Publié le 30 novembre 2009

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur la politique de défense, à Paris le 30 novembre 2009.

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur la politique de défense, à Paris le 30 novembre 2009.

30 novembre 2009 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Ministre,
Monsieur le Secrétaire d'Etat,
Mon Général,
Mesdames et Messieurs les Officiers, sous-officiers et militaires du rang,
Les noms de nos 21 militaires morts cette année en opérations viennent de retentir dans ce lieu symbolique entre tous de la bravoure et de la gloire des soldats de France. 21 noms qui sont autant de jeunes vies trop tôt interrompues et de familles brisées. 21 noms qui incarnent autant d'existences dévouées jusqu'au sacrifice ultime aux couleurs et aux valeurs de la patrie. Ces 21 noms fonts écho à ceux des soldats que j'ai décorés il y a quelques instants. Je souhaitais que ces noms mêlés associent l'honneur des vivants au souvenir des soldats morts en opérations extérieures. Je souhaitais les unir dans une même reconnaissance, celle que la France porte à ces enfants les plus valeureux.
Vous qui protégez nos concitoyens sur le territoire national et au-delà de nos frontières,
Vous qui protégez la paix et la sécurité mondiale,
Vous qui protégez partout dans le monde des femmes, des enfants, des hommes que nous n'avons pas le droit d'abandonner au malheur et au désespoir,
Vous qui intervenez en notre nom au Kosovo, au Tchad, en République Centrafricaine, en Côte d'Ivoire, au Liban, en Afghanistan,
Vous êtes le fer de lance de notre diplomatie, de notre sécurité, de notre honneur et de notre rang,
Membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la France a participé à plus de la moitié des opérations de maintien de la paix engagées par l'ONU depuis 1948.
Défenseur de la paix et de l'idéal européens depuis 60 ans, nous avons relancé l'Europe de la Défense, conscients que le temps est venu pour les Européens d'assumer une part croissante de leur sécurité. Nous avons lancé l'an dernier l'opération Atalante contre la piraterie au large des côtes de Somalie. C'est la sécurité de nos ressortissants, la liberté de navigation et le commerce mondial qui sont en jeu. La réussite de cette première opération navale européenne montre que l'Europe de la Défense peut, si elle en a la volonté, jouer un rôle décisif dans la sécurité internationale.
Attachés à l'Alliance transatlantique entre l'Europe et l'Amérique, désireux dans le monde de l'après guerre froide et à l'heure du terrorisme de masse de peser davantage dans les choix de défense de l'Alliance et de l'Union européenne, nous avons repris toute notre place au sein du commandement de l'OTAN. Et c'est avec l'Allemagne, notre alliée, que nous avons accueilli toute l'Alliance à Strasbourg-Kehl. La France y est au premier rang, avec le Général Abrial, Commandant suprême de la transformation de l'OTAN et le Général Stolz, qui a pris le commandement de Lisbonne en charge de la Force de réaction rapide et de l'Afrique. Plus de France dans l'Europe, plus de France dans l'OTAN, c'est plus d'Europe dans l'Alliance.
En Afghanistan, nous luttons avec les Afghans pour empêcher le retour des Talibans et obtenir la stabilisation du pays. C'est la paix du monde et notre propre sécurité qui sont en jeu. Renoncer, ce serait laisser le champ libre au terrorisme et à la violence barbare des fanatiques. Ce serait abandonner un peuple ami qui aspire à la paix. Nous n'avons pas vocation à rester indéfiniment en Afghanistan. Mais nous resterons aussi longtemps que nécessaire pour permettre aux Afghans de vivre dans un pays pacifié et souverain, capable d'assumer seul son destin sans risquer de redevenir une menace pour la sécurité du monde.
Pour le chef des armées, la décision d'envoyer nos hommes en opérations extérieures est une lourde responsabilité. J'en mesure la gravité comme chaque responsable, à tous les niveaux de la hiérarchie, pèse les conséquences de ses décisions. Les actes de commandement sont le fruit d'une analyse, d'une stratégie, d'une coordination, qui se traduiront sur le terrain par des gestes mille fois répétés, des déploiements prévus, des actions concertées. Ces décisions, ces actes engagent l'issue du combat, engagent une partie de notre avenir, mais ils engagent avant tout la vie de nos soldats.
Cinq d'entre eux sont morts en Afghanistan cette année.
Chaque chef, chaque soldat peut se trouver un jour confronté au risque du feu, aux dangers d'une opération aux circonstances difficiles ou impossibles à prévoir, à la mort d'un des nôtres ou d'un de nos alliés. Nous ne pouvons pas oublier la singularité de l'engagement militaire : engager sa vie au risque de la perdre. Leur mort n'est pas un banal accident. Les faits d'armes ne sont pas des faits divers.
Respecter l'engagement de nos soldats, c'est respecter le choix qu'ils ont fait d'affronter le péril au risque de leur vie. C'est aussi chercher à réduire ce risque autant que nous le pouvons.
Voilà pourquoi j'ai décidé de renforcer les moyens de nos hommes en Afghanistan pour améliorer leur protection, en leur donnant plus de mobilité, plus d'appuis, plus de renseignement. Voilà pourquoi je réfléchis longuement avant d'engager nos troupes. Voilà pourquoi chaque commandant dirige ses hommes avec la plus grande rigueur, de même que chaque soldat s'entraîne avec le plus grand professionnalisme.
Voilà pourquoi aussi, nous menons avec Hervé MORIN, le ministre de la Défense, une réforme de nos armées qui adapte notre outil de Défense aux nouvelles menaces du 21e siècle.
Voilà pourquoi, enfin, l'effort de défense sera maintenu, en dépit de la crise économique.
Des armées mieux équipées, redéployées, au commandement unifié : cette ambition, la Nation la soutient grâce à un effort budgétaire sans précédent.
Nous nous adaptons au nouvel environnement stratégique, à l'évolution des menaces. Nous rénovons nos accords de Défense, nous réorganisons nos bases permanentes Outre mer, nous développons de nouveaux partenariats de défense, avec le Brésil ou avec l'Inde. Nous mettrons fin à certains déploiements quand la mission sera accomplie, comme bientôt, je l'espère, au Kosovo et en Côte d'Ivoire.
Cette ambition, c'est vous, les femmes et les hommes de la Défense, qui la mettez en oeuvre sur le terrain. Vous avez su vous investir dans cette réforme, sans jamais faillir à vos missions principales. Que vos familles en soient remerciées aujourd'hui : parce que la vie d'un militaire, n'engage pas que lui, elle engage également fortement ses proches.
Qu'il me soit plus particulièrement permis de m'adresser aux familles de ceux qui ont donné leur vie pour la France : rien ne remplace un être cher, rien ne console de l'absence, rien n'efface la douleur. Mais sachez que nous sommes à vos côtés dans l'épreuve, comme le sont nos compatriotes, comme l'est toute la communauté militaire. Nous n'oublierons jamais ceux des nôtres qui sont tombés.
A ceux qui sont morts en opération, à leurs frères d'armes encore engagés sur le terrain en notre nom, à vous qui allez repartir pour d'autres missions, je dis ma reconnaissance et celle des Français. Votre dévouement doit fortifier en chaque Français l'amour et le service de la France.

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