Publié le 22 mars 1989

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du dîner offert en l'honneur de M. Mohammad Ershad, Président de la République populaire du Bangladesh et de son épouse, notamment sur les relations entre la France et le Bangladesh, le projet de lutte contre les inondations et l'aide au développement, Paris le 22 mars 1989.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du dîner offert en l'honneur de M. Mohammad Ershad, Président de la République populaire du Bangladesh et de son épouse, notamment sur les relations entre la France et le Bangladesh, le projet de lutte contre les inondations et l'aide au développement, Paris le 22 mars 1989.

22 mars 1989 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président,
- Madame,
- Nous sommes heureux de vous accueillir ici ce soir, d'accueillir le Président de la République Populaire du Bangladesh et Madame Ershad qui viennent chez nous afin de mieux nous connaître, ce qui nous permettra à nous-mêmes d'approcher davantage les questions qui nous sont communes. Et au nom de mon pays, je veux exprimer à travers vous mes souhaits de bienvenue à un pays et à un peuple auxquels la France - plus nombreux qu'on ne le croit sont les Français qui connaissent la réalité du Bangladesh - est attachée par des liens d'amitié, de respect et de solidarité. Je crois que la France a compris le sens de votre combat pour la reconnaissance de votre identité nationale, des efforts patients, déterminés, que vous avez déployés pour conquérir sur la scène internationale la place qui vous revenait. Un des plus jeunes Etats du monde, situé à la confluence précisément de cultures millénaires : comment la France qui respecte la culture, qui se passionne pour la liberté n'aurait-elle pas pour le Bangladesh un intérêt particulier ?
- Ces liens se resserrent depuis maintenant quelques années £ je crois que c'est la troisième fois que j'ai l'avantage de vous rencontrer. On pourrait dire même en forçant un peu le trait que depuis quelque temps la France et le Bangladesh ne se quittent pas £ pas un mois ne passe sans qu'une visite n'ait lieu, dans l'un ou l'autre de nos pays. Je le rappelais à l'instant, vous êtes vous-même Monsieur le Président, venu brièvement à Paris en novembre dernier et je me réjouis que nous ayons cette nouvelle occasion de nous voir plus longuement.
- Les visites, les échanges dont je parle, qui se sont succédés très nombreux ne doivent rien au hasard ou aux impératifs d'un quelconque calendrier diplomatique. Ils procèdent d'une volonté commune de renforcer le dialogue, la coopération et d'entreprendre une tâche qui se présente immense devant nous, tâche concrète, urgente, destinée aussi bien aux générations futures. Permettez-moi maintenant d'en dire quelques mots.\
Monsieur le Président, chacun sait le poids des épreuves et des servitudes que la démographie, l'économie, et surtout la nature, imposent au Bangladesh dans sa lutte pour l'existence quotidienne. Chacun mesure le courage d'un peuple qui puise dans la tragédie même sa force et qui, année après année, s'applique à reconquérir ses terres ou à reconstruire ses maisons. Puisque votre pays est soumis au cycle de l'eau, de ces eaux venues de l'Himalaya, de ces fleuves immenses que sont le Gange et le Brahmapoutre qui s'emparent de votre pays, font et défont ses plaines, ses villages tandis que leur limon emporte les récoltes au lieu d'en accroître les fruits.
- Et vous avez pensé avec raison et nous pensons comme vous, que le moment est bien venu de faire face à cette adversité peu commune avec d'autres armes que le courage, la bonne volonté ou les mains nues de millions de paysans qui ne demandent qu'un peu de terre pour vivre. Les progrès de la science, de la technologie, les ressources financières disponibles ne pourraient-ils pas être utilisés dans un effort collectif, à l'échelle mondiale pour vaincre ce qui constitue l'obstacle majeur au développement de votre pays ? Voilà la question que nous nous posons, que nous avons posé au monde.
- En effet, j'ai proposé, il y a quelque mois, de la tribune des Nations unies, c'était en septembre 1988, que la Communauté internationale pût réfléchir à cette question, qu'elle se concerte, qu'elle mobilise ses experts, ses ressources afin de décider dans quelle mesure et sous quelle forme elle pourrait aider le Bangladesh à domestiquer ses grands fleuves sur son territoire et à faire en sorte qu'ils ne soient plus demain qu'une source de fertilité, un espace et je cite là Rabindranath Tagore "où les nuages s'étendent pour dormir". L'intérêt qu'a suscité cet appel a incité le gouvernement français à lancer une étude sur ce sujet, à laquelle il a souhaité donner une dimension européenne, en demandant à un comité d'experts, ressortissants d'un certain nombre d'Etats membres de la Communauté, d'en orienter la conception et d'en apprécier les résultats. Et je veux souligner la façon exemplaire dont toutes les parties concernées par ce travail ont coopéré.
