Publié le 29 septembre 1988

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'amitié franco-américaine et les projets américains pour la célébration du bicentenaire de la révolution française, Washington, le Capitole, jeudi 29 septembre 1988.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'amitié franco-américaine et les projets américains pour la célébration du bicentenaire de la révolution française, Washington, le Capitole, jeudi 29 septembre 1988.

29 septembre 1988 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames,
- messieurs,
- Vous avez célébré l'amitié entre nos deux pays et souligné la constance de cette amitié à travers ces deux siècles. L'un d'entre vous a rappelé qu'en toutes circonstances nous nous étions trouvés côte à côte chaque fois que le danger menaçait.
- Nous étions près de vous dès le début de votre histoire `guerre d'indépendance`, vous étiez près de nous pour empêcher la fin de notre immense danger, à deux reprises `Première et Deuxième guerres mondiales`. Et nous sommes encore deux alliés fidèles, indépendants, chacun avec sa façon de voir et de penser mais la soumettant, en fin de compte, à l'intérêt commun qui se confond le plus souvent avec l'intérêt de la paix et l'intérêt de la démocratie.
- Vous savez - je l'ai rappelé - que j'éprouve un plaisir particulier à me trouver dans une salle comme celle-ci marquée par l'Histoire et par l'histoire parlementaire. J'ai moi-même siégé pendant trente-cinq ans dans les assemblées françaises que je n'ai quittées que pour assurer la présidence de mon pays. Mais une bizarrerie de l'histoire, de nos traditions, fait que le Président de la République française ne peut pas pénétrer dans l'enceinte des assemblées. Alors, lorsque je suis à l'extérieur, surtout chez des amis, j'en profite et je retrouve ainsi un peu - et même beaucoup - de ce qu'a été ma vie au cours d'une période passionnante puisque c'est celle qui a directement suivi la deuxième guerre mondiale, jusqu'à ce jour.
- Monsieur le Président, je vous remercie pour vos paroles qui exprimaient la sincérité d'un peuple comme le vôtre, la fidélité aux souvenirs, la fidélité à l'idéal. Le chemin des hommes n'aurait pas de sens s'il ne s'était fixé, aux termes de l'itinéraire, une grande perspective et un vaste horizon. Et vous avez bien voulu rappeler la perspective ainsi que l'horizon £ et même s'il nous est arrivé de prendre des chemins de traverse, nous n'avons pas perdu la boussole qui nous a été donnée, vers la direction voulue.
- Vous avez bien voulu rappeler également les débats récents qui ont proposé à nos pays d'Occident des choix difficiles, courageux mais nécessaires. J'ai pu observer moi-même depuis maintenant un peu plus de sept ans que, lorsqu'il fallait assurer la sécurité et pour cela prendre des risques, nous avions dit et fait, vous et nous, ce qu'il convenait de faire, montrant ainsi à nos autres partenaires la voie à suivre.\
Et voilà que nous allons célébrer le deuxième centenaire de la Révolution française, et pas simplement de cette révolution qui doit sa renommée au fait qu'elle a donné l'élan, le coup de gong à partir duquel l'histoire n'a plus été la même : les actes historiques sont étroitement mêlés comme la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Ils sont à la fois semblables, complémentaires, démarche de l'esprit qui cherche et qui trouve dans un langage admirable une réponse aux questions que se posaient les hommes qui ont ouvert les portes sur le monde moderne.
- J'ai rencontré tout à l'heure les membres du Comité qui se préoccupe de présenter au peuple américain, par de multiples manifestations, - on m'a cité le chiffre de 3006 - le message de la Révolution. J'ai été heureux de rencontrer et connaître le Sénateur Mathias ainsi que celles et ceux qui l'assistent dans cette longue -entreprise : il le fait avec bonne humeur, avec le désir de servir notre amitié commune £ il le fait aussi avec la compétence qu'on lui reconnait.
- Je souhaite pour la France mais aussi pour l'idéal qui est le nôtre que ces cérémonies prennent toute leur force symbolique pour continuer d'éveiller dans l'esprit des hommes la juste passion du bien public, la souveraineté du peuple, la liberté, l'égalité. Un peu plus tard fut célébré le terme fraternité : ainsi la trilogie se dessinait. Sans oublier le terme même de nos déclarations qui ont fixé non seulement nos droits mais aussi nos devoirs.\
Je pense que l'on ne peut mener à bien une -entreprise humaine si, après des droits, ne figurent les devoirs et d'abord les devoirs dont doivent prendre conscience, ceux qui ont pour mission - mission confiée par le peuple - d'assurer la charge des affaires publiques.
- J'ai retrouvé dans les exposés des quatre présidents beaucoup d'idées qui me sont chères. Je connaissais leur personnalité, le rôle qu'ils jouent dans leur pays £ et quand on joue un rôle dans ce pays, on joue un rôle dans le monde. Je veux leur exprimer ma reconnaissance et leur dire que si j'ai la chance de pouvoir les rencontrer à Paris et recevoir quelques-uns d'entre eux, je souhaite, pendant les années qui me sont accordées par le peuple français pour les sept années nouvelles, avoir la possibilité d'échanger avec eux comme avec leurs collègues des propos qui nous permettront d'assumer le mieux possible nos responsabilités.
- Je vous remercie, mesdames et messieurs, qui avez bien voulu venir vous joindre à nous dans cette salle historique, parmi ces statues que les lumières des télévisions m'auront interdit de voir : mais je peux imaginer la liste des grands hommes ou des grands personnages que vos Etats ont envoyés ici. Comment ne pas s'émouvoir en ces lieux qui ont vu quelques hommes illustres, Américains et Français, célébrer dès les premiers temps les combats pour la liberté ! Nous nous retrouverons, mesdames et messieurs, et si ce n'est pas nous, ce seront ceux qui nous succéderont et qui auront aussi pour devoir d'assurer la permanence d'une amitié historique indéracinable dans nos esprits et dans nos coeurs. Ce n'est pas si mal que, de chaque côté de l'Atlantique, existent deux peuples aussi fiers d'être ce qu'ils sont mais aussi désireux de se comprendre.
- Je suis très fier d'être revenu dans cette grande maison où s'exprime la démocratie américaine. Si j'avais à adresser un message au peuple américain, ce serait pour lui dire : "autour des fêtes de l'année 1989, songez que notre histoire fut le fruit d'un long travail, de nombreux sacrifices, d'innombrables efforts, que rien ne se bâtit sans l'effort et sans le sacrifice et qu'au bout du compte on y trouve non seulement l'honneur d'avoir servi, d'avoir construit mais aussi le sentiment que notre vie est justifiée".\

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