Le Président de la République Emmanuel Macron s'est rendu à Haguenau, dans le Bas-Rhin, pour une visite aux armées sur le camp d’Oberhoffen. 

Après les honneurs militaires et le passage en revue des troupes, le chef de l’Etat s'est fait présenter l’action des armées pour mieux connaître et anticiper les crises, dans un contexte de forte évolution des formes de conflictualité, notamment grâce aux capacités acquises depuis l’entrée en vigueur de la loi de programmation militaire.

Revoir le discours du Président : 

 

En images :

19 janvier 2022 - Seul le prononcé fait foi

Vœux aux armées du Président Emmanuel Macron.

Télécharger le .pdf

Mesdames les Ministres,

Monsieur le Président de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat,

Madame la Présidente de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées de l’Assemblée nationale,

Madame la Présidente au Parlement européen, où j’étais ce matin,

Mesdames et messieurs les Sénateurs,

Mesdames et messieurs les députés,

Mesdames les députés européennes,

Madame la préfète,

Monsieur le Président du conseil régional,

Monsieur le Président de la Collectivité européenne d’Alsace,

Mesdames et messieurs les maires,

Mesdames et messieurs les élus,

Monsieur le chef d’Etat-major des armées,

Monsieur le délégué général pour l’armement,

Madame la secrétaire générale pour l’administration,

Monsieur le directeur général de la Gendarmerie nationale,

Messieurs les chefs d'Etat-major,

Mesdames et Messieurs les officiers généraux, officiers, sous-officiers, officiers mariniers, soldats, marins, aviateurs et personnels civils des armées,

Mesdames et messieurs, 

Je suis heureux d'être parmi vous aujourd'hui, et j'ai toujours plaisir à partager, en début d'année, ce temps avec nos armées parce qu'au-delà d'échanger sur vos missions, d'apprendre à chaque fois, je crois que nous sommes tous dans cette situation, les innovations en cours, le déploiement parfois de décisions que nous avons collectivement prises, de découvrir des réalités opérationnelles nouvelles, c'est aussi le cadre d'un moment d'échanges plus directs avec vous. 

Pour cela et pour cette journée déjà, merci. Je sais aussi la préparation méthodique et l'engagement de toutes celles et ceux qui nous ont apporté des explications tout au long de cet après-midi. Aujourd'hui, au camp d’Oberhoffen, je ne veux pas faire le catalogue complet des résultats opérationnels de toutes vos réalisations sur l'année écoulée. À votre tête depuis presque 5 ans, je sais exactement ce qui sous-tend les résultats atteints, les succès opérationnels de la bataille de Baghouz à l'opération Hamilton, de la neutralisation des chefs terroristes, au déploiement d'un MMR, Eléments Militaires de Réanimation à Mulhouse, ou plus récemment, j'y reviendrai, de l'opération Apagan. L'immense respect, confiance, popularité de nos armées et des Françaises et des Français à l'égard de nos armées le prouve. Nos compatriotes connaissent votre efficacité, vous soutiennent, vous font confiance et ils ont raison. Cette année encore, l'engagement opérationnel des armées n'a jamais faibli dans sa diversité sur le territoire national, de l'Hexagone aux outre-mer, en mer, sous les mers, dans les airs, dans l'espace ou à l'étranger. Notre dissuasion nucléaire crédible, strictement défensive et suffisante, est demeurée chaque jour discrètement au cœur de la protection et de l'indépendance de la nation. Vous avez tenu les postures permanentes illustrant à chaque instant la pertinence de nos organisations : en Manche avec 8 600 vies sauvées, en l'air, 158 missions réelles de sûreté aérienne déclenchées, nos forces terrestres sont poursuivies selon des modes d'action élargis, l'opération Sentinelle qui nourrit ce lien de confiance que j'évoquais tout à l'heure. Protection des grands événements, des sites sensibles sur terre, en l'air ou depuis la mer, missions de sécurité civile, posture permanente renforcée de cyberdéfense, surveillance de l'espace. Toutes ces postures, vous les tenez. D'une certaine manière, en constituant une forme de posture nationale permanente déclinée dans les différents espaces à chaque minute, chaque jour. Mais vous avez aussi lutté, et je parle ici sur une terre qui a vécu avec tant de cruauté, l'épidémie qui traverse encore notre pays, et ce, dès le début de la crise. Vous avez lutté par la bien nommée opération Résilience avec toute la nation contre le Covid-19. Soulageant les territoires en tension et j'évoquais, je m'en souviens comme si c'était hier, Mulhouse, nos services de santé, ces lits déployés en urgence pour venir au secours des services hospitaliers, mais aussi soulageant nos Outre-mer, renforçant en métropole l'ouverture des grands centres de vaccination quand le pic de la crise hospitalière était à un moment passé.

