Publié le 16 mai 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la politique du gouvernement, à Paris le 16 mai 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les défis et priorités de la politique du gouvernement, à Paris le 16 mai 2013.

16 mai 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames, Messieurs les membres du gouvernement,
Mesdames, Messieurs les journalistes,
Je vous avais donné rendez-vous tous les six mois £ je suis donc à lheure pour la deuxième rencontre. Cette conférence de presse me permettra de revenir sur ce que nous avons fait, depuis un an, mais surtout de tracer les prochaines étapes de mon action.
Hier, jétais à Bruxelles. Je présidais la conférence des donateurs pour le Mali. Lintervention de la France y a été saluée, reconnue. Le mérite en revient à nos soldats et je veux leur rendre hommage en cet instant. Six sont morts. Ils ont fait bien plus que libérer un pays de la servitude et du terrorisme. Ils ont fait aimer la France dans toute lAfrique et illustrer le rôle qui est le nôtre, celui dune grande nation : pouvoir peser sur léquilibre du monde.
Hier, jétais à Bruxelles parce que je voulais partager avec la Commission européenne, réunie au grand complet cétait la première fois depuis 1997 quun président de la République française rencontrait le Collège des commissaires. Cétait donc un évènement pour eux, mais aussi pour la France. Parce que je voulais leur faire partager ma conception de lEurope.
Je me suis exprimé au nom dun Etat qui a démontré sa crédibilité budgétaire, dun pays qui a amorcé le redressement de sa compétitivité et qui a entrepris, par la négociation, la réforme du marché du travail. Cest cet effort que je veux saluer : celui du gouvernement de Jean-Marc AYRAULT, celui de tous les Français. Il a permis dobtenir du temps deux ans pour atteindre notre objectif qui est de réduire le déficit public, confirmant ainsi le bien-fondé de la démarche que jai engagée depuis mon élection pour faire bouger les lignes en Europe.
Les lignes ont bougé depuis un an. Quand je regarde ce qui sest produit : la zone euro a été stabilisée, des instruments de solidarité ont été introduits, lUnion bancaire a été définie. Il y a eu aussi une nouvelle doctrine de la Banque centrale européenne. La Grèce que lon pensait, à un moment, menacée de ne plus pouvoir figurer dans la zone euro, a été sauvée comme dautres pays. Les taux dintérêt, qui paraissaient pour certains pays insupportables, ont baissé. Je ne parle pas du nôtre qui est à son plus bas historique : jamais lEtat navait emprunté avec un coût de largent aussi faible.
Ce résultat, que je revendique, na été possible que parce que la France a su jouer le rôle de trait dunion entre lEurope du Nord et lEurope du Sud, dans le cadre de lindispensable je dis bien indispensable couple franco-allemand, sans lequel lEurope ne peut pas avancer.
Mais aujourdhui, ce qui frappe lEurope, ce nest plus la crise financière. Je le redis ici : elle est derrière nous. Cela ne veut pas dire quil ny ait plus de menaces, mais les causes ont été régulées et jugulées. Ce qui frappe lEurope, ce nest pas la crise financière, cest la récession : récession provoquée par des politiques daustérité £ récession qui touche tous les pays de la zone euro certains moins que dautres, mais je pourrais faire des comparaisons, y compris avec lAllemagne, pour ces six derniers mois £ récession qui menace jusquà lidentité même de lEurope, jusquà la confiance des peuples en leur destin.
La Commission européenne a commencé à comprendre les risques et les menaces. Elle a décidé dajuster, dadapter le rythme de la consolidation budgétaire à la conjoncture. Cest un bon signal. Mais, pour moi, ce délai deux ans pour la France ce nest pas un répit, cest un rebond, cest une opportunité pour une reprise plus rapide en France et en Europe. Car lenjeu, je le répète, cest la croissance, cest la sortie de la crise, cest la fin de la récession.
Notre économie est à larrêt depuis 5 ans. Pas depuis 6 mois, pas depuis 1 an : depuis 2008. Avec plus dun million deux cent mille demandeurs demploi de plus, je sais que cette situation entraîne des difficultés pour bon nombre de mes compatriotes, de ceux qui mont accordé leur confiance, de ceux qui espèrent un avenir meilleur pour eux, pour leurs enfants. Je sais ce que beaucoup éprouvent comme inquiétude, même quand ils ont un emploi, et comme détresse quand ils nen ont plus, au point je le disais de douter deux-mêmes et surtout de leurs gouvernants ce qui est une menace pour la démocratie.
