Publié le 31 janvier 1977

ALLOCUTION PRONONCEE PAR M. VALERY GISCARD D'ESTAING, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DU CENTRE NATIONAL D'ART ET DE CULTURE GEORGES POMPIDOU, LUNDI 31 JANVIER 1977

ALLOCUTION PRONONCEE PAR M. VALERY GISCARD D'ESTAING, A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DU CENTRE NATIONAL D'ART ET DE CULTURE GEORGES POMPIDOU, LUNDI 31 JANVIER 1977

31 janvier 1977 - Seul le prononcé fait foi

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` CENTRE_NATIONAL_D_ART_ET_DE_CULTURE_GEORGES_POMPIDOU ` CENTRE BEAUBOURG ` AINSI L'ART ET LA CULTURE CONTEMPORAINE PORTERONT-ILS DESORMAIS A PARIS, MADAME, ` CLAUDE POMPIDOU `, LE NOM DE VOTRE MARI. DE MEME QU'ON DRESSAIT AUTREFOIS DANS LA CAPITALE, LORS DES OBSEQUES DE CEUX QUI GOUVERNAIENT LA FRANCE, DES CATAFALQUES POUR Y DEPOSER LEUR CORPS, DE MEME CE SOIR, A LA FRONTIERE DU PARIS DU MOYEN-AGE ET DE CELUI DE LA RENAISSANCE, SURGIT CE MONUMENT ECLAIRE COMME UN VAISSEAU, EN TEMOIGNAGE DE LA VOLONTE DU PRESIDENT POMPIDOU. C'EST A LUI QUE S'ADRESSE CE SOIR NOTRE HOMMAGE. AVANT DE LE LUI RENDRE, JE VOUDRAIS M'ADRESSER A TOUS CEUX QUI SONT REUNIS, SOUVERAINS, CHEFS_D_ETAT, HOMMES PUBLICS, ARTISTES, M'EXCUSANT DE NE POUVOIR LES CITER TOUS, ET AUSSI AUX PARISIENNES ET AUX PARISIENS, POUR LEUR DIRE QUE CET HOMMAGE, JE VAIS L'EXPRIMER EN LEUR NOMÕ\
` CENTRE_NATIONAL_D_ART_ET_DE_CULTURE_GEORGES_POMPIDOU ` CENTRE BEAUBOURG ` J'AI RENCONTRE POUR LA PREMIERE FOIS MONSIEUR GEORGES POMPIDOU AU-COURS D'UN DEJEUNER AUQUEL UN DE MES PARENTS M'AVAIT CONVIE POUR Y FAIRE SA CONNAISSANCE. SI J'EVOQUE CE SOUVENIR, ET CEUX QUI VIENDRONT, CE N'EST PAS POUR DONNER UNE SIGNIFICATION PARTICULIERE A NOS RELATIONS, MAIS POUR REPRENDRE CE FIL DU TEMPS, LE SEUL QUI NOUS GUIDE, ET QUI NOUS CONDUIT DE LA RENCONTRE JUSQU'A LA MORT. C'ETAIT UN DEJEUNER INSOUCIANT, ENTRE AMIS, JE DIRAI PRESQUE ENTRE CAMARADES. GEORGES POMPIDOU N'EXERCAIT PAS ALORS D'ACTIVITE POLITIQUE. IL PARCOURAIT LA VIE DANS SA LIBERTE ET DANS SA DIVERSITE. IL N'ETAIT PAS HOMME D'APPARENCE, IL N'ATTENDAIT PAS D'EGARDS. J'AI PU CONNAITRE AINSI CES MOMENT HEUREUX QUE VOUS PARTAGIEZ, MADAME ` CLAUDE POMPIDOU `, LORSQUE, JEUNE PROFESSEUR, VOUS REUNISSIEZ VOS AMIS, AU PREMIER RANG DESQUELS COMPTAIT LE PRESIDENT SENGHOR, DANS CETTE MERVEILLEUSE INSOUCIANCE DE CEUX QUI TRAVERSENT L'AGE D'OR, QUI N'EST JAMAIS CELUI D'UNE EPOQUE, MAIS CELUI DE LA BREVE RENCONTRE DES JOIES DE LA JEUNESSE ET DE LA CULTUREÕ\
