Publié le 5 décembre 1980

Allocution de M. Valéry Giscard d'Estaing, Président de la République, à l'occasion de la remise du prix Tocqueville, Valognes, salle du château, le vendredi 5 décembre 1980.

Allocution de M. Valéry Giscard d'Estaing, Président de la République, à l'occasion de la remise du prix Tocqueville, Valognes, salle du château, le vendredi 5 décembre 1980.

5 décembre 1980 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le député-maire,
- monsieur le président du Conseil général,
- mesdames et messieurs les conseillers municipaux,
- mes chères Valognaises, mes chers Valognais,
- Je vous remercie, monsieur le député-maire, et vous toutes et vous tous, pour l'accueil des habitants de Valognes. Je suis heureux d'être, ce matin, parmi vous. Tout à l'heure, nous célébrions la mémoire du plus célèbre des Valognais. Mais si j'ai accepté votre invitation, monsieur le député-maire, c'est aussi parce que ce sont toutes les Normandes et tous les Normands que le Président de la République est venu saluer aujourd'hui.
- La Normandie, notre belle province normande, est tout entière résumée à Valognes.
- Valognes, vieille cité et pourtant nous la voyons sous nos yeux, ville neuve - ville reconstruite, après la dernière guerre, par la volonté de ses habitants et de leur maire, Henri CORNAT, dont vous continuez d'honorer le souvenir.
- Valognes qui, comme le reste du département de la Manche, prépare l'économie de la fin du siècle.\
Cette économie, sur quoi reposera-t-elle ? Elle reposera sur l'agriculture, sur l'esprit d'entreprise et sur l'indépendance énergétique de la France.
- Elle reposera d'abord sur une agriculture puissante, organisée et compétitive. L'agriculture, et notamment la production laitière traditionnelle de la Manche. Vous êtes le premier département laitier de la France. La nature, le climat, font de votre terre une région qui dispose de certains avantages.
- Mais cela ne suffit plus. Il faut soutenir la concurrence. Il faut devenir compétitif, il faut conquérir des marchés. C'est ce que vous faites, et c'est à quoi il faut vous aider. Le Gouvernement vous aide par une politique agricole active. En ce moment même, le Premier ministre et les organisations nationales agricoles mettent au point les modalités de l'aide au revenu, dont j'ai annoncé le principe et qui vous permettra de faire face aux lourdes charges de l'année 1980. Cetteaide bénéficiera à l'ensemble des agriculteurs qui auront connu des difficultés au-cours de cette campagne, et notamment aux producteurs de lait qui avaient craint d'en être écartés.
- Deux catégories recevront une aide plus importante : les éleveurs produisant de la viande, pour lesquels le Gouvernement propose un taux de remboursement de la TVA plus élevé, et les agriculteurs ayant modernisé ou installé récemment leur exploitation, pour lesquels il est proposé que l'Etat prenne en charge les trois-quarts des intérêts dus au-titre de l'année 1980. D'autres catégories qui intéressent la Manche seront également aidés et je pense à l'importante production de légumes dans la partie Ouest du départementet notamment la région de Loçais et du Coutançais.\
Il y a beaucoup de jeunes agriculteurs parmi vous. Il y en a beaucoup dans votre département et dans votre région. C'est à eux que je m'adresse maintenant en leur disant que nous voulons les aider à s'installer, à investir, à se moderniser de façon à aller conquérir des marchés pour nos produits agricoles nationaux.
- C'est pourquoi, le Gouvernement a décidé de majorer de 30 % les aides à l'installation des jeunes. Et c'est pourquoi, dans les mesures qui seront annoncées tout à l'heure, il y aura des aides particulières pour les jeunes agriculteurs endettés.