En parallèle de toutes ces missions, la France a continué d'être mobilisée sur les théâtres d'opérations. Au Moyen-Orient, notre engagement est resté crucial pour contenir avec nos partenaires la résurgence de Daesh. En Afghanistan, au cœur de l'été, vous avez avec un préavis si court, indépendamment de notre volonté, vous avez avec audace, agilité et efficacité, conduit une opération extrêmement délicate, l'opération Apagan. Vous, aviateurs, commandos, militaires engagés dans les chaînes de commandement et de soutien, vous avez fait preuve pendant 15 jours de quasi chaos à Kaboul, d'un engagement hors du commun pour évacuer les ressortissants français, mais aussi européens et de pays tiers, ainsi que près de 2 600 Afghans menacés du fait de leurs liens avec la France ou de leurs actions pour la défense des valeurs universelles. Plus de 2 800 personnes vous doivent la vie. Grâce à votre professionnalisme, à votre aptitude à agir concrètement sur le terrain avec les équipes des Ministères de de l’Europe et des Affaires étrangères et de l'Intérieur, également remarquables dans leur engagement. Vous avez agi, œuvré pour protéger et pour la liberté. C’est pour nous tous une source de fierté. En bande sahélo-saharienne, vous le savez, nous avons décidé depuis le sommet de Pau, progressivement, de transformer notre dispositif, de l'adapter ensuite lors du sommet de Ndjamena au début de l'année dernière, pour adapter l'opération Barkhane après les résultats obtenus et pour tenir compte de l'évolution du contexte. Cette transformation, vous l'avez entreprise d'une façon précise, rapide, ordonnée, professionnelle, qui fait honneur aux soldats de notre armée de terre et à la Chaîne interarmées de commandement. Et je veux ici également remercier nos forces spéciales, si mobilisées aussi sur ce théâtre d'opérations. Je veux à cet égard remercier le chef d'état-major des armées, le général Thierry BURKHARD, dont les conseils et la clarté sont précieux en ces moments si importants. Oui, notre action s’ajuste, le combat contre le terrorisme continue, mais se transforme et il se transforme dans un contexte où je veux ici saluer l'engagement de nos partenaires européens et l'engagement et la cohérence de nos partenaires africains qui ont encore pris récemment des décisions courageuses ainsi que la qualité des travaux menés en commun pour pouvoir prendre face à une situation très évolutive les bonnes décisions. Pendant ce temps, loin des écrans, avec constance et sur tous les océans, les équipages de la Marine nationale conduisent leurs opérations. En Indo-Pacifique, nos bâtiments et les avions projetés de l'armée de l'air et de l'espace donnent crédit et poids à la stratégie que nous avons définie, cruciale pour la France et pour l'Europe. Une stratégie indépendante, pleinement souveraine, une stratégie de puissance d'équilibre ô combien importante. Et sans être exhaustif, je n'oublie pas non plus la contribution de nos armées aux équilibres de notre Europe. Nous avons continué à nous déployer pour la sécurité de nos partenaires européens dans le cadre des missions de l'OTAN et les missions eFP chez nos amis baltes et nous continuerons de le faire dans la durée, de même que nous avons indiqué notre disponibilité à aller plus loin et dans le cadre de l’OTAN, à nous engager sur de nouvelles missions afin de prendre toutes nos responsabilités dans des missions de type eFP en particulier en Roumanie si elles étaient décidées. Solidarité à l’égard de nos amis Européens dans le cadre de l’OTAN, engagement accru de la France de même que nous avons continué de conduire des opérations en Méditerranée orientale, en mer noire, dans le golfe persique partout où la sécurité directe au voisinage de notre Europe était en jeu. Tous ces résultats visibles ou non au public mais toujours au rendez-vous des intérêts de notre pays obligent la nation.