Bien sûr, jaurais pu vous dire que nous nen serions pas là, si nos prédécesseurs avaient fait des choix courageux, notamment sur le plan de la compétitivité, ces dix dernières années. On me le fait sentir dailleurs quand je vais à létranger ! Bien sûr, je pourrais vous dire que cela va plus mal ailleurs. Et alors ? Je ne cherche aucune défausse, ni sur le passé, ni sur lextérieur.
Cest la raison pour laquelle Jean-Marc AYRAULT et son gouvernement ont dû engager des réformes essentielles pour le pays. La première, cétait tout simplement le sérieux budgétaire. Cela va de soi, et pourtant ! Que sest-il passé ces dernières années ? Que de dérèglements, de dérives, de déséquilibres, de dettes ! Donc, le sérieux. Comment cela se prouve le sérieux ? Par un indicateur, le niveau de la dépense publique. Quand je regarde ce qua été la dépense publique de lEtat en 2012, elle a été légèrement inférieure à celle qui était prévue £ en 2013, la dépense publique de lEtat sera stable £ et en 2014, elle reculera dun milliard et demi.
Et on viendrait nous dire que nous naurions pas fait déconomies ? Mais nous navons fait pas que cela, mais aussi cela ! Cela ne nous a pas dispensés, hélas, daugmenter les prélèvements. Est-ce que vous pensez que cest simple, facile, agréable de solliciter, une fois élu, la contribution des Français ? Javais pourtant prévenu, parce que ce sérieux budgétaire était indispensable pour la crédibilité £ laquelle crédibilité me permettait, en Europe, de parler de la voix qui convenait pour réorienter son cours et sa direction. Ce que nous avons fait. Cela, cétait la première réforme.
La seconde réforme nous a été présentée avant même que nous nous installions. Il fallait déjà faire ce que nos prédécesseurs navaient pas engagé ou, plutôt, avait décidé et reporté : le pacte de compétitivité, lallègement du coût du travail. Pardon de prendre les choses comme elles sappellent puisquil sagit bien de cela : lallègement du coût du travail pour être meilleur sur les marchés internationaux. Cela a été le rapport Gallois. Le pacte de compétitivité a engagé 20 milliards deuros dallègements et beaucoup dautres mesures pour linnovation. Cest un engagement important, là aussi, qui nous permet de dire que nous avons enfin amorcé ce processus pour renforcer notre industrie, notre appareil de production et faire confiance aux entreprises.
Troisième réforme, la maîtrise de la finance. Cétait une annonce que javais faite dans un cadre dont chacun se souvient. Oui, maîtriser la finance ! La loi bancaire anticipe même sur ce que sera lUnion bancaire européenne. Nous sommes les premiers en Europe à séparer les activités de dépôt, des activités spéculatives. Bien sûr, certains trouvent que nous allons trop loin, dautres pas assez. Mais nous avons fait en sorte que nos banques puissent être préservées et, en même temps, ne plus pratiquer ce qui leur avait été parfois reproché, cest-à-dire un certain nombre de prises de risques qui pouvaient savérer aventureuses. Nous avons aussi créé une nouvelle banque, la Banque publique dinvestissement qui est maintenant en place. Il était temps.
Enfin, la quatrième réforme que le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT a menée ou plutôt que les partenaires sociaux ont engagée, cest laccord sur la sécurisation de lemploi, la réforme du marché du travail. Là aussi, cest arrivé un 11 janvier, jour même où jengageais les forces françaises au Mali. Peut-être cet événement parce quil était effectivement de première importance a caché lampleur de la portée dune décision que prenaient les partenaires sociaux. Pas tous mais en tout cas, les syndicats majoritaires. Une réforme que lon jugeait impossible à faire. Elle est là, votée hier par le Parlement.
Voilà, la première année de mon quinquennat si je puis dire, lan I a été entièrement consacrée à la défense de notre souveraineté, à la remise en ordre de notre économie, à la sauvegarde de notre modèle social et à la réparation des injustices. Mais jai bien conscience quil y a la récession, il y a le chômage qui progresse, il y a les résultats qui se font attendre. Et ce qui importe aux Français, si je puis dire, cest maintenant. Lan II, celui qui souvre aujourdhui, ce doit donc être loffensive. Je dis bien loffensive.
