Publié le 15 mai 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'aide militaire et financière de la France, de l'Union européenne, de l'Afrique et de la communauté internationale apportée au Mali, à Bruxelles le 15 mai 2013.

15 mai 2013 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'aide militaire et financière de la France, de l'Union européenne, de l'Afrique et de la communauté internationale apportée au Mali, à Bruxelles le 15 mai 2013.

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Monsieur le Président du Conseil européen,
Monsieur le Président de la Commission européenne,
Monsieur le Président du Mali,
Messieurs les Présidents, je vous vois nombreux ici présents, cest un signe de solidarité supplémentaire que vous nous apportez,
Mesdames et Messieurs les Ministres et commissaires,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
Cette conférence, ici à Bruxelles, est un évènement important. Chacun le mesure. Pas simplement au montant des sommes collectées, même si cest déjà un premier signal. Mais parce que nous faisons la preuve que nous pouvons nous réunir, Européens et Africains, autour dune cause qui nous intéresse tous parce quelle constitue, à la fois, notre inquiétude et notre espoir.
Cest un sentiment de confiance que nous avons aujourdhui, en voyant toutes ces délégations, près dune centaine, qui viennent de toutes les parties du monde. Mais, en même temps, nous ne pouvons pas nous dispenser de revenir à ce quétait la situation du Mali, au début de lannée 2013.
Des groupes terroristes sy étaient installés au Nord, depuis plusieurs mois, et se considéraient chez eux, soumettaient les populations, détruisaient des monuments, enrôlaient des enfants, violentaient des femmes... Devant, disons-le aussi, une certaine inertie de la communauté internationale. Non pas quelle nétait pas consciente du danger je me souviens encore de lAssemblée générale des Nations Unies où nous avions pu faire, à linitiative du Secrétaire général BAN Ki-moon, une réunion qui na pas été pour rien dans la suite des opérations Mais nous navions pas le calendrier à lesprit, nous nimaginions pas que nous aurions à intervenir.
Et pourtant, au mois de janvier, nous avons pris la décision, la France, de venir en aide au Mali, à la demande de son Président. Parce que les groupes terroristes avaient eux-mêmes pris linitiative. Non pas de rester là où ils étaient, mais de conquérir lensemble du Mali. Et leur intention allait sans doute au-delà et les chefs dEtat africains lavaient compris.
Ce quils voulaient, ces groupes terroristes, cétait dêtre les maîtres, dune certaine façon, du Sahel £ organiser comme ils lentendaient les trafics trafic de drogue, trafic darmes, trafic dêtres humains £ mener leurs opérations, souvent lucratives £ faire trembler les Etats africains eux-mêmes et menacer directement la sécurité de lEurope.
Quelques mois plus tard, nous avons libéré le Mali. Je salue le courage des soldats maliens, africains et français. Six soldats français sont morts pour le Mali. Je pense aujourdhui à leurs familles. Jai reçu du peuple malien, lorsque je suis allé à Bamako et à Tombouctou, le plus beau des hommages qui soit : la reconnaissance, la gratitude, qui ne métaient pas adressées en tant que président de la République française mais qui étaient dabord tournées vers larmée française et les soldats qui avaient donné le sacrifice de leur vie.
Rien naurait été possible non plus, si des contingents africains nétaient pas venus, dans un délai qui na pas été aussi court que nous laurions imaginé, et qui en dit long sur tous les efforts que nous avons encore à mener pour améliorer nos systèmes de défense. Mais les Africains ont été là et cest lAfrique qui a libéré le Mali.
Aujourdhui, la MISMA sefface, larmée française se retire avec un calendrier que nous faisons en sorte de respecter, en fonction des risques. Une opération de maintien de la paix, sous légide des Nations Unies, va prendre le relai au début du mois de juillet. Je veux en remercier le ministre des Affaires étrangères, Laurent FABIUS, qui y a beaucoup contribué.
Alors, nous pourrions nous dire, au cours de cette conférence : « nous en avons donc terminé ». Eh bien, vous avez compris quil nen était rien ! Dabord parce que le terrorisme na pas disparu du Sahel. Certes, des coups sévères ont été portés contre Al-Qaida et contre Aqmi, lorganisation qui représente, en Afrique, ses intérêts. Certes, des groupes ont été durement touchés. Nous avons découvert dailleurs des capacités militaires assez invraisemblables, des armes qui étaient cachées, des nourritures qui étaient stockées et des matériels pour mener de véritables combats de longue durée.
Nous savons donc quil y a encore des moyens pour le terrorisme dagir. Nous savons quun certain nombre dindividus se sont « réfugiés », pour ainsi dire, en dehors du Mali et ont dailleurs commencé à porter des coups. Je veux ici rappeler ce qui sest passé en Algérie, avec une attaque terroriste de grande ampleur. Là encore, lAlgérie a réagi comme il convenait.
Nous nen avons donc pas terminé. Mais notre réponse ne peut pas être entièrement sécuritaire. Cest le sens de cette conférence : le développement, le dialogue politique, la démocratie sont maintenant nos armes pour prévenir le retour des terroristes, en travaillant contre les causes mêmes qui ont permis lenracinement de ces groupes.
Cest la voie que le Mali a choisi : agir quand il en était temps, une fois retrouvée lintégrité territoriale pour organiser, dabord, des élections. La date qui a été prévue doit être tenue. Je sais que cest difficile et notamment au Nord. Nous devons veiller à ce que les autorités du Mali puissent avoir leffectivité du contrôle de ses territoires pour organiser ces élections partout. Aucune fraction du Mali ne peut être détachée du processus électoral.
