Publié le 24 novembre 2014

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la nouvelle usine de Safran et Albany, à Commercy le 24 novembre 2014.

24 novembre 2014 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la nouvelle usine de Safran et Albany, à Commercy le 24 novembre 2014.

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Messieurs les ministres,
Mesdames, messieurs les parlementaires et élus,
Monsieur le Président de SAFRAN,
Monsieur le Président d'ALBANY international,
Mesdames, messieurs les membres du personnel de cette belle entreprise,
Je conclus par cette inauguration mon déplacement, devenu rituel en Lorraine, ici, à Commercy. Avec une usine exceptionnelle à plus d'un titre, c'est l'usine du futur. C'est une usine commune à deux groupes, ALBANY et SAFRAN SAFRAN et ALBANY que l'on distingue par la couleur du maillot, mais qui en fait est une seule et même usine.
Cette usine est à la fois commune et hors du commun. Elle est hors du commun parce que c'est une usine du futur, sans bruit, sans poussière, une usine comme l'industrie en comptera dans les prochaines années et qui doit conduire beaucoup de jeunes à aller vers ces métiers.
Ici c'est une usine extraordinaire, puisque la production textile va contribuer à la fabrication de moteurs. Cela peut paraître de la science-fiction, de la magie. Comment est-il possible qu'avec un métier à tisser il soit possible de construire des moteurs d'avions ? Et pourtant c'est le cas. La technique est nouvelle, le procédé est finalement traditionnel. Cette réussite, car c'en est une, à d'avoir été capable d'installer ce site ici à Commercy. C'est aussi la confirmation de l'excellence de la filière aéronautique française et européenne.
Monsieur HERTEMAN a rappelé que c'était un grand pari au début des années 60 et 70. Savoir si la France, l'Europe seraient capables de construire des avions et des moteurs. Beaucoup en doutaient, parce que ce qui fait la richesse de notre pays, c'est à la fois les doutes et en même temps les talents. Nous avons besoin des doutes pour nourrir les talents, et des talents pour vaincre les doutes, les écraser. C'est ce que vous avez fait. Vous avez cité votre prédécesseur, c'est vrai que c'est une chaîne à tous les sens du terme, qui permet aujourd'hui d'avoir cette réalisation.
L'industrie aéronautique française c'est aussi SAFRAN, c'est-à-dire une entreprise dont les carnets de commandes sont pleins pour les dix prochaines années, c'est-à-dire finalement la confiance qui peut naître de celui qui la dirige aujourd'hui, cette entreprise. Avec le nouveau moteur LEAP, fabriqué en partenariat avec General Electric, c'est déjà près de 7.000 commandes qui ont été passées et qu'il faudra donc honorer, et ce qui fait d'ores et déjà l'avenir et le succès du site de Commercy.
Mais cette usine est aussi l'aboutissement d'une volonté. A a suite de la fermeture d'un site militaire, il avait été promis qu'il y aurait une compensation, par la création d'une usine. Nul ne savait encore ce qu'elle serait. Mais je veux saluer ici la ténacité et la mobilisation de toutes les personnalités meusiennes qui ont permis cet aboutissement. En particulier Gérard LONGUET, qui était à l'époque ministre de la Défense, et avait donc la responsabilité de prévoir cette compensation. Mais aussi le Président du Conseil Général, le Sénateur NAMY, et puis tous les élus qui ont uni leurs efforts pour faire en sorte de convaincre SAFRAN et ALBANY.
Monsieur PETITCOLIN, alors directeur général de la SNECMA, a été retrouvé par les meusiens, qui se sont rappelés qu'il avait été professeur de mathématiques dans la Meuse. Mais enfin ce lien ne permettait pas encore de pouvoir installer une usine, sinon nous irions chercher beaucoup de professeurs de mathématiques passés à travers nos territoires et ensuite dans l'industrie, pour les convaincre d'investir. Mais il a fallu que ce soit une double décision, celle de Monsieur HERTEMAN et aussi de Monsieur Jo. MORONE.
