Thierry Mugler avait bouleversé la mode et l’élégance françaises à la fin du XXe siècle. Il nous a quittés dimanche, à l’âge de 73 ans, nous laissant des créations haute-couture visionnaires et des parfums culte.

Il naquit en 1948, et son enfance fut bercée au clocher de la cathédrale de Strasbourg avant d’être scandée par la danse, lui qui fut un coryphée du ballet de l’Opéra du Rhin dès ses quatorze ans. Quand il raccrochait les chaussons et les collants, il maniait le crayon et les ciseaux, dessinant déjà ses propres vêtements et imaginant de nouvelles coupes à ceux qu’il chinait aux puces. À 20 ans, lorsqu’il gagna Paris, le talent du danseur fut surpassé par celui du styliste dont le carnet de croquis et le vestiaire, élargis à la femme, prouvaient déjà qu’il avait l’étoffe des plus grands.

Créateur d’une première griffe, « Café de Paris », puis de sa maison éponyme, Thierry Mugler fit de son nom une marque mondiale, en inventant des silhouettes sophistiquées et spectaculaires qui célébraient le corps féminin en exacerbant ses lignes et ses courbes. Naomi Campbell, Adriana Karembeu, Carla Bruni, parmi tant d’autres, incarnèrent ces femmes conquérantes et voluptueuses dont ses vêtements décuplaient la hardiesse. 

Guidé tout au long de sa vie par ses jeunes années de danseur, Thierry Mugler se définissait avant tout comme un metteur en scène. En 1984, pour les dix ans de sa maison, il organisa au Zénith un défilé public inédit, où près de 6000 personnes découvrirent, éblouies, son univers foisonnant. Avec lui, on ne parlait plus de défilés mais de shows, spectacles grandioses dont il inventa la formule, qui mêlaient la mode, le théâtre et la danse, dans lesquels des mannequins aux allures de figures fantasmagoriques ou de robots futuristes se déhanchaient, jouaient avec le public, à grand renfort de mimes et de gestes. 

Habillant David Bowie, Mylène Farmer ou Beyoncé pour leurs tournées, capturant George Michael dans le clip de « Too Funky » ou revisitant l’art de la revue avec les Mugler Follies, le talent de Thierry Mugler s’étendait bien au-delà des podiums.

Il avait habillé la planète, il allait bientôt parfumer le monde. Sa création Angel, fragrance sucrée aux accords nostalgiques, reconnaissable entre mille dans son flacon en forme d’étoile, fut partout un immense succès.

La France, la création et le style tricolores, perdent un artiste unique et inclassable dont l’œuvre transcendait et les disciplines et les générations. Une exposition-rétrospective lui est consacrée depuis septembre et jusqu’en avril au Musée des arts décoratifs de Paris : elle devient dès lors un hommage à un artiste dont le regard et l’audace nous manqueront.

Le Président de la République et son épouse adressent aux proches et aux collaborateurs de Thierry Mugler, comme à tous ceux qu’il a habillés, inspirés, et fait rêver, leurs plus sincères condoléances.

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