Mais, je le disais, en même temps que le Mali retrouve son intégrité territoriale et quil va organiser ces élections, nous, ces amis, nous devons répondre à trois exigences.
- Dabord, les urgences du court terme. Près dun tiers de la population du Nord du Mali avait préféré senfuir plutôt que de subir lordre moyenâgeux qui lui était imposé. Un certain nombre de pays voisins ont donc accueilli des réfugiés. Ensuite, les groupes terroristes avaient détruit bon nombre dinfrastructures essentielles à la vie de tous les jours : groupes électrogènes détruits, pompes à eau mises hors dusage, bâtiments publics, marchés, écoles et centres de santé démolis. Notre premier devoir, cest assurer laccueil des réfugiés, permettre le retour à une vie normale. La France apportera sa contribution, notamment par le financement de travaux pour rétablir leau, lélectricité, approvisionner la population en médicaments, ouvrir des pharmacies, bref assurer lessentiel.
- Deuxième exigence, préparer lavenir. Le Plan pour la relance durable du Mali a été élaboré par les autorités maliennes souveraines. Je dois dire que ce Plan a le mérite de dire les choses avec franchise et avec lucidité, sur les insuffisances de la période passée. Les priorités daction que retient le Plan vont dans la bonne direction. Dabord, parce que cest essentiellement dans la relance de léconomie du pays que vous voulez agir. Ensuite, parce que vous vous attaquez au défi de la gouvernance et que vous faites un effort pour que la décentralisation puisse être un appui pour le développement du Mali, en confiant aux collectivités locales 30% des recettes du pays.
Nous-mêmes nous devons engager notre soutien, avec lEtat et avec les collectivités locales du Mali. Nous pensons aussi quil est nécessaire, dans ce Plan, de renforcer toutes les infrastructures du pays : je pense au grand projet de station à Kabala, pour leau potable qui permettra dapprovisionner un million dhabitants de Bamako £ je pense au renforcement de lagriculture, notamment de la filière coton £ je pense également au secteur de la Micro finance et au développement du secteur privé. Enfin, léducation et la promotion des droits des femmes devront faire lobjet dune attention particulière, dans le cadre de laide que la France apportera.
- La dernière exigence, cest la transparence et le dialogue.
Jai dit que les élections devraient se tenir à leur date. Jai dit que les autorités maliennes devraient avoir le contrôle total de leur territoire pour assurer la conduite de ce processus, à la fin du mois de juillet. Je dis aussi et avec le même rapport de confiance et de vérité quil doit y avoir une assurance, une exigence de transparence et de bonne gouvernance. Chaque euro dépensé au service du développement du Mali doit être efficacement utilisé.
Nous le devons aux Maliens. Nous le devons aussi aux contribuables qui vont apporter, via les Etats, leur aide au Mali. Parce que nous devons faire de la bonne gestion des finances publiques, de la lutte contre la corruption un moyen daccroître la confiance entre nos pays.
Nous, en France, nous ferons en sorte daccompagner le Mali à travers des dispositifs pour repérer, identifier, retracer lutilisation et lusage de laide que nous apporterons. Laide sera pour la France, à destination du Mali, à hauteur de 280 millions deuros. Cest un effort important dans un moment où nous connaissons nos propres difficultés budgétaires. Je nai pas encore demandé que ces sommes soient défalquées des exigences que la Commission européenne nous impose pour la réduction de nos déficits. Mais vos encouragements sont un argument de plus !
Mais je veux surtout saluer lengagement de lUnion européenne : près de 520 millions deuros pour le Mali. LEurope qui est parfois décriée, lEurope qui est parfois jugée absente, quand on regarde lensemble des conflits dans le monde, cest lEurope qui apporte le soutien, cest lEurope qui apporte la solidarité aux peuples. Et cest parfois le cas pour dautres situations, souvent lEurope est mieux jugée en dehors de lEurope quen Europe. Je voudrais que les Européens soient fiers de ce que fait lEurope pour lAfrique.
Car au-delà du Mali, cest lensemble du Sahel qui est concerné. Je veux ici, je le disais, saluer les pays voisins du Mali, tous représentés au plus haut niveau. Ces pays ont ouvert, sans réserve, leurs frontières pour accueillir les réfugiés, et ont su faire preuve de grande solidarité dans les heures sombres de lannée 2012. Ils connaissent, eux-aussi, des défis, sur le plan de la sécurité ou du développement économique. Eux-aussi sont menacés par le terrorisme.
Ils doivent être alors des pays prioritaires de laide de la France et de lEurope. Nous faisons en sorte que nous puissions poursuivre ce que nous faisons, au Mali, à destination de lensemble du Sahel.
Il mest donc confirmé que plus de 3 milliards deux cinquante millions deuros ont pu être mobilisés, à loccasion de cette conférence. Comme le disait Laurent FABIUS, elle aurait dû se tenir pendant une semaine, si nous avions lambition de faire des contributions encore supplémentaires ! Mais je ne doute pas quil y aura encore dautres apports et dautres soutiens.
Ce chiffre néanmoins nous engage, nous les donateurs. Mais il revient aussi aux Maliens des respecter les engagements pour la réconciliation, pour la sécurité, pour lEtat de droit, pour la bonne gouvernance. Cest un contrat que nous passons ensemble, un beau contrat. Un contrat damitié, de solidarité autour de lidée de développement.
Parce que, si nous avons été capables dêtre unis pendant la période de la guerre et il y a eu la guerre , nous devons maintenant êtes unis pour réussir la paix. Cest pourquoi votre mobilisation est si importante aujourdhui. Je ne doute pas quau Mali notre conférence sera reçue comme autant despoir pour la population, qui doit se dire que, non seulement la guerre est finie, mais que la paix doit être réussie. Merci.

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