Publié le 2 juin 1980

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing devant la communauté française d'Helsinki, lors de sa visite officielle en Finlande, Helsinki, le lundi 2 juin 1980

2 juin 1980 - Seul le prononcé fait foi

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing devant la communauté française d'Helsinki, lors de sa visite officielle en Finlande, Helsinki, le lundi 2 juin 1980

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`Politique étrangère ` relations franco - finlandaises`
- Mes chers compatriotes,
- Merci d'abord de nous accueillir aussi chaleureusement pour cette deuxième visite à Helsinki, mais la première en tant que Président de la République française rendant visite à la Finlande.
- Dans l'histoire des relations entre la France et la Finlande, il y a la visite du Président finlandais en France £ c'était en 1962 `année`, il y a 18 ans. Je m'en souviens fortbien, j'étais déjà au Gouvernement. Il n'y avait jamais eu de visite de Président de la République française ou Chef_d_Etat en Finlande. Je suis heureux que la destinée me permette d'être le premier à venir et je me réjouis que dans cette première journée, nous rencontrions les Françaises et les Français vivant en Finlande.
- Vous avez la chance de vivre au milieu d'un grand peuple. Ce n'est pas un grand peuple par le nombre mais par la volonté, la sagesse et le courage. En moins d'un siècle, les Finlandais, poignée d'hommes à l'origine dispersée sur une terre aussi rude que leur ciel, ont affirmé, ont fait reconnaître et ont fait respecter leur indépendance et leur existence nationale. Ils ont su, quand il le fallait, la défendre par les armes et d'ailleurs ceux d'entre vous qui sont de ma génération se souviennent des sentiments que nous inspirait la lutte héroique du peuple finlandais. C'est pourquoi je suis allé fleurir le monument et déposer une gerbe sur la tombe du Maréchal MANNERHEIM.
- Tout au long d'une génération, ils ont consolidé leur indépendance par une neutralité à base de confiance raisonnée et vigilante contribuant ainsi à la stabilité et à la paix dans la région. Modernisant et diversifiant leur industrie, ils ont réussi, malgré l'éloignement, à bâtir leur prospérité sur un commerce libre et actif avec le monde entier. Partout, ils ont réussi à se faire apprécier et respecter. Voilà l'exemple que les Français vont, à l'occasion de ma visite, mieux connaître. Les Français qui sont en France, je ne parle pas de vous qui le connaissez fort bien.\
`Politique étrangère ` relations franco - finlandaises`
- Vous êtes ici une communauté de dimension modeste : quelques centaines qui se répartissent entre les Franco-Finnois et les Français venus exercer une activité de travail. D'ailleurs, comme nous trouvions que cette colonie était trop peu nombreuse, nous vous avons envoyé une ambassadrice qui a l'aspect d'une Finlandaise.
- Puisque vous êtes peu nombreux, il vous revient d'offrir à ce pays, une image vraie de la France et de lui montrer ce que représente le peuple français. Montrer que c'est un peuple de qualité. Vous le devez d'autant plus que notre pays reste ici très peu connu et parfois mal connu à travers des préjugés anciens. C'est donc à vous qu'il revient de témoigner que la France est une nation jeune, active, résolue, prête à affronter l'avenir tout en assumant pleinement son héritage historique, le plus ancien, et culturel, le plus riche d'Europe. Mais il ne suffit pas de témoigner, il faut aussi être les artisans du développement des relations entre nos pays, relations dont l'intensité demeure, surtout dans l'ordre économique, très inférieure aux possibilités de chacun.
- Le ministre du Commerce extérieur `Jean-François DENIAU` est venu il y a quelques semaines recenser ces possibilités. Monsieur le ministre de l'Agriculture `Pierre MEHAIGNERIE` est venu faire son marché dans les différents magasins d'Helsinki pour voir la place qu'y occupent nos produits agricoles et en-particulier nos produits agricoles transformés. Chacun sait que l'exportation, pour la France comme pour la Finlande, est une nécessité vitale. Il faut donc accroître sensiblement nos échanges commerciaux et peut-être davantage encore notre coopération industrielle. Après les premiers entretiens que j'ai eus avec le Président KEKKONEN je pense que ce voyage permettra de donner une dimension nouvelle à cette coopération industrielle. De même, pour travailler ensemble, nous devons améliorer les moyens de communication, en-particulier linguistiques, en commençant par élargir la pratique du Français ici.\