Par ma voix, elle vous exprime sa considération, vous témoigne son immense respect et une reconnaissance infinie pour vos sacrifices. Alors, au nom de la France une nouvelle fois cette année, je veux m’incliner devant la mémoire de nos morts en opération ou à l’entraînement. Nous n’oublions aucun de nos morts et je le dis ici même où il y a presque un an jour pour jour, la Ministre était à vos côtés pour deux de vos frères d'armes. Je pense à chacun d’entre eux et pense chaleureusement à leur famille. J’adresse mes encouragements et mon soutien à nos blessés, à leurs proches et j’ai une pensée reconnaissante pour les femmes et les hommes qui les soignent et qui les soutiennent. Là encore, le service de santé des armées est au rendez-vous, au cœur de la nation, au cœur des opérations. Ces missions, ces résultats opérationnels, ces sacrifices justifient s’il en était besoin qu’on porte attention à l’équipement de nos armées et en l’espèce qu’on remédie à une fragilisation qui s’était progressivement accumulée à certains endroits par des contraintes, quelques fois des renoncements. Vous l’avez vécu, le surengagement en opérations conjugué aux réductions temporaires de capacité trop vite consenti, avait pu abîmer, fragiliser pour partie nos armées. Ce sont ces lacunes qu'ensemble, nous avons voulu combler par l'accélération des livraisons et par le lancement de programmes futurs. Nous avons voulu, dans la loi de programmation militaire, rendre aux armées les moyens adaptés, modernes, puissants, innovants pour mieux remplir leurs missions aujourd'hui et demain. 198 milliards d'euros sont mobilisés sur la période 2019-2023. Un engagement pris et tenu année après année, pour un profond renouveau de notre défense. Un engagement qui a reposé sur un travail stratégique, une analyse des nouvelles menaces et un effort massif de la nation. Depuis sa promulgation, la trajectoire de ressources de la loi de programmation militaire a été rigoureusement respectée avec le vote pour 2022 d'un budget conforme de 40,9 milliards d'euros. Je peux ici témoigner de la tension constante de votre Ministre. De la Ministre des Armées, Florence PARLY dont je veux saluer l'action décisive depuis 4 ans et demi à la tête du Ministère des Armées à mes côtés et je veux remercier de son engagement, son sérieux et de sa ténacité. Je veux également remercier les parlementaires des commissions des deux assemblées, le Président et la Présidente que j'évoquais tout à l'heure et l'ensemble des parlementaires qui œuvrent à leurs côtés. Je sais combien aussi vous avez été vigilants au respect de cet engagement et combien, dans le cadre du rôle et de la mission qui est celle de nos assemblées, vous êtes aux côtés de nos armées et de notre défense nationale, merci pour cela. Les résultats de cette constance dans l'effort sont aujourd'hui visibles. Petits équipements à hauteur d'homme, nouvelles infrastructures, lancement de programmes majeurs comme le porte-avions nucléaire de nouvelle génération ou le système de combat aérien du futur, en coopération avec l'Allemagne et l'Espagne. Investissement massif dans le renseignement et dans les nouveaux champs de conflictualité, qu'il s'agisse du cyber ou de l'espace. Cette remontée qu’il s’agisse du cyber ou de l’espace. Cette remontée en puissance se traduit par la modernisation de notre dissuasion, mais aussi par la livraison de nouveaux matériels. Véhicule, griffon et jaguar, avion de transport MRTT A400M, patrouilleur, outre-mer et frégate multi-mission FREMM. Le griffon, nous l’évoquions tout à l’heure, mon général, matériel emblématique de la transformation Scorpion de l’armée de terre est aujourd’hui engagé en opération au Sahel, les premiers retours m’ont paru positifs, sous le contrôle collectif. Vous avez su créer, entretenir une dynamique importante en matière d’innovation en plus de tout cela, pour faire face aux défis du future, pour retrouver ou conserver le plus haut niveau d’excellence technologique et militaire.

