Publié le 20 décembre 2012

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la coopération culturelle entre la France et l'Algérie, à Tlemcen (Algérie) le 20 décembre 2012.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la coopération culturelle entre la France et l'Algérie, à Tlemcen (Algérie) le 20 décembre 2012.

20 décembre 2012 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président de la République, avec lequel jai descendu les avenues de Tlemcen, main dans la main, avec le sentiment de faire lhistoire à notre tour,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Monsieur le recteur, qui me fait grand honneur aujourd'hui, non seulement en me remettant au nom de luniversité de Tlemcen le titre de docteur honoris causa mais en plus en moffrant tant douvrages, tant de lectures, que je me demande encore comment je vais pouvoir trouver le temps de parcourir les livres, pourtant essentiels de lhistoire universelle.
Je vous fais une promesse: la nuit, je lirai ces uvres, non pour trouver pour le sommeil comme certains pourraient limaginer mais pour rester éveillé par rapport à la contribution de ces auteurs à la science et à la philosophie. Je suis particulièrement sensible à laccueil qui mest réservé à Tlemcen aujourd'hui. Une ville si chère au Président Bouteflika, une ville multiséculaire dont les racines plongent au plus profond de lhistoire de lAlgérie.
Tlemcen fut en effet la capitale pendant trois siècles de la dynastie zianide, qui a profondément marqué le destin algérien, et dont la mosquée dAlger demeure le plus beau des symboles.
Tlemcen, ville de culture qui a été lan dernier capitale même de la culture islamique. Je sais limportance que lAlgérie a attaché à cet événement, auquel elle a associé de nombreux partenaires, dont la France parce que cétait la place de la France, parce que mon pays reconnait le rôle éminent quoccupe les cultures dIslam dans le patrimoine commun de lhumanité.
Jai eu à inaugurer, ce fut une fierté, comme Président de la République, le département des arts islamiques au Louvre qui porte témoignage de la richesse, de luniversalité de ces cultures, de leur diversité. Elles nont rien à voir avec le fanatisme dont lAlgérie a souffert pendant des années douloureuses. Je suis convaincu que les meilleures armes pour lutter contre ces dérives se trouvent à lintérieur-même de lislam.
Tlemcen illustre cette vocation universelle car cette ville sest tournée dès le Moyen-Age vers lEspagne chrétienne. Elle a aussi compté sur la communauté juive qui a ici tant apporté aux sciences, à la musique et aux traditions religieuses comme le pèlerinage au tombeau du rabbin Enkaoua, lillustre si bien.
Tlemcen témoigne de lexistence dune fraternité méditerranéenne dont notre rôle est de rappeler à chaque fois lutilité et le sens.
Luniversité de Tlemcen, votre université, je salue ici les professeurs et tous ceux qui se consacrent à la diffusion de la connaissance et du savoir, luniversité de Tlemcen est le symbole de cette expression universelle qui fait que nous pouvons tous contribuer aux échanges, à linformation et à la diffusion de lexcellence. Cette université est placée sous le patronage glorieux de Sidi Boumedienne, ce maître du soufisme médiéval. On lappelait le professeur des professeurs et il fut lui-même un lien entre les peuples de la Méditerranée. Il était né à Séville. Il alla étudier dans lAtlas avant de poursuivre son itinéraire en Arabie pour ensuite connaître la belle ville de Béjaïa et pour sétablir enfin, finalement après avoir tant voyagé, dans la ville des villes, c'est-à-dire Tlemcen. Il incarne lui-même lislam des lumières.
Mais votre université est aussi le lieu où senseignent, au plus haut niveau, toutes les disciplines scientifiques, économiques, technologiques, qui font la force de lAlgérie daujourdhui.
Cest donc pour moi un honneur, que de recevoir le titre de docteur honoris causa de votre université. Compte-tenu de la fonction qui est la mienne aujourd'hui en me remettant cette distinction, en me faisant docteur, cest la France que vous honorez.
Cest un signe, un de plus, des liens qui vous unissent à la France, notamment à travers la communauté universitaire. Tlemcen est liée à luniversité de Montpellier, rien que de plus normal, puisque Tlemcen a avec Montpellier une relation toute particulière, un jumelage. Mais Tlemcen est également comme université liée à luniversité dEvry, cest le sens de la présence de Manuel Valls, ministre de lIntérieur, il ny en a pas dautre! Mais après, je vais faire le tour de France car vous êtes aussi en relation avec luniversité de Bordeaux, de Lyon, de Grenoble, de Valenciennes, et même de Nantes je crois Monsieur le recteur est particulièrement attaché à cette ville et il nest pas le seul.
Ce titre moblige au sens où je veux comme Président de la République française intensifier les relations scientifiques, culturelles, humaines entre les universités, autour notamment de la langue française car ici vous avez fait le choix denseigner du français. Vous participez au projet décole doctorale de Français avec de plus de 50 magistères, 7 doctorats soutenus entre 2004 et 2008.
La francophonie, la langue française nest pas un enjeu pour mon pays seulement. La langue française nappartient pas à la France, elle appartient au monde tout entier. Nous la donnons, au sens où nous faisons en sorte que la langue puisse être pratiquée par tous. C'est une volonté, ce quon appelle la francophonie, volonté de pluralisme, volonté de diversité, volonté aussi de liberté. Car la langue porte aussi des valeurs.
