Publié le 29 octobre 2013

Point de presse conjoint de MM. François Hollande, Président de la République, et Robert Fico, Premier ministre de la République slovaque, sur les relations franco-slovaques et sur la construction européenne, à Bratislava le 29 octobre 2013.

Point de presse conjoint de MM. François Hollande, Président de la République, et Robert Fico, Premier ministre de la République slovaque, sur les relations franco-slovaques et sur la construction européenne, à Bratislava le 29 octobre 2013.

29 octobre 2013 - Seul le prononcé fait foi

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ROBERT FICO : « Monsieur le Président, cher François HOLLANDE, japprécie beaucoup votre venue à loccasion du 20ème anniversaire de la création de la République slovaque. Cette visite nest pas seulement symbolique pour nous. Cest aussi votre première visite en Slovaquie, ce pays qui a beaucoup de succès aujourdhui au niveau de lUnion européenne. Personnellement japprécie la signature du plan daction du partenariat stratégique qui détermine les priorités de notre coopération franco-slovaque. Ici, nous avons de nouvelles possibilités pour des sociétés pour léducation, pour le secteur de la santé. Nous pourrons tout faire pour créer un bon milieu pour entreprendre et pour nous occuper des sujets européens qui sont importants.
Je voudrais souligner, Monsieur le Président, que la Slovaquie et la France nont jamais été aussi proches quand il sagit des sujets européens. Aujourdhui, nous en avons parlé et nous voyons que nous avons une très grande proximité de vues. Je suis heureux que nous puissions constater, tous les deux, quau niveau de lUnion européenne, du Conseil européen, de la Commission européenne, nous avons déjà traversé la période la plus difficile. Nous avons réussi à stabiliser la zone euro, nous avons tout fait pour que leuro reste notre monnaie unique.
Après cette étape, il nous faut réagir et traiter les conséquences sociales - surtout le chômage des jeunes - et il nous faut prendre des mesures pour promouvoir la croissance. Je voudrais apprécier le rôle de leader que vous avez rempli. Vous faites tout pour créer la croissance en Europe. Je dois dire que, concernant les jeunes, je suis très heureux dêtre invité à la Conférence de Paris le 12 novembre. Aujourdhui déjà, nous avons parlé des projets concrets, nous avons parlé des réformes qui pourront être utilisées dans ce domaine.
Lorsque nous parlons des hommes politiques qui sont à gauche, ou qui sont au centre, lorsque nous disons quil y a certaines choses qui sont sacrées pour nous, je pense quil faut que nous commencions à produire des résultats. Les jeunes qui vivent à Marseille ou à Zilina ne sintéressent pas de savoir si le déficit du pays est 1% ou 3%. Ils ne comprennent pas ce que veut dire linflation, ils ne comprennent pas les chiffres Mais ce quils comprennent, cest ce qui les intéresse et cest de trouver un emploi, davoir loccasion daugmenter leurs qualifications et réfléchir à leur vie professionnelle.
La Slovaquie est un pays pro-européen et nous savons que dans notre processus dintégration, le Président français est toujours celui qui nous soutient. Il est très important, quensemble, avec la France et lAllemagne, nous créions des conditions favorables à la croissance économique, avec lintérêt particulier que nous portons aux jeunes. Maintenant, ce nest plus le temps des discussions abstraites, de parler des structures européennes. Si nous voulons empêcher les extrémistes et les nationalistes de réussir, il nous faut fournir des résultats.
Je remercie Monsieur le Président de nos discussions, aussi bien à table quailleurs, merci Monsieur le Président, soyez le bienvenu. »
LE PRESIDENT : « Une nouvelle fois, cher Robert FICO, je vous remercie pour cette invitation qui est symbolique puisque, depuis 20 ans, il ny avait pas eu de président de la République française à Bratislava. Cest historique, si lon veut regarder notre passé commun et les luttes que nos deux peuples ont pu engager pour les mêmes idéaux.
Cette visite est également lexpression dune volonté, celle de travailler ensemble, au plan économique. Nous lavons marqué à travers ce partenariat, renouvelé dans des domaines essentiels, comme lénergie - notamment lénergie nucléaire -, les nouvelles technologies avec des coopérations en matière scientifique de très haut niveau, les infrastructures avec de nombreuses entreprises qui travaillent pour équiper la Slovaquie et dune manière générale les entreprises - 400 - qui sont ici pour développer nos échanges et qui représentent 5 milliards deuros.
Nous voulons travailler ensemble, Slovaquie et France, pour les seuls enjeux qui comptent, lemploi, la croissance, la solidarité. Nous avons également la volonté de travailler autour des enjeux européens. Nous nous sommes retrouvés côte à côte, depuis 18 mois, pour faire prévaloir dabord lexigence - au-delà des disciplines budgétaires nécessaires - de la croissance. Vous mavez soutenu lorsque jai proposé ce pacte de croissance.
Nous nous sommes retrouvés aussi lors des discussions sur le budget européen. Un pays comme la Slovaquie avait besoin dun cadre financier pluriannuel, permettant de trouver des solutions pour linvestissement public, ici, en Slovaquie.
