Publié le 20 septembre 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur le développement des véhicules électriques, à Quimper le 20 septembre 2013.

20 septembre 2013 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur le développement des véhicules électriques, à Quimper le 20 septembre 2013.

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Jattendais depuis longtemps ce moment. Bernard POIGNANT me parlait depuis tant dannées de ce que vous faisiez ici, dans ces usines, de la qualité de cette production, de linnovation dont vous étiez capables et de vous, Vincent BOLLORE. Il me disait que François MITTERRAND y était passé cétait une incitation de plus à y venir £ que le lieu même où vous résidez est un lieu historique puisque Léon BLUM y a été accueilli £ que Georges POMPIDOU est venu y passer ses vacances. Je me sentais comment vous dire ? en manque Comme si la consécration était de venir, ici, dans votre usine.
Mais ce nest pas le seul motif. Il y a aussi celui aussi de retrouver les élus de Bretagne : le président du Conseil régional, le président du Conseil général du Finistère, les parlementaires et, bien sûr, le maire qui nous accueille ici et Bernard POIGNANT. Bernard POIGNANT voulait que ma visite corresponde exactement à son anniversaire. Il a un côté fétichiste, il aime les dates, les dates historiques, cest pour cela quil est féru denseignement et dhistoire.
Si nous avons décalé cette date, cest parce quhier jétais au Mali. Si javais eu toutes les informations de votre groupe, cher Vincent BOLLORE, je leur aurais proposé lhôpital de fortune et lécole de circonstance, car ils ont aussi besoin de ces moyens-là.
Cest ce que vous préparez ici. Vous préparez lénergie de demain pour les pays développés et aussi lénergie daujourdhui pour les pays les moins avancés. Ce que vous faites nest pas simplement un enjeu régional la Bretagne, la Cornouaille cest un enjeu qui dépasse même notre nation. Cest véritablement la mondialisation de lénergie que vous êtes en train de préparer.
Ce matin, jouvrais ce quon appelle la Conférence environnementale, cest-à-dire le rassemblement des acteurs économiques et sociaux, des organisations qui travaillent sur lécologie pour définir la feuille de route, cest-à-dire lavenir de la France sur le plan énergétique. Je fixais lobjectif de réduire notre dépendance à légard des hydrocarbures qui ont comme particularité de polluer mais aussi de renchérir nos importations et de déséquilibrer notre balance commerciale. Je fixais la perspective de la transition énergétique
Cela veut dire quoi en français ou, en tout cas, en breton ? Cela veut dire être capable de consommer moins dénergie et de faire appel à plus dénergie renouvelable £ de nous rendre moins dépendants et en même temps plus sobres. Comment pouvais-je illustrer le propos que je tenais sur la lutte contre le réchauffement climatique et sur la transition énergétique autrement quen venant ici ? Ici, dans cette usine, puisque vous avez anticipé ?
Je suis donc à Ergué-Gabéric, une commune qui est dans lagglomération de Quimper et qui doit sa notoriété à ce que vous avez il y a longtemps, plusieurs générations depuis 1822, eu comme espérance : faire vivre un territoire. Pour faire vivre un territoire, il faut penser mondial. Cest cela qui crée la présence du président de la République, ici, dans votre commune.
La France sait parfois pas toujours être en avance. Elle le doit à des entreprises qui ont fait le choix de laudace : laudace industrielle, laudace de linnovation, laudace sociale £ être capable de mobiliser les cadres, les salariés, de convaincre les partenaires sociaux, les syndicats dun certain nombre de changements, de compromis pour préparer lavenir.
Vous, vous avez eu une audace qui a été de croire avant les autres à lavenir du véhicule électrique quand beaucoup considéraient ce choix, cet investissement comme une chimère. Je me souviens dune conversation que nous avions eue, il y a plusieurs années. Vous parliez déjà de la voiture électrique. Mais tout le monde en parlait. Vous, vous aviez lidée davoir une batterie différente des autres. Vous avez réussi.
Laudace sest alliée ici à la fidélité. Lentreprise Bolloré a été fondée en 1822. Cest devenu un groupe mondial et diversifié. Sil ny avait pas eu cette diversification dans de nombreuses activités, il ny aurait pas eu la capacité dinvestissement, ici, sur ce site. Laudace, cela a été non seulement de créer des emplois en France nous en avons ici lillustration : 11 000 salariés dans notre pays mais aussi dêtre présents dans tous les pays du monde. 150 pays ! Vous les réunissez. Vous avez quasiment lAssemblée générale des Nations Unies.
