Publié le 3 décembre 1983

Entretien accordé par M. François Mitterrand, Président de la République, à la télévision des Emirats arabes unis, Paris, Palais de l'Élysée, samedi 3 décembre 1983.

3 décembre 1983 - Seul le prononcé fait foi

Entretien accordé par M. François Mitterrand, Président de la République, à la télévision des Emirats arabes unis, Paris, Palais de l'Élysée, samedi 3 décembre 1983.

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QUESTION.- Monsieur le Président, nous constatons une amitié profonde entre la France et les Emirats arabes unis. Quels sont les facteurs qui ont créé cette amitié ?
- LE PRESIDENT.- Je crois que nous avons déjà une histoire, une longue histoire qui a permis à nos peuples de se connaître, de s'estimer et, même si l'on remonte au-delà des structures étatiques, on trouve des peuples qui ont échangé non seulement des marchandises, mais aussi des idées, qui ont vécu ensemble l'histoire de plusieurs siècles. Le rôle que jouent les Emirats sur la scène du monde - rôle important -, il se trouve qu'au-cours de ces dernières décennies, la France l'a, je crois, bien compris, de même que les problèmes posés là-bas. Elle y a trouvé une oreille attentive, des sentiments réels, une compréhension. Moi-même, lorsque j'ai été élu à la Présidence de la Répubique, j'ai trouvé cette situation qui était bonne et j'ai veillé à ce qu'elle reste bonne et, le cas échéant, à ce qu'elle s'améliore encore parce que je considère comme utiles à mon pays, mais aussi à l'équilibre dans le monde, des relations actives entre les Emirats et la France.\
QUESTION.- Monsieur le Président, vous pourriez nous donner une idée de la coopération entre la France et les Emirats arabes unis ?
- LE PRESIDENT.- Je crois qu'elle ne doit s'interdire aucun domaine. Tout d'abord, on pense naturellement à l'économie puisque nous vivons à l'heure actuelle dans une crise générale qui affecte beaucoup de pays, en tout cas de l'Europe occidentale, et de l'Occident tout court et un développement très intéressant de cette région et particulièrement des Emirats. Je crois que l'on a pratiqué une entraide qui a vraiment souligné une bonne volonté politique. Ces échanges se sont donc accrus et ils se sont redoublés, non seulement échanges commerciaux et économiques, échanges d'affaires, mais aussi échanges culturels.
- Nous sommes très heureux, en France, de savoir que l'on trouve dans votre pays toute une série d'institutions qui permettent à la langue et à la culture françaises, 'être mieux connues et même d'être davantage pratiquées, tandis que de notre côté, nous nous efforçons, d'ailleurs par -rapport à l'ensemble du monde arabe, de développer une interpénétration culturelle que je juge tout à fait déterminante dans l'évolution de mon pays.
- Donc, les échanges sont de toute sorte. Nous ne nous interdisons rien du tout. S'il le faut, nous pratiquerons une entraide active. Nous sommes dans une situation qui ne nous interdit aucun domaine. C'est tout ce que je puis vous dire. Je crois que nos négociateurs, nos diplomates, nos hommes d'affaires, nos professeurs, et tous les autres, sont à l'heure actuelle sur le terrain et nous rendent de grands services.\
QUESTION.- Il y a trois ans, monsieur le Président, les pays du Golfe ont créé le Conseil de coopération du Golfe. Comment voyez-vous l'avenir des relations entre cette communauté et la Communauté européenne `CEE` ?
- LE PRESIDENT.- C'était d'abord une vue sage que de procéder à cette organisation. Ce n'est pas facile quand on connaît l'-état des contradictions qui occupent non seulement la régoin où vous êtes, mais celle où nous sommes, bref le monde car c'est vrai que tous les grands problèmes traversent nos pays. La situation géographique et l'importance économique contribuent à accroître la difficulté des solutions à apporter. Vous avez essayé et réussi la mise en commun de débats dans la coopération de ces multiples Etats voisins, je crois que c'est une vue politique audacieuse. Elle entre dans la démarche du rassemblement de plus en plus vaste de ce que d'autres ont appelé la nation arabe. Là où vous êtes, je crois que des progrès ont été accomplis.
- Les relations avec la Communauté européenne pourraient s'expliquer par des raisons assez comparables. Au lendemain de deux guerres mondiales et d'un duel franco - allemand meurtrier qu'on a souvent appelé guerre civile de l'Europe avec tout ce que cela a entraîné, avec les millions de morts, les désastres, les dommages, le drame immense, la Communauté qui a surgi de ces décombres avait d'abord pour objet d'assurer la paix, d'empêcher le retour de tout ce qui a développé les germes de guerre. Et puis comme cela a été fait autour de structures économiques très sérieuses, cette communauté est devenue la première puissance commerciale du monde. Aujourd'hui encore, elle représente une grande force quoiqu'avec des faiblesses politiques, une absence souvent de volonté politique. Mais c'est une réalité économique que chacun reconnaît.
- Eh bien, je souhaite que la Communauté soit capable à l'égard des pays du Moyen-Orient, comme à l'égard de l'Afrique, comme à l'égard d'autres pays, je pense en particulier aux Caraïbes, soit capable de mettre à exécution une haute conception de notre développement commun. Cela concerne les pays en voie de développement précisément l'entraide avec les pays qui disposent de plus de ressources - je pense en particulier au vôtre - pour que nous ayons un vaste programme non seulement économique mais aussi d'éducation et de formation sans lesquels il n'y a pas de développement véritable. J'appuierai toujours les accords qui pourraient être signés entre les deux communautés pour pouvoir assurer le développement dont les puissances industrielles seront les premières à bénéficier.\
QUESTION.- Mon collègue, monsieur le Président, voudrait vous poser une question en arabe et je vais la traduire. Monsieur le Président, vous savez que la Fête nationale des Emirats arabes unis est le 2 décembre. Avez-vous un message à adresser aux dirigeants et au peuple de ce pays ?
- LE PRESIDENT.- Précisément, je suis heureux que vous me posiez cette question parce que je voulais saisir cette occasion pour adresser mon salut personnel et mes voeux aux populations des Emirats arabes unis, et tout particulièrement à ceux qui en assurent la responsabilité. Je pense en particulier à Son Excellence le Cheikh Zayed. Une fête nationale doit rassembler les énergies, les espérances. Il est très important, je pense, que ces populations, leurs dirigeants, sachent que, assez loin, à quelques milliers de kilomètres, il y a un peuple ami, la France, qui partage ce moment de méditation, de réflexion et de gravité que suppose le retour rituel d'une fête qui rassemble tout le monde à la fois dans un mouvement patriotique et dans le souci de répondre aux grandes questions que se pose le monde.
- QUESTION.- La dernière question que je vous poserai, monsieur le Président. Votre prédécesseur a visité les Emirats arabes unis. Avez-vous des projets dans ce sens ?
- LE PRESIDENT.- J'ai ce projet déjà depuis longtemps £ j'ai reçu des invitations. Notre ministre des relations extérieures et d'autres ministres se sont rendus dans les Emirats arabes unis et j'irai certainement. Il suffit de mettre ce voyage au point. J'en serai en tout cas très heureux.\

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