Publié le 26 juillet 1983

Rencontre informelle de M. François Mitterrand, Président de la République, avec la presse, à la Bourse du Travail de Saint-Denis, mardi 26 juillet 1983.

Rencontre informelle de M. François Mitterrand, Président de la République, avec la presse, à la Bourse du Travail de Saint-Denis, mardi 26 juillet 1983.

26 juillet 1983 - Seul le prononcé fait foi

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LE PRESIDENT.- J'ai visité d'assez nombreux quartiers que l'on appelle de banlieue en commençant par Issy-les-Moulineaux et Chatenay-Malabry, en remontant vers le Nord de Paris soit en voiture, soit en hélicoptère mais assez bas pour pouvoir examiner le terrain. Nous avons contourné Paris par l'Est, par Marne-la-Vallée et puis nous sommes remontés jusqu'à la Courneuve. Je me suis arrêté un bon moment aux 4000 - la cité aux 4000 logements - de la Courneuve. J'ai voulu voir de mes propres yeux comment les choses allaient là-bas. Je suis entré dans un immeuble, dans des appartements et j'ai pu discuter avec les gens qui habitent là.
- Cette visite qui aura duré trois heures se termine par cette Bourse du Travail de Saint-Denis où nous sommes en ce moment. Elle me permet de fixer mon esprit davantage sur ce qui me paraît nécessaire pour la réhabilitation de quartiers aujourd'hui dépassés, entassés, peu utilisables pour l'habitation humaine. Sur les 4000 de la Courneuve, l'un des 22 quartiers retenus par la commission Dudebout - aujourd'hui la commission Pesce - j'ai attiré l'attention du gouvernement. On va s'occuper en priorité de réhabiliter ces grands ensembles, les rendre plus habitables, bref, qu'ils deviennent des lieux de vie où les individus et les familles puissent trouver une raison d'être.
- C'est dans cet esprit que j'ai visité cette grande banlieue de Paris en pensant que si l'on avait eu une idée d'ensemble, une vue générale, sans doute n'en arriverions-nous pas là. M. Castro en a exposé une tout à l'heure qui mérite examen, débat, discussion avec d'autres. Mais il est nécessaire d'avoir quelques grandes conceptions d'urbanisme qui permettent d'utiliser au mieux le terrain - il y en a quand même de disponibles - savoir comment s'y prendre pour restituer une âme à ces lieux qui trop souvent n'en ont pas.
- Il existe par contre un certain nombre d'expériences dont certaines sont anciennes. J'ai vu à Chatenay-Malabry les créations de 1936 : elles sont tout à fait remarquables bien qu'elles soient du passé, qu'elles n'aient pas suivi tous les progrès du confort et qu'il y ait encore beaucoup de choses à faire. Mais, au total, la façon de concevoir la vie des habitants, les espaces verts, le jardin, la convivialité reste un modèle. Il y a aussi des réussites et des réalisations satisfaisantes.
- C'est de cet ensemble que j'entends tirer quelques conclusions pour que les Français vivent mieux en ville.\
L'un des objets de cette visite, c'est de voir comment s'insèrent les immeubles modernes dans des quartiers qui n'étaient faits pour cela. Voilà pourqoi j'ai voulu voir cet immeuble de la Bourse du Travail de Saint-Denis, la place qui le précède, l'environnement : il est révélateur de toute une école de jeunes architectes que l'on retrouve notamment autour des projets qui ont été mis en oeuvre non seulement à Paris, mais aussi en province. Voilà pourquoi l'école d'architecture nouvelle mise en valeur par les concours auxquels j'ai fait procéder, se retrouve maintenant à pied d'oeuvre avec ces projets qu'il s'agit maintenant de réaliser. Toutes les constructions qui devaient servir de support à l'exposition `exposition universelle` seront réalisées. M. Trigano continue effectivement, avec quelques-uns de mes collaborateurs, de s'atteler à la tâche pour qu'en effet il y ait de grandes ouvertures sur les constructions, l'habitat, l'urbanisme, dans l'esprit qui a présidé aux réfections -entreprises depuis déjà deux ans. Je suis là pour voir, réfléchir, entendre les avis des uns et des autres, d'abord des habitants, ce que j'ai fait ce matin. Ces avis sont, bien entendu, contradictoires. Il faut donc en tirer le meilleur.\
Détruire ? Non. Je ne pense pas que cela soit nécessaire bien que cela se soit fait en province. On peut détruire pour réduire l'excessif entassement. Mais je crois qu'il faut - c'est l'expression consacrée - réhabiliter. Je suis entré dans les couloirs, j'ai monté les escaliers, vu des appartements où ce qui était convenable, il y a vingt ans, est devenu désastreux. Pas de peinture, tout est écaillé, le désordre s'est installé. Il n'y plus de véritable vie sociale possible bien que, j'ai pu le constater à l'instant, j'y ai trouvé un accueil chaleureux et des relations humaines qui, d'une façon générale, sont bonnes. Mais tout cela se dégrade. Donc, maintenant, il faut arriver à rendre ce quartier agréable, habitable - commençons par dire habitable - pour qu'on y vive mieux, que l'on ait envie d'y amener sa famille et de ne pas voir ces enfants pratiquement abandonnés, sans véritable espace prévu pour eux, sur des terrains comme on dit vagues - et ils sont bien vagues. Tout cela nécessite un effort de reprise en main que j'ai demandé.
- Alors, vous me direz : oui, mais il faut de l'argent et de l'espace. Je vous répondrai : oui, mais on se fait aussi quelques idées fausses. J'ai pu constater en allant visiter les Buttes Rouges à Chatenay-Malabry, une construction de 1936, que grâce à une intelligente perspective, ce que vous appelez l'entassement - le mombre d'habitants au mètre carré qui est très important, ne paraît pas ou peu alors qu'aux 4000 `la Courneuve`, il crève les yeux. Il y a donc un problème de distribution, de perspective, d'utilisation de la superficie qui est capitale si l'on veut juguler cet entassement.
- Il y a des endroits au centre de Paris dans lesquels les gens sont habitués à vivre, où ils aiment vivre et où ils sont pourtant plus entassés encore que dans certaines cités ouvrières de la banlieue parisienne. Seulement, c'est mieux aménagé. Et puis, il y a des centres d'intérêts, des centres de culture, des façons de vivre ensemble qu'on ne trouve pas dans un certain nombre de ces grands ensembles.\

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