Publié le 18 novembre 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Venise, à l'occasion du sommet franco-italien, vendredi 18 novembre 1983.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Venise, à l'occasion du sommet franco-italien, vendredi 18 novembre 1983.

18 novembre 1983 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- monsieur le président du Conseil,
- Mesdames et messieurs,
- Nous convier à Venise, nous Français, c'était combler nos voeux. Non que nous ayons épuisé les charmes de Rome, mais votre pays peut offrir à ses visiteurs tant de merveilles, que c'était une façon de nous honorer dont nous vous sommes reconnaissants. Je ne chanterai pas, après tant d'autres, les merveilles de Venise, ou tout simplement la beauté dont elle est une figuration, une expression parmi les plus fameuses. Je viens pendant quelques quarts d'heures de vivre ses beautés, après cependant quelques voyages antérieurs qui m'avaient permis de pénétrer davantage la vie de cette ville que vous avez eu raison, monsieur le maire, de présenter dans sa réalité vivante et quotidienne, par-delà ce que vous appeliez le mythe. Représentation réelle aussi, et tout simplement, vie de tous les jours, vie des Vénétiens avec leurs difficultés, leur mode de vie, leur civilisation, leurs relations, ce dont vous êtes aujourd'hui particulièrement responsables en ce moment où je m'exprime.
- L'intérêt que j'y ai trouvé, hier au soir, en circulant pendant une heure, à la nuit tombée, c'était précisément de rencontrer des Vénitiens dans leur paysage. Oh, certes, Venise est une ville internationale, offerte à toutes les nations, à leur émerveillement. Mais la ville des Vénitiens, c'est autre chose encore. Ces enfants qui jouaient au ballon contre des murs dont l'ocre marquait déjà quatre siècles, ces jeunes étudiants, ces jeunes ouvriers qui venaient bavarder et goûter l'heure du soir, ces commerçants avec des boutiques encore ouvertes, cela était exactement l'invitation que vous venez de nous décrire si bien.
- Venir en Italie, c'est toujours pour un Français une grande chance, un apport indispensable à la connaissance et à la culture du monde, et particulièrement de notre monde à nous. Venir à Venise y ajoute quelque chose. Ville unique, la plus grande audace, je le crois, de toute l'histoire humaine, non que les civilisations soient chiches d'admirables monuments, de beaux ensembles et de perspectives admirables, mais là, tout y est : victoire sur la nature £ nature organisée, maîtrisée, ce qui est à la merci des grandes techniques modernes, mais qui le fût à une époque où les seuls moyens étaient ceux de l'entrepreneur ou bien de l'ouvrier. On ne peut franchir un canal, tourner une rue, voir un pont, apercevoir une église, un palais, sans éprouver le choc d'une révélation qui est tout simplement celle de la connaissance.\
J'ajoute que nous avons pu à Venise apporter la rumeur du monde alentour puisque nous étions venus y discuter politique, économie, négoce, techniques, comme il convient entre deux grands pays qui ont très sagement décidé, il y a quelques années, d'organiser des échanges rituels deux fois par an, chez vous, ou chez nous. L'Italie et la France ont donc décidé de prendre une part active par leur collaboration directe à l'édification de l'Europe.
- Et nos regards sont allés plus loin encore en raison d'une tradition naturelle, c'est-à-dire que nous avons aussi parlé des affaires du monde. Vous disiez à quel point votre ville était, avait été, était toujours le point de rencontre de l'Occident et de l'Orient, et j'appréciais beaucoup votre formule disant qu'on n'a pas simplement échangé comme on le dit généralement des épices. En effet, vous étiez la porte vers l'Orient jusqu'à ce que les Turcs n'avancent jusqu'à Constantinople. Vous avez, alors, financé avec d'autres les expéditions qui ont tourné par l'Ouest £ et puis vous êtes redevenus l'une des grandes métropoles à la jonction des continents, des civilisations, des cultures et des affaires. Vous avez ajouté aussi des connaissances et des expériences. Je crois que dans une ville comme celle-ci, on a plus de chances de comprendre les problèmes de l'époque.
- En nous ayant invités avec vous, ici-même, M. le président du Conseil a eu une bonne idée qui nous a fait grand plaisir. Quand nous nous reverrons en d'autres lieux, nous participerons à d'autres formes de civilisations dans tant de villes qui sont les vôtres et qui ont leur puissance, et qui ont leur beauté, mais nous garderons de votre réception dans cet hôtel de ville, je le crois, un souvenir exceptionnel.
- Soyez-en remercié, monsieur le maire, mesdames et messieurs, qui représentez les diverses autorités de la ville, de la région, sachez que nous venons ici comme des amis. Selon l'expression un peu usée, on vient un peu comme si nous étions chez nous. Ce n'est pas exact, nous venons avec respect pour pénétrer dans une maison où nous sommes reçus comme des amis. Nous y éprouvons très vite, ce que nos cultures ont de commun, tout en demeurant différentes. Voilà un moment agréable pour nous, monsieur le maire.
- Vive Venise,
- Vive l'Italie,
- et Vive la France.\

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