Publié le 1 janvier 2011

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, en hommage aux personnels assurant le fonctionnement des services publics essentiels, à Paris le 1er janvier 2011.

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, en hommage aux personnels assurant le fonctionnement des services publics essentiels, à Paris le 1er janvier 2011.

1 janvier 2011 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et Messieurs,
Chaque année depuis 4 ans, je tiens à rendre hommage à celles et ceux qui assurent pendant la nuit du 31 décembre la continuité de la vie nationale et plus particulièrement le fonctionnement des services publics essentiels, qu'il s'agisse de la sécurité des biens, des personnes, des transports, de l'énergie, de la santé ou encore de l'assistance aux plus fragiles.
J'accorde beaucoup d'importance à notre rendez-vous. Vous êtes en effet restés mobilisés dans une période où le moins que l'on puisse dire c'est que cela n'a rien d'évident. Quand la plupart des Français ont l'esprit à la fête, vous êtes restés sur le pont. La pression sur vos fonctions ne s'est pas relâchée, bien au contraire ! Le froid, les intempéries, les rassemblements et les fêtes et, d'une façon générale, l'insouciance de certains rendent chaque année votre tâche plus ardue, plus exigeante.
Au-delà de la période des fêtes, l'hiver, qui est arrivé précocement sur le pays, a mis à rude épreuve les services publics, contraints de faire face à des conditions climatiques exceptionnelles. Or, dès que nous sommes confrontés à de telles situations, nos moyens d'actions et nos modes d'organisation sont remis en question. Nous ne sommes naturellement pas un pays du cercle polaire, il ne s'agit pas de nous équiper en matériels coûteux qui ne serviraient qu'en de très rares occasions. Mais la situation de désorganisation que nous avons ponctuellement pu connaître ces dernières semaines n'est pas acceptable. J'ai demandé que soit engagée sans délai une réflexion sur les moyens d'améliorer la gestion des crises et je veillerai à ce que des mesures appropriées soient rapidement mises en place.
Nous allons y travailler avec Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, avec Brice HORTEFEUX et avec Thierry MARIANI. On peut comprendre que le service soit perturbé par les aléas climatiques mais pas que les usagers aient le sentiment d'être abandonnés, sentiment qu'ils ont pu éprouver à plusieurs reprises ces dernières semaines. Vous le savez bien, vous qui avez une expérience de ces moments délicats, quand vous êtes confrontés au désarroi voire à la colère des usagers.
En cette période bien délicate, l'année 2010 avait mal commencé avec la tempête Xynthia. Elle a aussi été marquée par les inondations dans le département du Var. À chaque fois, vous-mêmes et vos collègues des régions concernées avez été mobilisés, ici pour rétablir le transport ferroviaire ou le courant électrique, à tout moment pour secourir et soigner les victimes. À travers vous ce soir, c'est donc à tous ceux qui sont en première ligne dès que notre pays connaît une situation dramatique que je veux rendre hommage.
C'est le cas notamment des agents d'EDF, d'ErDF, de GDF-Suez et de GRTgaz. Depuis la tempête de 1999, tous les Français savent quelle est votre capacité de mobilisation. Vous l'avez démontrée à de nombreuses reprises ? Je parlais de la tempête Xynthia, je n'oublie pas que le standard ErDF a reçu en 24 heures 390 000 appels, soit autant qu'en un mois. Vous avez su y répondre. La période de froid actuelle nécessite une mobilisation très importante des moyens de production et de transport de l'énergie sur le territoire national. Des records de consommation ont été atteints ou battus. La neige, surtout la neige humide, est délétère pour les lignes électriques. Manquer de courant en hiver, c'est manquer de chauffage, d'informations, se trouver isolé. Les équipes d'EDF ont à fait preuve de leur réactivité, de leur haute technicité. Je veux les féliciter tout particulièrement.
