Fait partie du dossier : Sommet Africa Forward au Kenya.

Le Président de la République s'est rendu au Kenya du 10 au 12 mai 2026 dans le cadre du Sommet Africa Forward.

La deuxième journée a débuté par une session plénière d'ouverture du Sommet. 

Revoir les échanges :

12 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Discours du Président de la République lors de la session plénière d’ouverture du Sommet Africa Forward.

Emmanuel MACRON

Thank you so much.

Mr. President, dear William, Your Majesty,
Heads of State and Government,
Secretary General,
Secretary General of [the Pan-African] Parliament, of the African Union Commission,
Secretary General of [La] Francophonie,
Ministers,
Ambassadors,
Entrepreneurs,
Ladies and Gentlemen.

Asante sana.

Mr. President. I will switch in French, if you allow me.

Le Président a tout dit. Je veux juste rajouter quelques convictions pour qu'ensuite on puisse passer à nos travaux. C'est un nouveau type de Sommet, c'est une nouvelle philosophie, nous allons aller au bout de cette philosophie.

D'abord, ce Sommet a commencé par des rencontres de la jeunesse, des entreprises, de la culture, du sport. D’ailleurs, nous allons, juste après cette session, rencontrer des représentants du monde de l'entreprise qui vont nous dire leurs conclusions et on va échanger avec eux. La conviction que je voudrais partager avec vous, c'est que l'agenda que le continent africain et la France doivent avoir, celui auquel en tout cas je crois, n’est en aucun cas de regarder en arrière, ni à gauche ni à droite, comme dirait mon ami le Président RUTO, mais de regarder en effet devant. Ce que je me suis efforcé de faire depuis dix ans, c'est de bâtir une relation qui regarde avec lucidité le passé. On a eu ce travail qui a été fait avec l'Algérie, le Cameroun, le Rwanda et plusieurs autres. Qui regarde avec courage le présent, et qui a restitué les œuvres d'art. Qui veut réinventer la relation monétaire et économique. Qui veut investir dans le sport, dans les industries culturelles et créatives, dans le co-investissement avec le continent. Qui, avec respect, veut être aux côtés de l'Afrique pour son propre agenda.

La relation entre l'Afrique et la France, telle que nous la voyons, telle que nous la pensons, telle que nous la mettons en œuvre, est fondée en effet sur la lucidité, le courage, le respect et une volonté d'avoir au fond un agenda partagé. C'est ce qu'on a fait depuis dix ans. On y est longuement revenu hier et je ne veux pas être plus long. Pourquoi je suis convaincu que c'est encore plus vrai aujourd'hui qu'il y a dix ans ? Parce que les défis de l'Afrique et de l'Europe sont les mêmes. Nous voulons la paix, la prospérité, la souveraineté. L'Europe s'est battue pour cela. Elle a construit, après la Deuxième Guerre mondiale, l'Union européenne pour avoir d'abord la paix, puis un marché commun pour avoir la prospérité. Aujourd'hui, l'agenda européen est un agenda d'autonomie stratégique pour ne pas dépendre de la domination ni chinoise ni américaine, et [pour] essayer d'être sur une voie médiane qui respecte le droit international. Qui croit dans l'ordre multilatéral que nous avons bâti. Qui croit dans le commerce ouvert. Qui ne croit pas dans l'hégémonie de quelques-uns sur les autres. Qui croit que la science est la meilleure façon de régler les questions de climat comme de santé. Qui croit à l'Etat de droit. C'est ça, ce que fait l'Europe aujourd'hui.

C'est exactement le même défi qu'a l'Afrique. L'Afrique veut la paix, la prospérité, l'indépendance. Le partenariat que nous voulons pour ce Sommet Africa Forward, le partenariat auquel je crois entre l'Afrique et l'Europe, c'est un partenariat au service de la paix, de la prospérité et de cette indépendance, de cette autonomie stratégique. Il est très puissant, et c'est, si nous arrivons à le faire, ce qui nous permettra de rebâtir ensemble un ordre multilatéral qui est tellement bousculé, qui nous fragilise, dont les dérives nous touchent, d'ailleurs, les uns et les autres, et, au fond, d'être une source d'avenir pour chacun.

D'abord, la paix, le Président l'a dit, je ne vais pas répéter ce qu'il vient de vous dire. La paix passera, je le crois très profondément, par l'unité du continent africain. Je suis très heureux de voir mes frères ici, chefs d'État et de gouvernement, ministres présents et ayant pris la peine de venir à Nairobi. Je sais vos agendas chargés, je veux vous dire ma gratitude. C'est une magnifique image parce que c'est l'image du continent africain uni. Du Maghreb à l'océan Indien, en passant par le sud du continent jusqu'à l'Afrique de l'Ouest et cette Afrique australe, il n'y a pas plusieurs Afriques et souvent, on a voulu nous séparer sur cela. Il y a un seul continent qui doit être respecté comme tel et porter cet agenda.

