Publié le 5 juin 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la république, sur l'intervention militaire française au Mali, à Paris le 5 juin 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la république, sur l'intervention militaire française au Mali, à Paris le 5 juin 2013.

5 juin 2013 - Seul le prononcé fait foi

Télécharger Déclaration de M. François Hollande, Président de la république, sur l'intervention militaire française au Mali, à Paris le 5 juin 2013. - PDF 419 Ko
Cest avec une immense fierté que je reçois aujourdhui le prix prestigieux portant le nom dHouphouët-Boigny. Un homme, porteur de valeurs universelles, qui était le premier président de la République de Côte dIvoire et avait servi, pendant un temps, la République Française.
Il fût même, si je peux faire moi aussi uvre dhistorien, membre du même groupe parlementaire, sous la IVème République, que François MITTERRAND.
Je reçois ce prix des mains de Mario SOARES, un ami, mais surtout un homme qui a consacré sa vie à la démocratie et à la décolonisation.
Je suis devant mes collègues, Chefs dEtats et Chefs de Gouvernement africains, qui mont accompagné dans la décision qui me permet aujourdhui dêtre lauréat de ce prix. Ils y sont donc associés.
Je salue le Jury, son président, je lai fait, son Secrétaire général, ses membres, son parrain, son protecteur, et je félicite le président Abdou DIOUF, qui est capable de parler de Jaurès en wolof.
Je vous salue, Mesdames et Messieurs les ambassadrices et ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, qui me faites le plaisir de maccompagner dans cette cérémonie, qui est pleine de reconnaissance, pleine de gratitude et en même temps pleine démotion.
Je le fais ici, dans un cadre qui est symbolique.
Madame la Directrice, nous sommes à lUNESCO.
LUNESCO, cette grande organisation qui porte des valeurs de culture, de dialogue, de compréhension et de paix.
Je salue laction que vous menez à la tête de cette grande organisation, qui lorsquelle pratique le multilinguisme, cher au monde francophone, est fidèle à sa mission.
Lorsque lUNESCO met lémancipation des femmes au cur de léducation, elle est exemplaire.
Lorsquelle place la culture au cur de son projet, elle est visionnaire.
Lorsquelle défend partout le pluralisme, laccès à linformation, lUNESCO est libératrice.
Alors, il est vrai que, recevoir le prix Houphouët-Boigny, ici, à lUNESCO, prend une portée particulière.
Il peut paraître paradoxal de recevoir une récompense pour la recherche de la paix après avoir porté la responsabilité dune guerre.
Mais la décision que jai prise au nom de la France, le 11 janvier, navait pas dautre but que de mettre fin à une agression. La pire qui soit. Celle qui voulait par la terreur soumettre un pays ami.
Face à la haine, cest la faiblesse qui aurait été coupable et cest la force qui était légitime. Tout retard aurait été désastreux. Toute hésitation aurait été tragique. Toute inertie aurait été fatale.
Il est effectivement des moments dans la vie dun Chef dEtat, où il sagit, non pas de prendre la bonne décision, nous lavions déjà prise, les uns et les autres, depuis longtemps. Mais de la prendre au bon moment, et de faire en sorte quà linstant où elle est effectivement actée, elle puisse être pratiquement mise en uvre.
La France est donc intervenue avec ses forces armées.
La CEDEAO, M. le Président OUATTARA, la accompagnée, je vous en remercie. LUnion africaine, cher Thomas Boni YAYI, la soutenue, lUnion européenne la appuyée, et enfin les Nations Unies lui ont donné son cadre, sa légalité, sans laquelle la France ne serait pas venue au Mali.
Cela a été dit avant moi : la France na pas seulement arrêté les terroristes avant quils narrivent à Bamako -car ils étaient sur le chemin-, elle a prévenu une opération qui visait à soumettre tout le Sahel et à faire en sorte que chaque pays de lAfrique de lOuest ait à craindre pour sa souveraineté, pour sa liberté, pour son indépendance.
Cest pourquoi lappel des autorités maliennes, était un geste salvateur.
LHistoire retiendra, cher Dioncounda TRAORE, que cest vous qui, par votre acte courageux de faire appel à la France, avez permis la survie de votre pays et la stabilité de lAfrique de lOuest.
Car je veux restituer aussi les choses telles quelles se sont passées. La France était prête. La France avait décidé. Mais elle ne serait pas venue au Mali si elle navait pas été appelée par le président légitime de ce pays. Elle ne serait pas venue non plus seule £ cest parce que les Maliens eux-mêmes, les Africains qui lont soutenue, voulaient faire cette reconquête de la souveraineté du Mali, que nous sommes venus à lheure dite à vos côtés.
Ce nest pas la France qui a libéré le Mali, ce sont les Africains qui eux-mêmes se sont libérés du terrorisme et de la servitude.
Cette guerre de libération nous a réunis, Français et Africains. Elle est lexact contraire dune guerre de civilisation car cétait une bataille pour la dignité humaine, pour la démocratie, pour le respect. Notamment le respect des religions et de la religion musulmane.