- Dans quelques semaines, les conclusions de cette étude vous seront soumises. Si elles rencontrent votre assentiment, je les exposerai à nos partenaires lors d'un prochain Conseil européen, puis aux dirigeants des sept pays les plus industrialisés qui se réuniront en juillet à Paris. Ce sera l'un des points de notre ordre du jour. L'impulsion politique qui devrait alors être donnée permettra d'engager dans les enceintes financières internationales, un effort dont on voit bien déjà qu'il peut représenter, si chacun consent à y prêter la main, un tournant dans la lutte contre le sous-développement, pour la solidarité des peuples du monde.\
Il est, à bien des égards, normal et juste que dans ce combat le Bangladesh et la France se retrouvent côte à côte. Nous croyons l'un et l'autre que la solidarité des individus, des nations, est la condition de leur survie. Cela, Monsieur le Président, Madame, votre pays l'éprouve dans sa chair même. Nous refusons l'idée de la fatalité, refuge des égoïsmes, alibi souvent de la crainte. Nous voulons des actions réelles, concrètes, vécues, pour briser le cercle infernal de la misère, de l'ignorance, de la maladie et de la faim. Evidemment, l'initiative doit venir d'abord des pays dits les plus riches pour la raison très simple que ce sont eux qui en détiennent les moyens. C'est à eux qu'il appartient de répondre à l'attente des moins favorisés, en construisant ou en les aidant à construire un environnement économique plus équilibré. C'est ce à quoi je m'attache, et avec moi le gouvernement de la République, depuis tant de mois, je dirai même, notre action ayant commencé depuis plus longtemps, depuis plusieurs années. Car c'est bien notre pays, la France, qui de tous les grands pays industrialisés consacre à l'aide au développement le pourcentage le plus élevé de son produit national, qui agit dans toutes les instances internationales pour donner un contenu au dialogue Nord-Sud. Vous connaissez, Monsieur le Président, les propositions qu'en son nom j'ai exprimées à diverses reprises pour tenter de réduire l'endettement.\
Rapprochés par un même engagement pour un monde plus uni, nous le sommes aussi par le souci de servir la paix, de ne pas accepter la logique de la confrontation. La volonté d'apaisement qui s'affirme actuellement dans les relations internationales fait naître des espoirs auxquels il nous appartient de donner suite chacun à sa manière, avec ses règles de conduite, ses exigences ou ses affinités propres, mais aussi en maintenant entre nous le dialogue.
- Nous avons pu constater ensemble, cet après-midi, Monsieur le Président, que nous formions souvent les mêmes voeux, particulièrement pour la région du monde d'où vous venez et dont nous voulons, comme vous, qu'elle demeure libre et pacifique ou qu'elle le devienne. S'agissant de l'Afghanistan, la France souhaite que s'instaure enfin la paix civile, autour d'un gouvernement représentatif, incarnant véritablement l'aspiration à l'indépendance et à la réconciliation de tous les Afghans. C'est vite dit, très difficile à faire, non seulement parce qu'une guerre vient de déchirer ce peuple, mais aussi parce que cette guerre avait été précédée de dissensions multiples. Et pourtant, là est l'objectif. Lié au Cambodge de longue date, notre pays, la France, souhaite que se retirent de ce pays les troupes étrangères et nous nous employons à faciliter les discussions afin d'approcher la réconciliation de tous les Khmers, première étape sur la voie d'un règlement qui garantira la paix avec les voisins du Cambodge dans l'indépendance retrouvée. Là encore, ce n'est pas aisé, il y faudra de la ténacité. Nous n'en manquerons pas. Le Bangladesh, je le crois, partage ces analyses.
- Le Bangladesh et la France soutiennent, de même, les progrès qui ont été accomplis en matière de désarmement nucléaire et ils en attendent la poursuite, comme dans les domaines, bien entendu, conventionnel et chimique. Tout se tient. Notre stratégie est une. Elle ne supporte pas d'être divisée.
- Par delà l'examen de ces problèmes et des autres questions qui ont retenu notre attention, j'ai pu constater, Monsieur le Président, que nous avions à coeur de saisir toute occasion de faire en sorte que nos deux peuples se connaissent mieux.
- Voilà pourquoi, au début de ce voyage d'Etat qui vous conduit en France, je souhaite aussi que les rencontres que vous allez avoir vous fassent un peu découvrir la France et qu'en retour, vos interlocuteurs du gouvernement, du monde industriel, de tous les milieux que vous pourrez approcher, comprennent mieux votre pays, ses besoins, ses aspirations et ce qu'il attend de nous. J'ai voulu dire en peu de mots ce qui me paraissait l'essentiel. Vous savez que nous avons fixé, nous ici, en France, un objectif majeur à notre politique au regard du développement appliqué spécialement au Bangladesh. Nos rencontres vont nous permettre de cerner les difficultés, de proposer les solutions.
- Voilà pourquoi, c'est avec une véritable joie que, Monsieur le Président et vous Madame, je lève maintenant mon verre, selon la tradition, à votre santé, à la santé de ceux qui vous sont chers laissés dans votre pays et de ce petit garçon, le vôtre, qui vous a suivi jusqu'ici. Je lève mon verre à la santé de tous nos hôtes ici rassemblés ce soir et, notamment, bien entendu, ceux qui sont venus de loin, c'est-à-dire du Bangladesh. Je lève mon verre à l'amitié entre votre pays et le nôtre, amitié que j'ai grand plaisir à célébrer avec vous, mes voeux se portant au-delà de nous tous, vers le peuple que vous représentez.\

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