Publié le 10 juin 2019

Déplacement dans le Doubs à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet.

Discours du Président Emmanuel Macron - Ornans - bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet

10 juin 2019 - Seul le prononcé fait foi

Mesdames Messieurs les ministres, Mesdames Messieurs les parlementaires, Madame la présidente du Conseil régional, Madame la présidente du Conseil départemental, Mesdames Messieurs les maires, monsieur le préfet, cher Yan PEI-MING, cher Henri LOYRETTE, Mesdames Messieurs en vos grades et qualités. Je suis heureux de revenir sur ces terres comme je m’étais engagé, heureux aujourd’hui d’être parmi vous. Alors, je vous ai entendu avant toute chose Monsieur le maire et merci de nous accueillir à Ornans où chacun au fond a un peu le sentiment d’être chez lui, tant cette ville est devenue familière à celui ou celle qui au musée d’Orsay a croisé telle ou telle scène et qui parfois à l’autre bout du monde a pu croiser dans les livres parfois en noir et blanc, ces scènes dans lesquelles nous sommes arrivés, presque de nature morte.

Vous l’avez dit, ces terres d’un passé glorieux, une force, une attractivité touristique, elles ont aussi une force industrielle que je n’oublie pas en venant parmi vous aujourd’hui. C’est celle qui nous a conduits à accompagner avec les territoires d’industries, les initiatives prises par la communauté de commune, Monsieur le président et par tous les projets que vous portez, à accompagner les industriels de la plasturgie à l’industrie en passant par les transports, à ne pas oublier la microtechnique bisontine voisine, l’industrie automobile un peu plus haut et l’ensemble de ce qui fait le tissu industriel de cette belle région en allant jusqu’à l’excellence médicale de Dijon.

Ces territoires d’industries, nous continuerons de les accompagner, Monsieur le maire, et nous continuerons de donner aux élus et dans quelques jours le Premier Ministre dans le cadre de sa déclaration de politique générale donnera un cadre, un calendrier à ce sur quoi je me suis engagé, les moyens de faire et donc plus de liberté, plus de latitude en accompagnement des maires eux-mêmes pour faciliter leur engagement, en leur donnant plus de simplicité mais en permettant à l'ensemble de nos territoires de réussir davantage.

 

Cette belle région de Bourgogne-Franche-Comté, elle est au cœur de ses défis économiques et des réformes que nous aurons encore à conduire et à mettre en œuvre ensemble qu'il s'agisse de notre industrie, de la formation, de l'apprentissage et des transformations à venir, elle est évidemment au cœur de l'ambition culturelle que nous portons. Le calendrier des derniers mois suffit seul à en témoigner, j'étais parmi vous en novembre dernier pour rouvrir le musée des Beaux-Arts de Besançon, Monsieur le Maire, cher Jean-Louis, le plus vieux musée de France, trop peu de gens le savent, plus ancien que le Louvre et qui après des travaux magnifiques a pu ainsi rouvrir et de mémoire c'est devant l'Hallali du cerf, Madame la Présidente, que j'ai alors pris l'engagement d'être parmi vous aujourd'hui.

Quelques mois plus tard, avec le ministre de la culture, c'est à Dijon, cher François que le musée était lui aussi rouvert après 10 ans de travaux consacrant aussi ce que depuis tant d'années de décennies, cette ville de Dijon porte en matière culturelle, non seulement à travers son musée mais sa capacité à attirer les artistes du monde entier, les talents et à avoir su dessiner l'une des scènes culturelles les plus remarquables de l'art contemporain et je crois pouvoir dire que la trajectoire de notre ami YAN Pei-Ming, à elle seule suffit à dire le témoignage de reconnaissance à Dijon et la région.

 

Et puis aujourd'hui, nous nous retrouvons là pour ce bicentenaire de la naissance de Gaston COURBET dans un musée, pardon de Gustave COURBET, dans un musée rénové agrandi et ayant acquis pour l'occasion de nouvelles toiles et en particulier son chêne de Flagey et avec cette exposition que vous avez pensé, voulu et je vous en remercie à nouveau, de dialogue à travers les temps entre deux artistes uniques. Et pour accompagner ce travail, cet engagement, cette reconnaissance de l'œuvre de la trace de Gustave COURBET, Madame la Présidente, je sais que nous vous devons beaucoup et je veux saluer ce que vous avez à l'instant rappelé, l'engagement qui fut le vôtre, l'engagement du département en matière culturelle pour que ce projet puisse enfin voir le jour.