`Politique étrangère ` relations franco - finlandaises`
- Pour accomplir cette tâche, pour être non seulement les témoins mais les artisans et les acteurs de ce développment des relations entre la Finlande et la France, vous avez droit à l'appui de votre pays et à l'appui des pouvoirs publics. Vous savez que cet appui ne vous fera pas défaut.
- Le ministre des Affaires étrangères `Jean FRANCOIS-PONCET` qui est venu ici il y a peu de temps vous le rappelait et vous rappelait ce qui a été fait pour les Français de_l_étranger dans les différents domaines qui concernent leur vie professionnelle et personnelle. D'abord en-matière sociale. Vous êtes ici dans une région du monde où les institutions de protection sociale ont connu un remarquable développement. Il faut savoir que notre législation sociale rejoint celle des pays les plus avancés et connaître l'aide apportée d'abord aux plus défavorisés, les personnes âgées, notamment les Français de_l_étranger âgés, les personnes handicapées et démunies de ressources. Mon objectif est d'assurer progressivement le bénéfice du régime de sécurité_sociale métropolitain, en ce qui concerne tous les risques, - c'est-à-dire le risque maladie, le risque d'accident du travail, le risque de chômage - dans des conditions identiques à celles que l'on a lorsque l'on travaille sur notre sol national.
- A cet effet, un projet de convention sociale est à l'étude entre la France et la Finlande. Je ne doute pas, monsieur l'ambassadeur, en-raison de vos activités passées, que vous ne réussissiez à le mener rapidement à son terme. On a également signé une convention fiscale réglant les problèmes de double imposition. Vous savez enfin, puisque vous avez commencé à vous en servir, les facilités qui vous permettent maintenant d'exercer vos droits civiques à l'étranger.\
`Politique étrangère ` relations franco - finlandaises`
- C'est sans doute dans le domaine scolaire où la demande était pressante, que l'améliorarion a été la plus sensible. Depuis trois ans, une école française créée grâce-à l'aide publique et avec un -concours substantiel de votre part dispense à vos enfants un enseignement du premier degré directement rattaché à notre système national. Nous veillerons à ce que cet effort soit maintenu et poursuivi. Le premier cycle de l'enseignement secondaire est pour sa part assuré par correspondance avec l'appui de moniteurs. J'ai eu l'occasion de vérifier la très bonne qualité de ces enseignements par correspondance. Enfin, je souhaite que les enfants de couples franco - finlandais, même s'ils choisissent de mener leur vie ici, bénéficient par l'étude du français, de l'enrichissement que constitue une double culture, et qu'ils conservent ainsi un lien précieux avec un pays qui est pour moitié leur pays d'origine.
- Je veux saluer aussi les dirigeants et les animateurs d'associations que vous avez créées pour vous regrouper, notamment pour favoriser les voyages en France. Ces initiatives témoignent de votre vitalité, elles appellent sympathie et appui.
- Ce que notre pays peut faire en Finlande, c'est avant tout par vous et grâce à vous qu'il le fera, professeurs, techniciens, commerçants, fonctionnaires, vous tous, hommes et femmes qui êtes ici. A la confiance que vous placez dans la France et dont votre présence aujourd'hui est l'expression, répond la confiance que la France met en vous. Tel est le message que je tenais à vous apporter.\
`Politique étrangère ` relations franco - finlandaises`
