Publié le 15 juillet 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'intervention militaire française au Mali, à Paris le 15 juillet 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'intervention militaire française au Mali, à Paris le 15 juillet 2013.

15 juillet 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président de la République,
Messieurs les ministres,
Monsieur lAmbassadeur,
Mesdames et messieurs,
Cest un grand honneur de recevoir la plus haute distinction de la République du Mali, ici, dans son Ambassade à Paris.
Cest la première fois quun chef de lEtat français est reçu, ici, et jen mesure lhommage et limportance.
Cest aussi un honneur que de recevoir cette plus haute distinction de vos mains. De tes mains, Dioncounda. Parce que si le Mali est aujourdhui libéré du terrorisme, si le Mali se prépare à vivre une étape de sa vie dans la démocratie, si le Mali a retrouvé stabilité, sécurité et honneur, cest parce que toi, dans ta responsabilité de Président par intérim, tu as fait le choix, le choix de lhonneur, le choix du courage et le choix de la responsabilité.
Nous nous connaissons depuis longtemps, tu avais même eu cette délicatesse de venir lors de mon investiture, avant daccéder à la Présidence de la République.
Lorsque jai été élu par les Français, le Mali était dans sa partie Nord, occupé. Un coup dEtat avait également eu lieu, mettant en cause la préparation délections et lordre constitutionnel.
Tu avais été désigné à la Présidence par intérim dans ces circonstances. Donc, nos sorts étaient déjà liés en Mai 2012.
Le Mali traversait un drame et la France rencontrait un problème. Car quand le Mali est touché par le terrorisme, la France ne peut pas considérer quelle est extérieure, quelle est indemne de cette blessure.
Alors, nous avons cheminé ensemble. Jai vu les épreuves que tu as personnellement traversées. Je me souviens encore de ce moment très grave où tu fus obligé de venir ici en France pour te faire soigner, après une terrible agression. Tu as tenu bon, tu tes rétabli et tu as eu le courage de revenir là où tu avais été blessé dans ta chair à Bamako, pour donner espoir au peuple malien.
Je me souviens de toutes ces discussions qui ont eu lieu les mois suivants, y compris à lAssemblée générale des Nations Unies, où javais provoqué une réunion exceptionnelle de tous les amis du Mali, pour envisager une possible intervention sous légide des Nations Unies.
Nous étions en septembre 2012 et pendant ce temps-là, les terroristes continuaient leur installation, leur organisation, leur barbarie sévissait avec ses amputations, avec ses profanations, avec ces hommes et ces femmes maliens obligés de quitter le territoire de peur dêtre agressés.
La communauté internationale nous donnait son appui. Mais nous ne savions pas quand nous pourrions organiser cette intervention. Le scepticisme était grand, il lest toujours. Il y a tant de commentaires qui nous disaient quil serait impossible de mener à bien cette opération, que cétait trop difficile, quil y avait trop de risques, que les Maliens nétaient pas eux-mêmes décidés, que les Africains nétaient pas préparés. Nous savions tout cela. Et nous avons fait en sorte de nous préparer.
Il sest trouvé quau début de lannée 2013, les terroristes, qui jusque-là avaient organisé loccupation du Nord-Mali, ont projeté de mettre lensemble du Mali sous leur coupe et leur domination. Peu y croyaient, là encore le scepticisme était grand.
Je me souviens de cet appel téléphonique, où nous avions, le président TRAORE et moi-même, échangé sur la situation en envisageant le pire, et le pire est venu ! Et cest là que je fus conduit à prendre la décision, le 11 janvier, de faire intervenir les forces françaises au Mali, à la demande du président TRAORE, avec lappui des Africains et sous légide des Nations Unies qui ont donné la légalité à cette opération.
Terrible décision, où il faut pour un président de la République, non seulement engager des forces, mais prendre le risque que des soldats puissent être tués et dautres blessés.
Il y avait, entre nous, un pacte qui était celui de lamitié, de la solidarité. Les Français ont appuyé cette intervention.
Après que nos soldats soient intervenus avec les forces maliennes, tout est allé très vite. Quavait-on dit, là aussi, à ce moment-là ? Que les terroristes résisteraient, que les terroristes tiendraient bon, que les terroristes créeraient une situation dinstabilité dans la région du Nord-Mali. Conjuguant là-encore nos actions, menant une opération, la conduisant jusquà son terme, nous avons, vous avez remporté une victoire, une grande victoire pour vous-mêmes, pour lAfrique et aussi pour la communauté internationale.