En augmentant le budget de la culture de 30 % pendant votre mandat, en vous engageant personnellement pour l'acquisition de cette toile que j'évoquais à l'instant comme pour la rénovation de l'atelier, vous avez permis que ce jour ne soit pas simplement une célébration mais bien une renaissance et je vous en remercie. Mais je ne veux pas ici voir de hasard, je pense que les terres ont une vérité et une histoire qui les portent. J'évoquais la part d'industrie qui a traversé le Doubs et toute la Bourgogne-Franche-Comté et qui est aujourd'hui encore présente mais cet art d'être libre qui accompagne COURBET pour ce bicentenaire c'est aussi cet esprit qui porte tout le territoire du Doubs. C'est cet esprit qui anime la commune de Verrières qu'imaginait Stendhal au début du Rouge et du Noir. Même si elle n'a pas véritablement existé, elle emporte les territoires, les caractéristiques et toute la vérité, c'est le fait qu'il n'y a pas de hasard si Proudhon, Fournier ou Hugo sont nés ou ont foulé ces terres et si les amitiés qui ont jalonné la vie de COURBET tout entière ont été portées par cet art d'être libre, cet esprit d'utopisme, ça n'est pas un hasard si quelques décennies plus tard les mêmes terres à Besançon allaient porter une autre utopie, celle de Lip et croiser encore des rêves d'un autre monde possible. Il y a au milieu de ces vallées, qu'il s'agisse du Doubs ou de la Loue, quelque chose d'une capacité à voir le réel et à penser l'impossible.

Je crois que cela correspond très profondément à la vérité des lieux et ils disent quelque chose et dans l'ancrage profond de Gustave COURBET dans ses terres, dans cet amour d’Ornans, il y a cet amour d'une forme d'utopie, d'un réalisme qui ne choisit pas simplement des terres qui seraient les siennes mais quelque chose d'autre qui peut devenir un combat pour la liberté qui est encore ici portée et auxquels vous rendez aussi hommage. COURBET après des infidélités à la Normandie et quelques temps parisiens a en effet trouvé son style ici, sa vérité et je crois c’est en retrempant véritablement son talent à Ornans qu'il a dessiné ce style, ce moment de la peinture qu'il a ainsi forgé. Et vous l'avez rappelé Madame la Présidente, ce fut tout au long de sa vie un combat, un combat assumé. COURBET a vécu toutes les gloires. Il a d'abord été célébré par Baudelaire, Gauthier avant d'être l'un des plus critiqués parfois par les mêmes, il a été célébré, c'est vrai, il a été célébré puis boudé, il a accompagné ses utopies des plus grandes, il a sauvé le Louvre et il n'a pas voulu tant que cela abattre la colonne Vendôme même si ça lui a coûté très cher mais pris dans les tourments de ce siècle et épousant ses idées par fidélité et tempérament, il a en tout cas bâti ici un moment essentiel de la peinture du 19e siècle.

