Publié le 1 février 1989

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la réception de la communauté française à l'ambassade de France de New Delhi, le 1er février 1989.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la réception de la communauté française à l'ambassade de France de New Delhi, le 1er février 1989.

1 février 1989 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et messieurs,
- Je suis très sensible à votre présence cet après-midi. Les Français en Inde ne sont pas très nombreux, mise à part, naturellement, une forte concentration à Pondichéry. Vous avez tenu, cependant, à venir vous joindre à nous à l'occasion de cette deuxième visite que j'effectue dans ce pays.
- Je me suis informé, avant de parler, des quelques problèmes particuliers qui pouvaient se poser à vous. Il ne semble pas qu'ils soient nombreux ou difficiles, sinon bien entendu ceux que l'on trouve partout où vivent des Français à l'étranger, loin de leur patrie : les séparations des familles, l'éducation des enfants. Mais ce qui m'intéresse surtout, c'est de rencontrer ici - indépendamment de nos compatriotes de Pondichéry qui représentent une autre forme de tradition, qui nous est très chère - les Françaises et les Français présents. Fonctionnaires ou représentants de grandes entreprises sont pour moi des pionniers, car on a envie de leur dire : "Mais que font donc les producteurs et les entrepreneurs français, que sont-ils donc capables de faire comme ils le sont de produire des biens de haute technologie ou de consommation très prisés, et pourquoi le commerce extérieur de la France, particulièrement industriel, connait-il tant de freins" ? Cela ne nous empêche pas d'être toujours le quatrième pays du monde dans le domaine de l'exportation des marchandises que nous fabriquons, mais cependant nous pourrions mieux faire. Je vous le dis à vous, parce que, précisément vous ne méritez pas ce reproche : vous êtes partis, vous agissez, vous représentez notre pays, vous défendez nos intérêts. Et j'aimerais que l'exemple soit contagieux, plus contagieux encore, et que chaque fois que vous revenez dans notre pays, vous puissiez conquérir, entraîner et faire comprendre que dans le monde qui se resserre, ce sont ceux qui osent, qui gagnent.
- Je vous remercie vous qui avez accepté d'aller loin - même si en fait "aller loin" n'a plus beaucoup de sens en 1989 - vous qui avez accepté certaines séparations, certaines absences de votre pays d'origine, qui avez dû vous habituer à une autre forme de civilisation. Je ressens votre présence dans cette capitale comme un encouragement dans notre tâche commune, des Françaises et des Français capables d'aller partout et de montrer ce que nous valons, sous quelque forme d'activités que ce soit.\
L'année de la France en Inde est une excellente occasion pour faire valoir les arguments qui prévalent en faveur de la création de la production française. J'avais reçu, il y a quelques années, des dirigeants de ce pays en France, à Paris, parce que c'était l'année de l'Inde en France. Je crois que ces célébrations de l'amitié entre deux pays qui ont beaucoup d'affinités en dépit de leurs différences montrent un peu la voie à suivre. C'est vrai qu'il existe entre les Indiens et les Français un certain nombre de relations affectives, une recherche de haute technologie en même temps qu'un intérêt puissant pour les problèmes dominants de l'époque - le désarmement, ou les relations Nord-Sud - et que nous sommes faits pour nous comprendre.
- Mais c'est vous qui serez, mesdames et messieurs, nos meilleures interprètes. Moi, je suis là de passage pour quelques jours, j'allais dire quelques heures. Ce sont ceux qui restent qui représentent la France et qui sont amenés à comprendre, à saisir la vérité du peuple qui nous reçoit.
- Je tenais à vous dire ces choses en vous souhaitant bonne chance dans votre entreprise et dans votre vie personnelle. Vous avez déjà mesuré l'immensité de ce pays, le développement rapide - on pourrait dire trop rapide - de sa démographie, ses contrastes, sa puissante technologie, sa haute capacité de recherche, sa force et sa valeur culturelle. On voit poindre au travers de ce pays qui plonge ses racines dans la plus ancienne histoire, on voit poindre un monde nouveau et je tiens, nous tenons beaucoup à ce que l'amitié entre l'Inde et la France soit chaque jour renforcée. Je compte sur vous pour cette tâche. Quand je vous aurai quitté, dans un moment, après avoir circulé parmi vous, engagé quelques bouts de conversations, j'aurai le sentiment, j'aurai l'impression d'avoir pu rencontrer des Français en action sur ce petit territoire français qu'est l'ambassade. Quel que soit le domaine de la création, nous avons apporté de France un certain nombre de témoignages de ce que nous sommes capables de faire. Les Indiens verront peut-être mieux ce que nous sommes.
- Merci aux initiateurs et aux réalisateurs, aux animateurs de cette année de la France en Inde, aux organisateurs des multiples expositions, merci à ceux qui sont à la peine et qui me paraissent devoir réussir. Merci surtout à vous mesdames et messieurs, qui serez les témoins au travers des années prochaines, les témoins de la France en Inde.\

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