Le Président de la République s'est rendu en République arabe d'Égypte ce samedi.

À son arrivée à Alexandrie, le Président Emmanuel Macron s'est entretenu avec Abdel Fattah Al-Sissi, Président de la République arabe d'Égypte afin de conforter une relation bilatérale forte entre la France et l’Egypte et d'aborder la crise actuellement en cours au Moyen-Orient.

Le chef de l'État a ensuite participé à l'inauguration du nouveau campus de l'université Senghor. 

Revoir la cérémonie d'inauguration :

9 mai 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Discours du Président de la République lors de l’inauguration du nouveau campus de l’université Senghor.

Emmanuel MACRON

Monsieur le Président de la République, cher Abdel Fattah,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Madame la Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie, chère Louise [Mushikiwabo],

Mesdames et Messieurs les ambassadrices et les ambassadeurs,

Monsieur le président de l'université Senghor, Monsieur le recteur,

Mesdames, Messieurs les professeurs,

Mesdames, Messieurs, chers étudiants,

Mesdames, Messieurs en vos grades et qualités,

chers amis,

Je crois que tout a été dit sur cette université, ce projet et ce qu'il en porte. Permettez-moi en cet instant de partager peut-être quelques convictions avec vous. D'abord, pour vous parler de ce jour important et ensuite pour avoir quelques mots sur ce qu'il signifie.

En effet, ce magnifique projet de l'université Senghor a été pensé, voulu au sommet de Dakar en 1989. Il y a 35 ans, Alexandrie accueillait le premier site, avant que vous ne décidiez, Monsieur le Président, de rebâtir au fond et d'investir. Je veux saluer ici l'engagement de l'Égypte qui, à près de 60 millions d'euros, a permis à ce site de Borg el Arab d'émerger et de s'ouvrir à vous. Le nombre d'étudiants va continuer d'augmenter. J'ai compris que la 20ème promotion avait quelque chose d'assez particulier.

Mais l'idée, c'est que les promotions qui suivent soient de plus en plus nombreuses, et nous avons pris l'engagement commun de dépasser même l'objectif de 500 étudiants qui est aujourd'hui affiché. Vous l'avez très bien montré. D'abord la vitalité, la diversité des profils qui se sont exprimés, la force de ce que représente d'ores et déjà cette université avec ses 17 sites, avec toutes ses formations en ligne qui fait qu'il y a des milliers d'auditrices et d'auditeurs qui sont certifiés chaque année et des dizaines de milliers d'anciens étudiants, d'alumni, qui sont aussi la force de ce réseau et qui ont formé, continuent de former et formeront les cadres des organisations internationales, de la CEDEAO, de l'UMA, de l'Union Africaine, Monsieur le commissaire, des Nations Unies, qui ensuite permettront à tous les talents, dans d'autres universités, dans les hôpitaux, dans les entreprises, de faire rayonner tout ce que vous avez ici acquis et partagé. C'est un formidable projet, et comme l'a rappelé Madame la Secrétaire générale, un projet porté en propre par l'OIF qui est ô combien important pour nous tous. Bravo pour cela, et c'est pour ça que je tenais à être parmi vous aujourd'hui. Maintenant, laissez-moi vous dire simplement, au-delà de cette journée si importante, pourquoi la francophonie, les universités et ce que vous représentez est important dans le moment que nous vivons, je dirais même essentiel ?

La francophonie d'abord.

La francophonie, c'est une création inédite parce qu'elle est née de la volonté de quatre dirigeants après les décolonisations, qui ont dit : « le français n'est pas la langue de ceux qui nous ont colonisés ». Les présidents Senghor, Bourguiba, Diori et Sihanouk, donc c'est l'Afrique et l'Asie, ont dit : « Le français est à nous, butin de guerre, on le garde, et on va décider de son avenir ». Donc la francophonie est par naissance une invention totalement décentrée. Elle appartient au monde francophone, elle appartient à l'ensemble de celles et ceux qui ont décidé d'adopter le français, écrivains, créateurs, ceux qui l'ont reçu en héritage, héritage heureux ou malheureux, mais qui habitent cette langue. Donc cette université, elle emporte cette histoire collective qui est la nôtre, et qui fait qu'à travers tous les continents, la langue française est là qui nous unit. Ce n'est pas une langue qui se réduit à un passé simplifié parfois. C’est au fond une langue qui porte en elle un universel, un projet de liberté, et cette volonté de continuer à avancer. Par définition, la francophonie se pense et se vit dans le multilinguisme. Notre cérémonie d'aujourd'hui l'a montré. Nous avons tous nos langues d'origine, de naissance, nos langues qu'on appelle maternelles. Mais le français, grâce à la francophonie, est devenu une langue hospitalière, prise par d'autres, réinventée, ce qui fait que la langue française, grâce à ce qu'est la francophonie, est une langue où le français de l'académie se bouscule avec le wolof, le haïtien, le congolais, l'anglais et tant et tant de langues. Ces mots voyagent parce que cette langue voyage.