On a raillé souvent "Les demoiselles des bords de la Seine" ou "Les Baigneuses" en parlant de tableaux monstrueux à l'époque mais il a réussi en effet en se replongeant dans ces paysages, dans les méandres de la Loue à réinventer, sortant du romantisme une forme de réalisme, ce qu'on a appelé véritablement le réalisme du 19ème siècle et à préparer la possibilité de l'impressionnisme. Parce que tout est gros déjà en lui en quelque sorte et je parle sous le contrôle d'expertsplus savants que moi mais COURBET fait partie de ces peintres pour lesquels je crois la question s'est beaucoup posée pour savoir à l'époque s’il fallait qu'il soit encore au Louvre ou s'il devait être déjà totalement à Orsay. Il est sous votre contrôle cher Henri LOYRETTE dans les deux. Comme s’il était à la césure de ces mondes parce qu'il est intégralement et complètement dans les deux encore ou déjà. Mais il y a dans la force, l'audace, ce rêve d'impossible de COURBET, cette volonté de mettre le quotidien ces scènes que j'aperçois derrière vous qui étaient des scènes jamais vulgaires et vous l'avez rappelé mais qui sont les scènes de notre quotidien, de les mettre dans le format avec la solennité, avec la composition de ce qui était réservé à l'art noble, aux scènes mythologiques ou à l'art divin. Et la transgression est là qui constitue à faire dans le cadre monumental avec le style et la composition de ce qui était interdit à la modernité ou au quotidien, eh bien d'y plonger ce qui était autour de lui. Et cette liberté donnée, cette capacité à rendre noble en quelque sorte ce qui était le quotidien, c'est le véritable geste réaliste et c'est celui qui inaugure ce moment de la peinture, de l'Enterrement à Ornans jusqu'à L'origine du monde, il y a toujours cette volonté en quelque sorte de transgresser, il y a cette volonté de bâtir chez Gustave COURBET un autre cadre.Freud appelait l'inquiétante étrangeté parce que plongé dans ce cadre nouveau ce qui était dans le quotidien devient différent, prend un tour presque fantomatique, connaît une solennité nouvelle. Tous les personnages de L'enterrement à Ornans sont connus, ils sont familiers, aucun n'est grossier. Et ils sortent du quotidien parce qu'ils entrent dans une composition qui les rend uniques. Et c'est ça le geste profond de l'artiste, c'est ça l'invention véritable de COURBET à ce moment-là et il y a chez lui comme quelque chose qui n'est pas terminé en quelque sorte, le romantisme est encore là et affleure dans tant et tant de toiles, l'impressionnisme et Manet sont déjà là qui pointent et le réalisme y est tout entier dans le choix qu'il a déjà fait, dans cette décision profonde.

 

Il est le peintre de ces confluences, de cet entre-deux, comme quelque chose qui ne se termine pas. Et le destin tout entier, vous l'avez rappelé de COURBET par amour de la liberté, par choix ne se terminera pas vraiment, se finira dans cet exil subi après la ruine, après la période de la commune et après en effet ce choix de liberté assumé qui finira si tragiquement. Et c'est sans doute précisément parce qu'il y a quelque chose qui ne se clôt pas chez COURBET, parce qu'il y a comme un point qui n'est pas mis comme une part d'indécidé et indécidable que ce dialogue était possible. Et je pense que vous avez eu raison de ne pas commémorer de manière morte ces 200 ans de la naissance de COURBET et de faire le choix en quelque sorte de poursuivre ainsi le dialogue.

Et c'est pour cela cher Ming que nous en venons à vous, parce qu'en effet ce bicentenaire nous l'avons fêté, bâti, construit mais vous l'avez voulu par ce dialogue comme insolite. Mais pour qui vous connaît et qui sait votre amour de la liberté, votre don pour l'insolence, il n'y a pas tant de hasards que cela. Vous l'artiste né à Shanghai et atterri à Dijon, fidèle à ses terres et à cette région que vous avez jalonnée comme vous l'avez rappelé, vous avez décidé ce dialogue, vous avez décidé non seulement de continuer de cheminer avec cette œuvre qui vous accompagne depuis plusieurs décennies mais de l'habiter en quelque sorte en travaillant plusieurs semaines dans l'atelier de l'artiste. Et l'exposition qui nous est donnée, cette véritable rencontre, ce regard croisé, ce clin d'œil à COURBET et là aussi je crois qu'il n'y a pas de hasard. Je parlais de l'intelligence des lieux et du fait que dans ces terres du Doubs, il y a un goût pour la liberté et l'utopie. Je crois aussi que dans les destins croisés de COURBET et du vôtre, il n'y a pas tant de hasards que cela, les deux portraits comme l'a rappelé Madame la Présidente à l'instant sont les deux portraits de deux hommes de 58 ans. Vous êtes là devant nous et je pense que le portrait de COURBET doit être l'un des derniers car il allait bientôt mourir. Et vous aimez ces rencontres, elles ont d'ailleurs toujours jalonné votre œuvre qu'il s'agisse de votre père ou d'autres artistes.

