Publié le 12 mars 1982

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'issue de son entretien avec M. Ronald Reagan, Président des Etats-Unis, Washington, vendredi 12 mars 1982

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'issue de son entretien avec M. Ronald Reagan, Président des Etats-Unis, Washington, vendredi 12 mars 1982

12 mars 1982 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et messieurs,
- Mes premiers mots seront pour remercier monsieur le président REAGAN de l'accueil réservé à Washington au Président de la République française. Cet accueil a été, comme il paraît bien normal, amical, ouvert et franc.
- Comme il vient d'être dit, nous avons abordé de très nombreux problèmes. Certains d'entre eux étaient préparés par les échanges continus qui ont lieu entre nos ministres, nos ambassades et nos représentants de toute sorte. Mais cette discussion directe, après que j'ai eu l'occasion de rencontrer moi-même plusieurs responsables de la politique européenne, après un récent voyage en Israel, et devant les événements qui chaque jour se produisent soit en Europe, soit en Afrique, soit en Amérique latine, donnait à notre conversation un ton d'actualité et justifiait qu'elle eut lieu.
- La raison première de cette rencontre et de mon voyage aux Etats-Unis d'Amérique était de préparer de façon précise la rencontre dite au sommet des pays industrialisés qui aura lieu à Versailles, en France, au début du mois de juin prochain. Cette conférence aura, bien entendu, à examiner la situation économique, monétaire, financière que doivent aujourd'hui affronter nos pays, et notre devoir est de chercher à harmoniser suffisamment nos objectifs pour que nous nous aidions, plutôt que de nous gêner. A cet égard, j'ai pu observer qu'il s'agissait là d'une préoccupation commune. Un autre sommet suivra, à peu de jours près, le premier c'est celui qui aura lieu à Bonn et qui réunira les pays de l'Alliance atlantique. Cela nous a naturellement conduits à évoquer les problèmes Est - Ouest et particulièrement l'-état des relations avec l'Union soviétique, la nécessité de représenter une force afin d'aboutir à la négociation £ bref la -recherche de la paix dans l'affirmation de nos droits et du droit des peuples, particulièrement de l'Europe.\
Nous avons, comme le président REAGAN vient de le dire à l'instant, parlé de l'Amérique centrale. A cet égard, j'ai répété ce que j'ai souvent dit moi-même en France et en Europe, que notre premier devoir était de lutter contre la misère, l'exploitation et la domination de dictatures toujours sanglantes, et comme il vient d'être dit, la -recherche des voies, difficiles à trouver mais sur lesquelles nous nous engagerons, ... de gouvernements démocratiques. Tel est le point commun sur lequel nous avons pu rapprocher les points de vue.
- Vous savez que je pense, pour ma part, que tout ce qui permettra aux puissances démocratiques d'Occident de comprendre mieux et d'aider davantage les peuples en révolte à s'acheminer vers la paix civile d'abord, et vers plus de liberté, sera bon. A cet égard, j'ai apprécié - j'en avais d'ailleurs fait -état il n'y a pas si longtemps à Paris en recevant le chancelier SCHMIDT - les propositions économiques faites pour le plan des Caraibes qui s'appliquent aussi à l'Amérique centrale ... on a le plus grand besoin d'une aide cohérente £ cela va dans le bon sens. La route sera sans doute encore longue, encore faut-il l'éclairer. C'est ce que nous avons cherché à faire.\
Pour le Proche-Orient, j'ai déjà récemment, c'était la semaine dernière, dit ce que j'en pensais. Il était normal que notre conversation, ici avec le Président des Etats-Unis d'Amérique, portât sur cette grave question. Nous avons constaté que l'affirmation des droits d'Israel et l'affirmation du droit de tous les peuples de la région devaient permettre, avec patience et ténacité, la définition d'une politique de paix, dont, bien entendu, nos deux pays ne sont pas juges, mais qui devra, un jour ou l'autre, intéresser les pays intéressés de la région.
- Enfin nous avons évoqué nos relations bilatérales, d'amitié - mais cela est une longue histoire qui ne fait que continuer -, et comme je l'ai dit tout à l'heure de franchise, c'est-à-dire que des amis et des alliés sur la scène du monde ont pour mission de faire valoir leurs points de vue dans un seul objet, celui de les rapprocher quand ils sont différents, et de les affirmer lorsqu'ils sont similaires, afin de donner une certaine direction aux peuples qui s'inquiètent.
- Je terminerai en disant que l'hospitalité que j'ai reçue m'a fourni l'occasion, une fois de plus, de ressentir la profondeur des liens qui nous unissent et j'ai bien l'intention, la prochaine fois, puisque ce sera dans mon pays, de continuer d'agir dans ce sens ... parler, discuter, marquer méthodiquement les points sur lesquels on peut ensemble avancer et servir, autant qu'il nous sera possible, les intérêts de la paix du monde.
- Merci. C'en est fini, je me retourne maintenant vers le Président des Etats-Unis d'Amérique en lui exprimant mes plus vifs remerciements.\

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