Publié le 17 mars 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la lutte contre le terrorisme, à Toulouse le 17 mars 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la lutte contre le terrorisme, à Toulouse le 17 mars 2013.

17 mars 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire de Toulouse, je vous remercie davoir organisé cette cérémonie.
Je veux saluer toutes les hautes personnalités qui sont ici présentes, le président du Sénat mais également mesdames et messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les parlementaires élus de la région, monsieur le Défenseur des droits, mesdames et messieurs les représentants des cultes, vous avez tenu à être ici, à Toulouse, aujourdhui. Car il y a un an, léquipée meurtrière dun homme inspiré par la haine saisissait deffroi la France entière. Cette équipée commençait le 11 mars ici, à Toulouse.
Imad IBN ZIATEN, le maréchal des logis chef du 1er régiment du train parachutiste était froidement abattu, après être tombé dans un piège diabolique.
4 jours plus tard, le 15 mars à Montauban, Abel CHENNOUF et Mohamed LEGOUAD, 2 militaires du 17e régiment du génie parachutiste étaient lâchement assassinés.
Le caporal chef Loïc LIBERT échappait comme par miracle à la mort, mais il reste aujourdhui gravement handicapé.
Le 19 mars, lhorreur frappait à la porte de lécole Ozar Hatorah de Toulouse. Le rabbin Jonathan SANDLER, ses 2 fils, Gabriel 3 ans, Arieh 6 ans ainsi que Myriam MONSONEGO 8 ans, la fille du directeur de lécole, étaient massacrés. Bryan BIJAOUI 15 ans, en voulant protéger la petite Myriam, était lui grièvement blessé.
En cet instant solennel encore douloureux, je veux dire aux familles endeuillées que la France est toujours et encore à leurs côtés, quelle est rassemblée au-delà des différences comme elle létait déjà il y a un an autour du président SARKOZY. Nous étions alors en pleine campagne présidentielle. Elle sétait arrêtée. Toutes les sensibilités politiques républicaines, toutes les confessions religieuses, toutes les écoles de pensée sétaient alors retrouvées pour exprimer leur compassion mais aussi leur détermination face au terrorisme.
Encore aujourdhui, un an plus tard, les mêmes sont là pour témoigner de leur solidarité et de leur unité. Car cest la meilleure des réponses, la plus forte, la plus solide face au terrorisme. Car à Montauban, à Toulouse, cest la France qui a été agressée. En tuant des soldats, en sen prenant à des enfants dans une école, cest la République que lon a voulu frapper en son cur.
La République, elle a tenu bon et la France, elle a surmonté lépreuve, car la démocratie, elle, est toujours plus forte que le fanatisme et nos valeurs ne plient jamais devant le malheur, et cest ce que les familles ont démontré.
Je pense dabord à madame IBN ZIATEN qui, depuis la mort de son fils avec une force dâme remarquable, sillonne les quartiers de nos cités à la rencontre des jeunes. Elle leur transmet, avec ses mots, un message de confiance et de dignité.
Je salue aussi le combat des familles CHENNOUF et LEGOUAD pour que les soldats victimes du terrorisme puissent être reconnus comme morts pour le service de la nation. Ce qui fut fait avec la loi du 21 décembre 2012. Elle permettra linscription de leurs noms sur les monuments des communes choisies par leur famille, pour que jamais la France ne les oublie.
Cette semaine encore, ces 3 militaires ont été décorés à titre posthume de la Légion dhonneur, jy ai veillé tout particulièrement. Et Loïc LIBERT sest vu décerner la médaille militaire.
Je veux aussi repenser à ces parents de lécole OHR TORAH. Jy étais revenu le 1er novembre en compagnie du Premier ministre israélien, pour dire combien nous étions encore et toujours endeuillés £ et en même temps que nous considérions que la réponse des parents était la plus belle qui soit en mémoire des enfants disparus, de faire encore confiance à lécole pour quelle poursuive son uvre et pour que le renoncement ne soit pas la victoire posthume du terroriste. Merci aux parents de faire confiance en lécole et, donc, en la France.