Nous nous sommes retrouvés également sur la politique agricole commune et nous retrouvons encore aujourdhui pour porter la question de lemploi, et notamment de lemploi des jeunes. La Slovaquie sera présente, comme beaucoup de pays européens, la plupart, à la Conférence que jorganise le 12 novembre. Vous mavez fait le plaisir de répondre à cette invitation. Nous devons anticiper par rapport au budget européen et faire en sorte que lemploi des jeunes puisse être, dores et déjà, porté pour les prochains mois, de façon à ce quaucun temps ne soit perdu.
Nous avons une obligation : faire travailler lEurope avec un rythme, avec une perspective qui donne espoir aux peuples. Cest vrai quil y a une menace dextrémisme. Cette menace est présente partout, en Europe centrale mais aussi en Europe occidentale. Cette menace repose sur la désespérance, sur la peur, sur le repli, sur la dénonciation de lEurope. Nous devons y faire face en faisant en sorte de donner une nouvelle dynamique à lEurope. Cest ce que nous avons engagé ensemble.
Cette dynamique, cest dabord de pouvoir faire de lEurope une avant-garde pour la gouvernance économique. La crise de la zone euro est derrière nous, nous devons maintenant gouverner la zone euro avec davantage de fermeté et de coordination. Nous avons aussi lobligation dêtre en avant-garde technologique. Cest ce que nous faisons sur lénergie, le numérique et dune manière générale, les industries de demain. Nous devons être en avant-garde sur le plan politique en ayant plus de solidarité sur un certain nombre de sujets. Je rappelle souvent ce quétait la Slovaquie il y a 20 ans, tous les efforts qui ont été menés, tous les succès, qui nempêchent pas les difficultés.
Je veux saluer le travail du gouvernement de Robert FICO. Ma visite aujourdhui nest pas simplement la réponse à une invitation. Cest cette conviction quentre un pays comme la Slovaquie, arrivé plus récemment que dautres dans lUnion européenne et un pays fondateur, comme la France £ quentre un pays dune taille moyenne et un pays qui est la deuxième économie de lEurope, la France, nous pouvons avoir des objectifs communs. Nous sommes ensemble. Il était très important, au-delà du rappel du passé, de montrer que cet avenir-là, nous le construisons ensemble. Merci. »
QUESTION : « Quels sont les projets concrets de coopération entre la Slovaquie et la France ? »
Robert FICO : « Comme je lai déjà dit, il y a 400 entreprises slovaques dans plusieurs domaines : les constructions des autoroutes et les communications, la fabrication des véhicules La Slovaquie reste un pays attractif. Les investisseurs ont des expériences concrètes. Quelle est la productivité de travail ? Quelle est la qualification de la main duvre, le niveau de la qualification ? La Slovaquie a tout intérêt pour larrivée des investissements à avoir une valeur ajoutée plus élevée.
Vous me posez la question sur des projets concrets. Nous avons surtout traité la question de la production de lélectricité et le recours à lénergie atomique. Il y a un projet qui sappelle Allegro. La Slovaquie bénéficie du soutien français. Le Gouvernement slovaque a tout intérêt de coopérer avec les entreprises françaises dans le domaine de la sûreté nucléaire.
Il est évident quaujourdhui, dans lachèvement de la construction de troisième et quatrième bloc, où AREVA est présente. Le gouvernement garde son intérêt de construire une nouvelle tranche. Cest lessentiel pour les pays qui ont des expériences, qui ont le savoir-faire.
Sans aucune ambiguïté, je peux constater que dans le domaine de lénergie nucléaire, la France et la Slovaquie agissent en binôme. Chaque pays a lautonomie, a le droit de choisir son assiette énergétique, son mix énergétique. Nous avons opté pour lénergie nucléaire. La situation est telle que, dans lavenir, il y aura pénurie délectricité, je parle surtout de laxe Nord-Sud. Le pays qui aura le potentiel de produire de lélectricité aura un avantage énorme.
Concernant lemploi des jeunes, nous en avons parlé au dernier Conseil européen. Je dirai la même chose le 12 novembre à Paris : il faut persuader les technocrates de la Commission que nous avons besoin de plus de souplesse quant à lutilisation des fonds structurels des fonds européens. Aujourdhui, il y a le risque que certains pays ne soient pas capables dutiliser les enveloppes financières allouées à tel ou tel fonds. Il faut donc créer un mécanisme européen pour créer des emplois pour les jeunes.
Nous avons les expériences avec les transferts entre les lignes budgétaires, entre les fonds européens, ce qui nous a permis de créer 12 500 emplois. Aujourdhui, il y a 10 000 emplois des jeunes qui existent réellement. Nous participerons activement à toutes les initiatives. Il y avait 6 milliards deuros alloués à la lutte contre le chômage des jeunes. De cette enveloppe financière, 200 millions deuros sont réservés à la Slovaquie pour le retour à lemploi des jeunes, cest-à-dire des chômeurs de moins de 29 ans.
Il faut arrêter les discussions sur le déficit. Il faut parler de la vie digne, de la justice sociale, de la croissance. Cest cela lagenda du gouvernement de gauche. Si ce ne sont pas nos gouvernements, ce sont les extrémistes qui se saisissent de cet agenda. Les pays en Europe centrale, en Europe occidentale, ne méritent pas davoir des extrémistes au gouvernement.»
