Publié le 16 septembre 1986

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du dîner offert par le Président de la République d'Indonésie et Mme Soeharto, notamment sur les relations économiques et culturelles franco-indonésiennes, Djakarta, mardi 16 septembre 1986.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du dîner offert par le Président de la République d'Indonésie et Mme Soeharto, notamment sur les relations économiques et culturelles franco-indonésiennes, Djakarta, mardi 16 septembre 1986.

16 septembre 1986 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président,
- Madame,
- Les entretiens que nous avons eus cet après-midi, comme la qualité de votre accueil d'aujourd'hui et ce soir, me font encore plus ressentir, s'il en était besoin, combien cette visite, la première d'un Chef d'Etat français en Indonésie, était nécessaire.
- La géographie, bien sûr, mais aussi les hasards de l'histoire ont voulu que, jusqu'à une période récente, la France et l'Indonésie aient eu bien peu d'occasions de se rencontrer. Si les marins, les marchands et les savants français ont fréquenté les routes de l'Asie, leurs chemins ne sont pas souvent passé par les îles de votre archipel.
- Nos relations se sont développées depuis l'indépendance de l'Indonésie et, ces deux dernières décennies, elles ont commencé à acquérir plus de substance. Votre visite en France en 1972, monsieur le Président, marqua un jalon très important dans cette découverte mutuelle. Répondant aujourd'hui comme Président de la République à votre invitation, j'ai la conviction que nous allons donner ensemble un nouveau départ à nos relations. La France joue, vous le savez, un rôle essentiel au sein de la Communauté économique européenne. Conformément à ses traditions et à ses ambitions, elle est ouverte sur le monde. A tous ces titres, nous souhaitons que notre dialogue avec les Etats de votre région s'approfondisse, en tout premier lieu avec votre pays £ l'ancienneté et la vigueur de sa civilisation, sa situation stratégique au carrefour de l'Océan indien et du Pacifique, son poids démographique, son potentiel économique, la stabilité de ses institutions, tout concourt à faire de l'Indonésie un partenaire essentiel, un partenaire qui partage avec la France le désir d'apporter, en toute indépendance, une contribution positive à l'organisation internationale.\
Nous avons pu constater, monsieur le Président, la convergence de nos vues pour ce qui est des relations entre les pays du Nord et ceux du Sud lors de notre rencontre à Rome, en novembre 1985, à l'occasion du 40ème anniversaire de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture `FAO` où l'Indonésie parlait au nom des pays en voie de développement, et la France pour les pays industrialisés.
- L'Indonésie, parce qu'elle a su depuis vingt ans asseoir son développement économique et technologique sur les progrès remarquables de son agriculture, jusqu'à se suffire à elle-même alors qu'elle était le premier importateur mondial de riz £ parce que, membre fondateur du Mouvement des non-alignés, elle tient au sein de ce forum, et parmi les pays en voie de développement, le langage de la raison et de l'équilibre, entre les préoccupations politiques et économiques, entre le souhaitable et le possible.
- La France, car sa politique repose sur la constatation simple que l'interdépendance est le fondement des relations entre nations. Pouvons-nous raisonnablement espérer sortir de la crise actuelle tant que les pays nantis et les autres, au lieu de s'opposer, n'uniront pas leurs efforts ? Les interventions coordonnées sur les marchés des changes, que la France préconise depuis le Sommet de Versailles en 1982, pour limiter l'ampleur des fluctuations des taux de change, ont été pratiquées à plusieurs reprises par les banques centrales depuis la fin de l'an dernier. Au sommet de Tokyo, les sept pays industrialisés ont convenu de mettre au point plusieurs indicateurs fondamentaux et d'en suivre de près l'évolution, pour à terme parvenir à une action concertée contre les déséquilibres les plus préoccupants. Vis-à-vis de l'endettement des pays en développement, les esprits et les pratiques évoluent dans la bonne direction, mais cette évolution est encore insuffisante et trop courte.
- La concertation ne doit certes pas rester l'apanage des seuls pays industrialisés. Soyez assuré, monsieur le Président, que je continuerai, toutes les fois que l'occasion s'en présentera, d'en appeler à plus de stabilité sur le marché monétaire et sur celui des matières premières, à plus de solidarité financière des pays du nord envers ceux du sud, que je continuerai à dénoncer les pièges et les facilités du protectionnisme comme par le passé, la France se prononcera en faveur du dialogue en faveur de la participation de tous à la construction de l'ordre économique de demain.\
La paix et le désarmement sont une préoccupation commune à nos deux pays qui, malgré les différences de leurs situations militaire et géographique, ne peuvent que gagner à échanger leurs vues.
- Vous savez que la France, pour sa part, a été à l'origine du projet de Conférence internationale sur le désarmement et le développement, qui vise précisément à rechercher les moyens d'une plus judicieuse utilisation des ressources de la planète.
- Il faut, en premier lieu, tout faire pour stopper la course actuelle au surarmement. Je vois dans le progrès encore fragile, que semble connaître le dialogue entre les Etats-Unis et l'Union soviétique, le signe que les négociations entre ces deux grandes puissances, sur leur armement respectif, sont entrées dans une phase plus substantielle.