Ce qui suppose pour nous d'être aux côtés de vous pour être mieux représentés dans les instances financières, mais également onusiennes. Je souscris à tout ce que le Président RUTO a dit. La France défend cet agenda d'une Afrique présente au Conseil de sécurité des Nations Unies. Comme nous nous sommes battus pour que l'Union africaine ait son siège permanent au G20 il y a quelques années, et nous l'avons obtenu. Nous étions quelques-uns au début et on a réussi à faire cela. De la même manière, nous soutenons un agenda — le Secrétaire général l'a ô combien soutenu il y a quelques années — d'une Union africaine qui ait plus de capacités et de mobilisation pour défendre ses opérations de paix et de sécurité et qui, en articulation étroite avec les Nations Unies, peut construire ses propres médiations, à qui l’on donne les moyens de construire ses solutions de paix et de sécurité. Mais l'unité du continent africain, une meilleure représentation, une capacité africaine à bâtir des solutions de paix et de sécurité et une Europe à vos côtés pour aider à financer ces solutions de paix et de sécurité, dans un partenariat de sécurité repensé comme celui que la France a fait ces dernières années avec de nombreux États, c'est-à-dire respectueux de la souveraineté de chaque pays africain, en partenariat étroit mais jamais en substitution, est la clé d'une paix pour le continent. De la même manière, je me félicite que nos discussions de tout à l'heure nous permettront de porter un agenda commun pour lever les blocages, aujourd'hui, que nous avons au Conseil de sécurité, et pour continuer d'avancer pour, en cas de crime de masse, pouvoir avoir des Nations Unies qui avancent et qui décident. La paix.

La prospérité, ensuite. Je souscris à tout ce qu'a dit le Président RUTO, donc je ne vais pas le répéter. Il a parfaitement raison sur l'agenda de prospérité du continent. Il est clair, il est simple. Ce qu'on veut faire, ce n'est pas apporter de l'aide. Ce logiciel est passé. Vous le voyez bien, beaucoup d'États du Nord, les uns par idéologie, les autres par difficultés budgétaires, ne vous apportent plus l'aide qui était prévue.

C'est une réalité. On doit penser différemment la relation Nord-Sud avec lucidité.

D'abord, il faut regarder avec lucidité que la principale source de transfert qui va vers les pays d'Afrique, elle vient des diasporas. Elle vient de toutes celles et ceux qui ont émigré, qui travaillent dur dans beaucoup de pays et renvoient vers leurs familles l'argent. Elle reste supérieure à l'aide qui vient des gouvernements. Mais la logique dans laquelle nous devons rentrer, c'est celle du co-investissement. Et co-investissement pour faire quoi ? Investir dans le capital humain, les talents et cette jeunesse. Bâtir une économie formelle. La grande difficulté de l'Afrique, c'est d'avoir une trop grande partie de son économie qui reste dans l'informel et ne permet pas à des classes moyennes d'émerger et d'avancer. Pour cela, monter dans la chaîne de valeur et être à vos côtés pour structurer une agriculture plus forte et structurer aussi une chaîne industrielle qui fait que l'Afrique ne sera pas simplement un continent de l'extraction des matières premières, des minerais critiques, des terres rares, mais de leur transformation et valorisation, et réussir à vous accompagner dans la transformation et l'investissement en matière d'infrastructures et d'énergie. Talent, économie formelle, montée dans la chaîne de valeur, infrastructure et énergie, tels sont les éléments clés, avec aussi la logique continentale, et qu'a rappelé le Président RUTO à l'instant.