Loffensive, cest dabord lancer une initiative européenne. LEurope et cest un paradoxe est la première puissance économique du monde. Pourtant, elle est regardée comme un continent malade, en déclin, en doute. Ma responsabilité, parce que je suis à la tête dun État fondateur de lEurope, dun État qui a fait ce choix, dune nation qui est profondément européenne même si aujourdhui elle se détourne de lorientation actuelle , mon devoir, cest de sortir lEurope de la langueur qui la saisit et de réduire la désaffection des peuples qui ne peut que compromettre lavenir même de lUnion européenne.
Linitiative que je prends, elle se décline en quatre points et je la soumets à nos partenaires. Premier point, cest dinstaurer avec les pays de la zone euro un gouvernement économique qui se réunirait, tous les mois, autour dun véritable Président nommé pour une durée longue et qui serait affecté à cette seule tâche. Ce gouvernement économique débattrait des principales décisions de politique économique à prendre par les États membres, harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social par le haut et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale.
La deuxième étape de linitiative que je propose est tournée vers les générations futures avec un plan pour linsertion des jeunes. Le cadre financier européen, le budget européen a déjà prévu six milliards deuros pour lemploi des jeunes. Mobilisons tout de suite, avant même que le cadre financier ne soit en place pour 2014, une partie de ces fonds pour que nous puissions venir en soutien de tous les jeunes dEurope qui, aujourdhui, peinent à trouver une formation ou un emploi. Toujours dans cette initiative, pour préparer lavenir, lEurope définirait une stratégie dinvestissements, notamment pour les nouvelles industries et pour les nouveaux systèmes de communication.
Troisième temps de linitiative, une Communauté européenne de lénergie destinée à coordonner tous les efforts pour les [énergies] renouvelables et réussir ensemble alors que lEurope a des pays qui nont pas les mêmes politiques énergétiques à assurer la transition énergétique.
Le quatrième temps, cest une nouvelle étape dintégration avec une capacité budgétaire qui serait attribuée à la zone euro et la possibilité, progressivement, de lever lemprunt.
Lidée européenne exige le mouvement. Si lEurope navance pas, elle tombe ou plutôt elle sefface £ elle sefface de la carte du monde, elle sefface même de limaginaire des peuples. Il est donc plus que temps de porter cette nouvelle ambition. LAllemagne, plusieurs fois, a dit quelle était prête à une Union politique, à une nouvelle étape dintégration. La France est également disposée à donner un contenu à cette Union politique. Deux ans pour y parvenir. Deux ans, quels que soient les gouvernements qui seront en place. Ce nest plus une affaire de sensibilité politique, cest une affaire durgence européenne.
Loffensive elle est bien sûr ici, en France , cest de mobiliser toutes les forces pour lemploi. Il ny aura pas despérance possible dans notre pays tant que le chômage naura pas entamé sa décrue. Cest pourquoi je me suis engagé personnellement, certains ont dit même hâtivement, pour ne pas dire imprudemment, sur lobjectif de linversion de la courbe du chômage. Je my tiens et cest la feuille de route du gouvernement. Tout doit être mis en uvre pour que les mesures, qui ont déjà été engagées, puissent être amplifiées pour faire reculer le chômage à la fin de lannée.
Mobilisation de tous les moyens avec les « emplois davenir ». Cent mille ! Jai demandé au ministre du Travail et de lEmploi délargir au secteur privé et notamment au tourisme et aux services à la personne ces emplois pour que nous puissions leur donner encore plus defficacité. Soixante-quinze mille « contrats de génération ». Vous savez, le passage de témoin dun senior pour un jeune, cette alliance des âges et qui commence depuis le mois de mars à être mise en place dans les entreprises. Là aussi, jai demandé que lon puisse étendre le principe même du « contrat de génération » à la création dentreprise, à linstallation, y compris des agriculteurs, parce que cest la même idée : faire quune génération puisse servir de marchepied à une autre.
Mobilisation aussi de tous les acteurs et dabord des entreprises. Ce sont les entreprises qui créent les emplois. Cest le sens du crédit compétitivité-emploi qui représente 4 % de la masse salariale, jusquà 2,5 fois le SMIC. Et ce sera 6 % lannée prochaine. Cela, cest un moyen daméliorer les marges des entreprises pour quelles puissent investir, employer, exporter. Mais dabord employer.
