Publié le 24 septembre 2001

Lettre de M. Jacques Chirac, Président de la République, adressée à l'abbé Pierre, à l'occasion de l'ouverture du deuxième salon Emmaüs, sur la pauvreté, l'aide sociale, le développement du volet insertion du RMI et, sur le plan international, l'aide aux pays les plus pauvres, Paris, le 24 septembre 2001.

Lettre de M. Jacques Chirac, Président de la République, adressée à l'abbé Pierre, à l'occasion de l'ouverture du deuxième salon Emmaüs, sur la pauvreté, l'aide sociale, le développement du volet insertion du RMI et, sur le plan international, l'aide aux pays les plus pauvres, Paris, le 24 septembre 2001.

24 septembre 2001 - Seul le prononcé fait foi

Télécharger Lettre de M. Jacques Chirac, Président de la République, adressée à l'abbé Pierre, à l'occasion de l'ouverture du deuxième salon Emmaüs, sur la pauvreté, l'aide sociale, le développement du volet insertion du RMI et, sur le plan international, l'aide aux pays les plus pauvres, Paris, le 24 septembre 2001. - PDF 165 Ko
Cher Abbé Pierre,
Monsieur le président d'Emmaüs France,
Monsieur le président d'Emmaüs International,
Mesdames et messieurs,
C'est avec un sentiment de joie que je m'adresse à vous aujourd'hui, à l'occasion du deuxième salon Emmaüs. Tout d'abord, vous me permettrez de saisir cette occasion pour redire à l'Abbé Pierre l'affection profonde de tous les Français et la satisfaction qui est la nôtre de le voir aujourd'hui parmi vous et en bonne santé.
Aujourd'hui, 10 000 personnes, dont 4 000 compagnons et 5 000 bénévoles témoignent du formidable développement de votre mouvement en France. Celui-ci s'est aussi déployé à travers le monde entier comme l'illustre la présence, parmi vous, du Président d'Emmaüs International et de représentants de nombreuses communautés européennes et venues de tous les continents.
J'exprime à chacun d'entre vous toute ma reconnaissance et je vous adresse mes bien chaleureuses salutations.
Ce que votre mouvement apporte aux plus démunis, c'est un toit, des vêtements, un travail. Mais c'est bien plus que cela : une main tendue, une écoute fraternelle, un regard qui reconnaît à chaque être sa dignité et la possibilité de s'engager à son tour au service des autres. Le "compagnon" prend la place de "l'assisté", démontrant ainsi que celui qui n'a rien peut apporter beaucoup aux autres au sein d'une communauté humaine, fraternelle, respectueuse de tous.
Ce message, j'en ai la conviction, est profondément d'actualité.
En France, la misère ne recule pas comme elle le devrait. Elle affecte aujourd'hui davantage les jeunes et les familles monoparentales, sans parler de l'afflux croissant des demandeurs d'asile. La croissance doit être mieux répartie. Chacun doit y avoir sa part.
Au-delà des minima sociaux, au delà des secours d'urgence, qui sont évidemment nécessaires, la solidarité, vous le démontrez chaque jour, c'est ce qui permet de remettre l'homme en mouvement, de lui redonner confiance en lui et un sentiment d'utilité qu'il a souvent tragiquement perdu. C'est la raison pour laquelle nous devons développer encore le volet insertion du RMI et améliorer la coordination des acteurs sur le terrain afin que les aides sociales soient davantage personnalisées. Nous devons veiller aussi à ce que les personnes ayant charge de famille soient mieux soutenues dans leur démarche de retour à l'emploi.
*
Nous avons aussi le devoir de nous mobiliser pour ceux qui, à travers le monde, souffrent de la faim et de la misère, souvent sans réel espoir de franchir le seuil de la pauvreté.
Je suis très sensible au fait que vous ayez choisi de consacrer ce deuxième salon Emmaüs à la solidarité internationale. Nous devons nous mobiliser pour aider les peuples les plus pauvres à trouver leur place dans le mouvement du monde et pour qu'ils prennent leur part d'un progrès pour tous et respectueux de chacun.
Pour aider les pays les plus pauvres à accélérer leur croissance, il faut évidemment alléger la dette qui les étouffe. Je partage avec l'Abbé Pierre la conviction qu'il s'agit d'une condition essentielle du développement. La France est fière de contribuer pour une part importante à l'effort nécessaire de la communauté internationale. Il faut aussi augmenter l'aide au développement. Nous pouvons faire plus. Nous pouvons faire mieux.
Enfin, je considère que les pays les plus pauvres doivent être mieux représentés pour participer à une meilleure régulation de la mondialisation. Si la France accueille, comme je l'ai proposé, un sommet mondial des pays représentatifs du monde dans sa diversité en 2003, elle leur fera toute leur place parmi les nations.
En appui de la mobilisation de tous les Etats que j'appelle de mes voeux, le rôle des associations telles que Emmaüs est très important pour conforter, au sein de ces pays, une solidarité active et le goût d'entreprendre. Développement de vos communautés qui sont désormais 450 réparties dans 50 pays, actions humanitaires, jumelages, échanges d'expériences, actions spécifiques comme celle que vous conduisez au Liban pour aider au financement de petites entreprises : toutes ces initiatives méritent d'être saluées, encouragées et facilitées. Elles font honneur à notre pays et à sa tradition en matière de défense des droits de l'homme dans le monde entier.
*
Au moment où s'ouvre le deuxième salon Emmaüs, je tenais à rendre hommage à tous ceux qui font vivre, chaque jour, en France comme à l'étranger, le message de fraternité et d'humanité qui caractérise votre mouvement et qui le rend si cher au coeur des Français.
Je vous remercie.

Voir tous les articles et dossiers