La rencontre que vous faites avec COURBET pour nous et ce dialogue qui est insinué, noué c'est celui d'un artiste triomphant avec celui qui s'apprête à mourir en exil. Cette contemporanéité, ce fait que vous, vous revenez dans l'atelier que lui ne pouvait plus fréquenter, quitté par tout le monde simplement soutenu encore par quelques mécènes et si peu d'autres. C'est un dialogue entre les destins, un hasard objectif aurait dit BRETON, qui n'en est pas un véritable. Il y a d'ailleurs chez vous tant de similitudes, ce fait de choisir les grands formats pour ceux qui ne l'étaient pas destinés à y être abrités, ce fait de chérir les siens et de vouloir en quelque sorte les mettre à part de l'histoire en leur donnant des visages, en leur faisant parcourir ces moments. Tout dans votre peinture depuis plusieurs années est déjà gros de ce dialogue et vous faites partie de ces peintres qui ont toujours vécu en quelque sorte ainsi sur l'épaule des géants. Vos dialogues avec Vinci et avec tant d'autres en sont la trace. Vous n'avez jamais hésité à transpercer le temps et j’avais été frappé, il y a plusieurs années en vous lisant, vous aviez dit, je crois que c'était l'un de vos écrits, peu de temps après votre arrivée : « Moi, je n'ai pas tout le poids de la peinture occidentale. Et je ne peins pas vraiment, j'attaque ». Pour qui vous a vu sur un échafaudage attaquer la toile littéralement, il y a quelque chose de véridique dans cette description. Mais c'est cette liberté qui vous permet de reprendre à votre compte tout le poids de la peinture occidentale. Parce qu'il faut une certaine folie pour vouloir ainsi ré accompagner Mona Lisa et il faut une certaine inconscience pour décider de dialoguer comme vous avez décidé de le faire avec Gustave COURBET.

Mais là aussi, c'est le choix d'un homme libre et COURBET aurait pu dire qu'il n'avait pas aussi tout le poids du passé. Mais parce qu'il avait comme lui le précipité de tout cela, comme Baudelaire n'avait pas tout le poids de la poésie occidentale mais comme déjà poète moderne, il est sans doute la quintessence du classicisme. Et il y a dans votre volonté assumée de poursuivre ce chemin, la liberté et l'hommage à cette peinture Occidentale et à ce peintre d'ici. Et je crois que nous vous devons un immense merci comme nous le devons à tous ceux qui vous ont accompagné d'avoir poursuivi ce fil rouge. Et de vous êtes attaqués, si je puis dire, à COURBET et vous l'avez fait d'une manière unique parce que vous n'avez pas simplement recomposé ces thèmes, fait dialoguer des loups avec des lévriers, une sœur chérie avec un père défunt ou deux peintres l'un avec l'autre.

 

Vous l'avez fait dans l'atelier, vous avez réinvesti le lieu, la place et vous avez permis que cet atelier de COURBET ne soit pas simplement sauvé, préservé mais que ce lieu unique qui était pourtant replongé, comme on l'a dit, dans son jus avec encore les dernières traces, les derniers gestes de Gustave COURBET, vous puissiez le réinvestir, le reprendre à votre compte, l'habiter littéralement.

Alors merci pour cela et merci de ce dialogue et je pense que COURBET à coup sûr, sans doute aurait été amusé d'avoir autant d'autorités autour de son bicentenaire de naissance, pour célébrer de manière officielle ce qui est un destin mais je crois que ce dialogue insolent que vous avez permis rend sans doute plus fidèle à ce qu'il était vraiment ce bicentenaire de sa naissance. Et vous l'avez fait, je terminerai sur ce point, en donnant un sens très profond à ce à quoi nous croyons, à ce à quoi je crois très profondément dans ce qui est le destin culturel de notre pays aujourd'hui. La France est une terre d'artistes et c'est cela qu'il nous faut revivifier et ce que vos territoires portent avec force. Et je crois que c'est ce que nos concitoyens peut-être mesurent trop peu, appréhendent de manière trop confuse parfois. Et ce que des moments comme ceux que nous vivons aujourd'hui permettent de sentir, d'appréhender de manière plus intense, dire que la France est une terre d'artiste ne veut pas simplement dire que nous avons eu des artistes et les plus grands et que nous devrions les chérir comme on chérit un patrimoine, bien sûr, il faut chérir son patrimoine, le rénover et le ministre, je crois encore demain, relancera des initiatives sur ce point.

