, emplois aidés. Et notamment pour les jeunes.
La seconde priorité cest la jeunesse.
Je pense dabord à laccueil des jeunes enfants. Je demande que des dispositions soient prises pour augmenter le nombre de places daccueil avec des moyens financiers innovants et que la préscolarisation soit amplifiée.
La jeunesse, cest la refondation de lécole qui doit être rapidement mise en uvre : école du professorat, encadrement des élèves du primaire, lutte contre le décrochage scolaire.
La jeunesse, ce sont les universités où les taux déchec doivent être réduits, les étudiants mieux accompagnés, mieux orientés. La jeunesse, cest la formation sous toutes ses formes et notamment en alternance, pour tous les niveaux de qualification.
Enfin la dernière priorité, cest la préparation de lavenir.
Notre pays a besoin de prendre maintenant de lavance, et dans de grands domaines. Cest le rôle de lEtat que de les fixer, les déterminer et de réunir tous les moyens publics comme privés pour le long terme. Chaque fois que lEtat a agi ainsi dans notre histoire, il a permis de grandes réussites industrielles, scientifiques et culturelles. Cest le rôle du président de la République que douvrir ces chantiers.
Linvestissement, cest à la fois la croissance daujourdhui par le soutien de lactivité et celle de demain par lamélioration de la productivité globale du pays. Le Premier ministre présentera dans les prochaines semaines un plan dinvestissements pour les 10 ans qui viennent. Il concernera le numérique, la transition énergétique, la santé, les grandes infrastructures et dune manière générale, les nouvelles technologies.
Préparer lavenir, cest aussi faire des réformes. Dabord celles de lEtat comme de lensemble des niveaux dadministrations publiques.
Ensuite, la réforme de notre système de formation professionnelle pour quil bénéficie davantage quaujourdhui aux demandeurs demploi et aux salariés peu qualifiés.
Enfin, la réforme des retraites, pour garantir notre modèle social. Malgré les promesses dhier, le régime général est toujours en déséquilibre. Le déficit atteindra 20 milliards dici 2020. Cest donc inacceptable.
Des décisions seront donc prises pour assurer immédiatement les régimes de financement des retraites, et sur le moyen terme, les préserver. Cette réforme se fera dans le dialogue, la justice et la responsabilité.
Lannée qui vient doit être celle des résultats. Je dis bien des résultats : sur le chômage, sur le logement, sur lécole, mais aussi le retour de la croissance, sur la maîtrise de la dépense et donc sur le niveau des prélèvements.
Redresser la France, cest nécessaire. Mais nous devons surtout la faire avancer, la mettre en mouvement, la placer en tête et dans le monde tel quil est, cest-à-dire en plein changement.
Bien sûr que je nignore rien des doutes qui existent.
Mais je sais aussi les oppositions qui nous font face. Elles sont rudes, brutales, mais là nest pas leur problème. Elles sont là et parfois même dans la rue.
Je sais aussi la violence dont notre société est capable. Notamment linsécurité. Mais aussi lintolérance avec les violences racistes et antisémites. Nous devons les combattre avec résolution.
Mais la France a des atouts. Nous sommes un pays qui pèse en Europe par les positions que nous défendons, qui compte dans le monde, par les décisions que nous prenons seuls, par exemple au Mali. Nous sommes un pays qui gagne par la performance de nos entreprises, par lexcellence de notre recherche, de notre culture, quil faut défendre. Et cela sera tout lenjeu de lexception culturelle dans les négociations qui vont souvrir.
Voilà pourquoi le Gouvernement va réussir.
- Il doit se concentrer sur les priorités que jai fixées. Laction doit être lisible pour que les Français puissent y adhérer £
- Il doit veiller à la cohérence de son action avec le Parlement £
- Il doit poursuivre le dialogue avec les forces vives du pays : les élus, quil faut respecter parce quils procèdent du suffrage universel, les partenaires sociaux, quil faut entendre parce quils sont légitimes, et les organisations professionnelles parce quelles sont représentatives.
- Enfin, la dernière condition, cest lexemplarité. Lexemplarité, cest la transparence pour la vie politique. Lexemplarité, cest lindépendance de la justice. Lexemplarité, cest aussi légalité entre les citoyens, et cest pourquoi la loi donnant accès au mariage pour les Français, quelle que soit leur orientation sexuelle, est un progrès.
Le Gouvernement doit réussir. Car le pays a besoin de reprendre confiance en lui-même et de ne pas céder à la frilosité, à la peur, au repli et même à la rupture par rapport à ce que porte la France en tant que telle : des valeurs universelles, une grande nation ouverte, un grand pays européen, un exemple pour beaucoup de peuples.
Voilà mon devoir, voilà votre responsabilité et voilà la mission que je vous confie Monsieur le Premier ministre.

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