C’est d'ailleurs tout ce que les tables rondes qui ont été aujourd'hui portées et sur lesquelles nous discuterons permettront de structurer autour de la santé, de l'agriculture, de l'économie bleue ou de l'intelligence artificielle. Cet agenda d'Africa Forward, cet agenda de croissance, de prospérité, c'est celui aux côtés duquel nous voulons être par une logique d'investissement. C'est là où nous nous retrouvons dans cet agenda de prospérité et de souveraineté. Faire réussir l'Afrique sur le plan économique, lui permettre d'avoir plus de souveraineté, d'autonomie, c'est s'assurer pour les Européens également d'avoir plus d'autonomie stratégique par ce partenariat et de réduire nos dépendances, je dirais, aux deux grandes économies qui veulent en quelque sorte tout capter. Donc cet agenda est commun. Ça n'est pas la France et l'Europe aujourd'hui qui viennent mobiliser la totalité des terres rares, des minerais critiques ou des matériaux pour complètement capturer le marché mondial. Ça n'est ni la France ni l'Europe qui viennent vous donner des impériums en termes de solutions de sécurité. Ne vous trompez plus, ce temps est largement passé. L'agenda européen a pour intérêt de vous voir réussir sur le plan de la prospérité et de la souveraineté parce que c'est le même que le nôtre. Si vous réussissez sur la souveraineté en matière d'intelligence artificielle, d'agriculture ou d'industrie, vous nous aidez à réussir parce que vous nous offrez aussi d'autres solutions, parce que vous offrez un avenir à vos populations, parce que vous réduisez la migration subie, qui est aussi un problème pour vos pays, parce qu'il fait fuir les talents, en même temps qu'il apporte une solution à l'agenda de l'Europe. Je veux ici qu'il y ait un réveil collectif quand on parle de tout ça. Ça n'est pas un agenda univoque d'une Europe qui regarderait l'Afrique comme un continent qu'elle devrait aider, c'est celui d'un partenariat d'égal à égal, parce que vous aider à réussir, c'est la condition pour notre réussite.

Nous voulons le faire ensemble, de manière respectueuse, lucide et courageuse. C'est pourquoi, pour le réussir, on a voulu mobiliser les secteurs privés. Hier, on a annoncé, ce qui est une première, grâce à ce forum d'affaires, 23 milliards d'euros d'investissements privés, d'investissements d'entreprises, de fonds d'investissement du secteur totalement privé en Afrique. Ces 23 milliards d'investissements, ce sont 14 milliards d'investissements des entreprises françaises dans les pays africains et neuf milliards d'investissements des entreprises et business leaders africains sur le continent. Cette réalisation en elle-même, c'est un vrai choc qui illustre la force de ce que je suis en train de vous dire et le fait que c'est aussi un sommet d'action. Tout ça doit passer par des choses simples, qu'a dit le Président : un nouveau paradigme de croissance des pays qui développent une stratégie de valorisation de leurs ressources, d'agriculture et d'industrie plus fortes, mais aussi d'une politique fiscale et budgétaire qui soit plus cohérente avec cet agenda. Ensuite, c'est de réussir à mieux mobiliser nos financements internationaux.

Le FMI, la Banque mondiale, comme on l'a fait ces dernières années avec les droits de tirage spéciaux, ma chère Kristalina, ensemble, la remobilisation de ces plus de 100 milliards de droits de tirage spéciaux vers l'Afrique pour mieux mobiliser cet argent et un meilleur effet de levier. Comme l'a dit le Président, c'est de bâtir au niveau de l'Afrique une vraie stratégie de garantie sur les premières pertes et de s'appuyer sur l'instrument aujourd'hui dit ATIDI, basé à Nairobi. Qui va permettre justement, c'est ce que nous allons nous engager à faire à vos côtés, la France rentrera au capital d'ATIDI, nous mobiliserons à vos côtés des solutions pour qu'ATIDI puisse jouer son rôle plein et entier à l'échelle du continent pour porter les premières pertes. Cette stratégie, c'est celle d'un nouveau paradigme financier, qui permet de se battre pour la prospérité du continent et pour son autonomie stratégique. Pour le reste, le Président RUTO l’a très bien dit, je vais donc couper mon discours, et au fond, c'est l'illustration physique et en acte du partenariat. Je ne vais pas répéter ce qu'il a dit. Il l'a mieux dit que je ne l'aurais fait. Je m'inscris dans ses paroles et je les endosse.

Aujourd'hui, nous allons, dans un instant, nous réunir avec les entrepreneuses et entrepreneurs. Ensuite, pour ces questions de croissance, nous nous verrons sur l'architecture financière. Nous discuterons des solutions de paix et nous allons endosser une série de textes qui vont illustrer cet agenda que je viens de décrire. Après quoi, nous aurons les résultats de ce Sommet Africa Forward, avec déjà ses résultats, ces investissements, nos engagements communs. Puis, avec le Président RUTO, nous irons porter en votre nom au G7 d’Evian, l'agenda que nous aurons défini. Tout au long de l'année, nous allons, auprès des Nations Unies, du FMI, de la Banque mondiale, porter cet agenda commun sur la base du mandat que vous nous aurez donné. C’est pourquoi ce Sommet est aussi, à mes yeux, celui par lequel nous devons définir ensemble une ligne d'action qui doit nous permettre de relever les défis contemporains.