L’enjeu des prochaines années, en cohérence avec l’ambition 2030 sera d’adapter davantage notre modèle d’armée aux nouvelles menaces, dont nous voyons chaque jour l’expression croissante. Je veux à cet égard dire ma satisfaction quant au premier résultat atteint. Je pense en particulier aux travaux de la DGA, et je veux remercier le délégué général pour son travail, l’engagement de ses équipes au-delà de tout ce qui fait le quotidien pour ces avancés. À l’agence d’innovation de la défense, qui fut une véritable innovation en soi, et qui a permis de porter nombre de ses projets. À la Red Team aussi, dont je salue la qualité des travaux, et qui montre que l'innovation n'est pas seulement dans les équipements, mais la manière aussi de concevoir les évolutions, les nouvelles techniques, les scénarios du futur qui parfois arrivent, je dois bien l’avouer plus vite qu'on ne le pensait. À chaque fois que nous avons voulu aller plus vite, anticiper des nouvelles formes hybrides de conflictualité, de nouveaux théâtres d'opérations, ce qui paraissait impensable, de nouvelles technologies, les faits nous ont donné raison bien plus tôt que nous ne le pensions. Nous devons donc continuer de tenir ce cap, et j'insiste sur ce point. C'est pourquoi cette LPM était pour partie, une LPM de réparation, à coup sûr, une LPM à hauteur d'homme, mais une indispensable LPM pour continuer à innover et anticiper, car nous vivons une période de retour du tragique, mais d'accélération de l'histoire, de l'histoire, des conflictualités, des équipements, qui traverse tous les continents. C'est une approche ouverte, lucide, créative que nous avons adoptée. Et je veux ici saluer toutes celles et ceux, qui, dans les forces, fort de leur expérience et de leur sens du concret, savent apporter ses réponses pour aujourd'hui et pour demain. Et puisque j'évoque l'excellence, je veux ici aussi saluer l'engagement et l'excellence de nos industriels, qui ont remporté cette année des succès à l'export absolument majeurs. Je remercie l'ensemble du Ministère pour le soutien, l'accompagnement et je veux féliciter toutes nos armées, car ceci est imbriqué. Nos industriels ont gagné de formidables contrats. Nous les avons nous-mêmes signés, et accompagnés, y compris ces dernières semaines. Mais ces contrats ne sont obtenus aussi que parce qu'il y a l'excellence de nos armées, la coopération, et la confiance entre armées pour utiliser ces mêmes équipements. C'est la preuve, s'il en était, du degré de reconnaissance, de la qualité de nos équipements, et de la force de certaines alliances que nous avons su nouer. Vous avez en outre su intégrer votre action dans le cadre du plan de relance que j'ai décidé en 2020, illustrant, si c'était nécessaire, l'osmose entre les armées, notre base industrielle et technologique de défense et les territoires. Nous l'avons encore vu tout à l'heure, avec plusieurs grandes entreprises alsaciennes qui ont contribué aux équipements qui étaient sous nos yeux. Cet investissement, vous l'avez accompagné d'un travail très profond pour amplifier ses effets bénéfiques, moderniser en profondeur le Ministère des Armées, et optimiser le fonctionnement des fonctions support. 17 chantiers de réforme sont conduits en cohérence avec la stratégie de transformation publique. Merci Madame la Secrétaire générale. Et les résultats sont là, qu'il s'agisse de la simplification, de la conduite des programmes d'armement, du maintien en condition opérationnelle, de la transformation numérique, de la prise en compte des enjeux environnementaux. Je veux ici saluer, à cette occasion, les femmes et les hommes des services de soutien du Ministère des Armées, civils et militaires, qui sont aujourd'hui très loin d'une vision arrière-avant pour le moins datée et participent résolument à ces transformations tout en accomplissant leur mission. Dans un contexte budgétaire qui aurait pu nous conduire à remettre en question l'effort financier décidé, nous avons décidé de le maintenir conformément à nos engagements pour les hommes et les femmes des armées, d'active et de réserve, qui méritent une condition militaire adaptée. C'est un autre sens de la dimension à hauteur d'homme portée par la Ministre avec détermination, y compris à travers le plan famille et le plan hébergement. Je veux saluer, là aussi, l'engagement de la Ministre et de la Ministre déléguée pour déployer ces plans avec l'ensemble des équipes des Ministères. La programmation permet de voir loin, mais le quotidien du militaire s'inscrit dans le temps court et notre devoir pour continuer d'attirer les plus jeunes, pour permettre aussi de continuer à mener une vie familiale compatible avec les exigences de la militarité : accompagner toujours et encore. Les hommes et les femmes des armées méritent une condition militaire moderne, préservée, préservée notamment de toute banalisation. Cette militarité, nous y tenons, nous l'avons défendue et nous continuerons de la porter à tous les niveaux et dans tous les cénacles. Et je le dis pour toutes les composantes du Ministère des Armées, vous le savez, mon général, combien j'y tiens aussi, pour nos gendarmes. Que toute ambiguïté soit à cet égard levée. Nous avons défendu, porté cette voix au niveau européen. Nous avons été aussi entendus quand il a fallu littéralement plaider et je vous en félicite, et nous avons obtenu les clarifications qui ont préservé notre cadre d'action. 

