Publié le 23 juillet 1980

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing à l'occasion du dîner offert en l'honneur du Président de la République socialiste de Roumanie et de Mme Nicolae Ceaucescu, lors de leur visite officielle en France, Paris, Palais de l'Élysée, mercredi 23 juillet 1980

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing à l'occasion du dîner offert en l'honneur du Président de la République socialiste de Roumanie et de Mme Nicolae Ceaucescu, lors de leur visite officielle en France, Paris, Palais de l'Élysée, mercredi 23 juillet 1980

23 juillet 1980 - Seul le prononcé fait foi

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`Politique étrangère ` relations franco - roumaines`
- Monsieur le président,
- madame,
- excellences,
- mesdames,
- messieurs,
- Votre visite s'inscrit dans la continuité de notre dialogue depuis quinze ans. C'est, en effet, votre deuxième visite officielle en France et il y a 12 ans, le Général de GAULLE vous rendait une visite officielle en Roumanie.
- Cette visite traduit une fidélité £ elle exprime une volonté. La fidélité est celle de nos pays et de nos peuples aux liens qui les unissent. Ces liens ont été forgés dans le combat qui, au siècle dernier, a fait renaître la patrie roumaine et lui a donné un Etat : nous avons célébré, il y a quelques semaines, le centenaire de nos relations diplomatiques.
- Ces liens, nous les avons resserrés encore au-cours de la première guerre mondiale où nous avons combattu côte à côte, puis dans l'action que nous avons conduite ensemble pour préserver, sur notre continent, un acquis si chèrement payé.
- Rien n'illustre davantage la force de ces liens que le mouvement qui nous a ramenés les uns vers les autres après les bouleversements qui ont accompagné et suivi la seconde guerre mondiale. Un mouvement qui venait du coeur, mais où l'analyse de la situation de notre continent trouvait aussi sa place.\
`Politique étrangère ` relations franco - roumaines`
- Car notre dialogue, le dialogue entre la Roumanie et la France, exprime aussi une volonté. Situées chacune à une extrémité de l'Europe, une Europe divisée, la France et la Roumanie ont alors procédé à la même analyse de la situation de notre continent. Elles se sont trouvées en accord sur les principes qui devaient guider les nations européennes dans leurs relations. En se concertant, à-partir de 1964, et en conjuguant leurs efforts, elles ont compris le service qu'elles pouvaient rendre dans l'-entreprise de rapprochement, d'ouverture et de coopération en Europe à laquelle elles se sont consacrées depuis quinze ans.
- Tenter d'abaisser les barrières entre l'Est et l'Ouest de notre continent £ établir entre ses Etats des relations qui ne soient pas celles de blocs constitués pour se dresser face_à_face, favoriser, par un développement des contacts et des échanges, une meilleure compréhension réciproque, qui n'ignore pas la diversité des options politiques et des personnalités nationales £ contribuer enfin à créer les bases de la sécurité, tel est l'effort que nous avons accompli.\
`Politique étrangère ` relations franco - roumaines`
- Constatons qu'un travail utile a été effectué, et que la France et la Roumanie ont donné ensemble le bon exemple. Mais admettons aussi que tous nos objectifs sont loin d'être atteints et qu'il faut encore agir pour permettre à la solidarité de notre continent de s'exercer pleinement afin que s'affirme la personnalité européenne qui nous est commune.
- Comment y parvenir ? Il faut, d'abord, que soient rétablies les conditions qui avaient permis à la détente de s'affirmer, c'est-à-dire, au premier rang, la confiance. Celle-ci repose sur le respect de la souveraineté et de l'indépendance de chacun de nos Etats, sur celui de la diversité de leur personnalité et de leurs régimes économiques et sociaux et sur la sécurité.
- Pour que la confiance soit restaurée, il faut aussi qu'une solution politique soit rapidement recherchée en Afghanistan, car ce ne sont pas les armes qui pourront décider de l'avenir du peuple afghan. Cette solution politique n'est pas irréaliste puisque l'Afghanistan a pu vivre en paix avec ses voisins depuis le début du siècle, sans menacer la sécurité de personne. Cette solution doit comporter le retrait complet des forces armées étrangères, et l'acceptation du droit des Afghans à choisir eux-mêmes leur régime politique et à reprendre la ligne du non-alignement qui a été traditionnellement la leur. Elle doit s'accompagner des garanties appropriées pour que l'Afghanistan ne puisse pas être utilisé pour menacer la sécurié des Etats voisins.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- Il faut, ensuite, que chacun de nos gouvernements ait la volonté de mettre pleinement en_oeuvreles dispositions de l'Acte final d'Helsinki `CSCE`. Ce sera l'objet de la prochaine Conférence de Madrid.
