Publié le 24 juin 2004

Discours de M.Jacques Chirac, Président de la République, sur la professionnalisation de l'armée de terre, ses interventions à l'étranger et la poursuite de l'effort pour la défense et notamment la modernisation des équipements militaires, Olivet le 24 juin 2004.

Discours de M.Jacques Chirac, Président de la République, sur la professionnalisation de l'armée de terre, ses interventions à l'étranger et la poursuite de l'effort pour la défense et notamment la modernisation des équipements militaires, Olivet le 24 juin 2004.

24 juin 2004 - Seul le prononcé fait foi

Télécharger Discours de M.Jacques Chirac, Président de la République, sur la professionnalisation de l'armée de terre, ses interventions à l'étranger et la poursuite de l'effort pour la défense et notamment la modernisation des équipements militaires, Olivet le 24 juin 2004. - PDF 292 Ko
Mesdames, Messieurs,
Madame la Ministre,
Mon Général,
Je voudrais vous dire, tout d'abord, le plaisir que j'éprouve à me trouver parmi vous, au coeur de notre armée de Terre.
Le choix de venir chez les héritiers de la fameuse 2ème DB pour cette présentation est judicieux. C'est pour moi l'occasion de rendre hommage à la formidable épopée dont nous fêtons cette année le soixantième anniversaire. Sous l'énergique impulsion d'un chef d'exception, le général Leclerc, les héros de la 2ème DB cultivèrent, sans concession, l'honneur, la loyauté, la pugnacité, avec une seule obsession : " libérer la France ". Leur exemple demeure, aujourd'hui pour tous, chez nous source d'inspiration notamment pour les jeunes générations.
Ces visites dans les forces sont importantes pour le Chef des Armées.
Elles sont d'abord l'occasion de vous dire ma reconnaissance, à vous qui, quotidiennement, servez la France avec générosité, compétence et enthousiasme, avec aussi discrétion et efficacité.
Elles sont aussi pour moi l'occasion, au travers d'échanges un peu plus directs, de présentations, de démonstrations, de mesurer de façon concrète l'impact des décisions importantes prises, d'abord en 1996, lorsque nous avions professionnalisé nos armées, puis en 2002 ensuite, en demandant une loi de programmation militaire ambitieuse et nécessaire, pour la période 2003-2008.
Je tiens à remercier chaleureusement le Général Thorette, votre chef d'état-major, et celles et ceux qui, de près ou de loin, ont oeuvré pour assurer la réussite de cette journée. La variété et l'intérêt des sujets évoqués, la force des témoignages délivrés, le dynamisme des présentations proposées révèlent bien la richesse de notre armée de Terre, qui conjugue avec bonheur polyvalence et compétence, tradition et modernité.
L'armée de Terre a désormais achevé, pour l'essentiel, la profonde transformation que lui a imposé, rudement, la professionnalisation.
Elle a dû imaginer et mettre en place une nouvelle organisation, mieux adaptée à ses missions, où militaires de carrière, réservistes et personnels civils se côtoient quotidiennement et trouvent naturellement leur juste place. En retour, cette ressource humaine mieux qualifiée, mais plus que jamais comptée, excluant toute redondance, impose une exigence particulière en termes de recrutement, d'emploi, de reconversion.
Cette remarque prend tout son sens dans le contexte que nous connaissons aujourd'hui, un contexte marqué par des engagements sur le terrain de plus en plus nombreux. En effet, que ce soit loin de la métropole, pour des opérations extérieures souvent de plus en plus complexes, ou sur le sol national pour des opérations de sécurité intérieure exigeantes ou des missions de service public inopinées, vos unités sont plus que jamais sollicitées.
Et je constate, là encore, que l'armée de Terre est toujours au rendez-vous. Elle l'est d'ailleurs au premier rang, puisque 75 % de nos forces engagées en OPEX sont issues de vos unités.
Votre participation aux dernières opérations dans les Balkans, en Afghanistan, en Côte d'Ivoire, au Congo Démocratique, en Haïti et ailleurs est marquée du sceau de la rigueur, du courage, de l'efficacité.
Je peux en témoigner : je ne compte plus les témoignages d'éloges que me font mes interlocuteurs étrangers sur le comportement de nos troupes en opérations. Ce " savoir-faire " si particulier, teinté d'altruisme, cette " manière française ", comme le disent souvent les étrangers, est un trait connu et reconnu de nos armées.
Votre engagement généreux sur le territoire national est également important, vous le savez. C'est lui qui contribue à enraciner notre armée de Terre au sein de la Nation en lui apportant, dans l'épreuve, le dévouement et la compétence de ses soldats.
Mais une armée de Terre moderne se doit aussi de posséder des équipements suffisants et performants. Elle se doit de posséder une organisation adaptée. Dans ce domaine également l'armée de Terre est en pleine évolution.
J'ai pu, à ce propos, observer avec un très vif intérêt, tout au long de cette visite, avec quel enthousiasme vous préparez l'avenir.