- La France a les moyens d'être une grande puissance agricole. L'expression de "pétrole vert de la France" que j'ai lancée il y a trois ans enNormandie est maintenant bien comprise. Et je compte l'agriculture parmi les secteurs d'avenir de notre économie.\
L'économie de la fin du siècle reposera aussi sur l'esprit d'entreprise. L'audace et l'esprit d'entreprise, ce n'est pas ce qui manque aux descendants des corsaires normands. Aujourd'hui, il ne s'agit plus de conquérir des prises de guerre, mais il s'agit et c'est presque pareil de conquérir des parts de marché en France, en Europe, et au-delà des mers. Dans cette compétition économique dont nous mesurons tous les jours les difficultés, les vaisseaux de ligne, les grands bâtiments que sont les grandes entreprises françaises, ont besoin d'une multitude de corsaires, telles les petites et moyennes entreprises qui doivent se développer chez vous.\
Enfin, la puissance d'une économie se mesurera de plus en plus à sa capacité de disposer de sources d'énergie indépendantes.
- Pour acquérir cette indépendance, la France a engagé un programme électro-nucléaire qui est un programme électro-nucléaire dont personne ne peut faire oublier ici qu'il est approuvé à la fois par le Parlement et par l'immense majorité de la population française, et notamment par les travailleurs et par les jeunes qui savent parfaitement qu'il n'y aura pas d'emplois en France en l'an 2000 si nous ne disposons pas de sources d'énergie indépendantes. C'est pourquoi, je sais parfaitement que dans la Manche et à Coutances la nécessité de ce programme est parfaitement reconnue. La puissance électrique des centrales qui entreront en service de novembre 1980 à la fin 1981 représentera, pour la France, c'est-à-dire pour vous tous, l'équivalent de la découverte d'un gisement de pétrole produisant neuf millions de tonnes par an.
- Et bien, je vous demande d'y réfléchir un instant, vous les agriculteurs qui employez du pétrole, vous les consommateurs qui utilisez de l'électricité dans votre vie quotidienne, dans votre vie professionnelle, est-ce que la France doit indéfiniment dépendre des autres pour son approvisionnement de tous les jours ?
- Ce programme, M. GODEFFROY l'a rappelé, va permettre la valorisation économique du littoral du Cotentin.
- Chacun se souvient ici des conséquences désastreuses qu'ont eues, dans le passé, les pannes d'électricité dans un département situé à la périphérie nationale. Les deux premières tranches de la centrale `nucléaire` de Flamanville entreront en service d'ici 1986. Elles feront de la Manche l'une des têtes de ligne du nouveau réseau électrique français.\
Cet équipement et l'extension de l'usine de La Hague `retraitement des déchets` vont transformer profondément l'économie du département.
- J'ai insisté auprès du ministre de l'Environnement `Michel d'ORNANO` pour que soient sauvés les sites et la beauté du paysage du Cotentin. Et j'ai demandé au ministre de l'Industrie `André GIRAUD` de veiller à ce que les entreprises locales participent aussi largement que possible aux marchés de travaux. Dans cette région qui a unenombreuse jeunesse, cette jeunesse que j'ai aperçue tout à l'heure dans les rues de Valognes et qui m'accueillait si bien, je parle, bien entendu, de la jeunesse de Valognes et non pas de celle qui est venue, on le sait, d'un peu plus loin. Cette jeunesse de la Manche et du Cotentin, elle souhaite travailler sur place, sait-elle que la création des centrales `nucléaires` dans la région de la Manche va se traduire d'ici 1985 par la création de 8000 emplois, dont plusieurs milliers d'emplois permanents, et je souhaite d'ailleurs que dans le recrutement de ces emplois permanents une priorité soit données aux jeunes filles et aux jeunes gens originaires de la Manche.\
Quant au Premier ministre, il veille à la mise en-place des logements et des équipements publics nécéssaires dans votre département.