` CENTRE_NATIONAL_D_ART_ET_DE_CULTURE_GEORGES_POMPIDOU ` CENTRE BEAUBOURG ` CE FUT ENSUITE LA VIE PUBLIQUE. EN AVRIL 1962 ` DATE `, CHARGE PAR LE GENERAL DE GAULLE DE DIRIGER LE GOUVERNEMENT DE LA FRANCE, IL ` GEORGES POMPIDOU ` VINT A MON DOMICILE, MALGRE LA DIFFERENCE D'AGE ET DE RESPONSABILITE, ME DEMANDER D'ETRE SON MINISTRE DES FINANCES. LES ENFANTS, ALERTES PAR LA CURIOSITE, SE TENAIENT ALIGNES COMME DE PETITES CHOUETTES DERRIERE LES BARREAUX DU PALIER, POUR GUETTER L'ARRIVEE DE CELUI QUI, ENCORE INCONNU, MONTAIT L'ESCALIER D'UN PAS ASSURE, COMME IL ALLAIT GRAVIR LES DEGRES DU POUVOIR. IL S'EST IMPOSE A TOUS AVEC AISANCE ET SURETE. UN PEU BRUSQUE AU DEBUT, SON AUTORITE EST DEVENUE PLUS FERME ET PLUS CALME. SCEPTIQUE SUR LES INTENTIONS, MEFIANT SUR LES RAISONNEMENTS, L'OEIL RETRANCHE DERRIERE LA VOLUTE BLEUE DE SA CIGARETTE, IL EXERCAIT SOUVERAINEMENT LE DIFFICILE METIER DE GOUVERNERÕ\
` CENTRE_NATIONAL_D_ART_ET_DE_CULTURE_GEORGES_POMPIDOU ` CENTRE BEAUBOURG ` PUIS VINT LA TRILOGIE, AU RYTHME CLASSIQUE : LA BLESSURE, LE TRIOMPHE ET LA MORT. LA BLESSURE FUT CELLE DE SON DEPART DU GOUVERNEMENT, APRES L'EFFORT HARASSANT ACCOMPLI EN MAI ET JUIN 1968 ` DATE `, ET OU LA FRANCE AVAIT RECONNU EN LUI SON BOUCLIER. UN AN APRES, A DEUX REPRISES, COMME SE PARLANT A LUI-MEME, IL M'EN A FAIT LE MINUTIEUX RECIT, SOULIGNANT LES CONVERSATIONS ET LES CIRCONSTANCES, ET MONTRANT QUE LA BLESSURE N'ETAIT PAS REFERMEE. LUI, HOMME DE FIDELITE, N'ARRIVAIT PAS A ADMETTRE LES DECHIREMENTS DE LA VIE PUBLIQUE. GARDANT LE SILENCE, EVITANT TOUT CE QUI POUVAIT ELARGIR LA FISSURE DE L'EDIFICE, IL ACQUERAIT AUX YEUX DE L'OPINION LA DIMENSION DE L'HOMME D'ETAT. UN AN PLUS TARD, LA FRANCE LUI EN CONFERAIT LA DIGNITE. ET CE FUT LE TRIOMPHE. LE PRESIDENT POMPIDOU, MALGRE L'INEVITABLE CLIVAGE POLITIQUE QUI FRAGMENTE NOTRE PAYS, MERITAIT LE NOM DE PRESIDENT DE TOUS LES FRANCAIS. ATTENTIF A TOUT CE QUI GUETTE LA FRANCE, IL CHERCHAIT A LA PROTEGER, CONTRE ELLE-MEME. VENU A L'ORIGINE D'UN AUTRE HORIZON POLITIQUE, QUI ASPIRE A DE PROFONDS CHANGEMENTS, MAIS AYANT TRAVERSE LES TOURMENTES ET CONSTATE LA FRAGILITE, IL JUGEAIT QU'ELLE A BESOIN, AVANT TOUT, D'UN TUTEUR ET D'UN REMPART POUR RESTER ELLE-MEME. JE N'EVOQUERAI PAS CE SOIR SON ACTION COMME PRESIDENT. IL VOULAIT UNE FRANCE SEMBLABLE A LUI-MEME ET AU CARACTERE DE SA TERRE D'ORIGINE, FORTE, OBSTINEE DANS SES DESSEINS, ET SIMPLEÕ¿\
