Publié le 31 mai 1985

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, aux fêtes traditionnelles de Semur-en-Auxois, vendredi 31 mai 1985.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, aux fêtes traditionnelles de Semur-en-Auxois, vendredi 31 mai 1985.

31 mai 1985 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- Depuis longtemps déjà je pensais à venir visiter cette commune à laquelle me relient beaucoup de souvenirs dont certains viennent d'être évoqués par M. Morlevat. Un peu de voisinage sans doute avec la Nièvre et Château-Chinon mais aussi, pour qui aime la Bourgogne, une halte nécessaire.
- Peu de villes disposent d'autant de richesses d'architecture, de sculptures, toutes les formes des arts et vous avez pu remarquer au cours de la marche que nous avons faite dans la ville la beauté des maisons, le caractère préservé de cette ville à travers le temps. Je ne peux oublier que lorsque je suis venu pour la première fois, déjà reçu par Robert Morlevat, Semur se battait pour survivre. C'étaient les années d'après guerre et le destin de cette ville aurait pu aussi bien basculer. Mais Robert Morlevat avec la précision, le caractère, le sérieux dans sa gestion a pris de court ou de vitesse la plupart de ceux qui voulaient tirer le mieux d'une époque difficile et je suis venu plusieurs fois admirer la progression de ses travaux. Je m'en suis inspiré, je suis venu demander conseil et lorsque je retrouvais Robert Morlevat selon les circonstances soit dans les premières assemblées régionales de Bourgogne, soit à l'Assemblée nationale je considérais qu'il était vraiment l'exemple même de ces élus locaux capables d'assurer sur le -plan national l'élaboration de la loi, disposant d'une science et d'une connaissance que j'ai souvent retrouvées chez d'autres quelle que soit leur origine politique. La France dispose de milliers d'élus locaux de grande valeur et je dois dire qu'avec Robert Morlevat j'ai trouvé là quelqu'un qui répondait à tous ces critères.
- Voilà pourquoi je crois que cela va faire 50 ans que vous êtes ici, représentant de cette ville, et lorsque vous m'avez convié à me joindre à cette fête, la course de la bague, j'ai pensé que ce serait très agréable pour moi de m'évader un moment d'autres obligations, revenir en Bourgogne pour retrouver des amis et beaucoup de personnes qui, sans faire partie du cercle des amitiés, n'en sont pas moins des gens estimables et avec lesquels j'ai eu l'occasion pendant plusieurs décennies d'échanger souvent les idées qui étaient les nôtres pour le développement de cette région que nous aimons. Cela me permet de retrouver la population venue de nos communes, de toutes ces communes dont les noms chantent à mon oreille. C'était une occasion en ce 31 mai de célébrer l'histoire de Semur qui vient d'être rappelée par monsieur le maire de cette ville mais aussi de retrouver un certain nombre de données qui, dans mon esprit, ont toujours signifié la vérité du peuple français. Et je dois dire que ces quelques quarts d'heure, cette heure et demie passée à vos côtés viennent confirmer mes sentiments, mon analyse : il y a là, d'où qu'ils viennent, des femmes, des hommes qui travaillent, qui produisent, qui connaissent leur métier, qui servent leur pays et qui préfèrent, en fin de compte, rechercher tous les moyens de la concorde nationale de l'entente plutôt que le contraire.\
Je ne suis pas venu faire ici un discours comme on dit de caractère national bien que je ne sache pas très bien ce que cela veut dire. Je suis venu témoigner tout simplement pour Semur, pour cette fraction du département de Côte-d'Or, pour la Bourgogne qui me reste chère parmi toutes les autres régions. En traversant la ville à vos côtés mesdames et messieurs j'ai aperçu bien des visages connus. On me rappelle récemment les premières rencontres d'il y a 35 ans à Saulieu. J'aurais pu rappeler les rencontres d'il y a 30 ans pas si loin dans un canton voisin. J'aurais pu j'aurais pu, ... n'égrainons pas les souvenirs.
- Vous me permettrez de dire mon cher Morlevat, que je me suis retrouvé un peu chez moi, avec des frères, des amis, des voisins, avec la vie propre à ces communes dont nous sommes issus, avec tout ce que cela représente de compétitions, de rivalités, de luttes politiques mais aussi heureusement d'une capacité de se parler, de préserver les chances du dialogue et de partager l'estime mutuelle dès lors qu'il s'agit de servir la France. Mesdames et messieurs merci pour votre présence. Je garderai de cette après-midi le souvenir d'une journée lumineuse. Ainsi auront été mêlées dans cette journée des impressions très diverses. Ce matin je me trouvais au Salon du Bourget : aviation, espace. Ce soir, je célébrerai tard l'Ecole de l'air avec tout ce que cela a représenté d'apports nouveaux dans l'histoire de la France au cours de ces derniers demi-siècles. Je pense que Semur aura été une halte heureuse qui me permettra de penser ce soir, demain, les jours prochains que la France, cette France là, n'a aucune raison de douter d'elle-même, toutes les raisons de croire, étant bien entendu que cette croyance repose sur la capacité d'effort, de discipline nationale, d'intelligence et de foi dans l'avenir. On ne fera pas ce pays sans les femmes et les hommes qui constituent son peuple. C'est toujours à ce peuple que je pense. Je mesure croyez-le les peines dont il souffre, les épreuves qu'il doit supporter, surtout certains d'entre les fils de France. Et notre devoir est de tout faire pour que toutes ces zones d'ombre s'effacent. Croyez-moi, c'est ce que le gouvernement fait, c'est ce que je m'efforce moi-même d'accomplir et sur ce terrain là je me sens particulièrement à l'aise à Semur avec celles et ceux qui m'ont fait plaisir de rester parmi nous. Nous avons célébré la course de chevaux, course à la bague. Je ne m'attendais pas à en recevoir une moi-même. J'ai pris moins de risque dans la journée que ces vaillants cavaliers sur leurs bêtes fringantes, bien que, après tout, si on analyse et si l'on aime les comparaisons on pensera que cette bague enfin ... n'insistons pas. Mesdames et messieurs,
- Vive Semur,
- Vive la République,
- Vive la France.\

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