Cette année 2022 verra aussi, par exemple, le déploiement de la seconde tranche de la nouvelle politique de rémunération des militaires, une réforme essentielle, conduite avec beaucoup de vigilance dans un souci de justice et de simplification, une condition commune aux militaires d'active et de réserve. Je veux dire à cette occasion l'importance que j'attache à la réserve opérationnelle, qui concourt de façon souvent déterminante au succès de nos forces et contribue à l'ancrage des armées dans la société. À ce double titre, elle mérite non seulement notre considération, mais aussi peut-être une ambition renouvelée. C'est en effet cette condition militaire qui, par capillarité, permet d'entretenir un état d'esprit, une culture, une culture du service, un sens du bien commun unique qui inspire la société bien au-delà de vos bases et de vos camps et, je dois le dire, continue de m'inspirer moi-même dans mon action. Ainsi, à Marseille, nous avons pu décider l'extension du service militaire volontaire ou en Polynésie française et à Mayotte, qui verront la naissance de nouvelles compagnies du service militaire adapté dès 2022. Merci pour ces efforts faits en plus, mais j'ai pu voir ô combien, à chaque fois, des vies étaient changées par ces actions concrètes et ô combien notre jeunesse, à travers ces initiatives, ces unités, se voyait offrir une nouvelle chance, acquise à une nouvelle fierté et découvrait pas simplement notre armée, mais ce lien unique entre la nation française et son armée. J'ai, vous le savez, demandé une réflexion sur ce modèle très reconnu et ce qu'il peut inspirer, en particulier sur le territoire métropolitain, pour les dispositifs existants ou à venir, militaires ou non, dans les champs éducatifs, comme le SMV, ou sociétaux, comme le SNU, dont l'ambition maintenue se concrétisera cette année dès les vacances de février par les premiers stages de cohésion. Vous avez encore beaucoup à offrir à la jeunesse de notre nation et je sais pouvoir compter sur vos savoirs faires pour l’avenir comme vous pouvez continuer à vous inspirer de vos anciens combattants, retirés ou gardant le lien dans la réserve, dans l’animation du monde toujours combattant, accompagnés avec bienveillance, attention et affection par la Ministre déléguée, Geneviève DARRIEUSSECQ que je remercie ici.