` CENTRE_NATIONAL_D_ART_ET_DE_CULTURE_GEORGES_POMPIDOU ` CENTRE BEAUBOURG ` PUIS VINT L'EPREUVE. IL N'EN PARLA JAMAIS. DANS LA FONCTION QU'IL EXERCAIT, IL FAUT SAVOIR QU'ON NE PARLE A PERSONNE. ON ECHANGE DES INFORMATIONS, DES ARGUMENTS, ON NEGOCIE, ON DECIDE. MAIS ON NE PARLE PAS DE SOI. ON NE PEUT JAMAIS DIRE, SAUF A VOUS, MADAME ` CLAUDE POMPIDOU `, SI L'ON EST FATIGUE, ISOLE OU LAS, JAMAIS EVOQUER, MEME PASSAGERE, LA SOUFFRANCE OU LA MALADIE. NON, JAMAIS LE PRESIDENT POMPIDOU NE PARLA DE SON EPREUVE, DEPUIS LE PREMIER JOUR OU JE LE VIS S'ENDORMIR DANS LA CABINE DE L'AVION QUI L'EMMENAIT A REYKJAVIK, ET OU J'EUS LE PRESSENTIMENT DE PARTAGER UN INDECHIFFRABLE SECRET, JUSQU'AU DERNIER CONSEIL DES MINISTRES, QU'IL PRESIDA JUSQU'AU BOUT, MALGRE SA VISIBLE SOUFFRANCE, ET OU LA MORT VINT L'Y CHERCHER PARMI NOUS, EN POSANT SUR SON VISAGE SA GRIFFE GRISE. C'EST POURQUOI LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, QUI INAUGURERA AUJOURD'HUI, CE CENTRE, N'EST PAS CELUI QUI AVAIT QUALITE POUR LE FAIRE, PUIS QUE C'EST LE PRESIDENT POMPIDOU QUI L'A VOULU, DECIDE, ET CHOISIÕ\
` CENTRE_NATIONAL_D_ART_ET_DE_CULTURE_GEORGES_POMPIDOU ` CENTRE BEAUBOURG ` LE PRESIDENT POMPIDOU ETAIT UN HOMME DE CULTURE. "LA PASSION DE LA POESIE, A-T-IL ECRIT, DONT ON ME PREDISAIT, LORSQUE J'ETAIS ENFANT, QU'ELLE PASSERAIT, A PERSISTE AU DELA DU MILIEU DU CHEMIN DE LA VIE". C'ETAIT AUSSI UN HOMME EPRIS D'ART CONTEMPORAIN. TRES TOT, IL SE MET A FREQUENTER LES GALERIES, ET A ACHETER SES PREMIERES TOILES. IL RECHERCHE AVEC PREDILECTION LA COMPAGNIE DES PLUS GRANDS NOMS DE LA PEINTURE, ET S'INITIE A LA MUSIQUE CONTEMPORAINE. DES DEUX DIMENSIONS DE L'ART, DISTINCTES ET PARFOIS CONTRAIRES, CELLE D'ETRE UNE RECHERCHE D'HARMONIE, OU CELLE D'ETRE LA PROJECTION SUR L'EXTERIEUR DE NOS QUESTIONS OU DE NOS REVES, C'EST LA SECONDE QUI L'ATTIRE. "ART CONTEMPORAIN, ART PAR ESSENCE CONTRADICTOIRE, A-T-IL ECRIT, STRICT COMME LES MATHEMATIQUES, OU VIOLEMMENT LYRIQUE, SINCERE JUSQU'A L'IMPUDENCE OU INSOLENT DANS L'IMPOSTURE, EXPLOSION DE COULEURS ET DE JOIES, OU NEGATION DE TOUT, Y COMPRIS DE LUI-MEME, IL EST TOUJOURS A L'AFFUT DU LENDEMAIN". ET IL CITAIT VOLONTIERS APPOLLINAIRE : "SOYEZ INDULGENTS QUAND VOUS NOUS COMPAREZ A CEUX QUI FURENT LA PERFECTION DE L'ORDRE... NOUS QUI QUETONS PARTOUT L'AVENTURE..."Õ¿\
