Publié le 19 octobre 1985

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la Communauté française au Lycée Pasteur à Bogota, samedi 19 octobre 1985.

19 octobre 1985 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la Communauté française au Lycée Pasteur à Bogota, samedi 19 octobre 1985.

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Mesdames et messieurs,
- Mes chers compatriotes,
- Je suis très heureux de vous retrouver ce soir ici à Bogota et je remercie le lycée Pasteur, son proviseur et ses professeurs, de bien vouloir me recevoir dans cette maison qui porte la marque de l'enseignement, de la culture et du rayonnement de la France en Colombie. Cela représente déjà une longue tradition, assurée à force d'énergie, d'imagination ou d'initiatives. Lorsque l'on parle à des Colombiens - et je sais qu'ils sont assez nombreux parmi vous ce soir - les relations avec la France sont toujours évoquées comme très importantes. Ils savent bien que si leur culture est venue par d'autres voies, il y a quelques points de rencontres fort importants et décisifs dans l'histoire de la Colombie. Lorsque j'en parlais hier soir avec le Président Betancur il aimait à me rappeler que dans les grandes circonstances depuis le XVIIIème siècle jusqu'à nos jours la Colombie s'est souvent inspirée des principes du droit français ou des grandes étapes politiques de la France. On cite toujours naturellement la traduction par Narino de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen mais il est vrai que dès que l'on évoque quelques dates repères comme le 14 juillet, aussitôt le regard des Colombiens s'éclaire comme si c'était leur propre histoire. Je suppose, monsieur le Proviseur que vous devez enseigner ici toutes les étapes de cette histoire aussi bien celle de la France française au même titre que celles des autres disciplines qui vous permettent d'accéder aux diplômes auxquels vous aspirez. Tout cela est la meilleure façon pour la France d'être représentée en Colombie et je pense même que, en dehors de cet établissement, on ne fait pas assez. C'est un des enseignements que je rapporterai à Paris : on devrait davantage appliquer une politique tournée vers la jeunesse ce qui permettrait d'assurer tous les 10 ou 20 ans un renouvellement permanent.\
Enfin, je suis venu vous voir comme je le fais dans chacun des pays où je me rends. Je suis arrivé hier soir à Bogota et j'ai eu depuis un emploi du temps assez chargé. Je ne m'en plains pas car cela m'a beaucoup appris et je continuerai demain dans une autre partie du pays, Cartagène. De là je rentrerai en France après une absence de 7 jours dont les 5 premiers se seront déroulés au Brésil.
- Je désirais vivement venir en Amérique du Sud. J'étais déjà venu en 1981 au Mexique, peu après mon élection à la Présidence de la République, mais je n'étais pas venu dans ce continent-là. Je ne m'étais pas approché de la vie, de l'activité, des travaux, des efforts des femmes et des hommes d'ici que vous appréciez, j'en suis sûr, car on sent bien autour de nous un accueil chaleureux. Il y a une correspondance évidente entre les peuples d'Amérique latine, qu'ils soient de formation portugaise ou de formation espagnole, mais c'est un peu trop vite dit. Avant les Européens il y avait déjà une vieille civilisation, dont on commence tout juste à retracer l'histoire dans la préhistoire, mais on ne peut pas séparer ces deux époques de la vie de la Colombie si l'on veut tenter de comprendre ce qui se passe dans ce pays. En somme, c'est un lieu de rencontre comme les fleuves qui mettent quelques temps à se mêler et qui finissent par épouser le même cours.\
Mesdames et messieurs vous qui êtes Français, je m'adresse maintenant à vous qui êtes venus en Colombie pour diverses raisons que je peux aisément imaginer. Certaines et certains vivent ici depuis très longtemps. J'ai rencontré des Français qui sont là depuis un demi siècle et même davantage, d'autres qui viennent à l'occasion d'un contrat de durée limitée mais qui se sont intéressés au pays, qui reviendront enrichis par la connaissance de la Colombie.
