Publié le 28 novembre 2018

Un an après le discours de Ouagadougou

Il y a un an, le 28 novembre 2017, à l’université Ki-Zerbo de Ouagadougou, le Président de la République présentait son ambition pour le renouvellement de la relation avec l’Afrique en détaillant une série d’engagements, marqueurs d’un nouveau regard, entre la France et le continent africain.

Ce discours a été fortement inspiré par la contribution des membres du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) qui, depuis, s’investissent, dans le suivi et la mise en œuvre des engagements présidentiels. Un an après, quel bilan peut-on retenir des différents chantiers lancés à Ouagadougou ?

1. Une priorité à l'éducation et à l'enseignement supérieur.

Priorité à une éducation de qualité pour toutes et tous

« La lutte pour l’éducation est la meilleure réponse à tous les obscurantismes et les totalitarismes. C’est la seule réponse durable au défi démographique mondial. Et c’est ainsi que nous lutterons en profondeur contre les inégalités, en particulier entre les femmes et les hommes. » C’est pourquoi le Président de la République a fait, en France comme à l’international, de l’éducation une priorité absolue.

À Dakar, en février 2018, le Président de la République a annoncé la multiplication par dix de la contribution de la France au Partenariat Mondial pour l’Education qui atteindra 200M€ pour la période 2018-2020. La France a aussi augmenté de 100M€ additionnels son effort bilatéral en faveur de l’éducation primaire en Afrique.

Au-delà des montants, le Président de la République s’est engagé à agir massivement sur le contenu des enseignements et la formation des maîtres afin de permettre une éducation de qualité pour le plus grand nombre sur le continent.

Afin de faire face au défi démographique et de lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes, la scolarisation des jeunes filles est une priorité absolue. À Niamey, en décembre 2017, le Président de la République a lancé un premier projet de 15M€ pour la scolarisation des filles.

« Je serai du côté de ceux qui portent un regard lucide. Ceux qui considèrent que l’Afrique n’est ni un continent perdu, ni un continent sauvé. Je considère que l’Afrique est tout simplement le continent central, global, incontournable car c’est ici que se télescopent tous les défis contemporains. »

Emmanuel Macron, le 28 novembre 2017, Ouagadougou

Enseignement supérieur : développer des pôles d’excellence en Afrique

À Ouagadougou, le Président de la République a appelé les établissements d’enseignement supérieur français à se projeter davantage vers le continent africain afin de multiplier les partenariats et proposer des offres de formations conjointes, plus adaptées aux besoins du marché. C’est l’ambition du hub éducatif franco-ivoirien, inauguré en octobre 2018, et qui rassemble aujourd’hui 56 partenariats, dont l’Ecole polytechnique, avec un objectif de 100 d’ici 2022. C’est aussi le projet de campus franco-sénégalais lancé par le Président de la République à Dakar en février 2018, impliquant notamment le Conservatoire national des arts et des métiers et l’Institut Mines Telecom.

Faciliter les mobilités croisées

Lors de son discours de Ouagadougou, le Président de la République a voulu offrir « à tous ceux qui sont diplômés en France, [la possibilité] d’y revenir quand ils le souhaitent et aussi souvent qu’ils le souhaitent, grâce à des visas de circulation de plus longue durée […] et sans être soumis à une date couperet ».

Conformément à cet engagement, tous les étudiants africains diplômés de l’enseignement supérieur français peuvent désormais bénéficier de visas de circulation de longue durée, leur permettant d’aller et venir entre la France et leur pays d’origine.

2. Un soutien inédit à l'entrepreneuriat et l'innovation.

« Choose Africa »: un appui inégalé aux PME africaines

Via l’Agence Française de Développement (AFD) et BPI France, la France va consacrer 2,5Mds€, sur la période 2018-2022 aux entreprises africaines : 1Md€ en fonds propres et 1,5Mds€ pour leur faciliter l’accès au crédit. Ce sont aussi nos instruments qui évoluent pour venir directement au soutien des entrepreneurs. Là où nos partenaires financent majoritairement des entreprises de taille intermédiaire ou des grands groupes, l’effort français cible les startups et les PME ainsi que les zones fragiles.