` CENTRE_NATIONAL_D_ART_ET_DE_CULTURE_GEORGES_POMPIDOU ` CENTRE BEAUBOURG ` A CETTE AVENTURE DE LA CREATION ARTISTIQUE, IL ` GEORGES POMPIDOU ` VOULAIT OFFRIR UN TEMPLE A PARIS. DEUX RAISONS L'INSPIRAIENT : IL OBSERVAIT QUE DEPUIS QUARANTE ANS, ON N'AVAIT PAS CONSTRUIT DE MONUMENT IMPORTANT DANS LA CAPITALE, ET QUE NOTRE EPOQUE, COMME TOUTES LES AUTRES, SE DEVAIT D'Y MARQUER SA PLACE. ET IL S'INQUIETAIT DU RISQUE DE VOIR S'ELOIGNER VERS L'EXTERIEUR, AU-DELA DES MERS, L'EXTRAORDINAIRE FOYER DE CREATION ARTISTIQUE QU'AVAIT ABRITE PARIS, ET QU'IL VOULAIT Y MAINTENIR. CE CENTRE, IL PENSAIT QU'IL FALLAIT LE SITUER PRES DU COEUR DE PARIS, POUR QU'IL AIT L'ALLURE D'UN CARREFOUR, QUE CHACUN PUISSE AISEMENT S'Y RENDRE, ET QU'IL VIVE AINSI AU RYTHME DE LA CAPITALE. LA PLURI-DISCIPLINARITE ETAIT, ENFIN, SA GRANDE IDEE. ELLE LUI ETAIT INSPIREE, DISAIT-IL, PAR "CERTAINES INITIATIVES, AU SUCCES INEGAL, _ENTREPRISES AUX ETATS-UNIS". IL S'AGISSAIT D'APPLIQUER A LA CULTURE UNE TECHNIQUE QUI A FAIT SES PREUVES DANS D'AUTRES DOMAINES, ET QUI CONSISTE A STIMULER L'ESPRIT PAR LA VARIETE ET LA PROXIMITE D'OEUVRES ET DE RECHERCHES, QUI SONT PRESQUE TOUJOURS PRESENTEES LOIN LES UNES DES AUTRES. ICI LES ARTS PLASTIQUES, LES LIVRES, LE CINEMA, LE THEATRE, LA MUSIQUE, LES ARTS DE FACTURE INDUSTRIELLE ` CENTRE DE CREATION INDUSTRIELLE ` CCI `, ET BIENTOT LA PHOTOGRAPHIE, SERONT POUR LA PREMIERE FOIS AU MONDE, RASSEMBLES ET REUNIS COMME LES CELLULES D'UN GIGANTESQUE CERVEAU, OUVERT A LA CURIOSITE PAR LA TRANSPARENCE DE SES PAROLES, ET OU S'ARTICULENT LES RESSORTS DE LA CREATION ARTISTIQUEÕ¿\
` CENTRE_NATIONAL_D_ART_ET_DE_CULTURE_GEORGES_POMPIDOU ` CENTRE BEAUBOURG ` MADAME `CLAUDE POMPIDOU `, C'EST A UN POETE CONTEMPORAIN, UN DE CEUX SUR LES VERS DUQUEL S'ACHEVE SON ANTHOLOGIE DE LA POESIE FRANCAISE, QUE J'EMPRUNTERAI LE DERNIER MOT DE CET HOMMAGE. UNE FOULE IMMENSE VA MAINTENANT, PENDANT DES DIZAINES D'ANNEES PARCOURIR CE CENTRE, DE L'ECLAT DU JOUR JUSQU'A LA PHOSPHORESCENCE DU SOIR. ELLE VA BATTRE, PAR LONGUES VAGUES, LA DIGUE DES TOILES DU MUSEE, DECHIFFRER LES LIVRES, S'ETONNER DES IMAGES, ECOUTER LA TONALITE GLISSANTE ET LA SYNCOPE DE LA MUSIQUE. SANS TOUJOURS LE SAVOIR, ELLE RECUEILLERA DES ARTISTES CE QU'ILS ONT DE MEILLEUR, L'EXTREME DE LA TENSION NERVEUSE, LA VISION FULGURANTE, LA RECHERCHE INLASSABLE DU MOT OU DE LA COULEUR. ICI L'ESPRIT DES HOMMES NOURRIRA LES HOMMES. PUISSE CETTE FOULE INNOMBRABLE, DANS SA LENTE ET ATTENTIVE PROCESSION, VENIR AUSSI Y CHERCHER, AFIN DE LES CONSERVER PIEUSEMENT, LA CENDRE ET LA SEMENCE DE GEORGES POMPIDOU. Õ\

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