Publié le 30 septembre 1980

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing au dîner offert en l'honneur de M. le président de la République du Gabon et de Mme Omar Bongo, lors de leur visite officielle en France, Paris, Palais de l'Élysée, le mardi 30 septembre 1980

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing au dîner offert en l'honneur de M. le président de la République du Gabon et de Mme Omar Bongo, lors de leur visite officielle en France, Paris, Palais de l'Élysée, le mardi 30 septembre 1980

30 septembre 1980 - Seul le prononcé fait foi

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`Politique étrangère ` relations franco - gabonaises`
- Monsieur le Président,
- Avant de vous adresser ces paroles de bienvenue, je voudrais m'excuser auprès de nos invités pour le retard avec lequel nous les avons accueillis. Ce retard est dû, permettez-moi de le dire, à votre bienveillance. J'avais ce soir la visite du président du Pakistan qui était en_route entre les pays du Moyen-Orient et les Nations-unies où il doit prendre la parole demain. Son avion s'est posé à Paris peu de temps avant 20 heures et vous avez eu l'extrême et rare courtoisie de m'encourager à l'accueillir. C'est pourquoi j'ai reçu avec quelque retard nos invités de ce soir.
- Il m'est infiniment agréable d'accueillir, aujourd'hui, votre Excellence, d'accueillir aussi Madame Omar BONGO et les hautes personnalités qui vous accompagnent dans cette visite officielle en France, visite officielle placée sous le signe de l'amitié et de l'entente qui préside depuis toujours aux relations entre nos deux pays.
- Je salue d'abord, en votre personne, le pays ami de la France auquel nous sommes liés par une longue tradition historique - vous avez pu en apercevoir dans l'antichambre de cette salle un certain nombre de documents et de témoignages - et avec lequel nous entretenons des rapports privilégiés. Je sais que dans le vocabulaire politique et diplomatique ce sont souvent les mêmes mots qui reviennent. Ils reviennent parfois chargés d'échos creux et parfois chargés de sonorité pleine. Lorsque nous disons rapports privilégiés, monsieur le président, avec le Gabon, il s'agit assûrément de sonorité pleine car nos deux nations sont engagées depuis vingt ans dans une coopération intense fondée sur une compréhension mutuelle de nos problèmes, et une juste appréciation de nos besoins respectifs.\
`Politique étrangère ` relations franco - gabonaises`
- Votre pays `Gabon` dont je rappelle que le niveau_de_vie par habitant se situe au deuxième rang en Afrique, dispose d'un pouvoir de rayonnement dans son continent et dans le monde qui dépasse largement ce qu'on pourrait attendre de sa dimension géographique.
- Je tiens à vous dire combien j'apprécie l'action énergique que vous menez pour que le continent africain participe de façon constructive, aux grands débats internationaux qui traitent des problèmes du développement. Votre intérêt pour ces questions, déjà remarqué lorsque vous assuriez la présidence de l'Organisation de l'unité africaine `OUA` s'est manifesté plus récemment dans votre ouvrage "Le Dialogue des Nations" où vous soulignez que les problèmes auxquels se trouve affronté ce continent, quels que soient les efforts des peuples africains, ne peuvent être résolus que par une concertation active entre tous les pays du monde.
- La France vous sait également gré, je tiens à vous le dire ce soir, d'avoir toujours apporté votre appui aux initiatives françaises en-matière de -recherche d'un nouvel ordre économique international. Nouvel ordre que le monde -recherche à tâtons. En 1975, votre pays a participé activement à la conférence Nord-Sud `CCEI` réunie à Paris. Vous y avez fait à cette occasion, une analyse fort pertinente de la situation. Face au défi lancé au monde pour la prochaine décennie, nous savons qu'il faut mettre en_place une politique, lucide et progressive, née d'un accord entre toutes les nations. Et nous savons également combien la mise en_place de cette politique lucide et progressive se heurte à de nombreux obstacles.
- Cette année, la conférence extraordinaire de l'assemblée générale des Nations-unies réunie à New-York a dégagé les principes qui doivent servir de fondement à des relations économiques internationales plus justes. Vous avez indiqué à plusieurs reprises et je vous cite, "que désormais, les pays du Tiers-monde exigent des négociations globales" sur les problèmes du développement et avec le "groupe des 77" en liaison compréhensive avec un certain nombre de pays européens vous défendez fermement cette position.\
`Politique étrangère ` relations franco - gabonaises`
- La -recherche d'une juste répartition des ressources mondiales doit également mettre l'accent sur le développement agricole, afin que le problème de la faim dans le monde puisse être résolu.