- Le désarmement, nécessairement progressif, doit être conduit en préservant le droit de tous les Etats à l'indépendance et, à chaque étape, l'équilibre des forces, garant de la paix. La France, qui a souvent connu sur son sol les malheurs de la guerre, en a tiré une leçon de réalisme. Elle est déterminée à conserver les moyens autonomes de sa défense. Notre force nucléaire de dissuasion ne menace personne, ne dépend de personne. Nous sommes résolus, tant que les négociations entre les deux superpuissances n'auront pas abouti, à réduire notablement le niveau de leur arsenal, à la maintenir par les modernisations appropriées. Je n'en souhaite pas moins que les conversations engagées sur la réduction de tous les armements produisent des résultats concrets. Tout le monde trouvera son compte à ce que l'équilibre des forces indispensable à la sécurité générale, s'établisse au niveau le plus bas possible.
- La cause de la paix et le droit de chacun à la sécurité et à l'indépendance constituent la base d'une concertation plus étroite et suivie entre la France et l'Indonésie.\
Nos démarches sont également proches, monsieur le Président, sur la douloureuse question du Cambodge, qui touche particulièrement nos deux pays. Vous, parce que la situation du Cambodge est aujourd'hui la principale source de tension en Asie du Sud-Est, compliquée encore par les rivalités entre les grandes puissances, et nous, parce que nous n'oublions par notre responsabilité ancienne envers le peuple cambodgien, notre amitié à son égard £ parce que nous connaissons l'espoir que ce peuple et ses dirigeants ont toujours conservé dans la France. Je pense, en particulier, au Prince Sihanouk qui était votre hôte il y a peu. A cet égard, je veux souligner combien nous apprécions les efforts persévérants de l'Indonésie comme porte-parole des pays de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est `ASEAN`, pour parvenir à un règlement pacifique de ce conflit sur les bases qui pourront, conformément aux résolutions des Nations unies, mettre fin aux trop longs malheurs du peuple du Cambodge.\
Ce n'est pas la seule question dont nous avons parlé et dont nous aurons encore à parler. L'influence et l'intérêt de l'Indonésie s'étendent aux différentes parties de l'Asie et du Pacifique et au-delà. Plus largement, lorsque l'Indonésie et la France se rencontrent au sommet, comme c'est le cas aujourd'hui, il est normal que rien, aucun problème se posant dans le monde, n'échappe à leur réflexion commune.
- Les domaines où nous travaillons ensemble sont multiples : agriculture, recherche scientifique, pétrole, aéronautique, transports - notamment ferroviaires et aériens -, télécommunications, tourisme, fonction publique et bien d'autres encore, puisque l'Indonésie est, dans cette partie du monde, le principal partenaire de la France.
- Nous avons déjà évoqué ces questions cet après-midi, et les ministres qui m'accompagnent ont parlé en détail avec leurs collègues indonésiens des principaux projets communs. Demain, j'aurai le plaisir de me rendre à Bandung, ville dont le nom est prestigieux dans le monde entier et témoigne des grandes ambitions qui furent, dès l'indépendance, celles de votre pays. Je visiterai l'usine aéronautique de l'Ipin et l'Institut de technologie, et vous savez combien notre coopération dans le domaine aérospatial me paraît exemplaire. Je suis heureux que, lors du récent salon aérien de Djakarta, les entreprises françaises aient su participer, à la mesure de leur savoir-faire, au succès de cette manifestation, à la mesure aussi de la confiance que l'Indonésie leur a souvent manifestée. Je me réjouis de nos programmes de coopération en ce domaine, une coopération qui prend son sens dans la formation des hommes et le transfert du savoir-faire.
- Soyez assuré, monsieur le Président, que la France fera ce qui est en son pouvoir pour développer la coopération économique entre nos deux pays. Les chefs d'entreprise, les hommes d'affaires qui font partie de ma délégation témoignent ici de cette volonté.\
C'est sur la qualité des hommes que se fonde l'avenir d'une nation. C'est sur les échanges humains que s'appuie l'amitié entre deux peuples. Un seul chiffre me paraît symbolique de nos progrès en ce domaine : il n'y avait, il y a cinq ans, que deux cents étudiants indonésiens en formation universitaire en France, ils sont aujourd'hui environ sept cents.
- Je disais, il y a un instant, monsieur le Président, que ma visite en Indonésie était non seulement le témoignage du développement de nos relations au cours de ces deux dernières décennies, mais aussi la marque du désir de la France d'être demain encore plus présente.
- Je souhaite, en particulier, que nos échanges culturels soient bientôt à la mesure de ce qu'ils représentent déjà dans les domaines technique et scientifique. La France et l'Indonésie sont deux nations de très ancienne culture et elles en sont justement fières. Nos deux peuples présentent, parmi d'autres, des similitudes : des racines paysannes anciennes, un sentiment national profond, l'importance de l'Etat dans la construction et la vie de la nation.
- En France, comme je crois en Indonésie, ces caractéristiques sont encore vivantes et fécondes. Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres, beaucoup à partager. Après nos deux journées de travail et d'échanges à Djakarta, j'envisage mes autres visites comme une manifestation de respect et d'admiration pour la culture passée et vivante de l'Indonésie. Je souhaite que les Français soient demain plus nombreux à découvrir celle-ci, comme les Indonésiens plus nombreux à regarder vers la culture et la langue françaises. Qu'aujourd'hui soit le vrai départ des relations fécondes qui sont dans l'intérêt profond de nos deux pays.
- A mon tour, et conformément à la tradition, mesdames et messieurs, je lève mon verre à la santé de M. le Président de la République et de Mme Soeharto, au bonheur et à la prospérité du peuple indonésien, à notre amitié.
- Vive l'amitié franco-indonésienne !\

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