Publié le 17 avril 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique du gouvernement face à la crise économique et financière, à Paris le 17 avril 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique du gouvernement face à la crise économique et financière, à Paris le 17 avril 2013.

17 avril 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Cher Jean-Paul FITOUSSI,
Mesdames et Messieurs,
Quelques mots dabord, pour vous remercier pour laccueil que vous nous faites à loccasion de ce colloque et également pour laction que mène votre organisation, Monsieur le Secrétaire général, pour tenter de coordonner les politiques économiques nous en avons besoin recommander les bonnes pratiques au plan de la politique économique nous en avons aussi besoin et permettre aux états membres de réfléchir au meilleur moyen de sortir de la crise.
Cest la question que vous posez. Quand allons-nous sortir de la crise ?
Je dois dire que je me la pose aussi parce que cette crise est longue. Elle a commencé en 2008 et elle a pris des formes multiples depuis 5 ans. Sûrement faut-il la nommer pour ce quelle est, c'est-à-dire dabord une crise de la finance dérégulée. Mais elle nest déjà plus cela, elle est aussi une crise économique et donc une crise politique.
Le premier acte est venu des États-Unis avec un secteur bancaire qui sétait arrogé tous les moyens, tous les pouvoirs, tous les instruments, au détriment des épargnants et du secteur productif, et avec des dérives dont la spéculation sest emparée.
Un système financier sétait donc développé en marge de léconomie réelle, avec ses propres références et ses propres normes ou devrais-je dire son absence de toute norme.
Les inégalités se sont creusées, pas simplement dailleurs aux États-Unis, mais dans lensemble des pays développés et même au-delà. Inégalités dont nous navions jamais eu connaissance depuis lhistoire même du capitalisme.
La bulle financière sest donc un moment produite et elle a fini par éclater.
Le deuxième acte de cette crise est européen.
Avec la crise des dettes souveraines, les marchés ont découvert quils pouvaient renchérir les conditions de financement des États eux-mêmes, avec un autre mécanisme qui sest également ajouté, qui a lié les banques et les États.
La fragilité des unes faisant la vulnérabilité des autres.
Le troisième acte, nous le vivons aujourdhui, cest la prolongation de la dépression en Europe, à travers la poursuite de politiques daustérité dans les pays qui, justement, avaient été regardés comme les plus vulnérables.
Devrais-je les citer : la Grèce, mais pas seulement la Grèce, lIrlande, le Portugal, lEspagne, lItalie. Ces politiques nont pas été sans effet, elles ont permis à ces pays-là, dans les meilleures circonstances, de retrouver laccès aux marchés. Mais ces politiques daustérité, dès lors quelles nont pas été compensées par des politiques de relance dans les pays excédentaires en termes de paiement courant, ont provoqué un ralentissement de léconomie européenne, voire même une récession.
Ce constat vous le connaissez, mais il doit être fait. Sinon comment faire comprendre à nos peuples, à nos opinions publiques, ce qui est en train de se produire ?
La crise dabord financière, puis budgétaire, est devenue une crise économique. Pour la régler, nous devons à la fois traiter la finance, ce qui dailleurs a été engagé depuis plusieurs années, traiter la question budgétaire mais aussi répondre à la question du soutien de léconomie.
Jai deux convictions fortes.
La première, cest que dès lors que cette crise est globale, elle ne pourra être traitée que globalement, c'est-à-dire économiquement, socialement et politiquement.
La seconde conviction, cest que lissue de cette crise ne sera pas le retour au statu quo ante, au monde davant. Nous devons donc en bâtir un autre, un nouveau monde, celui que vous avez inscrit au programme de votre colloque.
La France doit prendre sa part à la construction de ce nouveau monde.
Pour y contribuer, je me situerai dabord au niveau de la politique économique que le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT conduit depuis onze mois.
Jai fixé un objectif : le redressement productif et budgétaire de la France, avec trois grands principes daction.
Le premier, cest le retour progressif à léquilibre des comptes publics. Non pas pour je ne sais quelle raison de système, quelle obstination théorique, mais tout simplement parce que comme Chef de lÉtat, je ne peux pas laisser reposer sur les générations futures le poids de la dette. Ce serait de lirresponsabilité, de laveuglement.