Puisque je parle de Monsieur HERTEMAN et qu'il a achevé ou presque son mandat, je veux lui dire vraiment toute notre gratitude pour l'action qui a été la sienne dans cette grande aventure industrielle. Il faut de grands industriels. Bien sûr les actionnaires sont importants, en l'occurrence ils sont pour partie public, et aussi le personnel qui est un des principaux actionnaires du groupe SAFRAN. Il faut des ingénieurs, il faut des chercheurs, des ouvriers, mais il faut aussi un dirigeant. Et pour une entreprise de cette importance, il fallait un dirigeant exceptionnel, et vous l'êtes Monsieur HERTEMAN.
Cette usine, je le dis, a bénéficié de l'engagement de l'Etat. Parce que s'il n'y avait pas eu cette volonté d'abord locale, il n'y aurait pas eu aussi l'implication des pouvoirs publics. La fermeture du 8e Régiment d'Artillerie, c'était une crise grave pour une ville qui connaît une telle annonce, et j'imagine le désarroi de la population, de voir perdre ce qui faisait une partie de l'identité locale. Alors il fallait que l'Etat soit à la hauteur, et il l'a été. Toujours cette exigence de respecter la parole qui a été donnée et d'assurer aussi la continuité de l'Etat. Parce que c'est trop important dans ces moments de défiance, dans ces moments de doute, de contestation, de ce que peut être même la démocratie. Que de savoir qu'il y a un Etat et que lorsqu'il prononce une parole, il y a une suite. La suite, ce fut 25 millions d'euros pour le contrat de développement économique de Commercy. Ce fut 7 millions d'euros d'aides publiques pour cette installation. Et cette usine fut construite en moins d'un an. Là aussi, souvent on se plaint des délais, de la rigidité, des procédures, de la complexité, mais là, Monsieur Jo MORONE, vous pouvez maintenant dire partout aux Etats-Unis qu'en France, on est capable de construire une usine en un an et en ayant simplifié toutes les tâches administratives. Et j'en remercie toutes les autorités et notamment ici le préfet.
Il y a eu aussi une mobilisation de Pôle Emploi, un service essentiel là-aussi critiqué parce que pour les chômeurs, le fait d'être chômeur c'est en soit une situation difficile à vivre, il est peut-être plus commode d'aller chercher chez celui ou celle qui est chargé de trouver une solution, la responsabilité de la situation vécue. Je veux saluer ce qu'a été la cellule Pôle Emploi, qui a accompagné, qui a pris en charge et dont beaucoup de personnels ici présents, sont passés par cette cellule et ont été finalement dirigés vers cette qualification. Il a fallu aussi qu'il y ait le Conseil Régional qui mette en place des formations. Où ont-elles été dispensées ces formations ? Dans le lycée Henri VOGT ici à Commercy. Ce qui a permis là encore de retrouver espoir pour les personnels, confiance pour l'Education Nationale, pour les formateurs, et donc réussite pour mettre les qualifications au niveau requis.
Cette usine est également remarquable, parce qu'elle permet de redonner une revitalisation à cette ville, Commercy, à ce département et à la région Lorraine, qui a pu être éprouvée, lorsqu'il faut faire des transformations, lorsqu'il faut faire des reconversions, des mutations.
Mais aujourd'hui, avec l'implantation de cette usine, ce sont près de 100 salariés, demain ou après-demain, mais le plus vite possible 400. Ce ne sont non seulement des emplois directs mais aussi des emplois induits qui vont être créés. La gare de Commercy a pu être réouverte, des services peuvent maintenant aussi avoir la certitude qu'il y aura un développement ici. Le lycée, je l'évoquais, a pu trouver une nouvelle vocation à travers une formation liée à l'activité de cette usine.
Enfin, je pourrais ajouter tellement de caractères exceptionnels à cette usine, il y a les produits qui y sont fabriqués et qui rentrent dans un partenariat entre un tisseur américain, ALBANY, et un fabricant de moteurs d'avions, SAFRAN. Pour ici mettre au point les aubes et les carters du nouveau moteur LEAP. Un équipement tissé en 3D qui permet d'alléger considérablement la consommation de carburant du moteur, donc de l'avion, l'empreinte écologique et le bruit. Donc à la fois une prouesse technologique, une performance industrielle mais également un succès environnemental qui permet à la France d'être exemplaire, au moment où elle prépare la conférence sur le climat. Et on voit bien que la technologie l'innovation et même le respect des règles environnementales est un atout. C'est un atout justement dans la compétition et dans la mondialisation. Et puis il y a cette alliance, ici nous sommes dans un partenariat franco-américain, d'abord parce que SAFRAN est une société qui avec General Electric a créé une alliance de longue durée.