Voilà, mes chers collègues, mes chers amis, je ne serai pas plus long. Je veux en tout cas vous dire la gratitude que j'ai à l'égard du Président RUTO pour avoir accepté d'accueillir ce Sommet de nouvelle génération, Africa Forward, la gratitude que j'ai à votre égard, mes chers frères et chères sœurs et mes chers amis, d'être là, d'apporter votre contribution et votre énergie, et vous dire que la France, et avec elle l'Europe, se tiendront aux côtés du continent africain pour bâtir avec lui cet agenda de paix, de prospérité et d'indépendance auquel il aspire. De le faire avec beaucoup de respect et d'humilité, de le faire au service de ce continent qui est le plus jeune du monde et qui, l'année dernière encore, a eu la croissance la plus forte au monde, qui n'est pas simplement un continent d'avenir, mais déjà un continent du présent. Soyez fiers de ce que vous êtes. Moi, je suis très fier d'être à vos côtés et d'essayer humblement de construire avec vous, cet agenda dans lequel nous investirons ensemble et nous réussirons ensemble.

Vive l'Afrique et vive l'amitié entre l'Afrique et la France.

Merci beaucoup.

Puis, le Président Emmanuel Macron a participé à une session de travail avec les chefs d'États et de gouvernment et la coalition de chefs d'entreprises français et africains. 

Après un déjeuner de travail sur la réforme de l'architecture financière internationale, une session plénière sur la paix et la sécurité a eu lieu.

Le Président de la République s'est ensuite entretenu avec plusieurs chefs d'États africains avant de donner une interview à RFI, France 24 et TV5 Monde.

Enfin, le Sommet s'est terminé par une conférence de presse avec le Président kenyan, puis un concert de clôture.

Revoir la conférence de presse :

12 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Conférence de presse conjointe du Président de la République et de William Ruto, Président de la République du Kenya.

Emmanuel MACRON

Thank you very much, Mr. President, dear William, dear brother.

Your Majesty,
Heads of State and Government,
Ambassadors, Ministers,
Ladies and Gentlemen.

Let me first thank you.

Thank you very much, Mr. President, dear William, for not just hosting this summit we co-chaired - this is a big honor for us - but for having created a special, I would say, a special taste and a special atmosphere for this summit. I think everybody clearly felt during these few days what being welcomed in Kenya could mean. Nobody had the feeling of being a foreigner here or to be welcomed by you. Everybody had the feeling of being at home and to work collectively. Thanks to you, [to] your perfect organization and the spirit clearly you had from the very beginning. Thank you very much.

Permettez-moi de passer en français désormais.

En effet, je veux vraiment remercier le Président RUTO pour la parfaite organisation de ce Sommet. Nous avions 35 chefs d'État et de gouvernement, plusieurs ministres, des délégations d'organisations régionales, d'institutions financières, au total plus d'une cinquantaine. Hier encore, nous étions plus de 6 000 avec les chefs d'entreprises, de dirigeants d'entreprises, de dirigeantes d'entreprises et investisseurs. Pendant ces quelques jours, le Sommet Africa Forward a accueilli véritablement, de manière inédite, ici à Nairobi, l'illustration même et la capacité à agir de ce que nous avions entrepris ensemble il y a quelques mois, cher William. Merci infiniment à vous, à votre gouvernement et au Kenya. Je veux remercier l'ensemble des chefs d'État et de gouvernement et ministres présents et dirigeants d'institutions financières ou d'organisations régionales qui nous ont rejoints pour ces travaux. Nous l'avons dit ce matin ensemble l'un et l'autre. Le Président vient de le rappeler et je ne veux pas élaborer, le message est clair. C'est un partenariat totalement renouvelé, d'égal à égal, lucide sur les défis, ambitieux sur les réponses et tourné vers l'action que nous avons voulue.

Laissez-moi revenir sur les résultats, pour aller dans le droit fil de ce que le Président vient de dire. D'abord, le dialogue entre le public et le privé.

Nous avons commencé hier par la jeunesse, qui nous a présenté ses projets, par le secteur privé, qui a présenté ses engagements de manière inédite. Ce Sommet a permis d'aboutir aux 23 milliards d'euros d'investissements privés d'entreprises françaises et africaines sur le continent africain, et la création de plusieurs centaines de milliers d'emplois.