Je rappelle quelques chiffres pour ce qui concerne la France. Il y a dix ans le déficit public, qui était déjà considéré comme trop important, représentait 1,6 % de la richesse nationale et la dette était autour de 57 % du PIB. Aujourdhui, je devrais dire en 2012, le déficit était de près de 5,2 %, en 2011. Il sera de 4,8 % en 2012. La dette publique représente 1,8 milliard deuros, plus de 90 %. Si rien nest fait nous serons à 100 % dans les prochaines années. Je my refuse.
Doù la politique de sérieux budgétaire, mais qui doit elle-même se fixer des objectifs, et donc ne pas entamer la reprise de la croissance que nous devons favoriser et stimuler.
Cest pourquoi, la solution à cette crise nest pas laustérité, cest la crédibilité, cest la soutenabilité, cest la stabilité.
Cest dans cette perspective que le gouvernement va présenter à la Commission européenne et avant au Parlement français le programme pour retrouver léquilibre de nos comptes publics à moyen terme.
Je rappelle les efforts que nous avons faits déjà, depuis un an.
Rien que sur les années 2012 et 2013, la réduction des déficits, indépendamment de tout effet de conjoncture, représentera près de 3 % de la richesse nationale, 3 %. Cela navait jamais été fait dans notre pays. Cest considérable !
Cest la raison pour laquelle, le gouvernement français plaidera auprès de ses partenaires, mais je sais que nous avons déjà été entendus par un certain nombre dorganisations, pour que le retour au déficit à 3 % du PIB soit repoussé, soit décalé dun an. Pourquoi ?
Pour différer les choix, non. Puisque jai maintenu le cap, réaffirmé la trajectoire et notamment annoncé que les dépenses publiques de lÉtat en 2014 seraient à un niveau inférieur à ce quelles seront en 2013.
Lobjectif doit être sur le niveau de la dépense. Ensuite, il peut y avoir des effets de conjoncture.
Mais lengagement que je prends, au-delà de la trajectoire que nous fixons, cest sur le niveau de la dépense, sur les économies.
Lamélioration des comptes publics dailleurs, en 2014, en France, proviendra aux deux tiers déconomies et pour le reste de prélèvements. Entre 2015 et 2017, cest par des réformes structurelles que le redressement sopèrera et non pas par des coupes automatiques, dont on voit que si elles sont faites à laveugle, elles provoquent des dégâts sociaux considérables. Parce quà un moment, cest sur léducation, la formation, linvestissement que se font les ajustements, cest-à-dire sur la préparation de lavenir, les conditions même de la croissance.
Ce que je veux, cest le sérieux budgétaire, indispensable pour le désendettement à moyen terme. Mais cest aussi la croissance, parce que sans la croissance, il ny aura pas de réduction des déficits. Sil ny a pas un engagement en termes de comptes publics, il ny aura pas le retour de la confiance, donc à la croissance. Tout se tient.
Cest pourquoi le deuxième principe de la politique économique que le gouvernement conduit, cest de mettre en uvre une stratégie dinvestissement. Cest le « pacte de compétitivité » - qui a été présenté, le « crédit dimpôt compétitivité-emploi » qui laccompagne pour favoriser lemploi, linvestissement, lexportation.
De la même manière, jai identifié plusieurs filières dexcellence qui devront être soutenues, y compris par une mobilisation exceptionnelle de lépargne. Je pense au logement, au numérique, à la rénovation thermique, et plus largement, à la transition énergétique et aux nouvelles technologies, parce que cest là que se joue la croissance de demain.
LÉtat de ce point de vue doit changer. Jentends un certain nombre de recommandations qui nous sont faites.
- Dabord, lÉtat doit être le garant de la stabilité de règles : cest pourquoi, jai annoncé la pérennisation de tous les dispositifs fiscaux en faveur des PME et en faveur du soutien à linnovation et à la recherche. Tout au long du quinquennat, ces dispositifs seront préservés quoi quil arrive.