Monsieur HERTEMAN avait raison, il ne faut rien craindre de la mondialisation, il faut simplement être les meilleurs. Si on s'abrite, on perdra des qualifications, des savoir-faire, des technologies et on ne nouera aucun partenariat. Si on s'expose sans avoir été préparé, sans avoir été qualifié, sans avoir investi, on sera également débordés. Donc il faut que la France soit la meilleure pour être alliée aussi aux meilleurs, en l'occurrence, General Electric pour le moteur et ALBANY, pour ce tissage exceptionnel.
Je veux vraiment vous remercier Monsieur MORONE, d'être venu ici à Commercy. Ce n'est pas si simple des Etats-Unis de venir à Commercy, certains ont fait d'ailleurs quelques fois le déplacement. Je remercie aussi votre épouse, de vous avoir accompagné, c'est un signe de confiance, c'est aussi un signe de respect pour les salariés de cette entreprise. Nous y sommes très sensibles.
Il est vrai qu'il existe une sur jumelle de l'usine de Commercy, Rochester, qui livre à Boeing les mêmes composants pour faire les mêmes moteurs. Ce qui est livré ici à Airbus, là-bas est livré à Boeing. Donc savoir qu'aux Etats-Unis au moment où je m'exprime, peut-être en mondiovision, il y a à Rochester les mêmes gilets, pas les mêmes personnes, à la fois ALBANY et à la fois SAFRAN, c'est une source fierté. De se dire que l'on participe Amérique et France au même exploit industriel. Et d'ailleurs, j'ai relevé que la région Lorraine était très liée aux Etats-Unis, puisque Georgia Tech est implantée à Metz comme à Atlanta.
Enfin, je veux insister sur le rôle de l'Etat. J'ai évoqué l'Etat pour la parole qu'il avait donnée et qui a été respectée. J'ai dit ce que l'Etat avait pu faire en termes d'aide, d'appui financier. Mais l'Etat c'est plus qu'une source de financement. L'Etat ça doit être dans notre pays celui qui donne la vision, qui donne le sens, qui rassemble les énergies pour faciliter la création, l'innovation et donc l'esprit collectif d'entreprise. L'Etat doit donc simplifier autant qu'il est possible, faire en sorte que nous soyons, que vous soyez les plus compétitifs sans pour autant que les droits sociaux soient oubliés ou menacés. L'Etat, doit assurer aussi la formation, avec les collectivités publiques, des jeunes. L'Etat doit permettre que nous puissions exporter davantage, nouer des partenariats internationaux, soutenir l'activité. Et c'est notre rôle, et le mien, de permettre que nous puissions nous unir sur l'essentiel.
L'essentiel, c'est être capables de porter notre pays au-delà de lui-même. Puisque nous sommes avec des partenaires américains. Eux ont été capables de définir, de dessiner une nouvelle frontière, qui était une frontière géographique, qui était même une frontière spatiale, d'aller au-delà de la terre, ce que nous avons fait aussi, européens récemment, puisque nous avons été capables d'envoyer une sonde spatiale qui a déposé un robot sur une comète. Nous avons été capables d'inventer finalement aussi l'espace, et nous devons repousser les frontières. Les frontières non pas de nos patrimoines nationaux, les frontières technologiques, les frontières de la réussite, les frontières qui nous permettent d'être meilleurs ensemble, et de n'avoir peur de rien. Nous devons lutter contre le doute, la résignation, le fatalisme qui existe forcément surtout après une période de crise. Nous devons être capables de nous donner une ambition collective, et c'est ce que vous démontrez ici avec cette usine. Il y a quelques mois, il n'y avait rien sur ce terrain. Il y a quelques mois, il y avait des demandeurs d'emploi qui s'interrogeaient sur leur avenir. Il y a quelques mois, il y avait le sentiment d'abandon avec un régiment qui était parti.
Aujourd'hui, il y a ici une usine du futur, il y a ici des personnels qui sont fiers d'appartenir à une communauté de travail et puis il y a une prouesse technologique. L'exemple que vous donnez ici à Commercy c'est un exemple qui vaut pour l'ensemble du pays. Nous devons à chaque fois être capables de nous dépasser et de nous dire que c'est possible de réussir.
Ici à Commercy vous avez réussi.
Merci

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