Au-delà de cette de cette université, cest pour faire rayonner la culture et la connaissance. Je veux saluer tout leffort de formation qui est engagé en Algérie depuis lindépendance, ce choix que vous avez fait de donner priorité à lécole. Sans doute est-ce aussi ce que vous aviez retenu de la France, de ce quelle a de meilleur, de ce quelle avait également porté au lendemain de sa propre révolution, celle de 1789, autour du projet de Condorcet pour permettre laccès de tous à la connaissance et au savoir. Faire de lécole un projet de société, donner de légalité mais aussi de lémancipation, de la liberté, de la fierté. Et encore aujourdhui, je fais de lécole et de léducation la priorité de mon gouvernement et cest pourquoi je veux madresser comme je lai fait, il y a encore quelques mois, pour la France, je veux madresser aux jeunes algériens.
La jeunesse est la richesse de votre pays. Près de 70% des Algériens ont moins de 35 ans. LAlgérie compte 1 300 000 étudiants, cest considérable et bientôt 2 millions en 2015. Cest un immense atout, à la condition que cette formation débouche sur, non seulement des diplômes, non seulement des qualifications, mais des emplois. Cest là lenjeu.
Vous avez, jeunesse algérienne, eu une enfance douloureuse parce que vous avez vécu dans des années de trouble. Vous avez dû faire face à de redoutables épreuves. Vous avez parfois grandi dans la peur. Mais aujourdhui, à limage de lAlgérie, vous êtes sortis victorieux de ce combat.
Vos parents se sont réconciliés et le mérite en revient au Président Bouteflika.
Mais se rassembler, se réunir ne suffit pas. Ce quil faut cest porter un projet, cest bâtir lavenir. Alors comme toutes les jeunesses de la Méditerranée, vous sentez se lever des possibilités nouvelles, des occasions à saisir, des espoirs, des exigences de liberté, de dignité, de démocratie. Mais, en même temps, votre génération doute car elle est confrontée, comme partout, au chômage, à la précarité, à lincertitude quant à lavenir. Et parfois cette inquiétude conduit certains à vouloir quitter leur propre pays, malgré lamour quils lui portent et à regarder vers lEurope, vers la France.
Nous nous sommes prêts à recevoir, bien sûr, des étudiants qui viennent se former, mais lavenir des Algériens il est en Algérie.
La jeunesse française connaît les mêmes interrogations et les mêmes espérances. et cest pourquoi, compte-tenu de lhistoire qui nous a séparés, mais qui nous a aussi unis à travers les liens humains, que jeunes Algériens et jeunes Français, par la géographie, par la culture, par la langue, par les familles peuvent se rapprocher et le partenariat que nous avons scellé avec le Président Bouteflika, avec les deux gouvernements français et algériens, cest dabord et avant tout un pacte pour la jeunesse.
Et cela passera par la formation, cest-à-dire par la volonté qui sera la nôtre de contribuer à donner à toutes les universités les conditions de pouvoir davantage échanger. Cela passera par des centres de formation, notamment en technologie, qui bénéficieront de notre propre expérience des instituts supérieurs de technologie. Déjà 4 instituts denseignement supérieur algériens vont avoir notre accompagnement. Linformation grâce à la langue puisque nous la mettons en partage, la formation aussi grâce à la mobilité entre la France et lAlgérie. Déjà près de 30 000 jeunes Algériens poursuivent leurs études en France. Je souhaite quil y ait un effort pour leur donner les meilleures conditions daccueil et de réussite. Mais je souhaite aussi dans le cadre de la réciprocité des échanges que puisse sintensifier laccueil de jeunes Français étudiants, ici, dans vos universités.
Je souhaite aussi que les entreprises contribuent à cet effort de formation. Chaque fois quun investissement se fait en Algérie, il doit y avoir laccompagnement par des mesures de qualification permettant à des jeunes de trouver un emploi durable.
Voilà ce que je voulais dire à la jeunesse algérienne, quelle ait confiance dans son destin, quelle ait foi dans sa réussite. Quelle sache bien que la France est son meilleur ami, son meilleur allié pour aller plus loin. Que les jeunes Français ne demandent quà mieux connaître les jeunes Algériens.
Votre génération, celle des moins de 25 ans, je pourrais dire, même celle des moins de 35 ans a toujours connu lAlgérie indépendante. Dès lors, vous êtes fiers de votre histoire, vous en connaissez les grandeurs et les douleurs. Vous êtes fiers du combat de vos parents pour la liberté. Mais en même temps, vous devez vivre maintenant dans la paix des mémoires, vous devez être tournés résolument vers lavenir, ne plus regarder le passé comme une division, mais comme une nécessité de réunion et de rassemblement.
Cest ce message que je voulais venir délivrer, ici, devant vous, à luniversité de Tlemcen. Lavenir, que nous avons maintenant en partage, lavenir que nous devons construire ensemble, lavenir que nos jeunesses demandent, nous devons être suffisamment responsables pour l'organiser en commun. Oui, vous pouvez, vous devez avoir confiance.
Ce que nous sommes en train de décider, aujourdhui, à loccasion de ce voyage cest de donner une chance, une chance de plus, une grande chance pour lamitié entre la France et lAlgérie. Cette chance là, jeunesse algérienne, saisissez là, elle est la vôtre.

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