- Deuxième engagement que doit faire lÉtat : Cest de simplifier la vie des agents économiques, entreprises comme des particuliers. En simplifiant les procédures, en raccourcissant les délais, en accélérant les décisions. Ce que je crois profondément, cest que le mode daction des États et des acteurs publics nest plus adapté à la situation économique.
Cest trop lent, cest trop lourd. Une grande partie de linsatisfaction de nos concitoyens, cest de voir quau-delà de ces décisions qui sont annoncées, votées et même appliquées, cela met trop de temps par rapport à lurgence.
Pour les entrepreneurs, lorsquil sagit de leur donner les conditions dinvestissement, pour les particuliers, pour leur envoyer des messages pour la consommation ou pour leurs achats de biens durables, ou pour les transitions énergétiques.
Les signaux ne peuvent plus être simplement indicatifs, ils doivent être réels, traduits dans la vie quotidienne.
Le troisième principe, cest le soutien à lemploi. Comment peut-on accepter les niveaux de chômage que nous connaissons ? Le chômage des jeunes et le chômage des séniors.
Cest tout le sens de ce que nous avons fait pour la réforme du marché du travail.
Je salue les partenaires sociaux qui ont pris cet engagement que nous avons dailleurs traduit sous forme législative.
Cest aussi ce que nous avons introduit, le « Contrat de génération ». Cest ce que nous devons faire pour lemploi de ces jeunes qui sont les plus éloignés du marché du travail.
Ce nest pas simplement un problème français, cest un problème européen.
Dans le budget de lEurope, il y aura une disposition financière particulière pour le soutien à lemploi des jeunes.
Le gouvernement veut maintenant aller plus loin avec la même méthode sur la formation.
Javais le chiffre qui métait donné, ce matin. Le nombre de demandeurs demploi en France, qui accède à la formation a reculé en 2011. Cest tout linverse quil faut produire, je veux quà travers une négociation, les moyens de la formation professionnelle soient redéployés vers les demandeurs demplois, vers les jeunes, vers les salariés qui sont victimes dun certain nombre de mutations et qui doivent être qualifiés pour de nouveaux emplois.
Cela sera la deuxième étape de la réforme que nous allons engager en matière demploi.
Voilà ce que nous faisons en France : le sérieux budgétaire, condition de la crédibilité.
Linvestissement : nécessité pour préparer la croissance.
Lamélioration de la formation, des conditions demploi, de la préparation des mutations, indispensables pour lutter contre le chômage structurel qui est en train de sinstaller dans notre pays et en Europe. Parce que le deuxième niveau sur lequel je veux intervenir, où la France est attendue, cest le niveau européen.
La zone euro est en récession. Jamais le chômage navait été aussi élevé depuis lintroduction de leuro. Je ne fais pas de relation, comme certains voudraient essayer de lintroduire. Ce nest pas parce quil y a leuro quil y a la crise. Cest parce quil y a une insuffisance dEurope que la crise se poursuit.
Aucun pays ne sen sortira seul. Même celui qui parait le plus protégé par son haut niveau de compétitivité finit par être atteint par la dépression et par la récession.
Je ne veux pas accabler lEurope, je veux la défendre, y compris pour ce quelle a fait depuis un an.
La zone euro a été préservée dans son intégrité, ce nétait pas sûr, ce nétait pas écrit.
Quand je suis arrivé en responsabilité de la France au mois de mai dernier, la question était posée : est-ce que la Grèce va rester ? Est-ce que lEspagne pourra tenir ? Est-ce que lItalie ne va pas craquer ?
Ce que nous constatons depuis maintenant près dun an, cest que même si cela a pris trop de temps, jen conviens, sur la Grèce, sur Chypre et même sur lEspagne £ aujourdhui, il y a une certitude, cest que la zone euro a été préservée. Aucun des membres na été abandonné. Cétait une condition indispensable pour retrouver la confiance.
LEurope a également été capable, ce nest pas non plus une évidence que de le dire aujourdhui, de réintroduire de la stabilité sur le plan financier avec la création de lUnion Bancaire, c'est-à-dire des règles partagées, des principes communs qui simposent à tous, avec une autorité de supervision, demain de résolutions, et avec une possibilité de recapitaliser les banques, sans quil en coûte quoi que ce soit à lépargnant et au contribuable.