À côté de ça, la coalition Africa France Impact Coalition, AFIC, qui compte aujourd'hui une quarantaine de chefs d'entreprise africains et français, qui a échangé ce matin, là aussi, de manière inédite avec les chefs d'État et de gouvernement, sera pérennisée. Le compte rendu des travaux sera rendu transparent et cette coalition deviendra un outil structurant de notre partenariat économique. Le dialogue ce matin s'est noué là aussi d'une manière totalement neuve.

On a vu le Président RUTO interroger des dirigeants d'entreprises en demandant : « qu'est-ce qu'il vous faut pour en faire davantage » ? On a vu notre ami le Président de Zambie expliquer clairement la stratégie qu'il avait eue sur l'énergie à des dirigeants du secteur pour qu'ils investissent dans son pays. C'est exactement ça le sens de ce partenariat renouvelé. On va mettre en œuvre tout ce qu'on s'est dit sur les obstacles à lever, les risques à partager, et avec aussi des projets structurants qui vont commencer à avancer dans le domaine de l'énergie notamment, des réseaux électriques, des renouvelables qui touchent beaucoup des pays présents ici même.

Ensuite, sur la réforme de l'architecture financière internationale, nous avons eu une session qui a permis d'avancer avec la conclusion d'une déclaration commune sur cette réforme de l'architecture financière. Un appel à l'action que nous allons ensemble porter au G7 d’Évian dans un mois, où le Président RUTO sera à mes côtés. Le constat est très clair, il a été dit par les chefs d'entreprise comme par les dirigeants : fragmentation des chaînes de valeur, tensions commerciales, instabilité géopolitique, insuffisante valorisation des matières premières sur le continent africain, alors qu'il y a [un] potentiel. Les chefs d'État qui sont là le savent parfaitement. Là-dessus, nous avons posé les bases d'une réponse collective, d'abord en appelant à une responsabilité accrue des grandes économies mondiales pour corriger et répondre aux déséquilibres mondiaux. Ça, c'est ce que nous irons défendre au G7.

Ensuite, en affirmant une ambition forte dans une déclaration et un plan d'action, bâtir et soutenir une architecture financière africaine plus intégrée, plus efficace et plus souveraine, ce qui suppose un changement de méthode, faire confiance aux acteurs africains, renforcer les instruments existants et mieux les coordonner.

À cet égard, nous avons donné mandat à la Banque africaine de développement de structurer, d'être vraiment l'acteur clé de cette architecture, et de développer sur la base d'un instrument existant, qui a d'ailleurs son siège à Nairobi, ATIDI, pour en faire l'instrument haut niveau du continent d'une garantie financière qui prendra les premières pertes pour permettre aux investisseurs du monde entier, africains et non africains, d'investir davantage d'argent privé sur le continent. Là-dessus, la France, je l'ai dit, rentrera au capital d'ATIDI et nous nous mobiliserons ensemble, d'abord pour que, au sein de la BAD, lors de l'Assemblée générale de la fin de ce mois, tous les États africains qui ne sont pas déjà à ce tour de table le rejoignent. Ensuite, pour ensemble aller chercher les grandes économies de ce monde lors du G7 pour les faire entrer au capital de ce mécanisme et les inciter à nous accompagner pour les garanties.

Sur la paix et la sécurité, ensuite, nous avons tenu des travaux qui ont permis là aussi d'aboutir à un document conjoint, une déclaration finale. Nous avons réaffirmé une évidence trop longtemps ignorée ou oubliée. Les solutions africaines doivent être au cœur des crises africaines. Les outils existent : médiations, opérations de paix, cadres régionaux. Ils doivent être pleinement soutenus. La France sera au rendez-vous de cet engagement en appui, en partenaire, toujours. Nous avons réaffirmé ensemble notre détermination à œuvrer pour des solutions politiques durables, notamment dans les Grands Lacs et au Soudan, car il ne peut y avoir de développement sans stabilité. Notre déclaration a réaffirmé qu'il ne peut y avoir de paix durable en Afrique sans respect absolu de la souveraineté, sans la fin des interférences extérieures, sans un effort pour mettre fin à la privatisation de la sécurité. Nous avons également mobilisé collectivement, et dans notre déclaration il y a un soutien de tous les membres, je remercie mon ami, Premier ministre, qui a lancé tout à l'heure l'offensive autour de la table, pour justement accompagner cette initiative visant à mettre fin à l'usage abusif du veto au Conseil de sécurité des Nations Unies en cas de crimes de masse. Ce sont des initiatives très fortes et ce message, je le porterai dès demain à Addis-Abeba, au siège de l'Union africaine, où j'aurai une réunion trilatérale inédite avec le président de la Commission de l'Union africaine et le Secrétaire général des Nations Unies pour, justement, continuer d'accompagner la déclaration de Nairobi.