- Je terminerai en vous livrant quelques réflexions sur la politique générale de notre pays, non pas la politique de notre pays vis-à-vis des catégories ou des problèmes particuliers, mais la politique générale de notre pays tel que vous l'apercevez d'Helsinki. La politique, que je m'efforce de poursuivre avec le -concours du Gouvernement, a pour objet de faire de la France un pays indépendant, une nation vigoureuse, un messager de paix. Je reviens sur ces trois points : un pays indépendant qui n'ignore pas les solidarités du monde contemporain, solidarités européennes, solidarités en ce qui concerne les principes démocratiques du monde occidental, solidarités avec les pays en développement dont nous avons jadis partagé l'histoire. Mais à-partir de ces solidarités, la France conduit son destin de manière indépendante. Ce qui veut dire qu'elle choisit elle-même ce qu'elle juge bon pour son avenir ou ce qu'elle juge approprié pour défendre ses intérêts dans le monde actuel. Indépendance, quand on parle d'indépendance, cela ne veut pas dire que la France conduit son destin, de manière impulsive ou de manière désordonnée ou teintée d'irresponsabilité. C'est une indépendance qui est étroitement associée à la sagesse et à la raison de notre peuple. Si la France a réussi dans sa longue histoire, non seulement à survivre mais à s'affirmer avec une personnalité aussi riche vis-à-vis du monde, c'est parce qu'elle avait des qualités profondes. Ces qualités, ce sont la raison et la sagesse de son peuple. Dans la conduite de la politique indépendante de la France, je m'inspire constamment de la raison et de la sagesse du peuple français.\
`Politique étrangère ` relations franco - finlandaises`
- Il faut faire ensuite de notre pays une nation vigoureuse. Lorsqu'on se souvient des épreuves de la dernière guerre, épreuves qui apparaissent naturellement chaque année plus lontaines - peut-être est-ce mon pélerinage ce matin dans le cimetière d'Helsinki qui les a rappelées plus vivement à ma mémoire -, on sait très bien que la France n'avait pas les moyens d'être une nation vigoureuse, elle ne les avait ni sur-le-plan de son industrie, ni sur-le-plan de sa sécurité, et nous en avons fait la sévère et amère expérience.
- A l'heure actuelle, au contraire, la France s'affirme comme une nation vigoureuse. Sur-le-plan de sa sécurité, elle est la troisième puissance nucléaire et donc militaire du monde actuel. Malgré sa dimension, malgré ses moyens, sa vigueur industrielle, scientifique, technique, culturelle, s'accroit chaque jour.
- Cette France indépendante et vigoureuse, je souhaite qu'elle soit un messager de paix. Certes, on peut toujours se laisser aller, se laisser porter par les forces qui, depuis toujours dans notre histoire, ont déchiré le monde et l'ont conduit à de sanglants affrontements.
- Quand on étudie les causes des conflits, on s'aperçoit qu'il y a, en réalité, plus d'abandon que de prévision ou de clairvoyance. Dans les tensions du monde actuel, la France doit apparaître comme un messager de paix. J'étais d'ailleurs frappé au-cours de mon entretien avec le Président KEKKONEN de l'importance qu'un pays comme la Finlande attache aux efforts qui ont été entrepris par la France depuis deux ans pour rouvrir le dossier du désarmement et lui donner un contenu substantiel.\
`Politique étrangère ` relations franco - finlandaises`
- Lorsque la France agit comme messager de paix, elle rencontre parfois certaines incompréhensions ou critiques. Je suis persuadé qu'elle ne rencontre l'incompréhension ou la critique ni de ceux qui vivent sur son sol, ni de ceux qui, comme vous, suivez son destin de l'extérieur. Il est important, dans la période actuelle, que la France soit l'interlocuteur des super-puissances, chaque fois qu'une situation doit être analysée pour prévoir et mesurer exactement les intentions et les réactions de l'autre partie et éviter la montée des périls. C'est ce que j'ai fait il y a quelques jours `sommet de Varsovie`. Et ceci, la France continuera bien entendu de le faire. Je suis très heureus que vous m'applaudissiez car c'est la première fois que je m'exprime sur ce sujet, en public. Je note vos réactions : elles sont à mon avis parfaitement représentatives des réactions en profondeur de notre opinion publique.
- Je souhaite que vous gardiez de cette première visite de la Présidence de la République française en Finlande l'idée que désormais la Finlande n'est pas trop loin de la France et que je vous apporte ainsi un peu d'air du pays. Je souhaite aussi que vous reteniez comme image de notre pays cette idée d'une France indépendante, vigoureuse et messager de paix, c'est-à-dire la France telle qu'elle a toujours été dans l'histoire du monde et telle que grâce-à votre capacité et à votre volonté, elle est bien décidée à continuer d'être.\

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