Et puis, il y a laccord sur la sécurisation de lemploi qui permettra de donner plus de souplesse aux entreprises, plus de sécurité aux salariés et de signer des accords lorsquil y a des menaces sur lavenir même de sites, pour quil y ait des sauvegardes demplois et pour que lon évite ces plans sociaux et ces licenciements. Laccord, maintenant quil est devenu loi, doit être appliqué le plus rapidement possible dans les entreprises. Voilà pourquoi je réédite ici, devant vous, en prenant mes risques mais aussi mes responsabilités, que la courbe du chômage peut sinverser dici la fin de lannée.
Mais la bataille, elle ne sera gagnée dans la durée car je veux dire la vérité aux Français elle ne sera gagnée dans la durée que si la croissance revient, que si nous sortons de cette torpeur, de cette langueur et donc de cette peur. Alors, comment faire ? Loffensive. Loffensive, cest de préparer la France de demain, de lui faire prendre de lavance, de la mettre en tête dans les domaines les plus essentiels pour son avenir, de promouvoir un modèle fondé sur la performance économique mais aussi sur la responsabilité sociale, environnementale.
Cest ce que la France a su faire dans son histoire et, chaque fois, à linitiative du président de la République. A un moment, le rôle du chef de lÉtat, cest de déterminer les grands enjeux, les filières davenir, les défis essentiels pour le pays, ce que va être la France dans dix ans et peut-être même dans vingt ans et de demander au gouvernement de mobiliser tous les moyens. Et chaque fois que lÉtat a agi ainsi, il y a eu de grandes réussites industrielles, scientifiques, culturelles. Cest en voyant loin que lon change la perception du présent et que lon redonne espoir.
Cest pourquoi, jai demandé à Jean-Marc AYRAULT de présenter au mois de juin un plan dinvestissements, pour les dix ans qui viennent, autour de quatre grandes filières : le numérique, la transition énergétique, la santé et les grandes infrastructures de transport.
Pour en assurer le financement, il convient de faire preuve de plus dimagination que par le passé, car nous sommes confrontés à des disciplines budgétaires. Alors comment y parvenir ? Dabord en allant chercher les crédits européens, ceux que nous avons contribués à dégager avec le plan dinvestissements, le plan de croissance de juin dernier, et qui restent souvent inutilisés, ce qui est un comble.
Deuxième manière de faire, aller chercher les crédits du programme des investissements davenir ce que le grand emprunt avait produit en 2010 et cétait une bonne idée £ aller recharger les moyens de ce programme dinvestissements davenir, sans pour autant nous lancer dans je ne sais quelle opération aventureuse demprunt.
Il y a ce que nous pouvons également obtenir du relèvement du plafond du livret A, des fonds de la Caisse des dépôts, de la Banque publique dinvestissements. Et puis, il y a ce que les cessions de participation publiques peuvent procurer comme ressources supplémentaires. Cest nécessaire sans quil y ait, pour autant, de pertes de contrôle des entreprises concernées.
Mais tout ne peut pas venir de lEtat. Pour financer ces investissements davenir, nous devons aussi aller chercher le secteur privé, le partenariat, des capitaux extérieurs, des fonds dinvestissements, parfois même de létranger. Chaque fois que je me déplace, un certain nombre de pays me disent quils sont prêts à investir en France. Faut-il encore que nous les orientons et pas simplement quils puissent disposer de leur argent sans que nous soyons convaincus du bon usage. Nous essayons donc de faire des fonds liés les uns, les autres, avec nous.
Bien sûr que quand nous aurons lancé ces programmes, qui sont déjà en cours pour certains nous nallons pas créer de la croissance tout de suite, même sil y aura déjà un effet. Il y aura sûrement, encore, une patience à observer. Mais cest aussi le moyen de donner confiance aux Français dans lavenir car nous sommes un pays qui est capable dinnover, dinventer, de trouver en lui-même des sources quil nimagine pas pour la création et pour la production.
Il convient aussi de mieux orienter lépargne des Français vers linvestissement productif. Trois mesures seront prises dans cette direction. La première, lassurance-vie sera réformée pour que les fonds puissent être davantage affectés aux fonds propres des entreprises.
Deuxième mesure, un Plan dEpargne en Actions pour les PME sera créé avec des dispositifs incitatifs. Enfin, je lavais déjà annoncé, limposition des plus-values mobilières sera révisée.
