Publié le 19 février 1990

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du dîner offert par M. Ghualm Ishaq Kan, Président de la République islamique du Pakistan, notamment sur les relations franco-pakistanaises et sur la politique française en faveur de l'aide aux pays en voie de développement, Islamabad, lundi 19 février 1990.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du dîner offert par M. Ghualm Ishaq Kan, Président de la République islamique du Pakistan, notamment sur les relations franco-pakistanaises et sur la politique française en faveur de l'aide aux pays en voie de développement, Islamabad, lundi 19 février 1990.

19 février 1990 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président,
- madame,
- madame le Premier ministre,
- mesdames, messieurs,
- Permettez-moi de vous dire combien, ainsi que mon épouse et la délégation qui m'accompagne, nous avons été sensibles, monsieur le Président, aux paroles de bienvenue et à l'accueil que vous nous avez réservé dans cette magnifique résidence, au coeur de cette capitale.
- Cette visite au Pakistan, au moment où dans le monde s'est levé à nouveau le vent de la liberté, je la considère comme un hommage à la démocratie que vous avez retrouvée et à la détermination de votre peuple tout au long de son histoire.
- Si l'on s'en tient à son existence comme Etat, le Pakistan est un pays neuf. Mais comment oublier que nous sommes dans la vallée de l'Indus, à un carrefour de l'histoire et des cultures ? Dans ces provinces réunies il y a quarante-trois ans, se sont épanouies quelques-unes des plus anciennes civilisations du monde, dont on retrouve encore quotidiennement les vestiges. Aux croisées de deux mondes et de la fabuleuse route de la soie, Alexandre le Grand vint y jeter ses derniers feux et le génie hellénique se mêler à la spiritualité bouddhique dans le Gandhara. Dix-neuf siècles plus tard, dans le sillage de Tamerlan et après l'épopée de l'islamisation, l'empire moghol allait offrir à ces régions l'un des plus beaux développements artistiques de l'Asie.
- Nous admirons ce patrimoine et d'une certaine façon nous le partageons : le nom "Indus" ne s'allie-t-il pas naturellement à celui d'Europe ? Mais l'histoire de votre pays ne se limite pas à ce brillant passé. Le demi-siècle qui vient de s'écouler a été riche pour vous, avec son alternance d'heures exaltantes - l'affirmation de votre identité, l'avènement de la démocratie - et de périodes sombres comme il en est, marquées par les conflits, les exodes de populations, les atteintes aux libertés.\
Je sais le rôle que vous avez joué, monsieur le Président, lors du récent tournant de l'histoire pakistanaise et je tiens à vous en rendre hommage. Et comment n'y pas associer le nom de Bhutto ? J'ai vu un symbole de votre action, de votre pays dans votre présence, madame le Premier ministre, le 14 juillet 1989, à Paris, pour célébrer le Bicentenaire de la Révolution française ?
- La France a, bien sûr, un rôle à jouer pour affermir votre jeune démocratie, l'aider à surmonter les problèmes posés par le développement, par la lutte en faveur de plus de justice. L'amitié qui nous lie remonte à la création même de votre Etat et doit maintenant connaître un nouvel essor.
- Nous avons pris l'habitude d'échanger régulièrement nos vues et nos analyses dans bien des domaines. Ce dialogue il faut le renforcer. Il s'agit de reconnaître par là l'importance, qui ne cesse de s'affirmer, du Pakistan sur la scène internationale, mais aussi de mettre à profit le fait que sur tant de questions souvent difficiles, nos positions sont proches. Soucieux de son indépendance, votre pays montre, par ses prises de position aux Nations unies, par son rôle actif au sein du mouvement des non-alignés ou de la Conférence islamique, et désormais dans le cadre du Commonwealth, qu'il entend faire valoir un point de vue équilibré et juste sur les grands débats et projets internationaux. Il en est ainsi du désarmement, du développement ou de sujets qui nous tiennent particulièrement à coeur, comme la protection de l'environnement ou la défense des Droits de l'Homme. Je veux, à cet égard, apaiser certaines alarmes qu'a pu engendrer la rapidité des récentes évolutions en Europe. N'entend-on pas dire ici et là que la France et, avec elle, les autres pays occidentaux se désintéresseraient du monde en développement pour consacrer leurs efforts au redressement