Oui, beaucoup a continué d’être fait pour ce monde toujours combattant et nos anciens car leurs empreintes nous montrent la voie, car le témoignage qui est le leur continue de nous inspirer. Et je le dis en ce début d’année, alors que les derniers mois ont été à cet égard si cruels — comment, ici, ne pas évoquer le témoignage éternel d'Hubert GERMAIN, dernier des 1 038 compagnons solennellement accueillis au mont Valérien ? Lui dont la mémoire, le legs comme celui de tous les autres compagnons, est désormais porté par l'ordre de la Libération. Il demeure un phare dans la pénombre. Pour l'année qui s'ouvre, comme les suivantes, nous continuerons d'être inspirés par leur exemple et leur force d'âme. Je n'oublie pas non plus les appelés d'Algérie, à qui la nation rendra hommage le 18 octobre prochain, les engagés de l'opération Daguet que nous avons commémoré l'automne dernier et qui se sont eux aussi, par leur engagement, leurs actions, des exemples et nous obligent.

Réparer notre défense, je le disais, c'était indispensable. La nation vous le devait. Il le fallait aussi pour répondre aux nouveaux défis dans le contexte que j'évoquais. Même si le risque existe que la pandémie écrase toute autre préoccupation, une vision du long terme, du contexte et des enjeux reste toujours primordiale. Et je dois le dire, c'est la force de nos armées de toujours gérer l'urgence avec la plus grande rigueur, mais de ne jamais oublier, en particulier au niveau du commandement, mais jusque dans l'intimité du terrain, la vision du long terme et les grands axes stratégiques. Nous avons un devoir de lucidité. Les grandes tendances, les lignes de force, les mouvements de fond de l'histoire sont certes enveloppés d'un brouillard qui, si nous n'y prenons garde, pourrait nous conduire à négliger le temps long et lointain, en ce qu’il serait imprédictible, imprévisible. Ce serait une folie que de perdre de vue l'horizon en se focalisant sur la prochaine lame, le prochain nuage. Non, il nous faut chercher à connaître, à anticiper et ces capacités, je l'ai évoqué en parlant à l'instant de l'innovation, sont sans doute aujourd'hui encore plus déterminantes qu'hier. Bravo donc et merci aux hommes et aux femmes du renseignement, mon général, qui m'ont présenté leurs actions aujourd'hui ici. Une action difficile pour une fonction stratégique vivante qui elle-même évolue, car il ne suffit plus de connaître pour anticiper. Nous l'avons vu, il faut de plus en plus caractériser, comprendre, attribuer pour mieux garder l'avantage dans l'action tactique comme au niveau stratégique. Il faut de plus en plus savoir travailler avec des partenaires multiples au sein de l'Etat, chez nos alliés et savoir, là aussi, transformer notre action avec des capteurs nouveaux, des acteurs non étatiques qui tantôt sont les proxys de nos ennemis et quelquefois peuvent être nos alliés. La situation internationale décrite par la revue de 2017 s'est confirmée lors du travail d'actualisation stratégique de 2021. La France doit défendre ses intérêts et porter ses valeurs, les siennes propres et celle de l'Europe, dans un monde où la compétition stratégique s'accentue avec une désinhibition des comportements de certains Etats, tandis que la menace terroriste reste forte.

