Publié le 16 mai 1990

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, notamment sur la culture et l'histoire polynésienne et sur Mahina, Mahina, le 16 mai 1990.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, notamment sur la culture et l'histoire polynésienne et sur Mahina, Mahina, le 16 mai 1990.

16 mai 1990 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- mesdames et messieurs,
- Voici l'une des étapes de ce trop bref voyage en Polynésie qui me permet cependant d'approcher de plus près vos personnes et de mieux connaître vos problèmes.
- Comment ne pas se réjouir d'être dans cette commune, - vous avez eu raison de le dire, monsieur le maire, - "historique" ? Et les quelques faits que vous avez rappelés ont bien marqué, à la fin du XVIIIème siècle, les événements qui devaient dominer durant les deux siècles suivants l'histoire de ce pays. Pays composé de la population qui à travers les siècles a forgé ce pays, qui représente le fond de ses traditions, de ses arts, de ses façons de penser. Les apports venus de partout ont produit une société où l'on s'est débarrassé de tous ces refus, de toutes ces exclusions. On vit ensemble parce que l'on est soi-même représentant de tant et de tant de civilisations, que l'on se sent profondément engagé dans la construction commune du temps présent.\
Monsieur le maire, vous nous offrez là un beau spectacle, dans un bel endroit. Vous voyez que le ciel commence à dissiper ses nuées pour contribuer à cet accueil.
- J'ai eu, en effet, l'occasion au cours de ces dernières années de vous rencontrer à Paris, avant que vous ne nous receviez vous-même chez vous. Et j'ai pu assurer, parmi les élus de Polynésie, vos qualités, votre approche des problèmes, votre volonté de servir la population.
- Je suis sûr que tous les visiteurs qui m'accompagnent et qui sont venus de loin éprouvent en cet instant le sentiment d'être en un lieu privilégié. Il n'est pas nécessaire de chercher longtemps en soi-même : on sait tout de suite que là s'est fait toute une histoire £ que là un peuple s'épanouit et s'accomplit. Une fois de plus les chants, les groupes que nous venons d'entendre, tout cet aspect multicolore que vous offrez à nos yeux et cette bonne humeur de l'hospitalité contribuent à donner à ce voyage un air que l'on pourrait croire connu au travers des images stéréotypées, mais qui va beaucoup plus loin puisqu'il permet à des Français venus de la lointaine métropole de reconnaître un peu les itinéraires spirituels et esthétiques de l'âme polynésienne.
- Vous avez bien fait les choses. Parmi les communes que je visiterai, je suis sûr que je garderai, que nous garderons un souvenir particulier. Je souhaite que tous vous participiez à l'évolution réussie de la Polynésie, dans un moment comme celui-ci, difficile sans doute, parce que tout va vite, parce que tous les problèmes se posent à la fois, parce que vous accédez aux responsabilités mêmes du pays à construire, parce que vous apportez non seulement le passé, le riche passé qui est le vôtre, mais aussi toutes les chances de l'avenir. Encore faudra-t-il les maîtriser.
- Je suis sûr, monsieur le maire, mesdames et messieurs les conseillers municipaux et vous toutes et vous tous, dirigeants de Polynésie qui se trouvent à nos côtés, et autour du Président du gouvernement, je suis vraiment bien sûr que si chacun veut y mettre du sien avec le concours de la métropole, de l'Etat qui ne sera pas refusé, vous pourrez connaître à la fin de ce siècle, un nouveau stade d'évolution dont vos enfants pourront dire qu'il aura constitué un véritable tournant dans l'histoire de la Polynésie et particulièrement de Tahiti et plus particulièrement encore de cette commune vivante, nombreuse, de plus en plus habitée par celles et ceux qui viennent de la capitale et d'ailleurs.\
Vous me montriez tout-à-l'heure, monsieur le maire, les lieux où s'est formée votre propre enfance, où se trouvent vos attaches depuis de nombreuses générations et je reconnaissais dans votre accent l'attachement très répandu dans toutes ces îles, l'attachement profond, définitif que l'on porte à cette terre.
- Je vous remercie de cette halte. Je l'ai dit tout-à-l'heure : nous nous en souviendrons. Prenons conscience que là, dans cette île, avec la mer devant nous, se trouvent rassemblés tous les éléments de ce qui a fait l'histoire et de ce qui fera le devenir de la Polynésie. Prenons conscience que rien n'est possible sans le travail, sans la volonté, sans l'imagination des hommes, sans leur capacité d'amitié et d'amour afin de préserver le meilleur de leur société.
- Je vous remercie, mesdames et messieurs. Je n'ose dire à plus tard mais je dispose encore de cette soirée et de la journée de demain pour approcher d'autres aspects de vos archipels. Je tiens à vous remercier. Monsieur le maire, mesdames et messieurs, je dirai du même coeur que vous :
- Vive la Polynésie !
- Vive la République !
- Vive la France !\

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