Enfin, plusieurs tables rondes se sont tenues sur des initiatives sectorielles qui ont toutes bâti des partenariats utiles, équilibrés, renforçant la souveraineté des pays africains. Dans l'agriculture, avec la création d'un véhicule financier visant à mobiliser des investisseurs privés et qui a été validé. Nous avons annoncé le lancement de l'initiative FARM+ avec Proparco qui privilégiera plusieurs axes d'action qui vont exactement dans le sens de ce qui a été demandé ce matin par les dirigeants ici présents sous l'impulsion du Président.

Accompagner les économies africaines et les investisseurs pour monter la chaîne de valeur, pour avoir justement une agriculture plus résiliente, pour continuer d'innover et d'améliorer la rentabilité, en même temps que le fonds FASA, qui existe déjà, multi-bailleurs, sera rejoint par la France et plusieurs entreprises françaises. Dans l'économie bleue, nous accompagnerons l'essor d'un secteur stratégique pour l'avenir du continent avec des investissements, des infrastructures, la formation de compétences. Plusieurs acteurs financiers et industriels ont annoncé là-dessus leur engagement, et avec une formation aussi aux métiers par un partenariat qui se fera avec plusieurs pays et l'Ecole nationale supérieure maritime.

Dans le domaine de l'intelligence artificielle, nous avons posé les bases d'un partenariat entre l'Afrique et la France pour mobiliser le potentiel des pays africains, renforcer l'accès à Internet avec plusieurs projets, en particulier aussi des projets de câbles sous-marins reliant l'Europe à l'Afrique de l'Ouest, avec des projets d'innovation, de fonds d'amorçage, de lancement de start-up technologiques africaines, avec la création aussi du réseau des Africa Forward AI Clusters, qui va permettre, dans tous les pays africains qui le souhaitent, et tous ceux qui étaient présents, de développer une intelligence artificielle pleinement souveraine, en droite ligne de ce que nous évoquions avec le Président hier, et la jeunesse.

En même temps, nous avons ensemble soutenu un programme de bourses de haut niveau qui permettront des échanges croisés de talents africains en France et de Français en Afrique. Sur la santé, enfin, les tables rondes ont permis le lancement de plusieurs initiatives. Je veux ici parler de l'initiative de soutien à la production locale Africa Initiative for Medical Access and Manufacturing, AIM2030, de la Banque mondiale, qui doublera la fabrication locale sur le continent africain d'ici 2030, avec neuf pays engagés dans cette première étape. Des projets qui existent et qu'on avait déjà commencé à accompagner, qui se sont développés en Afrique du Sud, au Kenya, évidemment aussi au Rwanda, en Égypte, au Maroc, au Sénégal, au Ghana. Je pourrais ici multiplier les pays. Des projets de transfert de technologies coordonnés par Unitaid en vue de la production locale de bout en bout.

Puis, le transfert de technologie de vaccins dont [celui contre] le chikungunya, sur lequel je veux insister en particulier, où l'Institut Pasteur transférera vers l'Institut Pasteur de Dakar cette technologie. Puis, tout ça a aussi abouti à des résultats très concrets pour construire des systèmes de santé résilients, avec un investissement dans la production locale et la formation dans plusieurs pays, avec des plateformes pays lancées par plusieurs d'entre vous. Je ne veux pas être plus long, tout ça est détaillé dans l'ensemble des travaux et des livrables qui sortiront ce soir sur le site Internet et qui seront communiqués par la coprésidence d'Africa Forward Summit. Mais tout ça pour vous montrer que d'hier à ce soir, dans tous les domaines, tous les compartiments du jeu, dans absolument tous les domaines, nous avons déjà des résultats, des investissements concrets, des actions et des mobilisations concrètes qui ont été signées à l'occasion de ce Sommet et que nous allons suivre. C'est un jalon essentiel dans la construction d'une relation nouvelle entre l'Afrique et la France, mais plus largement entre l'Afrique et le reste du monde.

L'Afrique est un immense continent.

Vous en avez rappelé, Président, les chiffres tout à l'heure. Ça fait dix ans, et pour certains qui sont là, ça fait parfois 20 ans, 25 ans, qu'on entend beaucoup de gens venir ici nous dire : « ah, l'Afrique, ne les oubliez pas, c'est un continent en devenir ».  Non, c'est un continent qui est là et bien là.  C'est le continent le plus jeune du monde.

C'est le continent à la plus forte croissance du monde. C'est un continent qui fait que quiconque l'ignore aujourd'hui se trompe et renonce à son propre avenir.