Les matériels nouveaux que vous m'avez présentés traduisent concrètement la modernisation attendue de vos équipements. Sans aucun doute, Tigre, NH90, VBCI, Félin, permettront à l'armée de Terre de maintenir son ancrage dans le peloton de tête des quelques armées qui comptent dans le monde. De même, la maîtrise de l'information sur les champs de bataille, sous toutes ses formes, répondra aux nécessités des engagements futurs.
A cet égard, il était indispensable, et vous l'avez bien compris, de développer nos capacités à agir, à diriger, à commander en milieu multinational, notamment sous l'égide de l OTAN ou de l'Union Européenne.
J'ai pu apprécier, à travers la présentation du PC/HRF, l'adaptation importante, en termes d'organisation du commandement, qu imposait ce projet. Il implique un investissement humain considérable, un investissement à la mesure des ambitions que nous nous sommes fixées. C'est grâce à cet effort que la France pourra marquer sa juste place et assumer ses responsabilités dans les engagements internationaux. Ce sera bientôt le cas en Afghanistan, où nous nous apprêtons à prendre, dès cet été, la tête de la Force Internationale d'Assistance à la Sécurité, comme au Kosovo, où nous assurerons bientôt à nouveau le commandement de la KFOR.
Mais, vous le savez bien, en matière de défense, rien n'est jamais acquis, ni définitif. Il faut constamment s'adapter, se renouveler et faire preuve, en un mot, d'imagination.
Le contexte actuel impose des conditions d'engagement délicates, toujours plus imprévisibles, atteignant de nouveaux seuils de violence, d'irrationalité, de barbarie parfois, ce qui exige des soldats de plus en plus aguerris et animés de convictions éthiques affirmées.
Au-delà, il s'agit, bien sûr, de permettre à la France de maintenir son rang et d'assumer ses ambitions en lui procurant les capacités de prévention, d'action et d'influence nécessaires et suffisantes.
L'effort que je vous demande n'est donc pas achevé. Je n'oublie pas, pour autant, les contraintes qui pèsent sur vous. Et elles sont parfois source d'incertitudes ou d'interrogations.
Je n'ignore pas, qu'en dépit des engagements de la loi de programmation militaire 2003-2008, engagements qui seront respectés, naturellement, vous faites face à des difficultés réelles.
Vous devez cependant être conscients que, dans le contexte actuel, c'est un effort exceptionnel que la Nation consent pour sa défense, légitime mais exceptionnel. Cet effort, je vous l'ai déjà dit, vous oblige et chacune et chacun, quelle que soit sa place dans l'armée de Terre, doit en prendre toute la mesure.
Je n'ignore pas non plus votre insatisfaction de voir certains matériels vieillissants, encore en service pour quelques années, et les problèmes de maintien en condition opérationnelle que cela peut engendrer. Malicieusement, le général s'était débrouillé pour en semer quelques-uns sur mon parcours ce matin.
Des difficultés de tous ordres, souvent imprévisibles, sont venues ici ou là perturber la planification prévue. Mais je sais aussi que la situation commence à s améliorer, à l'exemple du taux de disponibilité de vos matériels en opérations extérieures qui atteint désormais 90 %.
Je vous demande donc d'être patient face à ce temps incompressible qui vous sépare de l'arrivée prochaine des matériels nouveaux que nous avons vus tout à l'heure et qui sont déjà commandés.
Je sais également les conditions délicates de votre préparation opérationnelle, rendue plus difficile et exigeante par le rythme et la variété des engagements. Ils vous contraignent à une polyvalence quotidiennement éprouvée. Vous en êtes un exemple éloquent, puisque la deuxième brigade blindée aura assuré, dans l'année, trois engagements aussi variés que la KFOR au Kosovo, LICORNE en Côte d'Ivoire, et Vigipirate sur le territoire national.
Je n'ignore pas enfin la tension que vous subissez sur vos effectifs qui, je le rappelais tout à l'heure, vous sont désormais plus que jamais comptés.
Il faudra donc faire preuve, là aussi, d'originalité, d'imagination, de pugnacité pour trouver les réponses à ces questions.
Dans les moments difficiles, il faut aller de l'avant. Et vous, les héritiers du Maréchal Leclerc, vous le comprenez, j'en suis sûr, mieux que quiconque.
Rappelez-vous votre grand ancien, qui, un certain 21 juin 1944, il y a presque 60 ans jour pour jour, à la veille de débarquer sur le sol de la France retrouvée, galvanisait ses troupes en ces termes : " dans l'existence, on ne réussit que si on est obsédé par une idée ".
Comme vos anciens, je sais votre capacité à relever les défis. Vous l'avez à maintes reprises prouvé récemment. Aussi j'attends de chacune et de chacun d'entre vous qu'il contribue activement, avec imagination et avec énergie, à poursuivre l'effort entrepris pour bâtir l'armée de Terre de demain. Une armée de Terre moderne, performante, efficace, servie par un personnel motivé, généreux, enthousiaste, tant il est vrai qu au-delà d'une question de moyens, notre armée de Terre dépend d'abord et surtout de la qualité des femmes et des hommes qui y servent.
La visite que j'ai faite aujourd'hui confirme amplement la confiance que j'ai en vous toutes et en vous tous.
Je vous en exprime de tout coeur ma reconnaissance, mon estime et mon amitié.
Je vous remercie.

Sur le même thème

Voir tous les articles et dossiers