Non, dire cela c'est dire que nous avons partout dans notre pays des scènes vivantes, que nous avons à travers le monde des artistes à qui nous voulons permettre de travailler, d'exceller et de porter leur vision du monde. Faire de la France une terre d'artistes c’est permettre à tous les territoires, les villes, comme vous l'avez fait depuis des décennies, de permettre à tous les fonds régionaux d'art contemporain, à toutes les résidences d'artistes portées, accompagnées par nos musées ou voulues partout sur le territoire, de porter des projets contemporains et vivants qui font revivre ce qu'est notre pays. C'est permettre à des artistes français et étrangers de travailler en France, dans nos lieux pour les réinventer et les donner à voir. C'est de permettre à des scènes culturelles d'être revigorées, ainsi repensées par des artistes, architectes, plasticiens, peintres, musiciens, poètes et de leur redonner un sens et une vitalité dans tout notre territoire et donc de pouvoir raviver ces résidences dans tout le territoire français, de nos artistes, et ce faisant, de redonner un sens à ces lieux.

 

 

 

 

Et à ce titre, nous lancerons dans quelques semaines avec le ministre un grand projet pour redonner une organisation en lien avec toutes nos collectivités pour ces résidences d'artistes. Mais je souhaite aussi lancer cette idée d'un grand tour qui, à travers le territoire français, doit permettre à ces artistes en résidence de redessiner et d'inventer les lieux et le patrimoine des lieux où ils sont. Ces patrimoines ne sont pas morts. Et ils doivent être repensés réinvestis par les artistes contemporains qui les habitent. Ces résidences d'artistes, ce sont aussi nos résidences à travers le monde. Vous avez pu en profiter aussi, cher YAN Pei-Ming, à travers vos années romaines à la Villa Médicis. Et cette force française, nous devons aussi lui redonner un sens, la revigorer. C'est celle qui permet à des artistes français comme à des artistes du monde entier sous la protection de la France mais en travaillant les uns avec les autres, en repensant des lieux, en étant confrontés à l'universel là aussi, de créer. La France, terre d'artistes, c'est celle qui permet de Rome à Dijon, de Hyères à Rennes, partout sur notre territoire et à travers le monde, de penser nos lieux et le monde contemporain, exactement sur le mode de la démarche qui fut celle de Gustave COURBET, celle d'appréhender le monde tel qu'il est pour le réinventer, lui donner sa part d'idéal.

Et donc cette France, terre d'artistes, c'est ce que, début juillet, nous lancerons avec le ministre avec force en réorganisant profondément ce réseau français qui est là mais à qui nous devons redonner de la vigueur sur lequel nous devons réinvestir et qui doit permettre à nos artistes, quelle qu'en soit la discipline, de redonner ce sens indispensable et cette part de création. C'est ça, cet art d'être français dont je parlais il y a quelques semaines, qui conjugue à la fois l'ancrage le plus local et ce goût de l'universel, qui mêle cette volonté d'être dans un lieu et d'un lieu, comme l'était COURBET, et de penser une utopie qui n'a pas de frontière, comme il l'était aussi, et comme son hommage à PROUDHON l'a admirablement montré. Il n'y a pas celui ou celle qui aimerait son territoire et celui ou celle qui aimerait les grandes idées en quelque sorte sans ancrages.

On est quelque part en pensant le monde et on recrée cet universel au contact d'un quotidien, d'une terre qui permet de la pensée. Et là aussi, j'aime cet « en même temps » qui est la réalité, la vérité même, en peinture comme en art. Cet art d'être français et de créer français, c'est celui auquel nous voulons redonner force à travers cette politique de création, à travers ces résidences d'artistes. Mais enfin, nous ne pouvons lui redonner cette force que s'il y a avec nous les collectivités comme les vôtres. Et merci à nouveau, Mesdames les présidentes, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, d'être à nos côtés avec force sur tous ces projets. Et s’il y a aussi une vraie volonté de permettre à chacune et chacun d'accéder à cette culture. Vous l'avez dit là aussi, partout sur nos territoires, ce sont les initiatives que nous voulons prendre, qui dans les bibliothèques, qui dans les musées, qui dans l'accès à l'opéra ou au théâtre doivent permettre aux enfants de la République, quelle que soit la famille d'où ils viennent, d'accéder à l'art et d'y entrer.