A Tombouctou, les mausolées des saints étaient réduits à létat de poussière, des manuscrits étaient brûlés.
En chassant les terroristes, nous avons préservé un symbole de lIslam, de culture, de tolérance et déchanges.
Cest aussi le symbole que je voudrais donner à cette intervention. Car lIslam est une religion de paix, et ceux qui sen réclament pour faire la terreur ne sont pas tel que je le conçois des hommes qui peuvent porter des valeurs universelles, celle que les religions heureusement ont à cur de défendre.
La France a été au service de lémancipation. Le fait que lUnion Africaine, dont la vocation première était en 1963 de lutter contre le colonialisme, à Addis-Abeba, ait salué notre décision, est un beau symbole de la reconnaissance de lintervention de la France.
Je lai dit à Bamako, dans la foule qui se pressait autour de nous avec le président malien : cest une dette que mon pays avait à acquitter à légard de lAfrique. Parce que la France ne pouvait pas oublier la participation des soldats dAfrique à nos côtés lors des deux dernières guerres mondiales. Non, la France ne pouvait pas oublier les dizaines de milliers dAfricains qui ont laissé leurs vies sur les champs de bataille pour la liberté de la France, pour les libertés de lEurope.
Les survivants du second conflit mondial il y en a encore ont été parfois bien mal récompensés, souvent discriminés dans la perception de leurs pensions. Et bien la moindre des choses, cétait de leur porter secours au moment où ils faisaient appel à nous.
Au lendemain de la première guerre mondiale, un monument en mémoire à ces soldats dAfrique avait été érigé, en 1924, à Reims. Ce sont les nazis qui lont démonté en 1940.
Une deuxième statue identique à la première avait été érigée elle aussi à Bamako, sur la place de la liberté. Aujourdhui la ville de Reims et je rends hommage à son maire Adeline Hazan pour lancer les commémorations de la première guerre mondiale, a décidé de reconstruire un monument comparable à celui qui avait été détruit et à celui qui est resté à Bamako.
Cest une belle initiative qui me permet dinviter toute lAfrique, tous les chefs dEtats africains, à la célébration de la guerre de 1914 pour que plus rien ne soit oublié et que nous puissions encore servir la paix.
Lintervention de la France a permis de faire cesser un ordre brutal, inhumain.
Je pense dabord aux femmes victimes de viols, dagressions sexuelles, soumises à des privations de liberté. Cest pour les femmes que la France est intervenue.
Je pense aux enfants, aux adolescents, hélas certains enrôlés de force dans les groupes terroristes, et qui ont été victimes ces enfants là de la guerre. Cest pour les enfants dAfrique que la France est intervenue.
Je pense aux Maliens amputés, châtiés sans jugement. Cest pour la justice que la France est intervenue.
Je pense aussi à ces interdictions découter de la musique, même de jouer au football ! Je pense à ces mesures vexatoires, humiliantes, qui démontrent la nature totalitaire des groupes qui voulaient imposer un mode de vie Non, ce nétait déjà plus la vie.
Ce sont ces brutalités qui ont fait fuir près dun tiers de la population du Nord du Mali. 400.000 personnes qui sont parties sur les routes. Je veux ici remercier les pays voisins et leurs Chefs dEtats pour avoir accueilli ces réfugiés, pour les avoir nourris et pour leur avoir permis dattendre de longs mois avant de pouvoir enfin revenir dans leur pays.
Il fallait mettre fin à ce désastre, mais avec un souci qui ne nous a pas quitté depuis le 11 janvier : ne pas ajouter un drame à un autre, ne pas frapper les populations civiles, rester dignes, servir le droit. Nous y sommes parvenus.
De même, les insurgés, les terroristes que nous avons pu faire prisonniers, ont été remis aux autorités maliennes, font lobjet dun suivi par la Croix Rouge, car Mesdames et Messieurs, on ne combat pas les terroristes en adoptant leurs méthodes mais en les privant de toute justification de leurs dérives.
Les sanctions, et il y en aura, qui frapperont ceux qui se sont rendus coupables dexactions et de crimes dans le nord du Mali, ces sanctions seront judiciaires. La justice ne sera pas celle des vainqueurs, mais celle qui, impartiale, punira les coupables et relaxera les innocents. Cest le sens aussi du combat que nous avons livré.
Mais il nest pas fini. Même si le Mali a retrouvé son intégrité, sa souveraineté, sa stabilité, il y a encore beaucoup à faire, au Mali, et au-delà. Cest une grande partie de lAfrique qui est aujourdhui menacée. Et donc lenjeu, celui que nous avons porté ensemble au cours de cette journée, cest de tout faire pour renforcer les capacités des pays africains pour quils puissent assurer eux-mêmes leur sécurité.
Je lavais dit à Dakar, dans un discours que javais prononcé devant le Parlement. Ce sont les Africains qui doivent assurer leur sécurité, et eux seuls. Mais le rôle de la France, le rôle de lEurope, cest de leur donner tous les moyens : formation, encadrement, équipement, pour leur donner la possibilité dassurer cette mission. Qui nest pas une mission simplement pour lAfrique, qui est une mission pour la paix et la stabilité du monde.