- Il me paraît particulièrement important, dans la perspective de l'évolution des populations en Afrique d'ici l'an 2000, de faire converger tous nos efforts pour que l'auto-suffisance alimentaire soit effectivement réalisée. Auto-suffisance qui bien entendu en-raison de la spécialisation de nos _cultures respectives laisse une large place à l'échange. Certes, lorsque un problème ponctuel concernant la faim en Afrique ou la maladie ou l'extrême pauvreté se présente, vous connaissez les efforts de la France pour le régler. Je suis persuadé que vous approuverez notre récente proposition de -constitution d'une force internationale pacifique de transport d'urgence, destinée à porter plus rapidement secours aux populations affectées par la famine. C'est une des preuves de l'insuffisance de nos organisations internationales qu'à chaque fois - je pense à la situation que nous avons observée au mois de juillet en Ouganda, à celle qui s'est développée voici quelques semaines dans le Nord-Est de la République Centrafricaine - il faut réinventer, réorganiser les procédures de transport et d'assistance qui pourraient être prévues à l'avance par les organisations internationales.\
`Politique étrangère ` relations franco - gabonaises`
- Le développement ne peut se réaliser que dans la paix. La concertation nécessaire en-matière de croissance économique ne peut porter ses -fruits que lorsque les nations vivent en harmonie. Dans ce que m'a dit le président du Pakistan `ZIA`, monsieur le président, ce qui m'a le plus ému c'est que ce qui s'est déjà produit dans les deux pays qu'il a visités représentait une destruction de leur potentiel économique qui pèserait sans doute sur leur avenir pour une durée d'au moins dix ans. Je rends à cette occasion hommage à vos constantes prises de position en_faveur de la paix et du désarmement.
- Sur-un-plan concret nous constatons que votre pays vit en bonne intelligence avec ses voisins et prône la -recherche de solutions pacifiques aux différends qui opposent entre eux certains Etats africains.
- Vous apportez une contribution positive à la -recherche de la paix en Afrique, et votre rôle peut être particulièrement éminent dans cette Afrique centrale - votre partie du continent africain -, affligée aujourd'hui par la lutte fratricide qui ne cesse de déchirer le Tchad, et oui, nous savons bien comme tous les amis de ce pays le savent, que le langage des armes ne résoudra aucun des problèmes politique, économique et humain dont dépend l'avenir de ce pays. Nous apprécions aussi l'attention que vous portez aux tentatives de déstabilisation, si nuisibles à l'Afrique, chaque fois qu'elles se dessinent sur votre continent. Nous y sommes, vous le savez, attentifs à vos côtés.
- Le Gabon a apporté son aide aux pays qui ont connu des difficultés, en-particulier à ses voisins immédiats. Il a fait preuve ainsi d'une générosité remarquée. Ces actions sont la preuve de votre attachement à l'idée de solidarité régionale que vous mettez en_oeuvre dans des groupements comme l'UDEAC afin de parvenir à un développement économique équilibré.
- De façon plus générale, votre pays privilégie la coopération inter-régionale. C'est ainsi que vous avez mis l'accent sur cette coopération au-sein du groupe Afrique Caraibes Pacifique `pays ACP` de la Convention de Lomé, dont je rappelle que vous avez assuré la présidence en 1979 avec une efficacité qui a été appréciée par tous les partenaires européens ou d'Outre-Mer.\
`Politique étrangère ` relations franco - gabonaises`
- Vous avez aussi appuyé de votre autorité, contrairement à des interprétations parfois malicieuses, la proposition française de trilogue qui vise à établir une coopération plus étroite entre les trois continents médians du monde : l'Europe, les pays du Moyen-Orient et l'Afrique.
- Cette concertation doit aussi permettre aux hommes de circuler librement, de se connaître et de s'estimer. Dans ce domaine, le Gabon et la France donnent l'image d'une coopération réussie, profitable à leurs deux peuples.
- Depuis des années les réalisations de la coopération entre nos deux pays peuvent être citées en exemple. Notre coopération est en effet fondée sur le respect mutuel, la confiance, l'amitié. Elle est conforme aux deux principes qui guident l'action de la France en Afrique : non ingérence et solidarité. Le contenu de cette solidarité, c'est la contribution que nous pouvons apporter au développement de la société africaine, une société africaine conçue, conduite, et vécue par les Africains eux-mêmes.\
`Politique étrangère ` relations franco - gabonaises`
- Mon cher président, je voudrais saluer en vous à la fois l'homme du dialogue à la réputation internationale bien connue et d'autre part l'ami. L'amitié chacun le sait ne se mesure pas en chiffres, mais elle se marque par des signes qui, en ce qui concerne nos deux pays, sont multiples et réciproques. Cette amitié, et surtout ce bien plus rare qui est celui de la fidélité dans l'amitié, dans les temps favorables et dans les temps difficiles, revêt à mes yeux une valeur et une importance particulières.
- Je souhaite que votre visite officielle qui nous revient après dix ans, et qui répond à celle où vous nous avez si chaleureusement accueillis voici quatre ans, soit une nouvelle occasion de renforcer notre coopération. Je formule les voeux les plus sincères pour votre bonheur personnel, pour le succès de votre action au Gabon, et dans tout le continent africain, pour la prospérité de votre peuple, et pour l'amitié franco - gabonaise. Je vous demande, mon cher président, de transmettre aux Gabonaises et aux Gabonais, que j'ai le privilège de bien connaître, mon affectueux et fidèle souvenir. Et je vous invite, maintenant, mesdames et messieurs, à lever votre verre en l'honneur de notre ami le président de la République gabonaise, et de Madame Omar BONGO.\

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