Vous avez donc compris quil fallait être présent partout pour être plus fort, ici, sur la base territoriale française. Vous avez également compris quil ny a pas davenir sans investissement. Vous avez même eu cette phrase, à linstant : on commence par créer une usine et, après, on verra exactement ce quon mettra dedans. Si tous les industriels avaient ce réflexe, nous serions en forte croissance en ce moment ! Mais, en même temps, je sais que lorsque vous bâtissez une usine, vous avez déjà un temps davance.
Ici, vous préparez, sans le savoir forcément, une nouvelle révolution industrielle. Cette révolution a un nom, cest le stockage de lénergie, cest-à-dire transformer lintermittence de la production en permanence de la consommation. Cest ce que jai compris de lexposé de Vincent BOLLORE tout au long de cet après-midi ! La batterie, cest linstrument qui permet que les énergies renouvelables qui sont produites puissent être gardées, préservées, stockées pour être utilisées au moment où le consommateur en a besoin, où lusager en fait la demande.
La force, cest davoir une batterie comme la vôtre, cest-à-dire une batterie qui équipera non seulement les voitures mais aussi les transports en commun £ qui peut être couplée à des panneaux solaires, à des éoliennes £ qui sera capable dalimenter en énergie les bâtiments que vous mavez présentés. Autrefois, on appelait cela des groupes électrogènes. Finis les groupes électrogènes ! Pouvoir fonctionner sans réseau électrique, cest une force considérable. Votre batterie est également capable dassurer une autonomie de 250km, cest-à-dire une distance qui, pour un véhicule, ouvre une nouvelle étape du développement de la voiture électrique.
Lavenir de la voiture électrique est ici. Vous avez remporté le premier appel doffres au monde sur ce sujet. Cétait à Paris et cest Autolib. Cest vrai que Bertrand DELANOE a eu la même audace que vous. Il fallait y croire. Croire quil était possible de mettre des véhicules à la disposition des Parisiens ou des touristes. Peu y croyaient. Comment ces véhicules allaient pouvoir être empruntés ? Est-ce quils nallaient pas être volés ? Comment allait-on pouvoir retrouver les utilisateurs ? Vous navez donc pas simplement mis en service un véhicule, vous avez organisé une activité.
Ce qui vous a permis davoir la confiance, non seulement de Paris, mais des 54 communes de la métropole. Vous avez convaincu Quimper mais pas encore complètement Jai limpression que la Chambre de commerce la été plus que la Ville Mais vous avez pu convaincre Bordeaux et Lyon qui ont adopté votre technologie.
Et puis, suprême fierté, vous êtes présents dans six pays européens et en Amérique. Je salue, ici, le maire dIndianapolis. Pour nous, Indianapolis, cest la voiture. Savoir donc quà Indianapolis, cest la voiture électrique Quand on les verra passer, à 250km/h, on se dira quil y aura eu encore un progrès technologique ! Vous êtes également présents en Asie.
Pour résumer, le développement des véhicules électriques est une priorité pour la France. Pour des raisons que jévoquais, de consommation dénergie, pour lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi pour une raison industrielle, nous pouvons être leaders. Nous le sommes déjà dune certaine façon, grâce à vous. Et pourquoi sommes-nous bien placés pour être leader ?
Nous avons une électricité plutôt bon marché en France, même si les usagers nen ont pas forcément conscience. Nous avons une électricité décarbonée que nous devons aux énergies hydrauliques et aussi au nucléaire. Nous disposons de fabricants automobiles à taille mondiale, qui peuvent avoir des difficultés, mais qui sont en train de les surmonter, Peugeot comme Renault. Et puis, nous avons des leaders industriels dans le domaine de la chimie et dans le matériel électrique.
Quest-ce que doit faire lEtat ? Quelle est la responsabilité du gouvernement ? Quelle est la mienne ? Mettre tout pour que vous puissiez développer votre technologie dans les meilleures conditions. Cela veut dire quoi ? Envoyer dabord un signal aux consommateurs grâce au bonus/malus. La voiture électrique doit bénéficier du plus haut bonus. Deuxièmement, que lEtat et les collectivités locales dans la commande publique et les achats de véhicules puissent réserver 25% de ces commandes aux véhicules électriques. Et pour les véhicules à usage urbain, la totalité.
Mais nous avons aussi besoin dune politique de bornes de recharge. Cela sera un plan industriel que lEtat va lancer et que vous avez déjà anticipé. Si nous arrivons, grâce à linitiative privée, grâce aux collectivités locales, à mettre des bornes partout, cela voudra dire que dans à peine un an et demi, dès 2015 chaque utilisateur, où quil soit aura la capacité de recharger sa voiture à son domicile, ou sur son lieu de travail, ou dans les villes où il peut se rendre. Cela change, à ce moment-là, tout lusage de la voiture électrique.