La France a pesé de tout son poids, elle a même pris les devants en faisant voter une loi bancaire, dont on me dit quelle ne va pas assez loin. Nous sommes les premiers à la faire voter en Europe, les premiers avant même les dispositions que prévoit la Commission européenne.
Qua fait cette loi bancaire ?
Elle sépare les activités spéculatives, des missions de dépôts et de crédits.
Elle permet également de responsabiliser les banques, de protéger les épargnants.
Les banques ne pourront plus être actionnaires de fonds spéculatifs et dans le même temps, les banques financeront le fonds qui justement sera destiné en cas de crise à sauver des établissements, sans quil en coûte quoi que ce soit aux contribuables.
Je veux saluer ce qua fait lEurope sur le plan de lintégrité de la zone euro, de lUnion Bancaire, des mécanismes dinterventions pour venir en soutien aux États qui étaient en difficulté.
Mais en même temps, je veux aussi souligner ce quelle na pas fait ou na pas fait suffisamment, notamment en termes de croissance.
Certes - cétait aussi une initiative française - nous avons fait adopter un pacte de croissance, 120 milliards deuros, dont nous voyons aujourdhui quelques traductions en termes de prêts de la BEI ou de mobilisation des fonds structurels, et cest bien.
Mais lEurope doit faire davantage.
Je ne parle pas simplement de son budget, je parle de ces fonds quelle pourrait mobiliser, de ces emprunts quelle pourrait lever, cest toujours mon idée. Parce que ce que lEurope a été capable de faire au lendemain de la seconde guerre mondiale, après des conflits terribles entre nations, c'est-à-dire capable de créer une communauté à lépoque cétait sur le charbon et lacier lEurope doit après cette crise être capable de mettre en commun un certain nombre de politiques.
Je pense notamment au plan énergétique, au plan de linfrastructure, au plan des transports. Et je crois que les idées progressent dabord entre entreprises - un certain nombre sont représentées ici - et entre les États. Est-ce que nous pourrons le faire à 27, à 28 ? Je ne le sais pas. Ce que je sais cest quen tout cas la France et lAllemagne doivent avoir cette volonté. Y compris parce que nous navons pas les mêmes politiques énergétiques et que nous pouvons faire ensemble, sur les énergies renouvelables, un certain nombre de choix.
La sortie de la crise de la zone euro ne passera pas par une recette unique ou simpliste.
Certains voudraient nous faire croire que la solution consisterait à réduire encore plus vite les déficits. Mais chacun connait le risque, cest quil ny ait aucun résultat en termes de rétablissement des comptes publics parce quil y aura une récession qui se prolongera, et jen connais les conséquences : le chômage et le désarroi des peuples et avec, la montée dun certain nombre de populismes. Il ny a pas besoin de les inventer, ils sont là, déjà là.
Cest la première politique qui nous est proposée : aller encore plus vite, encore plus loin, encore plus fort, au risque de casser la machine économique.
Dautres voudraient trouver des échappatoires, laisser penser quen laissant filer les déficits et je sais que ce nest pas lidée qui ici est proclamée - nous pourrions faire du keynésianisme un bon compte. Si cétait prouvé que quand on a ce niveau de dette, plus de déficit fait plus de croissance, cela se saurait.
Et puis, il y a une autre politique aussi qui est affichée, parfois discrètement, parfois plus directement, cest la sortie de la zone euro, léclatement de la zone euro. Et tous les pays connaissent ce débat.
Donc il ny a pas quune politique possible, il y en a toujours plusieurs.
Il y a les réductions drastiques de dépenses avec la fin dun certain nombre de modèles sociaux.
Il y a le creusement des déficits avec le risque de la sanction qui viendra tôt ou tard.
Et puis, il y a la politique déclatement de la zone euro, de la fin de ce que nous avons construit ensemble.
Alors, la politique que je propose cest le sérieux budgétaire indispensable, la compétitivité que nous devons rétablir, la croissance que nous devons rechercher et qui passe donc par une réorientation des priorités de lEurope. Comment ?