La sécurité du réseau, c'est aussi le souci permanent des agents de la SNCF et de RFF. Aiguilleurs, conducteurs, contrôleurs, agents dans les centres, vous avez été 2 000 à travailler dans la nuit de la Saint-Sylvestre et 2 300 à assurer des astreintes. Dans l'ensemble, la SNCF a été en mesure de faire circuler de nombreux trains, même si la fragilité de certains réseaux ou matériels a été mise en évidence. Il faudra trouver des solutions pour y remédier.
La SNCF et RFF sont confrontés à une recrudescence des vols de cuivre sur le réseau, qui non seulement altèrent la qualité du service, mais mettent surtout en danger la sécurité des agents et des passagers. L'action conjuguée de la police, de la gendarmerie et de la sureté ferroviaire a permis d'élucider 200 vols de ce type cette année. Notre mobilisation ne faiblira pas en ce domaine.
La continuité des réseaux, c'est aussi celle des transports en commun, et notamment en Île-de-France. La RATP et les compagnies privées de bus et de cars, sont particulièrement sollicitées. À la RATP, vous avez été plus de 2 000 agents à travailler la nuit dernière. Vous êtes là pour que la France qui se couche tard et qui fait la fête le 31 décembre puisse être transportée, mais vous êtes aussi là, toute l'année, pour la France qui se lève tôt et qui prend un Noctilien aux petites heures du matin pour se rendre à son travail.
Pour les hommes et les femmes qui sont en charge de la sécurité des Français, la Saint-Sylvestre n'a rien d'un temps de repos et de fête. 8 000 policiers et gendarme étaient mobilisés à Paris hier soir.
2010 aura été une année d'épreuves pour les forces chargées d'assurer la sécurité des Français. Je n'ai pas oublié le meurtre car c'était un meurtre de Jean-Serge NERIN par un commando de l'ETA en Seine-et-Marne et celui de la malheureuse Aurélie FOUQUET à Villiers-sur-Marne. Deux personnalités particulièrement attachantes, rayonnantes, l'une d'elle frappée par le terrorisme aveugle, l'autre par la grande criminalité. Écoutez, ce sont deux victimes de la barbarie. Il n'y a aucune raison que nous tolérions une telle sauvagerie à l'endroit de gens qui sont de vos collègues de la Fonction publique. Je le dis d'autant mieux que rendez-vous compte et je veux le dire à nos compatriotes, cette année, nous avons eu a regretter, à déplorer la mort de 5 policiers et de 12 gendarmes dans le cadre de leur activité, quand même en 2010, dans un pays civilisé et j'ajoute que 12 000 policiers et gendarmes ont été blessés.
J'aimerai profiter de cette occasion pour dire à nos compatriotes combien les Français doivent soutenir les gendarmes et les policiers. Je veux leur exprimer ma tristesse, mes sentiments de compassion et ma sincère solidarité à l'endroit des familles de tous ceux qui ont été blessés ou bien sûr tués en service.
Je veux également saluer l'action exemplaire des policiers et des gendarmes lors des mouvements sociaux de l'automne à l'occasion de la réforme des retraites. Face aux manifestations, aux blocages des dépôts d'hydrocarbures, les forces de l'ordre ont accompli un travail remarquable qui a permis de traverser une période bien difficile sans violence. Hommage leur soit rendu.
L'année 2010 a été marquée par la mise en oeuvre du rapprochement de la police et de la gendarmerie sous le commandement unique du ministre de l'Intérieur.
En Île-de-France, ce fut l'année de la mise en place de la police d'agglomération. Une nouvelle organisation qui répond à la réalité de la vie quotidienne des Franciliens. Dans les mois qui viennent, nous iront plus loin en réformant les structures territoriales afin de renforcer encore la présence sur la voie publique et les tâches d'investigation.
D'une façon générale, j'ai voulu qu'une priorité absolue soit donnée aux conditions de travail et de sécurité des policiers et des gendarmes. Un effort a été fait pour renouveler les équipements destinés à leur protection.
