Mesdames et Messieurs les professeurs et les personnels de l’Education nationale,

Il y a quelques jours, pour nos enfants et pour vous, ce fut le retour à l’école. À l’orée de cette nouvelle année scolaire, je tenais à vous présenter, comme je l’ai fait le 25 août dernier devant les rectrices et les recteurs, les transformations que je souhaite y faire advenir au cours de ce quinquennat afin de mettre votre mission et vos métiers au cœur de la vie de la Nation.

Avant de porter nos regards vers l’avenir, je veux d’abord vous remercier d’avoir si vaillamment rempli votre rôle durant les années de crise sanitaire qui ont tout bousculé. La France a alors fait le choix fort et ferme de garder ses écoles ouvertes, bien plus que dans d’autres grands pays, pour que nos enfants ne décrochent pas et continuent d’apprendre. Je mesure toutes les précautions qu’il vous a fallu respecter, toutes les adaptations qu’il vous a fallu apporter, le plus souvent dans l’urgence, et je vous suis reconnaissant d’avoir tenu bon et d’avoir été si engagés dans ces temps difficiles.

Je veux aussi vous exprimer toute ma gratitude pour le travail exceptionnel de chacune et chacun d’entre vous pour faire progresser l’égalité des chances et faire reculer l’échec scolaire. Ces objectifs ont été au cœur de nos préoccupations ces cinq dernières années.

Cependant, il nous faut être lucide : notre système scolaire ne réduit pas suffisamment les inégalités de naissance, décroche dans les évaluations internationales, et suscite souvent la défiance. Trop d’élèves sont malheureux, ne trouvent pas leur place à l’école et ne trouvent pas leur voie ensuite. Trop de professeurs ne sont pas reconnus comme ils le devraient et perdent parfois le sens de leur mission.

Nous voulons une école qui permette à nos enfants de maîtriser les savoirs fondamentaux, d’acquérir un esprit critique et une confiance en eux, de choisir leur destin en tant que citoyens, et d’accéder à un emploi qui réponde à leurs envies, à leurs talents comme aux besoins de notre société et aux enjeux du siècle. Pour y parvenir, le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a présenté les transformations qui s’engageront dès cette année.

Elles concernent tous les niveaux, dès la maternelle car nous le savons désormais, beaucoup de choses se jouent très tôt. En élémentaire, nous continuerons à mettre l’accent sur les apprentissages fondamentaux et nous généraliserons la pratique quotidienne du sport. Au collège, nous organiserons en 6e une liaison plus efficace avec le premier degré pour que chacun se sente mieux accompagné dans cette transition importante. Nous créerons aussi, à partir de la 5e, une « demi-journée Avenir » hebdomadaire qui éveillera des vocations et améliorera leur orientation. Il s’agira de faire découvrir aux élèves de nombreux métiers, y compris des métiers techniques, manuels ou relationnels, afin de mettre en valeur toutes les formes d’intelligences, mais aussi des métiers du numérique ou de la transition écologique qui se multiplieront demain. Nous étendrons le Pass culture aux collégiens dès la 6e, et renforcerons la lutte contre le harcèlement scolaire qui fait tant de mal à nos enfants et qui bien souvent les met en échec. Au lycée, nous continuerons à consolider les mathématiques dans le tronc commun. Enfin, nous transformerons le lycée professionnel, qui reste trop souvent une voie par défaut : nous en ferons une voie de choix et d’insertion professionnelle réussie.

Nous voulons aussi une école où chaque professeur se sente reconnu. Le ministre entamera prochainement les concertations avec les organisations syndicales afin de poursuivre la revalorisation générale de la rémunération des enseignants initiée il y a deux ans. Il s’agit d’un investissement massif pour la Nation, que nous assumons. Le salaire des enseignants aura ainsi augmenté d’environ 10% et aucun professeur ne débutera sa carrière à moins de 2 000 euros nets à compter de la rentrée 2023. À cette revalorisation générale et inconditionnelle sont susceptibles de s’ajouter des augmentations plus importantes encore dans le cadre du pacte que nous vous proposons. Tous les enseignants qui le souhaitent pourront en effet s’engager dans des missions supplémentaires, par exemple du remplacement, du suivi individualisé, de l’accompagnement à l’orientation ou à l’insertion professionnelle ou des tâches de coordination. Ce travail, que beaucoup d’entre vous accomplissent déjà, sera désormais reconnu et rémunéré. L’augmentation du salaire des enseignants qui accepteront ce pacte pourra ainsi aller jusqu’à 20%.

Nous devons aussi mieux préparer nos enseignants à exercer leur métier en améliorant leur formation initiale et continue. Nombre d’entre eux ont fait l’expérience d’une formation trop théorique et pas assez tournée vers la pédagogie et le contact avec les élèves.

Pour transformer l’école en profondeur, nous devons également revoir toute son organisation. Le 8 septembre dernier, le Conseil national de la refondation a fait de notre école un chantier prioritaire auquel tous ses acteurs seront invités à participer. Transformer notre école se fera avec celles et ceux qui la font vivre au quotidien, au plus près des élèves. Tout ne doit plus venir de Paris sous forme de circulaires et de directives. Nous devons permettre aux équipes et aux professeurs de retrouver des marges de manœuvre. Je vous fais toute confiance : c’est vous qui connaissez le mieux vos élèves et leurs besoins, c’est donc vous qui savez le mieux comment les faire réussir.

Aussi, dès le mois d’octobre, nous lancerons partout en France ce chantier de la refondation de l’école en proposant à chaque école, chaque collège, chaque lycée qui le souhaite de bâtir un projet qui lui est propre en mettant tout le monde autour de la table, les chefs d’établissements, les directeurs d’écoles, les enseignants et toute la communauté éducative, les parents d’élèves, les élèves, les partenaires associatifs ou économiques, et les élus des collectivités territoriales. C’est ce que nous avons fait à Marseille il y a un an : cela a déjà permis des résultats tangibles et des innovations vertueuses.

Nous vous donnerons les moyens de réaliser ces projets collectifs. D’abord en vous accordant une liberté pédagogique qui vous permette à tous de retrouver le goût et le sens de vos missions, et de faire progresser nos élèves. Il revient bien sûr à l’échelon national de fixer les objectifs des programmes, c’est-à-dire les savoirs à transmettre et leurs finalités, mais il appartiendra désormais au niveau local de choisir les moyens de cette transmission, à travers des méthodes et des projets idoines. Un fonds d’innovation pédagogique de 500 millions d’euros permettra de financer au plus près du terrain, le plus rapidement possible et au fur et à mesure de vos besoins, les évolutions que vous estimerez utiles. Vous serez aussi accompagnés par votre rectorat qui mettra toute son expertise à votre service pour échanger sur vos idées et vous aider à les mettre en œuvre. L’administration centrale disposera quant à elle d’une équipe dédiée qui pourra mutualiser les bonnes pratiques en les faisant connaître au niveau national, sans pour autant les ériger en nouveaux modèles imposés.

Ma volonté, vous l’avez compris, est de vous donner les coudées franches pour faire réussir vos élèves. Partir du terrain pour rénover notre école : c’est, en quelque sorte, par rapport aux réformes engagées jusque-là, une révolution copernicienne que je vous propose.

Ensemble, nous pourrons refonder cette aventure collective qui cimente notre Nation. C’est en forgeant des citoyens dans ses écoles que la France pourra bâtir une société de respect et de progrès, et poursuivre son combat séculaire pour l’humanisme et l’universalisme.

Je vous souhaite à toutes et à tous et, à travers vous, à tous nos élèves, une très belle année scolaire.

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