Dans aucune zone monétaire, digne de ce nom, les politiques peuvent être laissées à la discrétion des États.
Il y a nécessité de la coordination. Sur quelle base ? Les pays qui sont en déficit de balance de paiement, en déficit de comptes publics doivent rétablir dans un délai raisonnable ce qui fait quils sont en écart par rapport aux autres.
Mais à linverse, les pays qui sont en excédent de balance commerciale ou qui ont rétabli leurs comptes publics doivent soutenir la demande pour permettre justement à ceux qui sont dans une situation plus difficile de pouvoir avoir le soutien de lactivité.
Cest pourquoi une zone monétaire comme la zone euro - et jy tiens parce que je suis attaché au projet européen - ce nest pas lhomogénéité (tout le monde faisant la même politique), pas davantage lhégémonie (certain pays imposant aux autres un modèle), cest la coordination, la coopération et donc la convergence, ça sappelle la solidarité.
LEurope je cite Jean-Paul FITOUSSI - est orpheline de la politique cest vrai. Ce qui veut dire que lEurope est née de la politique. Elle ne se relancera que par la politique.
Ça veut dire quoi ? Pas des mots, pas des discours mais des actes politiques, des institutions plus solides, un parlement respecté, un pouvoir identifié, des décisions plus rapides et des moyens mobilisés.
Je me fais souvent cette réflexion quand je vais hors dEurope. Nous sommes regardés quelques fois avec admiration - cest légitime - quelques fois avec un peu plus de commisération « mais quest-ce quil se passe en Europe ? ».
Nous oublions de dire que lEurope, cest la première puissance économique du monde - à la fois sur le plan de ses moyens industriels, technologiques, humains - et nous devons revendiquer cette place.
LEurope doit prendre conscience delle-même et peser dans le destin du monde.
Cest le dernier niveau que je voulais évoquer : le monde.
Le monde a beaucoup changé depuis une décennie, considérablement changé : les rapports de forces, les positions, les niveaux de croissance Les pays émergents ne sont plus émergents, ils sont aujourdhui à des niveaux de développement considérables. Des rattrapages ont été faits. Les croissances que nous connaissons en Asie dans une partie de lAmérique sont sans rapport avec les croissances en Europe.
Ce nouveau monde qui est en train de se bâtir a besoin de cohésion.
Je vois des menaces, compte tenu des tensions qui existent aujourdhui.
Jen vois deux.
Le protectionnisme qui peut être la réponse, continent par continent, parfois pays par pays, de se dire que puisque nous ny arriverons pas, essayons de rendre plus difficile léchange.
La seconde menace cest la guerre des monnaies, elle est là. Dailleurs cest la même chose, protectionnisme et guerre des monnaies. Et cest souvent dans des périodes de dépression que ces tentations existent, si lon veut faire quelques rappels historiques.
Nous devons lutter contre le protectionnisme, mais en même temps contre le libre-échange sans règles, sans normes. Les pays européens ne peuvent pas avoir des règles sociales et environnementales monétaires et continuer sans contrepartie à assurer le commerce avec des pays qui ont transgressé ces règles ou ne les ont pas appliquées. Des échanges totalement libres ne sont pas entièrement justes. La régulation du commerce mondial est lune des urgences pour la reprise de la croissance.
Mais il y a aussi deux exigences que nous devons traiter.
La première cest de maitriser la finance folle et de lutter contre les paradis fiscaux. Il ne doit pas y avoir un pays sur la carte du monde où la dissimulation, le blanchiment, la fraude soient tolérés. Personne ne doit pouvoir se croire à labri derrière la facilité dun système fiscal ou la protection dun secret.
Là-dessus la volonté de la France ne fléchira pas. Je le dirai aussi bien au G8 en juin quau G20 en septembre.
Quels sont les principes que nous devons poser ?
Premier principe, léchange automatique dinformation au bénéfice des administrations fiscales. Ce doit être la règle dans le monde entier parce que cest une règle simple. La France la affirmé la semaine dernière, cétait à Dublin au conseil des ministres de lUnion Européenne. Nous voulons quau sein de lEurope ces échanges dinformation soient automatiques, mécaniques et que ça puisse être dailleurs la règle que nous posons avec les pays tiers. Déjà 5 pays ont signé une lettre commune à ce sujet et ce sera à lordre du jour du conseil européen.
