Publié le 22 mars 1984

Toast pronnoncé par M. François Mitterrand, Président de la République, au dîner offert par M. le Président des Etats-Unis et Mme Ronald Reagan à la Maison Blanche, Washington, jeudi 22 mars 1984.

22 mars 1984 - Seul le prononcé fait foi

Toast pronnoncé par M. François Mitterrand, Président de la République, au dîner offert par M. le Président des Etats-Unis et Mme Ronald Reagan à la Maison Blanche, Washington, jeudi 22 mars 1984.

Télécharger le .pdf
Monsieur le Président,
- Madame,
- Mesdames et messieurs et chers amis,
- Agréable et fructueuse, tels sont les deux qualificatifs choisis par le Président des Etats-Unis d'Amérique pour marquer cette journée.
- Il ne pouvait pas choisir mieux. Agréable comment ne le serait-elle pas alors que depuis ce matin, dès la première minute, ma femme et moi, et nos compagnons de voyage avons reçu l'accueil le plus chaleureux dans un -cadre de conversations sérieuses, mais toujours animées par une amitié vivante et un souci de faire plaisir à ceux qui venaient de France. Cela on vous le doit, madame, monsieur le Président, et à ceux qui de par leur charge ont pu passer avec nous de bons moments.
- Fructeueuse, je l'espère. Nous avons pu, c'est vrai, examiner bien des aspects de la vie du monde et souvent ses aspects les plus dramatiques. La guerre, comment la surmonter, comment l'empêcher, par quel ressort psychologique et historique peut-on commander cette machine délicate qui s'appelle la paix ? Personne n'en connait le secret. Alors nous sommes comme des artisans qui cherchent.
- Mais je pense que la journée a été fructueuse parce que nous avons avancé dans cette -recherche et parce que, d'avoir pu comparer les analyses des responsables de deux pays qui sont d'abord amis - depuis si longtemps que c'est tout naturel - c'est une bonne façon de parler, une bonne façon de travailler.\
Mais voici la fin de cette belle journée. Ce n'est pas le plus désagréable... Un moment de repos, de détente, des conversations riches de sens, comme une sorte de plaisir de vivre et d'être ensemble. On en oublierait le côté officiel. Et pourtant c'est une visite, comme on dit, comme disent les diplomates, d'Etat à Etat, puisque le Président Reagan a invité le Président de la République française. Et puis finalement, au bout de quelques heures, nous nous sommes parfois débarrassés du manteau un peu lourd qui risquait d'être ennuyeux, d'un protocole officiel que nous reprendrons demain matin, mais qui pour un instant délaissé, nous a permis d'aimer vivre quelques heures qui ne sont pas terminées et qui s'achèveront par une expression artistique.
- Vous rappellerai-je tout ce qui me vient à l'esprit, que j'ai déjà évoqué, tout ce qui a marqué notre histoire, non. Quelques personnages, quelques événements nous ont conduits jusqu'à ce jour, où dans le grand tournant du monde, les Etats-Unis d'Amérique et la France restent solidement liés, unis, unis sur l'essentiel, lorsqu'il s'agit de défendre et la paix et quelques grands principes simples qui n'ont pas besoin de se compliquer pour marquer où se trouve la civilisation.\
Je vous remercie, monsieur le Président, et vous, madame, qui avez ajouté à la qualité de cette réception. Je vous remercie, je m'exprime au nom de la France. Notre vie quotidienne n'est pas toujours aisée. De Washington à Paris, il y a quelque distance, surtout nous n'avons pas toujours les regards tournés du même côté, pour des raisons faciles à comprendre : nous ne sommes pas au même endroit. Chaque fois que cela devient nécessaire, alors, nous sommes présents. Vous l'êtes et nous le sommes, ce qui est finalement la meilleure garantie que, lorsque nous serons nous-mêmes passés, ceux qui nous suivrons pourront dire que l'amitié commencée à la fin du 18ème siècle, aura très bien tenu jusqu'à la fin du 20ème, avant de continuer. Mais c'est l'affaire des autres.
- Je vais lever mon verre, à mon tour, à votre santé, monsieur le Président, qui avez en charge le plus grand pays du monde, qui nous a offert dans sa diversité tant d'images charmantes et fortes.
- A votre santé, madame, à celle de votre famille.
- A votre santé, mesdames et messieurs, qui vivez, qui travaillez, qui espérez, enfin qui vivez, tout simplement. Je souhaite précisément, longue et heureuse vie, à la santé des Américains, si bien représentés, ce soir, dans cette salle.
- Merci.\

Voir tous les articles et dossiers