Pourquoi ? Parce que jestime que lorsque les investisseurs mettent leur argent dans léconomie productive, celle qui va créer de lemploi, celle qui va améliorer la vie, ils prennent un risque. La fiscalité doit en tenir compte. Et ces règles, celles que jai déjà posées, vaudront pendant tout le quinquennat. Il ny aura pas de zigzags, il ny aura pas dallers et retours, parce que je considère que la stabilité et la visibilité sont des conditions de la confiance et donc de la croissance.
Etre à loffensive, cest mieux former les jeunes.
A la rentrée 2013, et pour la première fois depuis 2007, les élèves auront plus de professeurs, en face deux, que lannée précédente. Une véritable formation des maîtres sera rétablie, mettant fin à cette situation invraisemblable où lon considérait que le métier denseigner était le seul qui ne sapprendrait pas.
Dici la fin du quinquennat, la proportion des élèves qui sortent du système scolaire sans qualification sera réduite de moitié. Je demande, là aussi, à être jugé sur ce résultat. Déjà, depuis décembre dernier, près de 9000 « décrocheurs » ceux qui ont quitté lécole ont été repris en main.
Dans le même esprit, le projet de loi sur lenseignement supérieur a pour ambition de porter 50 % dune classe dâge au niveau dun diplôme du supérieur et de doter nos structures universitaires de davantage de moyens dattractivité, dêtre mieux reconnues au plan international avec leurs diplômes. Ceci nempêche pas de faire venir des étudiants étrangers, parfois même avec un enseignement de la langue anglaise qui leur est destiné. Mais les examens se feront en français, pour que nul ne sinquiète ! Quand on essaye dêtre un pays attractif, on fait en sorte que nos universités soient classées parmi les meilleures du monde. Cest aussi une condition de notre succès.
Loffensive toujours, pour remettre en mouvement notre pays.
Le mouvement, cest ce qui doit permettre à chacun de progresser, de créer, daller de lavant, daller plus vite, dêtre plus libre. Voilà pourquoi je suis pour le mouvement. Jai retrouvé cette belle phrase dun sculpteur, qui fait des mobiles, et qui a résumé son travail de la façon suivante : « lunique chose stable, cest le mouvement partout et toujours ». Alors il faut mettre du mouvement. Comment ?
Dabord, jai évoqué le « choc de simplification ».
Plus de simplification, cest plus dinitiative, plus d'activité, plus d'emplois. Plus de simplification, cest plus de temps pour nos concitoyens, et donc plus de vie. Cest aussi plus de croissance. Cela fait partie des réformes qui, finalement, ne demandent defforts quà ceux qui sont dans les administrations je veux les saluer mais qui ne demandent pas aux Français de contribution supplémentaire et qui peuvent nous permettre, simplement, de vivre mieux.
Alors j'ai demandé au Premier ministre dengager un travail en profondeur sur la révision des règles administratives. Non pour supprimer des protections ou des droits. Mais pour alléger des procédures, accélérer les décisions, favoriser lexécution des projets. Un chiffre ma été donné et jai pensé que cétait un argument de circonstance. Le volume des textes applicables, dans notre pays, a triplé en 10 ans ! Triplé ! Si on mesurait effectivement lefficacité des gouvernements au nombre de textes pris, je ne doute pas que, sur ces dix dernières années, lobjectif avait été atteint !
Moi, je préfère que lon allège. Il aura donc deux lois d'habilitation qui vont être demandées au Parlement pour permettre au gouvernement dagir par ordonnances. Lune delle concerne le logement. Cela va permettre de hâter la construction, de favoriser des procédures, sans altérer les droits en aucune manière. Il y a 35 000 logements qui sont bloqués par des recours abusifs.
Et puis, une autre législation va être prise dans le domaine des relations entre lAdministration et les entreprises, parce que nous voulons favoriser les implantations, aller plus vite, raccourcir les délais. On peut diviser par trois le temps pour implanter une entreprise, si nous harmonisons lensemble des procédures. Et pour les particuliers, je propose une forme de révolution. Dans de nombreux domaines, pas tous, le silence de ladministration vaudra désormais autorisation et non plus rejet. Ce sera effectivement un changement considérable. Il doit être limité à des domaines. Dautres, forcément, exigent des délais dinstruction. Eh bien, ces délais sont eux-mêmes limitatifs, connus à lavance. Lorsquils ne sont pas respectés, lautorisation sera donnée.
