Publié le 7 juillet 1980

Interview accordée par M. Valéry Giscard d'Estaing au quotidien de Hambourg "Bild Zeitung" du 7 juillet 1980, à l'occasion de sa visite officielle en République fédérale d'Allemagne

7 juillet 1980 - Seul le prononcé fait foi

Interview accordée par M. Valéry Giscard d'Estaing au quotidien de Hambourg "Bild Zeitung" du 7 juillet 1980, à l'occasion de sa visite officielle en République fédérale d'Allemagne

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`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- QUESTION.- où en est l'amitié franco - allemande ?
- LE PRESIDENT.- L'amitié franco - allemande est aujourd'hui une dimension essentielle de la vie de nos Etats et de leur action internationale.
- A la phase de réconciliation a succédé celle de la solidarité et de la coopération. Avec aucun autre pays du monde nos relations sont aussi intenses, nos contacts aussi constants, nos échanges_de_vues aussi substantiels.
- Cette coopération, qui fait de la République fédérale `RFA` notre premier partenaire, est devenue un élément fondamental de la construction européenne. C'est elle aussi qui doit permettre de rendre à l'Europe, une Europe indépendante et forte, son rôle dans les affaires du monde, dans la solidarité avec ses alliés et ses amis.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes` QUESTION.- Est-il vrai que la France et la RFA se disputent la direction de l'Europe ?
- LE PRESIDENT.- Je vous réponds de façon tout à fait nette : la France et la RFA n'ont, ni l'une ni l'autre, la prétention de vouloir diriger l'Europe. Ce qui caractérise leur attitude, c'est la volonté de s'entendre pour le plus grand bénéfice de l'Europe. L'entente franco - allemande est au-coeur de la construction européenne £ elle en est, comme on le dit parfois, la "pierre angulaire". Cette entente, évidente et nécessaire, est ressentie comme telle par tous les pays membres de la Communauté `CEE`. Elle doit donner à l'Europe la volonté et les moyens de reprendre sa place dans les affaires du monde.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- QUESTION.- Que devient la politique de détente ?
- LE PRESIDENT.- La politique de détente, à laquelle la France a particulièrement contribué, est fondée sur le respect des principes qui régissent les rapports internationaux, sur un certain équilibre des forces et sur la confiance.
- Les événements d'Afghanistan ont créé une situation qui, sur ces trois points, va à l'encontre de la politique de détente. C'est pourquoi nous n'avons cessé de dire que sa restauration suppose des gestes et des initiatives appropriés, en-particulier là où elle a été atteinte.
- La récente décision du gouvernement soviétique `URSS` de retirer certaines unités d'Afghanistan va dans ce sens. Elle ne prendra une signification réellement positive que si d'autres retraits y font suite jusqu'au retrait total, dans-le-cadre d'un règlement politique permettant au peuple afghan de se prononcer librement sur son avenir et à l'Afghanistan de retrouver sa situation traditionnelle de pays non-aligné, ne pouvant constituer une menace pour ses voisins, ni servir de support pour créer une telle menace.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- QUESTION.- L'Europe de l'ouest est-elle en-train de se détacher des Etats-Unis ?
- LE PRESIDENT.- La présence de l'Europe dans les grands débats du monde s'est affirmée progressivement, notamment grâce-à l'action de pays comme la France et la République fédérale `RFA` qui, par leur coopération, sont en_mesure de lui donner la volonté et les moyens de s'affirmer en tant que telle. Cette situation est normale. Ce qui était anormal, c'était l'effacement de l'Europe, dû aux deux conflits mondiaux dont elle avait été le théâtre principal. En retrouvant un rôle et une influence, l'Europe est fidèle à sa vocation. Elle répond, d'ailleurs, à une attente fréquemment exprimée dans de nombreuses régions du monde.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- QUESTION.- Quel est l'-état des échanges de jeunes entre la France et la RFA ?
- LE PRESIDENT.- Le resserrement des liens entre les jeunes des deux pays figurait au premier rang des objectifs du traité du 22 janvier 1963 `date`. C'est dans ce but qu'a été créé l'Office franco - allemand de la jeunesse dont le succès a été exemplaire : depuis la création de l'OFAJ, quatre millions de jeunes Français et Allemands ont participé aux échanges entre nos deux pays. Ce sont de plus en plus des jeunes engagés dans la vie active qui participent à ces échanges. C'est ainsi qu'en 1979, sur 100000 jeunes, 37 % étaient déjà engagés dans la vie active.
- Les échanges réalisés dans-le-cadre de jumelages d'écoles me paraissent également très importants : plus de 1500 écoles sont aujourd'hui jumelées, ce qui a permis à 10000 jeunes Français de se rendre en RFA en 1978, tandis que 10000 de leurs camarades prenaient le chemin inverse.
- Je ne veux pas oublier tous les échanges réalisés grâce-à d'autres initiatives £ je pense, en-particulier, aux jumelages de communes qui sont très nombreux et qui contribuent au rapprochement de nos deux peuples.\
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- QUESTION.- Quels sont les rapports de M. GISCARD D'ESTAING avec les Allemands ?
- LE PRESIDENT.- Je crois connaître assez bien l'Allemagne `RFA`. Lorsque j'étais écolier, puis étudiant, ma langue de culture était l'allemand. Je me suis rendu souvent dans votre pays, et je sais que les Allemands sont un grand peuple. Ils ont apporté à notre continent beaucoup de ses richesses scientifiques, musicales, culturelles, philosophiques.
- Si j'ai connu dans ma jeunesse les affrontements entre nos deux pays et la perversion des valeurs traditionnelles de l'Allemagne, je sais qu'aujourd'hui les Allemands partagent avec nous la même foi dans la démocratie humaniste.
- Je souhaite que les grandes capacités du peuple allemand et les grandes qualités du peuple français se rejoignent pour manifester dans le monde d'aujourd'hui la présence d'une des plus brillantes et des plus vigoureuses civilisations que le monde ait connues.\

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