« Digital Africa » : une plateforme pour l’innovation en Afrique

Lors du Salon Vivatech à Paris en mai 2018, le Président de la République a annoncé une enveloppe de 65 M€ déployée par l’AFD pour accompagner les start-ups sur le continent africain. Des instruments inédits seront mis à disposition des créateurs d’entreprises, tels que des prêts d’honneur dès 30 000€.

1000 passeports talents pour l’Afrique

Le dispositif « passeport talent » offre des possibilités de séjour prolongé en France pour des salariés qualifiés, des chercheurs, des artistes ou des entrepreneurs porteurs de projets économiques innovants. Par une extension des conditions et une meilleure valorisation de ce dispositif sur le continent, la France poursuit l’objectif de 1000 passeports talents par an délivrés en Afrique.

Christopher, un kenyan de 27 ans, ingénieur software, a bénéficié d’un passeport talent et s’est installé pendant une année sur le site du plus grand incubateur de startups au monde, Station F, à Paris. Christopher travaille au développement d’une application d’information de santé centré sur le patient qui permet aux individus d’accéder à leurs informations médicales, prendre rendez-vous, recevoir des prescriptions, voir les résultats de leurs tests médicaux, etc.
Yacoub, un tchadien de 31 ans, géologue, ancien doctorant diplômé de l’Université Aix-Marseille a obtenu un visa de circulation pour poursuivre ses recherches au centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (CNRS IRD Aix-Marseille).

3. La construction d'un nouvel imaginaire commun.

Saison des cultures africaines : « Africa 2020 »

Annoncée à Ouagadougou puis lancée à Lagos le 3 juillet 2018 par le Président de la République, en présence de M. Youssou N’Dour et Mme Angélique Kidjo, la saison des cultures africaines « Africa 2020 » se déroulera de juin à décembre 2020 sur tout le territoire français, y compris les départements et les territoires d’Outre-Mer. Nommée Commissaire générale de la saison, la Sénégalaise N’Goné Fall est en charge de bâtir des partenariats inédits entre acteurs culturels français et africains qui inviteront à « regarder et comprendre le monde d’un point de vue africain » et à construire ce nouvel imaginaire commun.

Restitution du patrimoine culturel africain

Près de 90% du patrimoine africain se trouve en dehors du continent africain. C’est pour remédier à cette situation que le Président de la République a souhaité que « d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ».

Missionnés par le Président de la République, M. Felwine Sarr et Mme Bénédicte Savoy ont remis leur rapport le 23 novembre 2018. Lors de la remise du rapport, le Président de la République a confié au Ministre de la Culture et au Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères la responsabilité de franchir les prochaines étapes, décisives pour atteindre l’objectif fixé à cette démarche : que la jeunesse africaine ait accès en Afrique et non plus seulement en Europe à son propre patrimoine et au patrimoine commun de l’humanité. Conformément à son engagement, le Président de la République souhaite que toutes les formes possibles de circulation de ces œuvres soient considérées : restitutions, mais aussi expositions, échanges, prêts, dépôts, coopérations, etc.

Le Président de la République a également décidé de restituer sans tarder les 26 œuvres réclamées par les autorités du Bénin du trésor d’Abomey conservées au Musée du Quai Branly-Jacques Chirac.

Un nouveau projet pour la Francophonie

« L’Afrique est également le continent où se joue l’avenir de la Francophonie et, dans une large mesure, celui de notre langue, de notre influence culturelle. » (Conférence des ambassadeurs). C’est la raison pour laquelle le Président de la République a apporté le soutien de la France à la candidature endossée par l’Union africaine au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, à l’occasion du Sommet d’Erevan le 12 octobre dernier.

4. L'Afrique aux avant-postes du changement climatique.

Le Président l’a rappelé lors de son discours à Ouagadougou, « l’Afrique, des rives du lac Tchad au bassin du Congo, est en première ligne des effets du changement climatique, elle peut aussi, être à l’avant-garde des solutions ». A l’instar du Kenya, de nombreux pays africains sont leaders dans le domaine des énergies renouvelables. Le climat et l’environnement sont désormais systématiquement pris en compte dans les projets de développement portés par la France : l’AFD investit massivement dans le domaine des énergies renouvelables (1Md€ de projets en 2018).