Mais la longue crise Covid a comme servi de catalyseur. Elle a accéléré et a amplifié l'expression des menaces perçues dans tous les champs de conflictualité. Guerres et paix en ces temps de menaces hybrides et de zones grises sous le seuil du conflit ouvert cèdent la place à la compétition, la contestation, voire l’affrontement, comme l’a d’ailleurs bien explicité le CEMA dans sa vision stratégique. Quand l'attaque informatique accompagne la discussion diplomatique, quand les thoniers deviennent des armes, quand les affamés ou les persécutés sont des instruments de déstabilisation, quand le jeu à travers des puissances tierces utilisant les flux migratoires devient un outil de déstabilisation, quand terrorisme, trafics, prise d'otages s'entremêlent, la frontière entre paix, crise et guerre s'estompe. C'est exactement le monde dans lequel nous vivons. C'est le monde dans lequel nous vivons, sur des théâtres d'opérations où nous sommes engagés, au Proche et Moyen-Orient et en Afrique, mais c'est celui que des puissances autoritaires voisines sont en train de nous imposer à nos frontières et sur notre sol. Ces derniers mois l'ont encore montré. Le monde est donc plus que jamais imprévisible, les espaces de compétition se multiplient qui affectent directement notre pays, notre Europe, notre modèle et nos valeurs. Marquées par la présence d'acteurs non étatiques au statut douteux, par le non-respect du droit des conflits armés et de nombreuses exactions, les crises ouvertes affectent souvent des pays aux structures rendues rapidement dysfonctionnelles, qui perdent le contrôle effectif du territoire et n'ont plus la légitimité pour exercer le monopole de l'usage de la force légitime. Toute ressemblance avec des situations connues qui nous préoccupent chaque jour n'est évidemment pas fortuite ici dans mon propos. Parallèlement, des pays remettent en cause le multilatéralisme édifié après la Seconde Guerre mondiale. Bien sûr, ce multilatéralisme n'a pas empêché la polarisation Est-Ouest et nombre de conflits, mais il a permis de définir un corpus de valeurs à vocation universelle et de normes qui, en régulant les ambitions et les expressions de la puissance, avaient réduit les risques stratégiques. Affaibli, le multilatéralisme laisse sa place aux rapports de force qui deviennent un mode d'expression assumé des relations internationales. Utilisation de mercenaires, marquage dangereux en haute mer ou dans les détroits, manœuvres irresponsables d'approche dans le ciel et l'espace, prétention de déni d'accès, pressions aux frontières, prédation de ressources dans les zones sous juridiction internationale, usage débridé de la désinformation, là aussi, les exemples abondent de ce qui devient permis lorsque sont transgressés le droit international et les bonnes conduites. Vous comprenez que ce que je viens d'esquisser, qui est le monde dans lequel nous vivons, nous place dans une situation à haut risque. Une situation où les escalades sont possibles car les codes, les règles, les usages du multilatéralisme sont en train de se désagréger et où les affaiblissements peuvent être très rapides ou les désagrégations de situations stratégiques peuvent être extrêmement rapides compte tenu de ces nouvelles formes de conflictualité. Tout cela nous impose d'abord de l'intégrer dans nos capacités d'action et de réaction, mais de transformer en profondeur, comme nous sommes en train de le faire, l'ensemble de nos fonctions. La grammaire change et donc nous devons comme nous sommes en train de faire et je veux saluer ici votre capacité d'adaptation et je sais la pression que je mets au quotidien sur ces sujets, nous sommes en train de changer en profondeur notre capacité à obtenir, à traiter et à faire usage du renseignement, nous l'avons vu, à nous déployer nous aussi à changer nos formes d'action. Mais nous devons en tirer toutes les conséquences, y compris sur le plan diplomatique. Dès 2017, j'ai défini la France comme une puissance d'équilibre. Ce concept d'équilibre impose, je l’ai rappelé devant les chefs d’Etat et les autorités présentes au forum de la Paix du 11 novembre de redonner force à ce multilatéralisme. Et l’action collective, c’est toute l’ambition que notre présidence française de l’Union européenne qui vient de débuter aura à mettre en œuvre. Oui, à côté de toutes les transformations qui sont en cours, du changement même de notre cadre de penser, des changements technologiques, stratégiques et opérationnels que nous sommes en train d’envisager, nous devons nous réarmer diplomatiquement et géopolitiquement pour faire face à cette situation. C’est pourquoi nous défendons une Europe de la défense dans le cadre de l’OTAN, compatible pas simplement complémentaire mais la renforçant. C’est pourquoi dans le cadre de la présidence française, nous aurons à parachever l'exercice de boussole stratégique européenne qui va favoriser notre action commune dès le mois de mars prochain, bâtir des réponses concrètes avec de nouveaux acteurs, de nouvelles méthodes, de nouvelles formes de coalitions — à l'image de ce que nous sommes en train de bâtir et que nous continuerons de faire évoluer au Sahel —, innover, investir résolument dans les technologies d'avenir en européen pour œuvrer dans tous les milieux. C'est aussi fort de ces constats que j'ai souhaité que nous puissions proposer en Européens, comme je l'ai dit ce matin au Parlement européen à Strasbourg, un nouvel ordre de sécurité et de stabilité pour notre Europe, c'est-à-dire une vision européenne que nous devons porter nous-mêmes et assumer en Européens. Sur l'ensemble des armements qui touche notre sol et notre sécurité collective, mais également sur le code de bonne conduite de toutes les puissances pour préserver l'intégrité et la souveraineté de tous les États européens, quelle que soit leur histoire, conformément aux principes mêmes que nous avons signés, nous Européens, comme les Russes, il y a maintenant 30 ans. Ne soyons pas les spectateurs d'une forme de recomposition internationale qui fait revivre des formes à passer dans un monde qui n'est plus, soyons les acteurs géopolitiques de ces nouvelles conflictualités où nous avons nous-mêmes à construire le cadre, la pensée et aussi les voies et moyens d'une action diplomatique et militaire pour notre sécurité collective. C'est ce que nous nous devons à nous-mêmes comme nation. C'est ce que nous devons à nos partenaires européens comme membres de l'Union européenne. C'est ce que nous devons aux alliés au sein de l'OTAN si nous voulons résolument avoir une véritable sécurité et stabilité européennes et une protection de la souveraineté de chacun. Voilà les quelques convictions que je voulais partager, sans être pour autant exhaustif en ce début d'année avec vous.