C'est ce qui nous a conduit, dès l'été 2017, à avoir une politique ambitieuse en matière d'éducation artistique et culturelle et de remettre aussi dans l'école une ambition, une volonté d'accéder justement à la pratique culturelle mais aussi à l'ensemble de ses contenus et c'est ce qui nous a conduit aussi à penser et vouloir ce pass Culture qui est, sur votre territoire, initié depuis le 1er juin et qui nous permettra de dialoguer avec les jeunes qui ont commencé à y avoir accès il y a quelques semaines.

C'est dire qu'on ne crée pas pour soi-même. On crée toujours avec l'espoir, la volonté de dire et d'accéder à l'autre et qu'aussi vrai que nous devons avoir une ambition extrême pour notre politique de création culturelle, il nous faut la même ambition pour accompagner l'accès à cette culture, pour accompagner l'accès en particulier des plus jeunes et de tous à ces livres, à ces œuvres, à ses créations musicales ou autres. Et c'est bien l'ambition du pass Culture, celle d'accompagner mais, en accompagnant, de former et de permettre à chacun de trouver sa part de vérité. Voilà l'ambition que nous portons et voilà ce que, je crois, ce bicentenaire de la naissance de COURBET illustre parfaitement et ce qui fait que je souhaitais être parmi vous aujourd'hui, de dire que, partout sur notre territoire et partout dans la République, il y a cette part d'absolu à laquelle nous devons tant.

Vous l'avez rappelé, il y a quelques jours, j'étais le porte-voix de cette lettre d'un jeune bisontin qui écrivait à ses parents avec une maturité bouleversante. Et ce jeune homme, en effet, a acquis ce goût de l'absolu en lisant. Ses autres lettres le disent. Plusieurs de ses lettres sont conservées en ce moment même à la bibliothèque. Il était jeune catholique et FTP. Lui aussi n'avait respecté aucune barrière, aucun classicisme. Il était libre. Il aimait Dantès et il l'avait lu. Ses premières lettres à ses parents, il les écrivit avec son sang. On en voit la trace. Les mots sont encore effacés. On distingue encore à peine le « cher petit papa », le « chère petite maman » et les « mille baisers », parce que cette encre c'était son sang. Pour qu'un jeune homme de 16 ans puisse écrire de telles lettres, puisse considérer qu'écrire avec son sang est plus important que tout et donne du sens à sa vie, et puisse embrasser de tels combats et nous donner tant d'espoir, il faut avoir lu, il faut avoir compris. Et ce goût de l'absolu, il n'y a que les grands livres, que les grandes peintures, que les grandes œuvres qui nous le donnent. Ce n'est pas de l'accessoire. C'est ce qui sauve. Même Henri FERTET disait que ce qui lui manquait, ce n'étaient pas les rations. C'étaient les livres et l'amour des siens. Il s'était rappelé ce qui était l'essentiel. La culture, ça n'est pas ce dont on s'occupe le jour d'après et vous l'avez très bien compris ici. Et vous le savez. C'est ce par quoi tout commence. C'est ce par quoi on donne du sens à un paysage qui est le sien pour en faire une œuvre qui traverse les siècles. C'est ce par quoi on donne du sens à sa vie. C'est ce par quoi, adolescent, on sort des turpitudes du quotidien pour accéder à ce qui nous dépasse. C'est ce qui fait que même confronté au pire, on ne se résout pas. La culture, c'est simplement ce qui permet à certains moments où l'histoire sonne, d'avoir un destin et de sortir de l'anecdote. Une vache n'est plus une vache avec COURBET. Et le bedeau du village devient aussi important qu'un personnage de RAPHAËL. Quand on a lu Dantès et qu'on s'est associé à lui, quand on est passé de DUMAS à HUGO, on sait qu'il n'y a plus de quotidien et que l'essentiel gît ailleurs. Et je le dis à nos jeunes qui sont ici présents : la culture, c'est cette part d'absolu et d'exigence qui offre tous les espoirs et à laquelle il ne faut rien céder. Alors merci à cet art d'être libre. Et un merci, 200 ans après, à toutes celles et ceux qui continuent de le rendre possible. Vive la République et vive la France !

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