Publié le 17 mai 1984

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de sa visite à l'Académie des sciences de l'ingénieur, Stockholm, jeudi 17 mai 1984.

17 mai 1984 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de sa visite à l'Académie des sciences de l'ingénieur, Stockholm, jeudi 17 mai 1984.

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Monsieur le président, mesdames et messieurs,
- Après avoir été reçu hier par l'Académie royale des sciences, je suis très heureux de me trouver ce matin à l'Académie des sciences de l'ingénieur.
- Lorsque Sa Majesté le Roi Charles XVI Gustave avait effectué sa visite officielle en France en juillet 1980, il avait alors prononcé l'allocution d'ouverture d'un colloque industriel franco - suédois. Cette manifestation avait eu de très heureuses répercussions sur notre coopération et l'on s'était promis de recommencer. Voilà pourquoi j'apprécie, à mon tour, d'être en mesure de participer à l'inauguration de ce colloque consacré au thème de la "science, technique et industrie pour l'an 2000" dont les travaux vont commencer dans quelques instants. On pourrait croire que c'est une grande ambition mais c'est à peine dans 15 ans. Oui, c'est demain et les industriels le savent.
- Je me réjouis et je vous en remercie que l'Académie des sciences de l'ingénieur ait bien voulu accueillir cette manifestation. Elle me donne l'occasion de vous rencontrer, de vous connaître. Vous avez créé une institution originale, au carrefour de la science et de l'industrie. Au stade du développement de l'esprit humain où la théorie se transforme en action, où l'idée maîtrise la matière, vous associez avec bonheur, je crois, dans cette institution originale les capacités des ingénieurs que vous êtes, des professeurs d'Universités, des professeurs de Grandes Ecoles, les spécialistes de la science de la planification.
- Que vous jouiez un rôle important dans la vie technique et industrielle de votre pays, tout le monde le sait. Vous contribuez à la définition des choix technologiques de la Suède, vous exprimez aux Pouvoirs Publics de votre pays les préoccupations de la société industrielle, vous participez avec eux à la définition des objectifs d'enseignement et de recherche. Bref, à partir d'une expérience nationale déjà très solide, vous vous êtes ouverts sur le monde par le nombre de vos membres étrangers d'abord. Six de mes compatriotes, m'a-t-on dit, appartiennent à votre compagnie. La qualité de vos publications, des rencontres internationales que vous organisez, est reconnue. Cette rencontre, en particulier, si j'en juge par les participants, va vous permettre d'avancer dans la discussion, et de faire profiter la France de votre expérience et de votre réflexion.
- Je voudrais en même temps remercier les autorités suédoises, les personnalités, qui ont contribués à assurer la préparation de ce colloque. Je pense, en particulier, à la Direction nationale pour le développement technique et au Conseil scientifique du gouvernement suédois ainsi qu'au soin que vous avez mis à la réussite de cette organisation, monsieur le président, et vous-même madame.
- Je saisis aussi cette occasion pour dire devant vous combien nous sommes les uns et les autres redevables à l'Association franco - suédoise pour la recherche (AFSR) de son activité inlassable pour tisser entre les savants, les chercheurs, les ingénieurs, les industriels de nos deux pays - dont plusieurs venus de France sont présents ici - des liens qui ne cessent de se renforcer. Comment ne pas faire mention du Professeur Brohult qui en a été le créateur, l'inspirateur, l'animateur, et que vous connaissez bien puisqu'il a été votre secrétaire général.\
Mesdames et messieurs les participants de ce colloque, vous allez aborder l'étude d'un vaste et passionnant sujet : "l'horizon 2000 pour la science, la technologie, l'industrie". Je le répète, c'est un terme proche. Mais tant de bouleversements, de modifications se produisent à vive allure, accélérés dans tant de domaines que, perdre un an, deux ans dans la réflexion, c'est perdre dix ans, vingt ans, trente ans dans la pratique. Il faut planifier à long terme. Au fond, en dépit des disputes théoriques sur la nécessité d'un plan, désormais chacun le pratique même s'il se réclame d'une théorie libérale en matière d'économie. D'autant plus que les mutations s'accélèrent et que cela entraîne des problèmes sociaux £ problèmes de la durée du travail, des conditions du travail, de la répartition du temps de travail et du temps de loisir, de la formation professionnelle. Nous observons en France que si nous voulons simplement maintenir l'allure, nous risquons simplement de perdre la distance, comme dans une course sportive.
- Il y a donc pour la France et dans certains domaines, j'imagine pour la Suède, à procéder à un examen très sérieux des conditions dans lesquelles il faut prendre de l'avance.
- Que de fois ai-je répété et je ne suis pas le seul, que la crise était au fond le décalage qui se produisait entre les transformations scientifiques et techniques, leur mise en pratique possible et leurs conséquences humaines et économiques. Plus on raccourcit ce décalage, moins la crise dure et c'est le problème posé à nos intelligences de telle sorte qu'au fond une crise, aussi dure qu'elle soit, c'est aussi l'occasion de poser les jalons de l'espoir puisque la société industrielle, technique et scientifique va changer. C'est donc la société tout entière qui doit faire l'effort de réduire ce décalage, c'est-à-dire qu'il s'agit de la création d'une société différente et c'est tout-à-fait exaltant. Votre tâche, mesdames et messieurs, dépasse de beaucoup la simple approximation technique. Et cette tâche, c'est aussi la nôtre.
- Vous qui participez à ce colloque, vous allez réfléchir autour de trois tables rondes sur trois thèmes : "biologie humaine", "recherche technologique", articulation entre l'action publique et l'action privée, enfin "coopération industrielle dans les technologies de pointe".
- Je vous dis, mesdames et messieurs, Suédois et Français, mes remerciements d'avoir bien voulu participer à ces travaux. Vous savez l'intérêt que je porte à leur réussite et aux résultats de votre réflexion.
- Pour conclure, madame, monsieur le président, mesdames et messieurs, membres de l'Académie, je vous redis mon espoir et ma satisfaction de me trouver au milieu de vous et je renouvelle mes voeux pour que l'étroite et amicale coopération entre nos deux pays s'affirme, se développe pour notre bien commun dans les domaines de la technologie et de l'industrie.
- Je vous remercie.\

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