Publié le 3 décembre 2020

Allocution du Président Emmanuel Macron en hommage au Président Valéry Giscard d’Estaing.

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Le Président Valéry Giscard d’Estaing a quitté hier le pays qu’il a aimé et le peuple qu’il a servi.

Il part en des temps tourmentés, victime à son tour de ce mal contre lequel nous luttons et qui a bouleversé le monde.

Il aura été une figure centrale de l’histoire de notre République : au tournant de ses trente ans, Ministre d’abord du général de Gaulle, puis de Georges Pompidou, il devint Président de la République à 48 ans.

Sa Présidence aura changé la France.

La défense des femmes et leur promotion à de hautes responsabilités, le divorce par consentement mutuel, la majorité civile à 18 ans, l’interruption volontaire de grossesse, l’intégration de ceux des nôtres qui sont en situation de handicap. Si notre société s’est modernisée, ouverte, si nos vies sont plus libres, c’est aussi à son courage et à son audace que nous le devons. 

Il s'engagea également pour donner à l'Europe l'idéal et la volonté qui lui ont souvent manqué.

L’élection du Parlement européen au suffrage universel, l’instauration du Conseil européen, les prémisses de la monnaie unique, le couple franco-allemand qu’il formait avec le chancelier Helmut Schmidt : si notre continent est plus uni, plus fort, c’est aussi à sa passion européenne que nous le devons.

Un jour de deuil national sera décrété le mercredi 9 décembre. 

Revoir l'allocution du Président de la République :

HOMMAGE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE À VALERY GISCARD D’ESTAING

3 décembre 2020 - Seul le prononcé fait foi

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Françaises, Français,
Mes chers compatriotes,
 
Le Président Valéry Giscard d’ESTAING a quitté hier le pays qu’il a aimé et le peuple qu’il a servi.
Il part en des temps tourmentés, victime à son tour de ce mal contre lequel nous luttons et qui a bouleversé le monde.
 
Il aura été une figure centrale de l’histoire de notre République : au tournant de ses trente ans, Ministre d’abord du général de Gaulle, puis de Georges Pompidou, il devint Président de la République à 48 ans, soutenant un projet de modernisation à un rythme sans précédent puis s’engageant pour donner à l’Europe l’idéal et la volonté qui lui ont souvent manqué.
 
J’appartiens à une génération qui est née sous sa Présidence et qui, sans doute, n’a pas toujours mesuré à quel point Valéry Giscard d’ESTAING avait, pour elle, changé la France.
 
Pourtant.
 
La défense des femmes et leur promotion à de hautes responsabilités, le divorce par consentement mutuel, la majorité civile à 18 ans, l’interruption volontaire de grossesse, l’intégration de ceux des nôtres qui sont en situation de handicap. Si notre société s’est modernisée, ouverte, si nos vies sont plus libres, c’est aussi à son courage et à son audace que nous le devons. 
 
L’élection du Parlement européen au suffrage universel, l’instauration du Conseil européen, les prémisses de la monnaie unique, le couple franco-allemand qu’il formait avec le chancelier Helmut SCHMIDT : si notre continent est plus uni, plus fort, c’est aussi à sa passion européenne que nous le devons.
 
La création du G7, le groupe des pays industrialisés : si le monde peut aujourd’hui s’organiser face aux défis des temps, son intelligence visionnaire y a largement contribué.
 
Oui, par les transformations engagées, par les réformes menées, l’action déployée, par son œuvre et sa pensée, Valéry GISCARD D’ESTAING, habite aujourd’hui nos vies, sans doute plus encore que nous ne le pensons.
40 ans après avoir présidé aux destinées de la France, ce qu’il a accompli nous accompagne toujours.
 
Il a présidé à une profonde mutation de notre pays, passant d’une large période d’après-guerre et des Trente Glorieuses à des temps de défis et de rude concurrence mondiale.
Il a fait entrer la France dans une modernité sociale, institutionnelle mais aussi dans une Europe en plein élan, dans une mondialisation en plein essor qui vivait déjà ses premiers déséquilibres. Il a regardé notre pays en face, avec les yeux d’une génération nouvelle, qui a voulu le progrès sans sacrifier de sa liberté.
Sans que nous en ayons toujours conscience, nous marchons dans ses pas, son septennat a marqué notre pays et nos vies tout entières.
 
Après 1981, Valéry GISCARD D’ESTAING ne prit jamais congé des Français.
Inlassablement, il continua à les servir.
En élu local enraciné. Les Auvergnats savent ce qu’ils doivent à celui qui œuvra sans relâche pour aménager, équiper, faire briller ces terres volcaniques qui lui étaient si chères.
En Européen, toujours. Entre autres en présidant la Convention sur l’avenir de l’Europe, en réfléchissant, en proposant.
En engagé, enfin. En inspirant par son action, ses idées, nombre de responsables français et européens des générations contemporaines qui lui doivent tant.
 
Le temps, à la fin, dévoila l’homme derrière le Président.
Le romancier et l’essayiste, élu à l’Académie française.
L’amoureux de notre langue et de notre littérature.
L'homme d'émotion, qui récitait avec nostalgie « le vert paradis des amours enfantines » de Baudelaire.
Le Président GISCARD D’ESTAING avait recueilli nos suffrages et il finit par conquérir notre admiration, nos cœurs même.
 
Mes chers compatriotes,
Par pudeur, la même qui le conduisit à ne pas se prévaloir de son engagement volontaire dans la Première armée de De Lattre à 18 ans ; par pudeur, Valéry GISCARD D’ESTAING ne souhaitait pas que soit organisé en son honneur un hommage national. Ses obsèques se dérouleront donc dans l’intimité familiale.
En accord avec son épouse, ses enfants et ses petits-enfants à qui je veux dire ce soir notre amitié et notre respect, je décréterai un jour de deuil national le mercredi 9 décembre.
Les Français qui le souhaitent pourront écrire quelques mots d’hommage dans nos Mairies et à Paris, au Musée d’Orsay, ce haut lieu de culture que nous lui devons.
Le 2 février prochain, jour de sa naissance, un hommage solennel sera organisé au Parlement européen de Strasbourg.
 
« Une vie, quelques jours et puis plus rien » écrivait Maupassant.
Valéry GISCARD D’ESTAING, pour une fois, fera mentir son écrivain de cœur.
Car son legs de modernité demeurera.
 
Notre République est transmission.
Aussi, au moment où se tourne, avec la mort du Président GISCARD D’ESTAING, une page de l’Histoire de notre pays, soyez sûrs que je mettrai avec vous tout en œuvre pour faire vivre cette flamme du progrès et de l’optimisme qui ne cessa de l’animer.
 
Vive la République.
Vive la France.

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