Je l'ai souvent rappelé : l'épicentre aujourd'hui de la langue française est sur les bassins du fleuve Congo. Elle n'est pas sur les quais de la Seine.

Parce que c'est là qu'il y a le plus de locuteurs.

Ce projet de la francophonie, c'est celui que vous faites vivre en enseignant dans cette université, en venant y étudier, Monsieur le président, en y croyant et en investissant. C'est au fond un magnifique projet universaliste qui a décidé de convertir une histoire qui avait, évidemment, des moments terribles, et qui rassemble aujourd'hui 56 pays membres, 32 observateurs, cinq pays associés. On a encore élargi l'année dernière le club lors de ce Sommet de Villers-Cotterêts qu'a rappelé tout à l'heure notre Secrétaire général. Je voulais ici vous redire l'importance du multilinguisme, de l'universalisme, de cette hospitalité de la langue française et ce qui fait qu'au-delà de cette université, nous multiplions les projets. Pour, par exemple, s'assurer que l'intelligence artificielle que vous étudiez tous préserve bien ce plurilinguisme aussi et assure un apprentissage dans la langue française et une compréhension des contenus de la langue française dans tous les modèles et en particulier ces modèles fondationnels de l'intelligence artificielle. Pour nous assurer que nos traducteurs, nos interprètes sont bien respectés, promus. Pour nous assurer aussi que l'édition en langue française et les traductions vers l'arabe, l'anglais ou d'autres, sont ainsi maintenues. Tout ça, ce sont les projets que nous menons, que nous continuons de mener.

Ensuite, au-delà de la francophonie, nous sommes dans une université. Je voulais dire aux enseignants qui sont là et aux élèves combien c'est important à nos yeux. Parce que ça n'est pas simplement un lieu où l'on transmet des savoirs, où l'on apprend, où l'on parachève déjà des savoirs largement acquis. Parce que j'ai compris qu'on avait des médecins dûment diplômés aussi dans cette université, des cadres du développement durable, etc. Mais parce que dans ce monde de plus en plus complexe, les universités sont les lieux qui permettront de bâtir l'avenir en ce qu'ils ont une liberté académique, qui n'est pas soumise au diktat des uns aux autres ou des désaccords que les dirigeants peuvent avoir. Je le défendais en effet l'année dernière au Caire, vous le rappeliez à l'instant, mais la liberté académique que portent nos universitaires et les enseignants, la liberté du savoir qui est transmis aux étudiants, la possibilité de rechercher librement, d'enseigner ce que justement des femmes et des hommes reconnus par leurs pairs et ayant été dûment habilités pour le faire, pour recevoir, est un trésor fondamental. C'est celui par lequel notre humanité a pu progresser et se bâtir. C’est la démarche qui, en quelque sorte, nous a toujours libérés collectivement des obscurantismes ou des divisions.

Le rôle de nos universités dans ce moment de fracturation que vous avez rappelé l'un et l'autre, dans ce moment de division, dans le moment où certains pays même voudraient dire à des universités : « vous n'avez plus le droit de rechercher sur ceci ou sur cela », « vous n'avez plus le droit d'enseigner ceci ou cela », du climat à l'égalité des genres. La liberté académique et la liberté de nos universités, la liberté des savoirs est un trésor que nous chérissons et que nous défendons.

C'est pourquoi, au-delà de ce projet, nous avons décidé aussi, et l'année prochaine nous [le] permettra, de passer un cap décisif, de donner aussi un nouveau cadre à la coopération entre l'Egypte et la France, et d'avoir ce site nouveau, ce projet plus ambitieux pour notre université franco-égyptienne, qui va permettre, au-delà des 60 écoles françaises, et associées qui développent l'enseignement du français. Pour les enfants, les adolescents ici en Égypte, au-delà de ce que le réseau égyptien fait en langue française, d'avoir une université franco-égyptienne qui portera notre ambition commune. Ce projet, nous le chérissons, et avec le Président, nous voulons aller encore plus loin, et donc nous donnerons une impulsion encore supplémentaire à la coopération universitaire franco-égyptienne. De là, nous voulons faire naître un mouvement de coopération entre l'Europe et le continent africain pour créer des universités nouvelles.

Mon dernier mot est pour vous dire que vous êtes la solution aux problèmes que nous connaissons. Aujourd'hui, quand je regarde la situation géopolitique qui est la nôtre, de l'Ukraine à la situation qui a été rappelée à Gaza et en Cisjordanie, au Liban chéri, bousculé, menacé, frappé aujourd'hui, et à la situation dans le Golfe et dans tant de pays d'amis liés à la guerre qui se joue en Iran, nous ne pouvons que voir les défis des générations qui sont les vôtres. Je m'adresse là aux plus jeunes. La solution à bien de nos maux est de reconstruire l'unité entre des pays ou des espaces régionaux qui se sont ces dernières années par trop écartés ou divisés. J'en vois deux que cette université en particulier peut réunir : la Méditerranée et l'Afrique. Je veux ici vous dire que je ne me résous pas à voir ces deux espaces tant aimés par la France à continuer à vivre dans les fractures ou les divisions que nous connaissons.