L'Afrique est là, présente, forte. Tous ceux qui ne font pas leur travail avec le continent africain, tous ceux qui viennent continuer d'en prélever les ressources pour les valoriser ailleurs, d'en négliger les situations de déséquilibre ou de détresse, tout cela obère simplement leur propre avenir. Ce que nous avons fait avec le Sommet Africa Forward, c'est main dans la main, avec le Président RUTO, de dire l'Afrique est là, l'Afrique organise son propre sommet et la France est là à ses côtés pour co-investir et co-construire.

Vous avez donné un exemple magnifique, Président, d'une capacité à recevoir, à accueillir, à penser, à stimuler, à contester les solutions toutes faites. Les dirigeants d'entreprises, la jeunesse qu'on a vue, les investisseurs, les créateurs, les chefs d'État et de gouvernement ont montré l'exemple de cette ambition complètement réinventée.

Nous sommes bien là, nous sommes là à votre côté et ensemble, nous continuerons d'agir. Ça a commencé et nous allons le démultiplier, croyez-moi. Merci infiniment, Président, cher William, et merci à toutes et tous pour ce Sommet Africa Forward. Ça n'est qu'un début.

[Intervention de M. William RUTO, Président de la République du Kenya]

Emmanuel MACRON

Merci Président.

Je crois que la première question vous était adressée, vous y avez répondu.

La deuxième question, qui était en fait deux questions, m'était adressée et je vais y répondre.

De manière très concrète, pour le G7.

D'abord, c'est très important et c'est très concret qu'il y ait un représentant du continent africain, une voix africaine qui soit présente quand on va parler des crises internationales à régler. Parce que l'Afrique est touchée par ces crises. Je le redis ici parce que c'est souvent oublié dans les commentaires internationaux, mais l'un des continents qui a été le plus durement touché par les conséquences assez directes de la guerre d'agression russe lancée contre l'Ukraine, ça a été le continent africain, parce qu'on parlait de deux grandes puissances céréalières et de deux grands producteurs d'engrais. Il y a eu d'énormes problèmes de soutenabilité financière, ce qui nous avait conduit à lancer l'initiative FARM, dès 2022, et on passe maintenant à FARM+ qui passe à l'échelle. Ensuite, ce qui se passe à Ormuz en ce moment. Nous sommes tous victimes de ce qui se passe à Ormuz. Les journalistes et les entrepreneurs et compatriotes français qui sont là le savent ô combien. Nous sommes aussi touchés, comme vous l'êtes dans vos pays, à cause des prix à la pompe et des conséquences sur le gaz et le pétrole. Mais les conséquences alimentaires sur le continent africain sont massives. Parce que là encore, c'est environ un tiers de certains types de fertilisants qui sortaient par le détroit d'Ormuz. Donc, se dire qu'on parle du règlement ou de l'incapacité à régler les crises avec les grands dirigeants du monde sans avoir l'Afrique, c'est en soi une faute morale et politique. C’est la première chose qu'on va faire au G7 : avoir le continent africain dûment représenté et dire, quand on parle de ces grandes crises, [qu’]on doit prendre en compte les conséquences sur le continent africain. Je n'en cite qu'une partie.

La deuxième, elle est sur le mécanisme de première perte et les garanties, et sur l'architecture financière, ce qui est une des compétences natives, si je puis m'exprimer ainsi, du G7. Là-dessus, nous irons ensemble avec le Président RUTO porter deux messages très concrets. Le premier, c'est le rééquilibrage, c'est la correction de ce qu'on appelle les déséquilibres macroéconomiques. Je ne vais pas ici être trop long, mais c'est un enjeu. C'est au cœur de l'agenda économique du G7, le monde dans lequel on vit a des déséquilibres macroéconomiques très problématiques. Des surcapacités venant de la Chine, des tarifs américains, un sous-investissement européen et une insuffisante montée dans la chaîne de valeur du continent africain. C'était au cœur de toutes nos discussions, sur l'agriculture comme sur l'industrie. Si les économies développées n'adhèrent pas à cet agenda - c'est ça qu'on va essayer d'aller chercher, premier point concret aussi – [alors] on ne pourra pas réussir cet enjeu. Or, il est important que les économies du G7 et leurs partenaires qui seront invités, je pense au Brésil, à l'Inde, à la Corée du Sud, à côté du Président Kenyan, c'est très important que ces pays adhèrent à cette stratégie du continent africain et donc cessent de venir, ce ne sont pas les pays du G7 qui le font vraiment, pour être honnête, mais prendre les matières premières pour les emmener dans leur pays. Que si on a une stratégie minerais critique, matières premières et terres rares, on l'est avec le continent africain, en faisant la valorisation sur le continent africain. C'est ce que je disais ce matin, on a un agenda commun pour les pays du G7 et pour l'Afrique, qui est un agenda d'autonomie stratégique, qui doit aussi venir un peu contrer les prédateurs du XXIème siècle, dont l'Afrique est la principale victime. Ceux qui viennent prendre pour garder chez eux et accumuler et détenir le contrôle du marché mondial. C'est de manière très concrète quelque chose sur lequel on veut avoir l'accord des autres, avoir une stratégie commune pour aider l'Afrique à monter dans ses chaînes de valeur et créer plus de valeurs sur le continent et avoir le même agenda de souveraineté.