Ce mouvement de simplification pour les entreprises, pour les particuliers, se poursuivra tout au long du quinquennat. Cest une réforme structurelle comme lon dit, mais cest surtout un facteur de croissance.
Lautre réforme qui sinscrit dans le mouvement, cest la formation professionnelle qui complètera dailleurs ce qui a été fait sur le marché du travail. Un chômeur sur cinq un chômeur sur cinq ! reçoit une formation professionnelle. Nous allons changer cela, faire quavec une négociation nous puissions notamment permettre dans les deux/trois premiers mois où le demandeur demploi se présent à Pôle emploi, il puisse y avoir une formation professionnelle qui puisse lui être dispensée. Nous redéployerons les crédits, également pour les salariés moins qualifiés, ceux qui sont pourtant dans les entreprises et qui sont privés de laccès à la formation.
Je dis que cela complète laccord sur la sécurisation de lemploi, parce que dans cet accord a été créé un compte personnel pour la formation. Il donnera justement des droits aux salariés. Cette réforme sera discutée avec les partenaires sociaux, avec les régions, avec Pôle emploi et sera initiée dès la conférence sociale du mois de juin pour être votée à la fin de lannée.
Enfin, il nous revient dassurer lavenir des retraites. La réforme de 2010 na pas permis de rétablir léquilibre. Il y a, aujourdhui, un déficit dune quinzaine de milliards deuros et il est prévu à vingt milliards deuros en 2020. Cest insoutenable. Je refuse, comme président de la République, de reporter sur les générations à venir le fardeau du financement des retraites.
Les partenaires sociaux ont pris leurs responsabilités pour les régimes complémentaires. Nous devons continuer, poursuivre avec dautres règles qui devront être trouvées.
Trois principes me guident. Premier principe : nous devons rétablir durablement je ne dis pas que cest la dernière réforme, il faut se méfier de ceux qui vous annoncent que cest lultime, celle qui généralement prévoit la prochaine il y aura donc un rétablissement des régimes de répartition tenant compte de notre démographie, qui dailleurs est un atout par rapport à dautres pays. Mais dès lors que lespérance de vie sallonge, il y a un principe qui est celui de lévidence. Dès lors que lon vit plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps.
Le deuxième principe cest la justice. Tenir compte des carrières longues. Cest dailleurs ce que nous avons fait dès le mois de mai pour permettre à ceux qui étaient depuis longtemps au travail de pouvoir accéder à la retraite à 60 ans. Cet esprit doit encore demeurer. Il y a les inégalités. Inégalités entre régimes, inégalités aussi qui frappent les femmes ou ceux qui ont des carrières incomplètes. Nous aurons à travailler là-dessus. Justice parce quil ny a pas de réforme sans justice.
Troisième principe : le dialogue, la concertation. Elle souvrira dès la Conférence sociale du mois de juin et se poursuivra jusquà la fin de lété.
Mesdames et Messieurs, voilà les réformes qui nous attendent. Elles sont importantes. Elles ne sont pas demandées comme une contrepartie aux délais que nous avons pu obtenir. Parce que, en réalité, ces réformes nous voulons les engager. Je les avais présentées aux Français.
Mais jai conscience du moment dans lequel nous sommes et cette conférence de presse nest finalement pas simplement à une date anniversaire. Elle est à un moment où des questions se posent dans notre pays, des questions légitimes. Elles taraudent même les Français. Quelles sont ces questions ? Elles sannoncent finalement assez simplement.
La France peut-elle réussir ? Notre pays na-t-il pas passé son tour ? Sommes-nous encore une grande Nation sur le plan économique, sur le plan diplomatique, sur le plan politique ? Pouvons-nous encore, dans le monde qui change parce que le monde change cest une mutation considérable pouvons-nous encore préserver notre modèle social et imaginer une transition énergétique qui nous mette à labri de catastrophes naturelles ?
Toutes ces questions que jentends, je réponds oui !
Oui, la France a les moyens de se hisser au meilleur niveau. Ce qui exige de muscler notre économie, nos entreprises, de développer à haut niveau la recherche, de porter une ambition éducative mais aussi de changer. Changer nos modes de production, nos modes de transports, nos modes de consommation. Faire cette mutation écologique.
Oui, la France peut garder son modèle social mais en le rénovant, en le rendant plus efficace, plus juste. En évitant le statu quo qui serait finalement sans capacité à protéger qui que ce soit. Mais en refusant aussi la démolition qui serait la pire des manières demmener un pays vers son avenir.