Enfin, comment lEtat peut faire pour vous aider ? Continuer avec le crédit impôt-recherche et avec tous les soutiens que lon pourra vous apporter à travailler sur la puissance des batteries. Cest ce que vous faîtes ici. Plus vos batteries auront une capacité de stockage, plus vous serez forts dans la compétition, et plus la France sera avancée sur le plan de sa maîtrise de la consommation dénergies. Cest le plan que nous avons fait adopter avec Arnaud MONTEBOURG pour que vous puissiez être directement soutenus.
Ce qui se joue donc ici, cest lavenir de lindustrie automobile. Belle industrie, qui hélas a perdu 30% de ses emplois en 10 ans £ qui nassure pas encore léquilibre de la balance commerciale. Le véhicule électrique, le véhicule hybride, le véhicule qui ne consommera, à lhorizon 2018, que 2 litres aux cent, voilà donc ce que la France doit être capable de faire.
Nous pouvons être les premiers sur ces créneaux et dans ces domaines. Cest pourquoi je me félicite de laccord que vous avez pu trouver vous, Vincent BOLLORE, avec Renault et je crois, bientôt, avec dautres pour permettre cette coopération. La filière doit sorganiser de manière à ce que la production puisse être localisée autant quil est possible en France. Ce que vous avez, bien sûr, voulu.
Mais il y a une autre révolution qui se joue. Pas simplement le véhicule électrique en tant quobjet, mais également le véhicule électrique en tant que service, en tant quusage. Jusquà aujourdhui et cela ne changera pas profondément lautomobile, cest un bien personnel. On veut avoir sa voiture. Pour certains, cest même un critère de statut dans la société, une belle voiture ou une voiture rapide encore que cela ait des inconvénients
La voiture restera ce produit qui est très attaché à la propriété. Mais il y a maintenant un autre enjeu, cest lusage de la voiture ce nest plus la voiture que lon possède, cest la voiture que lon utilise, quelque fois pour une journée, peut-être pour moins longtemps cest de passer dune logique de propriété à une logique de partage.
Vous ne saviez pas que vous étiez en train de faire le socialisme, Vincent BOLLORE ! Mais le socialisme a besoin du capitalisme pour y parvenir ! Cest-à-dire darriver à avoir des objets que nous pouvons utiliser, juste un moment, parce que nous en avons besoin. Ce qui nempêchera pas de garder des biens personnels. Voilà pourquoi, vous êtes dans cette révolution : révolution des produits, révolution des technologies, révolution des usages.
Je termine. Je rends visite, ici en Bretagne, à une grande entreprise. Pas simplement une grande entreprise bretonne, même si les élus le rappellent : nous sommes en Bretagne £ mais une grande entreprise française. Nous avons besoin de grandes entreprises françaises et de grandes entreprises familiales. Dans la mondialisation, nous avons besoin de stabilité, nous avons besoin dindépendance.
Si le groupe BOLLORE groupe mondial navait pas eu une structure familiale : premièrement, il ne serait pas resté en Bretagne £ deuxièmement, il naurait pas eu le développement qui est le sien dans lautomobile £ et troisièmement, il naurait pas créé tant demplois. La réussite de cette entreprise, au-delà du talent de ses dirigeants, cest davoir compris que nous avions besoin de garder une structure de capitaux qui reste dans la famille.
Vous êtes très fiers, et je vous comprends, de dire que vous êtes la 7ème génération. La 8ème est parmi nous et bientôt la musique laccompagnera ! Cest parce quil y a eu cette continuité et en même temps ces changements chaque génération a inventé et quil y a eu cette indépendance que vous, les salariés, vous avez été plus nombreux à être dans ce groupe.
Dans votre projet, Vincent BOLLORE, il y a de la persévérance. Il en faut toujours, où que lon soit, dans une entreprise, à la tête dune collectivité locale ou au sommet de lEtat. Il faut savoir où lon va, il faut tenir quelles que soient les circonstances, surtout si lon vous dit que vous ny arriverez pas. Ce que lon vous prétendait sur les batteries : « vous ne pouvez pas, vous êtes trop petits, vous naurez pas tous les outils de la recherche, quest-ce que vous pouvez faire contre les plus grands ? » Et cest vous qui gagnez !
Il faut de la persévérance, pour investir ici, pour investir demain. Dans votre projet, il y a aussi de lexcellence : excellence environnementale, excellence industrielle, jallais dire excellence salariale. Dans votre projet, il y a enfin de lespérance parce que vous créez, ici, la France de demain. Elle se dessine aujourdhui, en Cornouaille, en Bretagne, chez vous et donc chez nous. Merci.

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