- Nous ne voulons pas que cette conférence soit une rencontre formelle où chacun camperait surses positions, enfermé dans sa défiance £ ou, pis encore, qu'elle soit marquée par des affrontements creusant à nouveau les fossés que nous avons contribué à combler, regroupant alors les Etats autour de ceux qui détiennent les principaux moyens de protection. La réunion de Madrid doit être l'occasion de procéder à un bilan authentique de notre action pour favoriser le développement de la coopération entre les Etats et les peuples d'Europe et renforcer leur sécurité, ainsi que pour avancer des propositions nouvelles.
- C'est ce que la France fera, en-particulier, pour promouvoir l'action du désarmement en Europe, selon un mandat qui devra comporter des orientations précises. Une action que rend d'autant plus nécessaire la menace évidente d'une nouvelle course aux armements.
- Ni la France, ni la Roumanie n'acceptent la fatalité d'une évolution vers le pire. Depuis quinze ans, elles se sont efforcées, en Europe et ailleurs, de dégager, avec obstination, les voies de la compréhension et de la coopération, qui sont aussi celles de la sauvegarde de la paix. C'est pourquoi j'attache une grande importance, monsieur le président, à recueillir vos vues et à confronter avec vous nos analyses afin de déterminer la contribution que nous pouvons apporter, dans les circonstances présentes, à la poursuite de ces objectifs.\
`Politique étrangère ` relations franco - roumaines`
- Ce rôle qui nous revient naturellement, et qui est dans la continuité de ce que nous avons entrepris ensemble, nous sommes d'autant mieux à même de le tenir que nos relations offrent l'exemple de la confiance et de la coopération qui peuvent s'établir, sur notre continent, entre pays à systèmes sociaux différents. Cela vaut dans le domaine politique où nous maintenons une concertation régulière, qu'appellent la diplomatie active que conduit la Roumanie et la contribution qu'elle apporte aux grands débats internationaux.
- Cela vaut dans le domaine économique où nos échanges connaissent, depuis plusieurs années, un développement appréciable. En moins de quatre ans, nous avons atteint l'objectif du doublement des échanges que nous avions fixé pour la période 1975 - 1980. En_outre, une coopération industrielle s'est instaurée entre nos entreprises dans plusieurs branches, telles l'aéronautique, l'automobile et l'informatique. Cette évolution, qui traduit les capacités de l'industrie roumaine, doit nous inciter à élargir encore notre action commune. Je pense, en-particulier, au domaine de la production d'énergie électrique. Les accords qui seront signés dans quelques jours, le 28 juillet prochain, entre la Roumanie et la Communauté_économique_européenne `CEE`, encourageront le développement de nos échanges tout en manifestant la volonté de la Communauté de contribuer au renforcement de la solidarité sur notre continent.\
`Politique étrangère ` relations franco - roumaines`
- Cela vaut, enfin pour le domaine culturel où tant d'affinités favorisent l'approfondissement de notre connaissance réciproque. Nos deux peuples manifestent, dans leur sensibilité, dans leur art, dans leur expression, l'héritage latin qui leur est commun. Leurs cultures puisent aux mêmes sources. Des écrivains d'origine roumaine, depuis Anna de NOAILLES jusqu'à Eugène IONESCO, ont enrichi notre patrimoine.
- Ainsi, la dimension culturelle, comme je le rappelais en vous accueillant tout à l'heure, monsieur le président, est-elle fondamentale dans ce qui nous unit, comme elle l'a été depuis l'origine de nos relations. Je me félicite que, les uns comme les autres, nous en soyons convaincus et que nous nous attachions à resserrer encore nos liens dans ce domaine essentiel.\
`Politique étrangère ` relations franco - roumaines`
- En renouant, il y a quinze ans, leur ancienne amitié, la France et la Roumanie ont retrouvé le chemin des réalités géographiques et historiques de l'Europe. Ce chemin est celui de la solidarité. Il est celui d'une unité réelle de civilisation, dont nous ressentons, j'en suis persuadé, les uns les autres ce soir les manifestations, qui doit progressivement faire entendre à nouveau sa voix puissante dans le monde.
- Ayant ouvert le chemin, il revient à nos deux pays, devant les incertitudes qui pèsent aujourd'hui sur l'avenir, d'en rappeler la signification. Signification politique, car elle correspond à une vision de l'Europe et de son rôle. Signification humaine, car c'est entre les hommes et les femmes de notre continent que nous devons resserrer les anciennes et nouvelles solidarités.
- Je vous invite, mesdames et messieurs, à lever votre verre en l'honneur du président de la République socialiste de Roumanie £ en l'honneur de Madame Elena CEAUCESCU, qui apporte une contribution éminente à votre action et au développement scientifique de la Roumanie £
- au bonheur du peuple roumain et à l'amitié ancienne et combien vivante qui lie le peuple français et le peuple roumain.\

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