- Parmi ces équipements, il en est un qui intéresse directement Valognes : il s'agit de la déviation de la N 13 `route` et monsieur le député-maire, vous en avez parlé tout à l'heure. Il y a trois ans, à Cambremer, j'avais annoncé que cette opération était prioritaire. Conformément, vous allez avoir satisfaction, au calendrier que j'avais publiquement évoqué, les études préalables et les acquisitions de terrains ont été réalisées pendant le VIIème plan. On va pouvoir passer maintenant à l'engagement effectif des travaux et le ministère des Transports va affecter 13 millions de francs en 1981 aux travaux de la déviation de Valognes.\
Monsieur le député-maire, la création de la Fondation Tocqueville à Valognes, qui me donne l'occasion de vous rendre visite, témoigne de la volonté des Manchots de rester fidèles à leur passé comme d'ailleurs je le sais bien.
- En cela, le conseil général de la Manche et la municipalité de Valognes ont raison : pour un pays comme la France, pour une région comme la Normandie, pays de vieille civilisation, pays de haute tradition intellectuelle et rurale, l'arbre du progrès ne peut grandir qu'en enfonçant plus profondément ses racines.
- C'est pourquoi l'Etat vous aidera à aménager l'hôtel de Thieuville, ainsi que l'ancien hôpital de Valognes, où vous souhaitez installer un dépôt d'objets d'art. Ces deux opérations recevront des dotations exceptionnelles en 1981. Je rejoins ainsi votre désir de sauvegarder le patrimoine culturel de Valognes et de la Manche.\
Monsieur le député-maire,
- Il y a cent cinquante ans un jeune homme normand - Alexis de TOCQUEVILLE - allait étudier outre-atlantique `aux Etats-Unis` les secrets d'une démocratie, qui apparaissait pour beaucoup comme une expérience, etdont il a jugé qu'elle pouvait constituer un modèle.
- Ce que nous souhaitons, vous et moi, ce que souhaitent les Valognaises et les Valognais, c'est qu'apparaisse, en cette fin de siècle, cette fin de siècle qui est difficile et qui suscite pour beaucoup d'entre vous des inquiétudes, un modèle français. Ce n'est naturellement pas facile. Il y a beaucoup d'obstacles. Et pourtant nous devons travailler ensemble à un modèle français, où se retrouveront nos aspirations,nos croyances, et la pensée de tous ceux qui ont rêvé pour la France .
- Un modèle de démocratie française, fondé sur le développement des responsabilités locales et notamment des responsabilités communales si fortement ancrées dans votre département, dans-le-cadre des institutions de la Vème République.
- Un modèle de développement économique, fondé sur la croissance économe en matières premières, puisqu'hélas nous n'en disposons guère, fondé sur l'indépendance de notre énergie, fondé sur la capacité de notre agriculture et sur la qualité de la vie rurale et urbaine. Un modèle de justice sociale, par la réduction des inégalités actuellement en-cours et de toutes les inégalités. Un modèle de culture,par le développement de notre éducation, et la reconnaissance de toutes les valeurs culturelles réunies dans la culture française et notamment, monsieur le maire, les valeurs culturelles de votre terroir normand.\
De grands pays voisins, de grands pays concurrents commencent à envier à la France l'équilibre et l'efficacité de ses institutions démocratiques, c'est-à-dire de ses institutions issues du suffrage universel, telles qu'elles ont été proposées au pays par le Général de GAULLE, et telles que j'entends bien les conserver et les laisser intactes.
- Sachons les préserver. Sachons les défendre contre ceux qui voudraient les affaiblir. Faisons les servir davantage à l'unité du pays. Les Français ne s'intéressent pas aux querelles. Ils souhaitent en réalité une démocratie forte et paisible. Ils attendent qu'on leur parle de leur avenir dans le langage qu'ils comprennent parce que c'est le leur qui est celui de la raison, de la mesure, et de la tolérance.
- Ils sont prêts à servir la grande cause de l'unité de la France, et celle du rôle de la France dans le monde. C'est pourquoi, n'ayons, comme seule ambition, que notre ambition nationale. Et je vous convie à y travailler en commun.
- Vive Valognes !
- Vive la Manche !
- Vive la Normandie !
- Vive la République !
- Vive la France !\

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