Publié le 25 avril 2019

Décès de Jean-Pierre Marielle

Jean-Pierre Marielle nous a quittés. Mais sa gouaille savoureuse et sa voix inimitable, à la fois rocailleuse et chaleureuse, continuent de résonner en nous.

Déjà au lycée, le jeune Jean-Pierre Marielle, passionné de littérature, montait des pièces de Tchekhov avec ses amis. Encouragé par l’un de ses professeurs à devenir comédien, il monte à Paris et intègre rapidement le Conservatoire national d’art dramatique où il noue des amitiés indéfectibles, notamment avec Jean-Paul Belmondo et Jean Rochefort.
D’abord stagiaire à la Comédie française puis engagé dans une compagnie, il commence sa carrière au théâtre, mais aussi au cabaret, en particulier aux côtés de Guy Bedos. Il n’a plus jamais quitté les planches, jouant tout au long de sa vie des pièces de toutes les époques et de tous les genres même s’il aimait par-dessus tout servir les textes des auteurs contemporains, comme Eugène Ionesco et Jean Anouilh, puis Peter Ustinov et Harold Pinter, Ronald Harwood et Jean-Claude Carrière.

Jean-Pierre Marielle est aussi présent au cinéma dès la fin des années 1950, mais c’est dans les années 1960 que les Français le découvrent véritablement. Des films comme Faites sauter la banqueavec Louis de Funès ou Le Diable par la queue de Philippe de Broca font éclater son génie comique. L’acteur gagne en popularité tout au long des années 1970 grâce à des films comme Sex-shop de Claude Berri, Comment réussir quand on est con et pleurnichard de Michel Audiard, La Valise et On aura tout vu de Georges Lautner, Calmos de Bertrand Blier ou encore Cause toujours... tu m'intéresses ! d’Édouard Molinaro. Il devient alors l’une des plus nettes incarnations d’un certain cinéma français comique au ton très libre, volontiers grivois et subversif.

Ce sont néanmoins ses rôles dramatiques qui ont véritablement consacré Jean-Pierre Marielle comme l’un des plus grands acteurs de sa génération. On se souvient de lui dans Que la fête commenceoù il incarne un Marquis de Pontcallec grandiloquent, dans Les Galettes de Pont-Aven où il campe un homme qui quitte une vie qui l’étouffe pour retrouver la voie du bonheur, ou dans Coup de torchon qui lui offre une double composition, à la fois d’un proxénète abject et de son frère militaire. Mais c’est sans doute dans Tous les matins du monde d’Alain Corneau qu’il livre l’une de ses compositions les plus poignantes en interprétant l’inoubliable Monsieur de Sainte-Colombe, un violiste veuf et austère qui perfectionne son art en misanthrope, se tenant éloigné du tumulte de Versailles et des sollicitations de Louis XIV, mais qui finira par accepter de former un élève avec une intransigeance trop terrible pour n’être pas mystérieuse.

Jean-Pierre Marielle faisait aussi régulièrement des incursions sur le petit écran, notamment dans des adaptations d’œuvres littéraires, comme dans La Controverse de Valladolid, adapté d’un récit de Jean-Claude Carrière. Et, au cinéma, il a inlassablement continué à se réinventer : il a formé un savoureux trio de comédiens sur le retour avec Philippe Noiret et Jean Rochefort dans Les Grands Ducs de Patrice Leconte, il a su figer son port altier dans un hiératisme glaçant pour jouer le procureur des Ames grises d’Yves Angelo ou prêter sa bonhomie au Maire des Seigneurs qui ne recule pas devant les idées les plus incongrues pour sauver sa commune.

L’immense talent de Jean-Pierre Marielle a su traverser les décennies, les genres et les registres. Il brûlait les planches avec la même ardeur qu’il crevait l’écran, grand ou petit. Il affectionnait le théâtre le plus avant-gardiste autant que les vaudevilles, les films d’auteur autant que les films populaires, et il savait incarner des hommes de toutes conditions et de tous tempéraments. En prêtant ses traits à tant et tant de personnages, il était devenu l’un de ces acteurs qui renferment en eux un répertoire riche et vivant de caractères et dont toutes les incarnations composent comme un kaléidoscope chatoyant de notre humanité.

Le Président de la République et Madame Brigitte Macron expriment leurs condoléances attristées à Agathe Natanson, son épouse mais aussi sa partenaire régulière au théâtre, ainsi qu’à sa famille et ses proches.

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