- Vos problèmes je ne les connais pas très bien, c'est à vous de me les faire connaître. Dans beaucoup d'autres pays j'observe spécialement, mesdames et messieurs les enseignants, que la plus grande difficulté pour les familles tient à l'instruction de leurs enfants, là où il n'y a pas l'équipement nécessaire, celui que la République française développe autant qu'elle le peut un peu partout dans le monde. On s'en inquiète naturellement : ou bien on est obligé de se séparer des enfants, ou bien on est obligé de les condamner à ne pas avoir toute l'éducation souhaitable. Ici, il en va autrement : vous avez un établissement où il existe des problèmes de toutes sortes mais l'instruction indispensable vous est donnée. Je souhaite bonne chance aux familles et aux élèves qui depuis leur petite enfance jusqu'à leurs diplômes travaillent ici.
- De la France je ne dirai rien. Vous êtes en relation constante avec elle par vos parents laissés en France ou bien tout simplement parce que vous y retournez de temps à autre. Vous êtes sans doute très représentatifs de cette France par la diversité de vos opinions, de vos régions, de vos professions, de vos traditions. C'est cela la France : elle est diverse, parfois contradictoire, mais elle est intéressante, car elle est vivante. C'est un grand peuple qui a su bâtir une grande histoire et, finalement, en dépit de toutes les traverses il existe une sorte de continuité profonde qui veut qu'aujourd'hui ceux qui ont la charge du pouvoir se sont engagés à fond dans la modernisation du pays, dans la formation des jeunes pour qu'ils exercent des métiers vivants au lieu de continuer à les former à des métiers qu'ils n'exerceront pas. Ou bien nous serons capables de maîtriser la machine moderne, et dans ce cas, nous serons l'un des pays puissants du monde puisque nous appartenons aux cinq pays industriels les plus importants du monde, ou bien nous irons vers notre déclin. Notre bataille consiste à vouloir gagner cette compétition si difficile. Cela n'est possible que si nous avons une solide formation, c'est la base de tout le reste y compris de la domination par chacun d'entre vous des problèmes qui se posent dans la vie privée comme dans la vie publique.\
Je ne veux pas vous parler plus longtemps. Je resterai quelques moments, je suis accompagné de ma femme, de plusieurs membres du gouvernement, M. Roland Dumas, ministre des relations extérieures, de M. Jack Lang, ministre de la culture, de Mme Georgina Dufoix, ministre des affaires sociales, de M. Georges Fillioud, secrétaire d'Etat des techniques de la communication. C'est lui qui vient traiter ici avec le gouvernement colombien des problèmes de la télévision et, particulièrement de la télévision éducative et ce qui n'est pas sans vous intéresser, de la télévision à distance.
- Nous avons traité avec les dirigeants colombiens un certain nombre de problèmes. J'ai pu apprécier à la fois les qualités du Président Belisario Betancur, comme du ministre des affaires étrangères, du maire de Bogota. En fin de matinée, à Medellin, je me trouvais dans l'usine Renault Sofasa, reliée à la capitale et j'ai pu constater que la technique et le savoir français étaient capables de relever tous les défis. Je souhaite qu'à mesure que le temps passe nous soyions de plus en plus présents partout où il faut l'être, et être présents en Colombie, c'est une façon très importante d'être présents en Amérique latine.
- Voilà mesdames et messieurs, je vais rester quelques instants encore parmi vous, mes compagnons de voyage aussi, vous pourrez échanger quelques propos, ensuite nous nous séparerons et je garderai de cette belle soirée le souvenir qu'à Bogota il existe dans un lycée des femmes et des hommes très représentatifs de la France qu'ils aient des amis colombiens ou que leur vie familiale soit mêlée à la Colombie.
- Merci de votre accueil, il a été dès le point de départ charmant, avec ces fleurs, et ces jeunes qui étaient à la parade très sérieux extérieurement. Intérieurement ils devaient sourire un peu cela m'est arrivé aussi et cela m'arrive encore. Le côté cérémonial est très nécessaire, il y a des institutions en France, je les représente, et j'y suis sensible mais il faut aussi que nous soyons capables comme vous venez de le faire de garder le sourire. Je vais maintenant laisser la parole à la musique c'est-à-dire à la Marseillaise et je vous dirai très simplement parce que je dois vous le dire :
- Vive la République,
- Vive la France.\

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