Oui, la France a toutes les raisons de faire confiance à sa jeunesse parce quelle et le premier pays en Europe en termes de démographie, de jeunesse. Cest un atout considérable qui nous donne non seulement une place en Europe mais une confiance en nous-mêmes, à condition de donner à cette jeunesse toute sa place, de lui montrer que le progrès est possible et quil peut même être une perspective pour tous, y compris pour ceux qui sont dans les quartiers et qui sinterrogent également sur le lien quils ont avec la Nation.
Oui, la France peut aussi continuer à porter la promesse de légalité : Que ce nest pas une nostalgie, que cela reste une ambition. Cest vrai pour le partage de leffort, pour la promotion de chacun, pour la récompense du mérite. Cest vrai aussi pour les droits.
Cela a été le sens de la loi sur le mariage pour les couples de même sexe. Jai voulu un grand débat. Certains me conseillaient daller vite dès le lendemain de lélection. Qui laurait compris ? Qui laurait admis ? Ce débat a eu lieu. Longtemps. Au Parlement, je ne sais pas le nombre dheures : 700 me dit-on. Il y a 4 000 amendements. Le débat a eu lieu ailleurs quau Parlement. Jen ai eu souvent la vérification, y compris pas loin dici. Ce débat était légitime et toutes les opinions doivent être respectées, toutes les sensibilités. On ma dit : cest un débat qui divise. Mais la France na jamais conçu le rassemblement sur le mode de lunanimité. En France, nous ne pensons pas tous pareil. Cela se saurait, y compris dans cette salle. La France est donc capable dassumer un certain nombre de grands sujets que lon appelle de société.
Cette loi a été adoptée par le Parlement. Le Conseil Constitutionnel va se prononcer sur sa conformité à la Constitution. Dès quil aura fait connaître sa décision, je promulguerai le texte qui deviendra la loi de la République. Je suis convaincu que cette loi sera regardée au fur et à mesure du temps pour ce quelle est : un progrès pour légalité et pour la liberté. Et celles et ceux qui nen veulent pas et ils en ont bien le droit pourront toujours attendre une alternance. Je ne sais pas quand elle viendra. Je ne peux pas pour linstant leur donner la réponse. Mais nous verrons bien qui demande ou demandera labrogation de ce texte.
Oui, la France peut aussi avoir confiance dans ses institutions. Lexemplarité de la République ne doit pas être un simple sursaut suite à un scandale ou à un slogan. Cest pourquoi, jirai jusquau bout de la transparence de la vie politique. Le non-cumul des mandats, lindépendance de la justice, les nominations dans laudiovisuel, la protection des sources des journalistes. Parce que lautorité de la République est à ce prix.
Lautorité de la République cest le rempart contre toutes les dérives, toutes les intolérances, tous les racismes. Si il y a un sujet qui devrait nous unir, par-delà les sensibilités, cest bien celui-là : lautorité de la République et la lutte contre toutes les violences.
Ce qui sest passé lundi soir au Trocadéro est une agression. Une agression à légard des biens et des personnes mais aussi une agression contre notre conception de la vie en commun, contre limage de la France. Cela appelle non pas des polémiques mais des politiques qui aillent à la racine du mal.
Je pense aussi à ce quil sest passé ce matin dans une école du 7ème arrondissement où un désespéré sest suicidé devant des enfants, une classe de CP. Jexprime bien sûr lémotion de toute la Nation par rapport à ce drame. Le désespéré, les enfants, une école, des personnels qui empêchent peut-être un autre drame. Tout sera fait pour venir en soutien à ces enfants, à ces personnels. Nos écoles doivent être protégées des violences. Cest une priorité du gouvernement. Là-aussi, confiance dans lécole, confiance dans la République.
Voilà Mesdames et Messieurs ce que je voulais vous dire. La France est une Nation singulière. Cest plus quune grande histoire, cest un projet. Cela reste un projet. Celui dune société capable de se dépasser pour faire mieux vivre ses enfants qui cultivent lambition, peut-être parfois jugée excessive par nos voisins ou partenaires, de montrer la voix en Europe et dans le monde.
Comme je lai dit, y compris avant daccéder à cette responsabilité, la France nest pas le problème. La France cest la solution. Voilà pourquoi, nous devons être à loffensive et nous le serons pour lAn II de ce quinquennat.

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