L’acteur et comédien Michel Le Royer nous a quittés hier à l’aube de ses 90 ans, nous laissant l’écho de quelques-unes des plus grandes tirades de la littérature française qu’il faisait résonner sur les planches et les écrans.

Né à Carrouges dans une famille modeste de garagistes, il fut très tôt gagné par la passion du théâtre. Les cours qu’il finançait avec son petit salaire de télégraphiste finirent par porter leurs fruits : admis au Conservatoire national d’art dramatique en 1952, à vingt ans, il y côtoya Claude Rich ou Jean-Paul Belmondo, avant de pousser les portes de la Comédie Française dont il fut pensionnaire pendant cinq années. Le réalisateur Claude Barma lui offrit la célébrité cathodique en trois actes, d’abord avec le rôle de Christian dans son téléfilm Cyrano de Bergerac, puis grâce à un feuilleton adapté d’Alexandre Dumas, Le Chevalier de Maison-Rouge, et enfin par la série Corsaires et flibustiers, où sa blondeur romantique illuminait la pellicule. 

S’il occupa quelques seconds rôles au cinéma et marqua les mémoires dans le rôle-titre du La Fayette de Jean Dréville en 1962, il fut avant tout un comédien protéiforme, capable de passer de Racine à Victor Hugo et de Montherlant à Molière, capable aussi de les faire aimer au grand public en participant de nombreuses fois à l'émission de télévision Au théâtre ce soir. Son parcours rend hommage au talent de nos grands écrivains, qu’il savait sublimer et faire sortir des cénacles consacrés. Il fut aussi un excellent doubleur, dont le timbre posé restera pour toute une génération celui de Ducky dans NCIS et de Saroumane dans la saga du Seigneur des Anneaux. 

Les années de la maturité furent pour lui l’occasion de servir la culture autrement, par l’engagement dans la vie politique locale, en devenant adjoint à la culture de sa ville de Levallois-Perret dans les années 1980, puis par la transmission, en créant à Lyon en 2005 un cours de théâtre  appelé « La Récréation »,  clin d’œil au plaisir de jouer qui ne l’avait jamais quitté. 

Le Président de la République salue la trajectoire d’un acteur qui, à force de donner corps à nos héros, chevaliers ou pirates, jeunes premiers ou vieux sages, finit par incarner une part de notre culture. Il adresse à ses proches et à ses spectateurs ses condoléances attristées.

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