Le Président de la République a lancé, avec le Premier ministre indien, le 11 mars 2018 à New Delhi l’Alliance solaire internationale dont l’objectif est de déployer massivement l’énergie solaire à un coût abordable grâce à des politiques innovantes et un renforcement des partenariats avec le secteur privé. Un programme pilote a été lancé, à l’initiative du Togo, avec le Bénin, le Burkina Faso, le Gabon, le Mali et le Niger.

Un événement « One Planet Summit » sera organisé à Nairobi, au Kenya, en mars 2019, pour la première fois sur le continent africain, à l’initiative du Président de la République, afin d’accélérer la mise en œuvre des projets concrets et valoriser les initiatives africaines dans la lutte contre le changement climatique. Le Président de la République organisera le prochain Sommet Afrique France en 2020 en France sur le thème de la ville durable.

5. La refondation de notre aide au développement au profit d'une relation partenariale.

Un engagement financier sans précédent

L’engagement du Président de la République à augmenter de manière inédite les financements d’aide publique au développement s’est traduit par une augmentation globale d’1Md€ dès 2019. L’Afrique concentre 50% des activités de l’Agence française de développement et 80% de ses financements.

Une politique de développement plus partenariale

Les moyens financiers à eux seuls ne sont pas suffisants. C’est une nouvelle méthode que le Président de la République a lancée. Avec le rapport du Député Hervé BERVILLE, remis le 24 août 2018, une nouvelle dimension partenariale sera mise en place pour mieux associer la société civile, la jeunesse, les entreprises, les diasporas. La proposition de loi d’orientation et de programmation ouvrira un débat citoyen sur les priorités stratégiques de notre aide au développement et son financement.

Une politique de développement au plus près du terrain

Cette nouvelle méthode, c’est aussi celle de l’Alliance Sahel, lancée en juillet 2017. Associant étroitement les enjeux de sécurité et développement, cette Alliance permet le déploiement de projets dans les régions les plus sensibles du Sahel, au bénéfice direct des populations (500 projets mobilisant 7,5Mds€).

Une politique de développement plus près de la jeunesse

À l’occasion de la visite de George Weah, Président du Libéria, en janvier 2018, et en présence de Kylian Mbappé et de Didier Drogba, le président de la République a annoncé une initiative sur le sport et le développement en Afrique. Initialement dotée de 15M€, cette plateforme a pour vocation à fédérer les bailleurs institutionnels et les acteurs du monde sportif en faveur du développement de l’économie du sport sur le continent.

Lors de la visite du Président de la République au Nigéria en juillet 2018, un partenariat a été signé entre l’AFD et la NBA pour mener des actions d’éducation et de cohésion sociale à travers À LAGOS AU NIGÉRIA, la pratique du basket-ball sur le continent africain.

6. L'Afrique, partenaire de notre sécurité collective.

Les opérations africaines de paix

Parce que notre sécurité se joue aussi en Afrique, le Président de la République soutient les initiatives visant à aider les Africains à prendre en charge leur propre sécurité. Tirant les leçons de l’expérience du G5 Sahel, le Président de la République s’est engagé, aux côtés de l’Union africaine, pour le soutien aux opérations africaines de paix via un financement plus prévisible, auquel les Etats africains contribueraient davantage.

Qu’est-ce que la force conjointe du G5 Sahel ?
Lancée le 2 juillet 2017, à Bamako, par les présidents de la Mauritanie, du Mali, du Niger, du Burkina Faso et du Tchad, en présence du président de la République, la force conjointe a pour mandat la lutte contre le terrorisme, le crime organisé transfrontalier et le trafic d’êtres humains dans l’espace du G5 Sahel. Le Président de la République s’est mobilisé pour qu’un soutien international soit consacré à cette force : 300 M€ ont été engagés sur les 400 M€ promis par la communauté internationale. La force conjointe du G5 Sahel compte aujourd’hui 4 000 hommes et a déjà mené six opérations.

Le discours de Ouagadougou impose un changement de méthode en reconnaissant notamment une place importante à la société civile. C’est le sens de la création du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA). Composé de neuf membres désignés par le Président de la République, il est chargé de lui apporter un éclairage sur les enjeux de la relation entre la France et l’Afrique, et de formuler des propositions d’actions sur des secteurs d’avenir de la relation entre la France et l’Afrique tels que l’entrepreneuriat, l’innovation, le développement durable, l’éducation et la santé.

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