de leurs voisins à l'est de l'Europe ? Les changements en Europe de l'Est, le renforcement de la construction européenne, l'amélioration des relations Est-Ouest requièrent une grande attention de notre part. Mais la France a depuis longtemps une politique spécifique que nous voulons audacieuse à l'égard du monde en développement. Cette évolution et cette politique à l'égard du tiers monde seront poursuivies. La France, selon ses moyens, ne saurait abandonner à leur sort des populations qui, en Asie comme en Afrique ou en Amérique latine, vivent encore dans des conditions désastreuses. Comment pourrions nous accepter un monde où, demain, cinq milliards de déshérités côtoieraient un milliard de nantis ? Eh bien, nous poursuivons nos efforts contre le scepticisme et les égoïsmes, pour relancer le dialogue Nord-Sud. Et on peut espérer que la diminution de certaines tensions et le désarmement idéologique permettront de dégager des ressources nouvelles pour le bien-être des peuples.\
Je viens de parler de tensions. Cette partie de l'Asie où nous sommes souffre, de longue date, de conflits ouverts ou larvés, dont certains affectent directement votre pays.
- L'Afghanistan tout d'abord : le Pakistan a su pendant plus de dix ans faire face, avec courage et dignité, à une situation grosse de menaces. Il a accueilli et accueille encore sur son territoire la plus forte concentration au monde de réfugiés.
- Cette solidarité qui vous honore doit être partagée et la France, par le canal des organisations non-gouvernementales ou par le biais des institutions multilatérales, continuera, tant que cela sera nécessaire, à seconder vos efforts dans ce domaine.
- Mais le drame humain se prolonge, en dépit du départ des troupes d'occupation. Si des perspectives de règlement politique semblent se préciser, la nécessité pour tous les Afghans de rechercher les voies d'un authentique processus d'autodétermination revêt chaque jour plus d'importance.
- Nous appelons de nos voeux l'avènement d'un Afghanistan réellement indépendant et non-aligné. C'est dans cet état d'esprit que nous apportons notre soutien aux efforts des Nations unies. La France a appuyé à New York, en décembre 1989, une résolution, adoptée à votre initiative, et qui recommande l'ouverture rapide du dialogue inter-afghan et la mise en place d'un gouvernement véritablement représentatif de toutes les composantes de la Nation. Dans le même esprit, en participant au programme des Nations unies conduit par le Prince Sadruddin Aga Khan, nous entendons contribuer aux efforts faits en faveur de la reconstruction du pays et au retour des réfugiés.\
Un autre foyer de tensions, le Cachemire, s'est rallumé récemment. Nous entretenons des relations étroites tant avec l'Inde qu'avec le Pakistan et souhaitons naturellement que ces deux pays amis puissent surmonter cette épreuve. Nous nous réjouissons à cet égard qu'Islamabad et la Nouvelle-Delhi aient décidé de garder ouverts les canaux de communication entre eux. Il serait redoutable, en effet, que le climat de confiance établi par les accords de Simla puisse être remis en cause.\
Monsieur le Président, développement de l'économie, lutte contre les inégalités, responsabilités internationales accrues, tels sont les chantiers que vous vous êtes assignés. La tâche est lourde, mais nous avons confiance en ceux qui ont actuellement en main les destinées de votre pays. Votre brillante carrière, votre autorité morale, celle que vous a conféré votre état d'esprit d'indépendance et votre fidélité aux idéaux des fondateurs du Pakistan sont une garantie pour l'avenir.
- Sachez que nous voulons contribuer au développement de votre pays, à la mesure des relations d'amitié qui existent entre nous. Je souhaite que les échanges se développent, que la coopération économique, technique, culturelle connaisse désormais un élan nouveau. Je m'y appliquerai. Et j'espère que nos conversations apporteront des réponses claires aux problèmes qui nous sont posés. Cela ne peut qu'être bénéfique pour nos deux pays. Monsieur le Président, madame le Premier ministre, mesdames, messieurs, permettez-moi, à mon tour, de lever mon verre à votre santé personnelle, à la santé de ceux qui vous sont chers, au bonheur du peuple pakistanais et au développement harmonieux des relations d'amitié et de coopération, celles du Pakistan et de la France.\

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