Cette généralisation doit porter aussi sur des mécanismes de taxation de lépargne qui doivent être communs à lensemble au moins de la zone euro.
Je sais pouvoir compter sur lOCDE pour travailler dans cette direction £ c'est-à-dire sur la lutte contre le blanchiment, sur lharmonisation des règles fiscale.
La seconde exigence que nous devons poser au-delà de la lutte contre le blanchiment, contre la fraude, contre ce qui désorganise léconomie réelle, perturbe à juste raison les opinions publiques et ça cest une exigence de court terme.
Lautre exigence, qui est une exigence de moyen terme, cest le développement durable.
Ce nest pas un sujet accessoire dont il faudrait attendre la fin de la crise pour le réévoquer. Cest la raison pour laquelle la France organisera la conférence climat en 2015. Parce quaucune ne pourra être véritablement soutenable sil ny a pas un changement de règles à léchelle du monde pour laccès à lénergie, aux matières premières, pour leur bonne gestion.
Voilà lavenir que nous voulons.
Mais aucun des défis dont je viens de parler, aucun, aussi bien la croissance économique, la mise en ordre de la finance, le règlement des difficultés budgétaires, la réduction des inégalités, lorganisation de lEurope et des autres continents Aucun de ces défis ne pourra être véritablement relevé sil ny a pas un changement de la gouvernance mondiale.
Là encore, prenons des exemples historiques.
Jévoquais lEurope au lendemain de la guerre, mais je devrais évoquer le monde au lendemain de la guerre.
Qua-t-il été capable là encore, alors même que la guerre nétait pas encore finie ?
Il a été construit les systèmes de Bretton Woods au lendemain de la guerre froide - quand cette guerre froide est apparue pour ce quelle était nous avons créé une organisation pour que les pays qui se voulaient libres puissent coopérer.
Il en est de même dans le monde daujourdhui, nous avons besoin de renforcer la gouvernance mondiale, ça vaut pour les institutions monétaires le fonds monétaire, la banque mondiale mais ça vaut aussi pour ce que jai appelé le Conseil de sécurité économique et environnementale qui devrait être érigé comme il existe un Conseil de sécurité pour prévenir les conflits.
Voilà le projet que nous devons porter. Il est exigent et ce qui est en jeu, je le mesure ici et chacun doit avoir à lesprit ces risques et ces espoirs.
Les risques cest que les cohésions nationales seffritent pays par pays.
Les risques cest que les populismes grandissent, faute despoir.
Les risques cest que la construction européenne - cette grande aventure, cette grande idée puisse être un jour discutée.
Les risques cest que le monde puisse connaitre des déséquilibres quil ne parviendra pas à résoudre. Alors lespoir, lespoir cest dabord ici en France de pouvoir montrer la ligne dhorizon £ qui nest pas simplement la bonne gestion des comptes publics nécessaire, qui nest pas simplement davoir une maîtrise de la dépense indispensable.
Lespoir doit être de retrouver le chemin de la croissance, le chemin de lemploi, avec des filières que nous devons constituer, avec une stratégie que nous devons porter, une fierté par rapport à un certain nombre de réalisations, notamment dans le domaine de linnovation et de la recherche.
Lespoir pour lEurope cest être capable de reconstruire son projet politique autour de la coopération, de la coordination, dinvestissements communs.
Lespoir, cest un monde qui parvienne à réduire les inégalités, à poser des règles et à faire en sorte que nous soyons tous responsables du destin commun.
Voilà le monde daprès qui suppose dabord une France capable de porter sa voix car cette voix est attendue.
Une Europe consciente de son avenir et un monde qui sait quil est maintenant lié forcément au destin commun.
Nous avons non seulement à préparer ce monde pour la génération qui est là mais pour la suivante car un jour - et ce jour est venu il est possible que la génération actuelle nous demande des comptes avant la génération future.
Merci.

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