Cette année encore, pour la huitième année consécutive, la délinquance générale a reculé de près de 3%. Au nom des Français, je voudrais saisir l'occasion de ces voeux pour remercier les forces de l'ordre de ces résultats.
Alors bien sur votre mobilisation reste nécessaire : les violences physiques continuent de progresser (même si c'est dans des proportions 5 fois moindres qu'il y a quelques années), et les vols, notamment de téléphones portables de dernière génération, augmentent de façon préoccupante dans les transports publics. Je veux dire ici combien les agressions dans le métro sont inadmissibles. Je m'associe à la douleur des proches de Melle N'GUYEN, la jeune femme qui est décédée après avoir été violentée lundi par un voleur à la tire. Pour moi, la victime, c'est cette femme, pas celui qui l'agresse.
La coopération entre la RATP et les services de police est plus que jamais nécessaire pour exploiter au mieux le réseau de vidéosurveillance et endiguer les violences dans les transports publics parisiens.
J'ajoute que policiers et gendarmes ont fait de nombreux actes de bravoure.
Un policier de la police aux frontières de Modane est parmi vous : juste avant Noël, il a secouru une jeune femme suicidaire en plongeant dans les eaux glacées. Nombreux sont vos collègues qui, dans des circonstances graves, font preuve d'héroïsme : je veux leur dire mon admiration.
Dans cette action collective au service de la sécurité des Français, je n'oublie pas les magistrats. La lutte contre la délinquance nécessite des politiques pénales énergiques et des réponses judiciaires fermes. Je connais le dévouement des magistrats, dont le métier est difficile, et je salue en particulier l'engagement sur le terrain des procureurs de la République et de leurs collaborateurs au sein des parquets.
Je pense enfin aux militaires qui sont mobilisés sur tout le territoire dans le cadre du dispositif anti-terroriste Vigipirate. Chacun sait que nous vivons une période tendue et que le risque terroriste demeure hélas fort élevé.
2010 a été une année très exigeante pour nos 50 000 pompiers professionnels et 200 000 volontaires qui ont fait un travail tout à fait exceptionnel.
Au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre, 2 000 sapeurs pompiers de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris ont été mobilisés. Avec le concours du SAMU, de la Croix-Rouge et de la Fédération nationale de la Protection civile, vous avez porté secours à de nombreux Français.
Sur l'année, le nombre d'interventions des pompiers s'est accru de 6 % et je voudrais dire que là aussi le bilan est terrible puisque 13 pompiers sont décédés dans l'exercice de leur mission et 12 000 ont été blessés.
Les services de santé ont été très mobilisés pour la nuit du 31 décembre. On ne compte plus le nombre d'entrées dans les services d'urgence, près de 10 000 dans la nuit du 1er de l'an. Les SMURs et les SAMUs ont été très sollicités.
Depuis 15 ans, l'augmentation de l'activité des urgences est constante. Nous sommes à 3 millions d'entrées par an en Île-de-France et nous approchons les 20 millions en France.
Nous devons travailler à une meilleure articulation entre médecine de ville et médecine hospitalière. Xavier BERTRAND s'y attache avec beaucoup de force mais au-delà des services d'urgence, de très nombreux personnels hospitaliers ont assuré la continuité de la prise en charge des patients cette nuit de la Saint-Sylvestre. Je veux les remercier. Nos compatriotes sont très attachés à l'hôpital. Ils vous en savent gré et je sais que nos hôpitaux sont confrontés à des défis immenses. Mais je veux redire que nous avons un système de santé remarquable, et des hôpitaux remarquables. Bien sur, dès qu'il y a un problème tout le monde met en valeur ce problème mais c'est oublier tous les jours le dévouement extrême des personnels hospitaliers qui permet de sauver la vie ou de donner la vie dans des conditions difficiles.
