Publié le 10 juin 1985

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au Conseil mondial de l'alimentation, Paris, lundi 10 juin 1985.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au Conseil mondial de l'alimentation, Paris, lundi 10 juin 1985.

10 juin 1985 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le président,
- mesdames,
- messieurs,
- Nous ressentons comme un très grand honneur pour la France le fait de recevoir cette année le Conseil mondial de l'alimentation.
- En vous souhaitant la bienvenue, aujourd'hui, à Paris, je mesure l'importance et la gravité des débats qui sont les vôtres. Vous le savez mieux que personne la situation alimentaire du monde, de beaucoup de peuples du monde est dramatique et d'une certaine façon paradoxale : d'un côté des excédents plus importants que jamais, des récoltes record dans les pays développés et même dans certains pays en voie de développement £ de l'autre, sur le continent africain notamment, frappé par la sécheresse, des famines qui rappellent les temps les plus durs.
- Et c'est au Conseil mondial qui rassemble les ministres responsables du développement agricole de 36 pays de toutes les régions du monde, les plus riches comme les plus démunies, c'est à vous mesdames et messieurs qu'il incombe de préparer les mesures nécessaires et pour cela de repérer les menaces et les urgences, d'étudier et de proposer les politiques appropriées car il s'agit on le sait bien de lutter contre la faim et la malnutrition.
- La tâche est immense, les conflits d'intérêt multiples. Mais votre présence ici, à vous tous témoigne à l'évidence d'une volonté commune de réagir contre l'inadmissible et d'aller dans le sens d'une plus grande justice.
- L'aide est nécessaire. D'année en année, la France, je dois bien parler au nom de mon pays, accroit sa part, notamment en faveur des pays les moins avancés. On se pose la question. Comment pourraient-ils, sans soutien extérieur, sortir de la misère ? Où trouveraient-ils, sans appui, les moyens de rompre avec la logique terrible que provoque la sécheresse ? N'en déplaise à certains, il n'y a de réalisme que dans la solidarité.
- Oui, l'aide est nécessaire mais aussi l'organisation des marchés mondiaux. A quoi sert-il de produire dans une spéculation lointaine, quand une saute d'humeur d'une seule monnaie `dollar` vient ruiner en quelques moments l'effort de plusieurs années ?
- Et, dans le secteur extrêmement fragile des productions vivrières, vraiment je ne crois pas qu'une liberté totale des échanges soit le seul moyen de stimuler les économies et de satisfaire au mieux les besoins de chacun.
- Comment les agricultures naissantes des pays en développement pourraient-elles supporter la concurrence de productions plus anciennes, plus efficientes, souvent mécanisées très fortement.
- Le bon chemin dans ce domaine passe par l'organisation des marchés. C'est dans cet esprit que la France abordera le moment venu, les négociations commerciales du GATT `General agreement on tariffs and trade` car une large consultation s'impose. Et, comme je l'ai dit au récent sommet industrialisé de Bonn, la voix des pays du Sud devra s'y faire entendre.\
Laissez-moi vous dire aussi la nécessité des rapprochements régionaux. Notre participation à la Communauté européenne `CEE` nous montre chaque jour davantage à quel point les politiques strictement nationales sont interdépendantes. Elles se veulent strictement nationales trop souvent. Elles sont toujours interdépendantes. Au-delà des frontières, des communautés d'intérêts existent. Pourquoi ne pas s'appuyer sur elles au lieu d'affronter seul, et en ordre dispersé, des difficultés immenses ?
- Certes la priorité, chacun le reconnaît maintenant c'est l'autosuffisance alimentaire. Développer partout la production vivrière, dans le -cadre de stratégies précises, voilà le premier des objectifs. Et, de tels programmes impliquent des actions cohérentes et des actions simultanées : politiques de prix, financements adaptés, incitations diverses, commercialisations rénovées, que sais-je... ? Encore l'essentiel doit-il être la formation et l'appui à la gestion technique et économique des exportations. Une agriculture dynamique ne peut se concevoir sans des hommes et des femmes qualifiés, responsables, organisés, capables de prendre en charge leur activité de production, mais aussi tout un ensemble de fonctions périphériques utiles à cette activité telles que l'approvisionnement en engrais et semences, la gestion d'équipements collectifs, la mobilisation de l'épargne et du crédit.
- Ceux qui ont oublié, il en existe, la place de la paysannerie et son importance économique paient toujours très cher le -prix de cette erreur. A l'inverse de grands pays surpeuplés - on pense à l'Inde ou à la Chine - recueillent aujourd'hui les bénéfices de la priorité qu'ils ont donnée au secteur rural dans leur développement.
- Pour parvenir au succès, pour rompre avec la famine, il appartient aux Etats ainsi qu'aux agences internationales de jouer leur rôle, mais il y a aussi de nombreuses organisations non gouvernementales £ il ne faut jamais l'oublier, chacune, dans son domaine oeuvre sans relâche avec les communautés paysannes.
- Puisque je m'exprime au nom de la France, je puis dire que nous entendons jouer dans cette partie capitale un rôle accru. Les organisations professionnelles agricoles françaises en particulier, dont le savoir-faire constitue un atout majeur, je puis dire sans risque de me tromper qu'elles sont prêtes à partager leur expérience avec les pays qui le demanderaient.
- Voilà, mesdames et messieurs, voilà monsieur le Président, les thèmes que je voulais brièvement aborder avec vous ce matin.
- De votre réflexion commune, de vos débats au cours des jours qui viennent dépend en fait et c'est toute la signification de votre engagement, l'avenir de millions de femmes et d'hommes. Il appartiendra ensuite au gouvernement et à l'ensemble de la communauté internationale de se pencher sur vos conclusions, d'examiner vos recommandations et de prendre leurs responsabilités. Croyez que j'attache pour ma part une très grande attention aux résultats de nos travaux et je me ferai au nom de mon pays le porte-parole des intérêts dont nous venons de parler, qui sont tout simplement les intérêts de l'humanité tout entière. Merci.\

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