Vos générations n'ont souvent entendu parler de la Méditerranée que comme un espace où se jouaient les routes de la misère ou des drames advenaient à travers celles et ceux qui voulaient la traverser par des routes forcées, contraintes, ou par des désaccords qui écartaient les uns ou les autres, ou par les guerres, j'évoquais le Liban à l'instant.

Nous nous trouvons ici même à Alexandrie, paradis perdu d'une Méditerranée heureuse, berceau de civilisations et de rêve d'une Méditerranée où l'on pensait tout possible. Et de Durrell à Youssef Chahine, en passant par Omar Sharif, autant de figures qui ont arpenté les rues de cette ville et qui l'ont rêvée, nous avons le devoir de vous donner, de donner à cette génération la chance de refaire de la Méditerranée un espace uni, le berceau de plusieurs civilisations qui se sont toujours entremêlées, mais qui ont tant apporté au monde, pas simplement aux pays qui l'abordent. Ma conviction profonde est que par ce programme, par la francophonie, par le savoir, nous pouvons réunifier la Méditerranée.

De Marseille à Alexandrie, il y a cette réunion qui n'est pas un hasard. Je suis avec vous, Président, aujourd'hui, mon cher ami, pour ouvrir une université, ce qui est quand même un des plus beaux moments que peut connaître un dirigeant. Dans quelques jours, le 15 mai, nous ouvrirons les saisons méditerranéennes que nous avons voulues à Marseille, où des artistes, des universitaires, des intellectuels de toutes les rives de la Méditerranée se retrouveront pour penser cette ambition. Ne lâchons pas ce fil. Par le savoir, la création, la science, la langue, voulons une Méditerranée unie et heureuse.

C'est un des défis les plus importants de nos générations. A ce titre, l'alliance entre l'Égypte et la France est une alliance de paix, de stabilité, de générosité. Je veux que le français continue d'être la langue chérie des Égyptiennes et des Égyptiens. C'est pourquoi on va continuer d'avancer. L'arabe est la deuxième langue parlée en France. C'est une réalité qu'il faut souvent rappeler. Donc la Méditerranée est unie par ce multilinguisme, mais ce projet va nous permettre d'avancer. Cette université - et je le vois par la variété des élèves, des cadres qui sont là - cette université, la francophonie, est aussi un magnifique ferment de réunification du continent africain.

On a souvent voulu renvoyer la France à un pré carré, l'Afrique française, francophone. C'est d'ailleurs pour ça que, dès après-demain, nous tiendrons ce qu'on appelait naguère les sommets France-Afrique. On le tiendra à Nairobi et on l'a appelé ça, pardon Madame la Secrétaire générale, le Sommet Africa Forward. Mais c'est un clin d'œil pour dire : l'Afrique est un continent aux mille langues. Alors on pourrait dire anglophone, lusophone, francophone, nous savons qu'il y en a beaucoup plus. Mais le français a cela de particulier pour le continent africain, qu'il est une des langues qui permet d'échanger, de circuler, de commercer, d'enseigner, de créer, entre les pays, parfois même au sein d'un même pays, entre tant et tant de langues qui parfois se côtoient sans forcément se comprendre. Donc, par la francophonie, le français a ce rôle un peu singulier, et cette université aussi, d'essayer de réunifier le continent africain parce qu'il permet de voyager dans le multilinguisme de celui-ci. De l'arabe à l'anglais, au portugais, en passant par le wolof que j'évoquais ou tant d'autres, le français est une langue d'échange et d'unité.

Je voudrais qu'à travers cette université Senghor, par une ruse de l’histoire que nous aurions réussi à inventer, là où certains ont vu la langue française arriver par des volontés de dominer ou de conquérir, cette langue soit reprise par tous ceux qui la parlent, qui l’enseignent, transformée, bousculée, avec de nouveaux mots qui viennent de Pointe-Noire, de Tananarive ou que sais-je, et qui réussiront, ce faisant, à réunifier pleinement le continent. Que la francophonie soit l'un des truchements d'un panafricanisme culturel, intellectuel, créatif et de savoir. Parce que ce n'est que par ce pari pour la jeunesse et pour le savoir que le continent africain pourra pleinement se réunifier, sortir de ses crises, de ses divisions et avancer.

Voilà ce que je voulais vous dire et ce par quoi je voulais conclure.

Que cette université joue pleinement son rôle et, avec elle, le projet de Senghor un peu réinventé et réhabité, mais que notre langue, que ce projet soit aussi celui qui permette de réunifier la Méditerranée et l'Afrique et permette à vos générations de relever les défis, heureuse et choisissant son avenir.

Merci beaucoup.

Et merci, Président, pour votre accueil ici.

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