Je veux aussi saluer les médecins et infirmiers libéraux qui ont assuré la permanence des soins lors de la nuit de la Saint-Sylvestre. 7 000 médecins libéraux ont participé à cette permanence des soins en Île-de-France, qu'ils en soient remerciés.
La médecine de proximité reste l'un des chantiers majeurs du Gouvernement pour 2011.
La période des fêtes est l'occasion pour chacune d'entre-nous de porter un regard de fraternité envers tous ceux qui souffrent.
Je pense aux personnes âgées isolées, souvent dépendantes, là aussi ce sont des personnels soignants, médecins, aides-soignants, bénévoles qui ont apporté écoute et réconfort.
Ce sont les personnes sans abri. Je voudrais dire qu'il y a aujourd'hui 113 000 places d'hébergement auxquelles s'ajoutent 11 000 places spécialement ouvertes pour l'hiver dont 4 200 en Île-de-France. Cela nous permet de ne refuser aucune mise à l'abri en période de grand froid. Là aussi on a toujours tendance à accuser le pays. Il n'y a aucune personne qui n'est refusée. Je ne rentrerai pas dans le fameux débat : faut-il obliger ou non en période de grand froid, les spécialistes savent bien que l'on ne peut pas obliger mais les places sont disponibles.
Je salue également les agents de la RATP qui donnent de leur temps au sein du « Recueil Social » et qui réalisent plus de 30 000 interventions par an.
Enfin, vous me permettrez de terminer en saluant les personnels de l'Élysée qui ont été d'astreinte ou de permanence cette nuit : je veux les en remercier et vous dire en terminant que depuis 2007 nous avons mené d'importantes réformes. Elles étaient nécessaires pour que la France demeure un pays prospère ayant les moyens de financer sa solidarité. Dans la crise, ces réformes sont encore plus nécessaires. Car ne pas les faire, les reporter une fois de plus, c'est se condamner au déclin. Je sais que ces réformes peuvent être douloureuses, qu'elles le sont. Je ne connais pas de services publics où l'on ne me dise pas qu'il faudrait plus de personnel et plus de moyens. Et c'est souvent justifié quand vous me le dites, très souvent justifié. Je connais la difficulté de vos métiers mais je vous demande de comprendre que ma responsabilité de Président de la République, c'est de garantir aux Français un avenir indépendant, avec une protection sociale préservée des conditions de croissance qui permettront à chacun de garder son emploi. Ne faisons pas mes chers compatriotes ce que l'on a vu faire dans certains pays, en Europe et qui se trouvent aujourd'hui face à des situations insurmontables. Quand on ne fait pas les efforts qu'il faut au moment où l'on doit les faire, le prix à payer est beaucoup plus lourd. Je veillerai à ce que vous ayez les moyens de faire votre travail de fonctionnaire dans les services publics qui sont les vôtres, mais la France ne peut pas continuer à accumuler les budgets en déficit comme elle le fait depuis 30 ans. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas raisonnable et ce n'est pas l'intérêt de notre pays.
Avec ces remerciements, je sais bien que la plupart d'entre vous quand je circulerai au milieu de vous, vous me direz : mais que vous n'avez fait que votre travail. Moi, je pense que vous avez fait plus que votre travail parce que vous l'avez fait avec un engagement, un dévouement et une conscience de l'importance de votre mission qui me fait un devoir de vous en remercier. Et je voudrais dire que l'on ne parle pas toujours bien dans notre pays de la Fonction publique mais lorsqu'il y a une crise, on est bien content de trouver des fonctionnaires dévoués, présents et compétents. Voilà, c'est cela que je pense profondément et que dans cette longue série de voeux, qu'en tant que Président de la République, je dois présenter, que ces voeux je les présente d'abord à vous qui avez assuré la continuité des services publics la nuit de la Saint-Sylvestre, permettez-moi de vous dire que ce n'était qu'un droit pour vous et un devoir pour moi.
Bonne année 2011 à tous !

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