Cest pourquoi hier, cétait un beau symbole, pour ce 14 juillet, que davoir les forces maliennes qui ouvraient le défilé avec 13 délégations africaines, avec la présence du Secrétaire général des Nations Unies et des Français qui participaient à cette cérémonie de victoire, de victoire pour la paix.
Il y a encore le doute : est-ce que nous pourrions stabiliser le Nord Mali, le sécuriser sans prendre le risque dêtre embourbés, dêtre enlisés ? Il y a toujours des grincheux. Cest une espèce présente dans tous les continents, sous toutes les latitudes. Ceux qui ny croient jamais. Ceux qui regardent ce qui peut se passer de moins bien pour éviter de regarder ce qui pourrait arriver de mieux. Nous avons conjuré aussi ces mauvais esprits.
Aujourdhui, des élections se préparent. Ce nest pas simple dorganiser un scrutin électoral, nulle part. Il y a toujours des règles à faire respecter, des électeurs à inscrire. Vous auriez pu décider de reporter de quelques mois et puis ensuite - nous connaissons dailleurs un certain nombre de précédents - de quelques années parce que rien nest jamais prêt.
Vous avez décidé de tenir les élections à leur date avec une participation qui sera sans doute significative, substantielle et avec 28 candidats. Personne ne pourra dire quil na pas pu participer pleinement au scrutin. Il y avait ce risque aussi, ce doute, que dans une partie du territoire malien, il puisse y avoir une difficulté supplémentaire pour organiser lélection. Grâce, là aussi, à lintervention qui a été la vôtre, à lesprit de responsabilité, au soutien de M. Blaise COMPAORE à Ouagadougou, il y a eu cet accord et à Kidal même, les soldats maliens sont avec dailleurs les soldats français présents, avec ladministration pour assurer la régularité du scrutin.
Voilà ce qui a été fait en à peine quelques mois. Qui aurait pu imaginer au début du mois de janvier dans la situation, où était le Mali, que nous en serions là aujourdhui.
Toute ma reconnaissance va aux autorités maliennes, à toi Dioncounda, qui a en plus pris depuis le départ la décision de ne pas être toi-même candidat dans cette élection comme pour mieux assurer son impartialité et la garantie de son succès.
Permettez que je rende hommage aux soldats français qui ont magnifiquement défendu non seulement le drapeau français, mais le drapeau malien, le drapeau des Nations Unies et assuré par leur sacrifice une victoire contre le terrorisme. Six sont morts, dautres blessés, parfois très gravement, ils étaient là présents lors du défilé. Ils voulaient regarder aussi leur victoire et ta présence dans cette tribune et les armées maliennes défilant avec les armées françaises.
Je pense aussi à nos otages. Jy pensais dès le premier jour lorsque la décision fut prise dintervenir après tout ce que nous avions tenté avant, pour les faire libérer. Je ferai tout pour que nous puissions les retrouver et les faire revenir auprès de leurs familles. Il y a encore aujourdhui une probabilité très forte quun de ces otages soit mort. Nous avions retrouvé une dépouille, il y a dix jours, au Nord Mali.
Nous faisons tout pour avoir la confirmation que ce pourrait être, hélas, le corps de Philippe VERDON. Nous analyserions à ce moment-là, les causes de la mort et rien ne sera impuni. Mais, jai comme responsabilité de faire revenir ces otages.
Voilà ce que je voulais dire au moment où je reçois cette haute distinction, fierté dêtre ainsi reconnu par le peuple malien au-delà de ces dirigeants, fierté de pouvoir porter cette décoration, fierté davoir pu rendre un service éminent à un pays ami.
Cette acte fut, en effet, celui de lamitié, fut aussi celui de la responsabilité, ne pas laisser un espace aux terroristes, fut aussi celui de la solidarité à légard dun peuple, celui du Mali, à légard de lAfrique de lOuest où la France doit assurer le développement de ce continent africain.
Mais ce fut aussi un acte de réparation car je noublie rien, je lavais dit à Bamako, du sacrifice de ces soldats dorigine malienne dans les deux guerres du dernier siècle. Il était donc légitime que le peuple français, que les soldats français viennent aussi libérer le Mali.
Merci pour cet honneur, merci pour ta présence une nouvelle fois à Paris et sachez bien que le peuple malien et le peuple français par cette distinction, par la récompense et leffort de nos soldats, sont indissolublement liés.
Vive la France,
Vive le Mali,
Vive lamitié entre la France et le Mali.

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