Publié le 11 octobre 2018

Discours à la Maison Charles Aznavour de Erevan

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE À LA MAISON CHARLES AZNAVOUR DE EREVAN

11 octobre 2018 - Seul le prononcé fait foi

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires,

Cher Nicolas, Chère Kristina,

Chers amis,

Je ne vais pas faire de long discours, mais au fond, nous honorons un rendez-vous. Tout était prévu, et votre père en parlait encore et vous étiez là il y a quelques semaines à Paris, lorsque nous évoquions ce déplacement. Il nous aurait attendu avec cet air faussement décontracté qui était le sien, tout aurait été minutieusement prévu à l’avance comme toujours, et tout l’a été, il aurait été parfaitement à l’heure, et fier. Et vous l’avez rendu très fier aujourd’hui tous les deux, d’être là avec beaucoup de courage, de poursuivre et de continuer.

Il n’est pas au rendez-vous, mais il l’aurait tant voulu. Et vous avez décidé de poursuivre, et nous serons là. Je voulais vous remercier au travers de vous deux, évidemment remercier Charles AZNAVOUR, toute la famille, la Fondation, l’engagement qui a été le sien, et remercier toutes celles et ceux, parlementaires, amis, artistes, sportifs, intellectuels, femmes et hommes libres qui sont parmi nous, parce qu’au fond, ils sont là pourquoi ? Parce que Charles AZNAVOUR était ce trait d’union. Parce qu’il était cet homme, totalement Arménien et totalement Français, qui avait décidé qu’on pouvait aimer deux fois et ne pas choisir. Oserais-je dire qu’il incarnait une autre forme du « en même temps » qui m’est cher. Parce qu’il était cette générosité.

Il n’a pas voulu faire de ce lieu une maison fermée. Il n’a pas voulu faire, vous l’avez rappelé Monsieur, une maison à son image. Il n’a pas voulu en faire un musée ou un lieu où on célèbre. Il a voulu en faire un lieu qui parle à la jeunesse. Qui parle à la jeunesse d’Arménie, à la jeunesse d’Arménie et de France, à ces jeunesses qui se regardent pour mieux se comprendre et se nourrir l’une l’autre, s’augmenter l’une l’autre, à ces jeunesses qui ont fait toutes celles et ceux qui accompagnent notre délégation et qui font que nos deux pays sont plus grands l’un avec l’autre et l’un de l’autre.

Et ce faisant, le projet que vous portez dans ce lieu est exactement à l’image de ce qu’est l’histoire entre nos deux pays, et de ce qu’il a voulu en faire, qu’il avait compris intimement. La France était là quand l’Arménie a souffert. Elle a dénoncé, elle est venue protéger avec sa Marine, elle a accueilli. Mais on oublie souvent de dire que depuis un peu plus d’un siècle, les Arméniens sont toujours là. Ils n’ont jamais manqué à la France. Et ils ont fait grandir la France. Ils leur ont donné tant de talents, tant d’engagés. Et c’est ça ce que ce lieu va représenter, ce que ce Centre Aznavour va permettre de promouvoir et de continuer à écrire comme histoire commune.

Je suis très heureux que notre institut vienne ici s’installer et que l’Alliance française ait signé cet accord aujourd’hui, parce que cela va matérialiser cet engagement commun que nous allons poursuivre. Nous avons eu des combats communs, Monsieur le Président, vous le savez, pour dénoncer le génocide, pour que le devoir de mémoire en totalité soit rempli, et que nos Histoires soient regardées en face. Mais nous avons une jeunesse, et aujourd’hui, ce sont près de 43.000 jeunes arméniens qui apprennent notre langue. C’est beaucoup, mais ce n’est pas encore assez ! Et nous devons aller plus loin. Nous avons une université – et je salue le recteur qui est avec nous – qui compte ici plus de 1.000 étudiants, dont plus de 70  % de jeunes femmes, et qui offre nombre de doubles diplômes, en Droit, en Gestion, en Finance, en Marketing, en Mathématiques, en Informatique, et qui devraient doubler d’ici 2022. Nous avons l’Ecole Anatole France qui ne cesse, elle aussi, de se développer avec plus de 230 élèves. Et c’est ainsi, par l’éducation, par l’apprentissage de la langue, que l’essentiel se joue.

Et donc ici, dans ce Centre, nous le ferons aussi. C’est ce qu’a voulu votre père, ce lieu sera un lieu de transmission : transmission de la langue, en accueillant l’Institut et son engagement ; transmission d’une capacité de créer, nous l’avons vu avec ce beau projet ; transmission aussi d’un geste artistique, architectural dans ce lieu sublime et merci pour ce voyage ; et transmission au fond d’un état d’esprit. Et je ne voudrais, ici, mener querelle avec personne ; donc je ne sais si cet état d’esprit est arménien ou français, et je veux croire qu’il est les deux à la fois : celui qui consiste à aimer l’impossible.

Rien n’était écrit et rien n’est jamais écrit. Mais ce qui nous lie, c’est ce goût de l’impossible, cet engagement derrière les rêves, et c’est exactement ce que ce Centre va faire, et c’est ce que, par votre engagement, vous allez poursuivre. Il n’est pas là au rendez-vous, mais il serait fier de vous, l’un et l’autre, comme nous sommes fiers de vous, et nous continuerons d’être là.

Je vous remercie.

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