Le dernier point très concret qu'on va défendre au G7 ensemble, c'est d'avoir un soutien maximal des membres du G7 à ce mécanisme de garantie que nous avons décidé d'élargir à l'échelle du continent. C'est-à-dire qu'ATIDI, qui est cette structure qui existe déjà, qui prend en partie les premières pertes et qui a quelques États membres et qui est basée dans la région, que sur la base des travaux de la Banque africaine de développement, on arrive avec une copie commune en disant : « ce véhicule, qui est maintenant un véhicule panafricain, soutenons-le, rentrons au capital ou mettons en place des garanties ou du capital appelable pour permettre à ces structures, avec la Banque africaine de développement, de garantir les investisseurs privés qui iront dans tel ou tel secteur avec une gouvernance qu'on aura dûment définie ».

Ça, c'est très concret et c'est totalement transformant.

Sur la deuxième question que vous m'avez posée, qui est le risque sanitaire, j'étais en lien permanent avec le Premier ministre, évidemment depuis que les premiers cas sont apparus, et en particulier lorsqu'il y a eu une accélération durant le week-end. Sous l'autorité du Premier ministre, le gouvernement a pris les bonnes décisions, la ministre de la Santé en a rendu compte à plusieurs reprises. Les meilleurs experts ont été consultés, comme d'ailleurs nous le faisons à chaque fois pour prendre de telles décisions, et la France a pris un protocole extrêmement rigoureux sur tous les cas contacts qui ont été établis, avec, en prenant en compte tous les éléments connus des scientifiques aujourd'hui, en étant extrêmement prudents, sur à la fois les délais d'incubation et les risques dans les premières étapes de l'infection. Fort de cela, aujourd'hui, le Gouvernement a sans doute un des protocoles qui est le plus exigeant, comme l'Espagne et quelques autres, ce qui est une bonne chose, parce que nous avons l'expérience du passé. Pour autant, il ne s'agit pas de comparer ce qui n'est pas comparable. C'est un virus qui est connu, dont les caractéristiques sont différentes de ce qu'on a pu connaître au moment de la Covid-19. Le Gouvernement a pris les bonnes décisions. La situation est sous contrôle, sous son autorité, grâce à nos soignants, que je veux à nouveau remercier.

Maintenant, il est important qu'il y ait une vraie coordination européenne, c'est-à-dire que les protocoles, je pense, aillent vers les standards les plus exigeants qui ont été définis à très court terme, et que l'Organisation mondiale de la santé puisse coordonner tout cela comme il se doit dans les prochaines étapes. Mobilisation, vigilance, exigence, mais on continue d'avancer à la lumière de la science.

As for the very latest question, which, if I understood properly, was directly addressed to me and was in a certain way more political and personal. If you ask me, what is the most important issue for humanity and my main responsibility, I would probably answer : our children.

Our children.

Because we can take a lot of decisions, some of them are sometimes largely too short-term driven, it could be a necessity. And sometimes you have to take, I would say, the second-best decision, because we all decide under a lot of constraints. But the most important decisions we take in our capacities, and I think it's hopeful for heads of states, governments and business leaders, entrepreneurs, and artists, is when we try to take into consideration the long run.

I think a lot of decisions we took today are for the long run because they are very demanding and we are transforming a lot of things, but this is not a reason not to take them.

I think the main transformations are the ones you decide when you are precisely inspired by the next generation and our children.

I think this is a question of fairness as well, because the only ones not to be present in this room are our children or the children to be born. This is why they are the ones to inspire us and they are the ones that we have to take into consideration in our decisions, because they are not yet around the table.

This is why when we speak about education and health, economic opportunities, Africa's opportunities, when we speak about peace, when we speak about as well, how to protect children and teenagers against inappropriate content, especially in the digital environment, we are doing the most important things.

My main responsibility is to do my best for our children.

[Intervention de M. William RUTO, Président de la République du Kenya]

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