Assurer la place des armées dans la nation, protéger la France et l'Europe, préserver notre capacité à défendre partout où cela est nécessaire, nos intérêts et à assumer nos responsabilités internationales, c'est bien une question de cohérence, de détermination face aux constats alarmants que nous connaissons. C'est pourquoi je veux vous remercier toutes et tous, l'ensemble des forces armées, ici présents, nos services également ici présents, qui travaillent en étroite symbiose avec nos amis. Cet effort au profit de la défense, urgent et indispensable pour notre avenir, notre souveraineté, notre liberté, nous l'avons engagé et vous l'avez compris. Il va falloir le poursuivre et l'intensifier dans la durée. Maîtriser notre destin demain suppose dès aujourd'hui des armées modernes en symbiose avec la nation, prêtes à s'engager totalement sous faible préavis, préparées pour les missions qui les attendent.

Demain comme aujourd'hui, c'est mon ambition et l'objectif que je vous assigne en cohérence et en confiance. Je vous souhaite à toutes et tous une excellente année 2022 et je veux vous dire ce soir, que vous pouvez être fiers de votre engagement et de tout le travail accompli. Je sais que vos chefs sont fiers de vous, je sais que vos familles sont fières de vous.

Je veux ici vous dire ce soir que la nation française est fière de vous, et qu’à titre personnel, je suis ô combien fier depuis bientôt 5 ans d’être là où je suis, à vos côtés, parmi vous. Merci.

Vive la République et vive la France !

 

 

Voir tous les articles et dossiers