Nous avons aussi un autre défi à relever, reconstruire le Mali. Ce fut lobjet, et jen remercie ceux qui y ont contribué, de la conférence du 15 mai à Bruxelles. Plus de trois milliards deuros ont été promis pour financer un plan de renouveau sur deux ans. Il reviendra aux autorités maliennes de le mettre en uvre, de faire que chaque euro puisse aller vers celles et ceux qui en ont le plus besoin, que les collectivités locales maliennes puissent être impliquées dans cette reconstruction, que cette aide permette de favoriser le dialogue et donc la paix et dassurer le développement.
La paix, il nous faut aussi la gagner. Elle passe par la démocratie.
Le président Dioncounda TRAORE a eu, une nouvelle fois, le courage de confirmer que les élections se tiendraient, se tiendront donc, à la date prévue.
Quand je dis à la date prévue, cela veut dire dans tout le Mali, dans toutes les villes du Mali, et donc à Kidal, comme partout au Mali. Et le processus qui est en cours doit permettre daccompagner ladministration civile malienne, à Kidal comme dans tout le nord du Mali.
Aucun groupe armé ne peut rester armé au Mali. Les élections se tiendront donc à la fin du mois de juillet. Et je serais heureux, ainsi que les chefs dEtat qui sont ici rassemblés, et beaucoup dautres, dêtre présent pour linvestiture du nouveau président du Mali.
Au moment où je mexprime, la situation au Sahel reste préoccupante, fragile. Lintervention de 2011 en Libye, qui na pas été menée jusqu'à son terme, a conduit à lintervention de groupes multiples, à la dispersion darmes et de mercenaires.
Les terroristes se cachent donc dans toute la région et frappent aujourdhui le Niger. Et je salue ici le premier ministre du Niger, et avec une pensée particulière pour le président ISSOUFOU. Mais peut-être se dirigeront-ils, ces mêmes terroristes, ailleurs en Afrique.
Alors cest votre devoir, Mesdames et Messieurs, de faire en sorte que nous puissions être en solidarité par rapport au Sahel. De lui apporter laide pour son développement, de faire en sorte que sa population ait confiance, que les jeunes puissent trouver un espoir pour leur vie. Et en même temps, que nous puissions assurer la sécurité.
Et cest la raison pour laquelle, à la fin de lannée, jai convié les chefs dEtat africains à venir à Paris, pour que nous puissions mettre en place, avec eux, cette force dintervention, qui pourrait agir là où elle sera nécessaire.
Mesdames et Messieurs, en février dernier, jétais à Tombouctou et à Bamako. Jy ai reçu un accueil de la part du peuple malien que je noublierai pas. Je revois la joie de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants qui nous remerciaient.
Et notamment des femmes. Et cest pourquoi jai décidé de remettre la moitié du prix Houphouët-Boigny à la branche malienne du réseau « Paix et sécurité des femmes de lespace de la CEDEAO ». Lautre moitié, sera versée à lassociation française « Solidarité défense », qui soccupe des blessés de guerre et des familles de soldats français décédés.
Jai, en cet instant, une pensée pour nos militaires morts pour la liberté du Mali. Vous avez cité leurs noms, je vous en suis reconnaissant. Le premier de ces soldats qui donna sa vie pour le Mali, cétait Damien BOITEUX. Cétait dans les heures, je dis bien les heures, qui ont suivi la décision que javais prise de faire intervenir nos forces avec les armées maliennes. Il fut donc le premier, dans un hélicoptère, à prendre, avec dautres, mais lui plus particulièrement, la responsabilité de casser la colonne terroriste et de faire en sorte quelle ne puisse plus nuire, et quil y ait ce message clair, à ces groupes qui voulaient envahir le Mali, quils ne pouvaient plus avancer.
Il a donné sa vie pour cette cause-là. Et je sais que des enfants maliens portent son nom aujourdhui, Damien BOITEUX. Un jour, dans plusieurs années, sil mest donné de rencontrer un enfant qui porte le nom de Damien BOITEUX, je le serrerai contre mon cur en pensant à celui qui est mort pour le Mali, aux soldats qui ont donné le sacrifice de leurs existences, et je penserai, en layant contre moi, au Mali et à cette indéfectible amitié entre la France et le Mali.
Car le prix qui mest remis aujourdhui, et une nouvelle fois, me tournant vers le jury, je vous en exprime ma gratitude, cest un prix qui honore la France toute entière. La France des droits de lHomme. La France des valeurs universelles. La France des libertés. La France de la solidarité avec lAfrique. Merci, pour la France. Merci, pour le Mali. Merci, pour la paix. Merci, pour lAfrique. Voilà, ce prix est un symbole, le symbole de peuples qui savent quau-delà de leurs intérêts, il y a, tout simplement, les valeurs qui nous unissent.

Sur le même thème

Voir tous les articles et dossiers