LE PRESIDENT : « Pardon de ne pas répondre à toute la question car une partie ne ma pas été traduite mais jai compris les différents sujets qui étaient évoqués.
Le premier sur lénergie. La France et la Slovaquie sont les deux pays en Europe qui placent lénergie nucléaire au cur de leur production délectricité. Dès lors, nous avons un double devoir. Un devoir de sûreté et de sécurité et aussi un devoir de maîtrise du processus. Cest là que la coopération entre la France et la Slovaquie est à haut niveau parce quelle est globale. Elle va de lingénierie au démantèlement des centrales en passant par la construction de réacteurs et par tout ce qui peut être le stockage ou le retraitement des déchets.
Nous sommes donc partie prenante dune coopération. Nous avons la volonté de développer un réacteur de nouvelle génération. Cest lidée dAllegro. Nous devons mettre en coopération nos équipes. Cest ce que nous avons encore fait aujourdhui.
Sur lénergie, lEurope laisse chaque pays avoir les sources dénergie quils considèrent comme meilleures pour son économie ou pour la protection de lenvironnement. Nous avons des obligations en termes de lutte contre le réchauffement climatique. Nous avons, par le nucléaire, une obligation de sûreté mais nous devons aussi faire en sorte que, pour la préparation de la Conférence climat, nous puissions éviter quil y ait des énergies polluantes.
Cest pourquoi nous avons aussi, dans le même partenariat stratégique, lancé lidée dune coopération sur les économies dénergie. Tout à lheure, il y avait des entreprises françaises et slovaques qui travaillaient dans cette direction, une coopération de haut niveau sur le plan énergétique.
Concernant la deuxième question, sur lemploi. Je disais, je réunirai une Conférence le 12 novembre, la deuxième au plan européen, sur lemploi des jeunes. Une des idées que nous portons ensemble, Slovaquie et France, cest que nous puissions avoir des fonds européens qui soient plus faciles dusage, plus rapides dans leur utilisation, plus fluides dune certaine façon, de manière à ce que nous puissions engager, le plus vite possible, les programmes pour lemploi des jeunes. En France, cest ce que nous avons ouvert avec les emplois davenir, mais jai relevé quen Slovaquie il y avait une idée comparable.
A la Conférence du mois de novembre, nous allons, non pas nécessairement créer un fonds supplémentaire, mais faire en sorte que les fonds existants soient beaucoup plus faciles à mobiliser pour les dispositifs de lutte contre le chômage des jeunes.
Jai cru comprendre que vous aviez une question sur les services de renseignement ? Au Conseil européen, une initiative a été prise par la France et par lAllemagne. Nous allons travailler à ce code de bonne conduite. Je remarque dailleurs que depuis que le Conseil européen a pris une position qui soutenait cette initiative, les Américains ont accepté cette coopération. Nous devons aller jusquau bout, parce que nous ne pouvons pas admettre que des alliés, des amis puissent se surveiller. Il y a une autre dimension qui est la protection des données personnelles. Là-aussi, lEurope est davant-garde puisquelle va organiser une réglementation pour assurer la protection des données personnelles. »
QUESTION : « Cette question sadresse à tous les deux. Une directive européenne prévoit le principe dune taxe sur les transports routiers. Première question : cette taxe est-elle un bon principe ? Deuxième question : en Slovaquie, je crois que vous avez institué une taxe sur les transports routiers. Cela a-t-il été difficile ? Est-ce que cest difficile en Slovaquie dinstituer un nouvel impôt ? En France, le Gouvernement français vient justement, aujourdhui, de suspendre la mise en uvre de cette taxe en raison des violences. Est-ce quil y a impuissance à agir en France ? Est-ce quil est difficile dagir en France ? Est-ce quil est difficile dagir en France ? Et la faute à qui ? »
Robert FICO : « Jespère que jai bien saisi la question quant à la taxe du transport routier ou le péage routier. Plusieurs projets ont déjà été réalisés et mis en uvre en Slovaquie. Il y avait le problème avec le télépéage. Personne ne veut payer les taxes, les redevances, les cotisations. Mais aujourdhui, cela nous apporte des ressources financières que nous pouvons réinvestir dans la reconstruction des routes.
Aujourdhui, les poids lourds, pour éviter les péages, utilisent les petites routes, les routes locales - que nous appelons de deuxième ou de troisième catégorie - ils les détruisent. Nous avons pris linitiative dempêcher aux poids lourds, déviter ce système de télépéage en dehors des grands poids lourds, des véhicules. Il y avait certaines réticences mais aujourdhui le système fonctionne bien. Il ny a donc pas dopposition.
LE PRESIDENT : « Lécotaxe nest pas une obligation européenne. Cest un bon principe. Ensuite, tout est affaire de mise en uvre. Cela prend du temps et cela doit prendre du temps, parce que cela doit respecter un certain nombre de conditions. Cest ce qui est en ce moment en discussion en France. Merci. »

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