Ce qui a frappé à Toulouse, cest un mal terrible, il a un nom et il doit être prononcé, cest lantisémitisme, ce fléau qui remonte à loin, qui sest toujours nourri du mensonge et qui a conduit il y a 70 ans, cest hier au pire de tous les crimes commis par lhumanité contre elle-même, la Shoah. Cet immense cataclysme aurait dû anéantir, non pas les victimes mais lantisémitisme, le rendre impossible, inconcevable, inexplicable à tout jamais. Et pourtant, on a recommencé à tuer des juifs parce que juifs, car les enfants de Toulouse sont morts pour la même raison que ceux du Vel dHiv ou de Drancy parce quils étaient juifs. Les paroles et les actes antisémites auraient pu cesser depuis Toulouse, et pourtant nous en faisons le constat et il est cruel, il y en a encore et même de plus en plus nombreux. Et chaque fait est encore plus odieux, plus scandaleux, chaque fois quun juif est insulté, cest un outrage qui est fait à tout notre pays.
Jai demandé au Premier ministre de réunir le mois dernier un comité interministériel de lutte contre le racisme et lantisémitisme, pour marquer notre détermination et surtout affirmer que lEtat sera vigilant et la justice implacable par rapport à ces faits. Rien ne doit être considéré en cette matière comme anodin ou insignifiant. Jai donc voulu que des mesures soient prises pour lutter contre la diffusion des messages de haine sur internet, en particulier sur les réseaux sociaux. Les tribunaux les ont condamnés à transmettre les données permettant lidentification des auteurs de messages antisémites. Et je veillerai à les contraindre ces réseaux à fournir ces noms pour quil y ait dissuasion et répression. Lespace de liberté quest internet ne doit en aucun cas être utilisé à des fins de propagande de haine.
A Montauban, à Toulouse il y a un an, cest le terrorisme qui a montré son visage, le terrorisme, cette brutalité lâche qui sen prend toujours aux plus faibles £ le terrorisme, cette violence aveugle qui tue toujours des innocents £ le terrorisme, cette froide ignominie qui sacrifie toujours des enfants. La lutte contre le terrorisme ne suppose aucun relâchement, aucune faiblesse, aucune négligence. Je sais la question qui a été posée au lendemain de Toulouse, cette tragédie aurait-elle pu être évitée ? MERAH a-t-il agi seul ou était-il membre dun réseau plus vaste ? Cette question, cette interrogation continue dêtre posée. Et la réponse, nous ne la devons pas seulement aux familles mais à la France toute entière. Cette réponse leur sera donnée. Je men porte garant.
Une enquête est aujourdhui conduite par la justice pour connaître exactement les faits, déterminer les responsabilités, rechercher les éventuelles complicités. Les magistrats mènent de nombreuses investigations avec diligence, car nous devons savoir qui a financé les voyages de Merah, qui a contrôlé sa formation et avec quelle influence exacte il est arrivé à ces actes criminels. Les pouvoirs publics apporteront tout leur concours à cette instruction. De même nous devons tout savoir des éventuels dysfonctionnements des services concernés dans cette période.
Avec le ministre de lIntérieur, jai voulu procéder aux premières corrections. Une réorganisation interne du Renseignement a été mise en uvre. Lobjectif est de renforcer le lien entre tous les services, services territoriaux, services centraux, linformation sera croisée, recoupée autant quil sera nécessaire, partagée. La relation entre la justice et la police sera simplifiée, coordonnée. Aucune information ne doit être perdue, aucune piste ne doit être écartée, aucune surveillance ne doit être oubliée.
Ces dispositions que je rappelle ne remettent nullement en cause la qualité, le dévouement des fonctionnaires qui agissent pour la sécurité de nos concitoyens, au contraire : elles doivent leur permettre daccroître encore lefficacité de leurs services. Mais nous devons également réfléchir aux mutations, aux évolutions, aux formes nouvelles du terrorisme. Le parcours du tueur est une succession dramatique de rencontres avec lislamisme radical, à létranger, sur internet, et en prison. Et cest pourquoi le gouvernement a présenté un projet de loi, qui est maintenant devenu la loi de la République, adoptée, je le signale, à lunanimité du Parlement, pour renforcer lefficacité de la lutte anti-terroriste. Cette loi permet maintenant de poursuivre et de faire condamner les ressortissants français qui participent, à travers le monde, à un acte terroriste ou à une association de malfaiteurs, même sils nont pas commis de délit ou de crime en France. Ils seront jugés et condamnés.
La loi prolonge laccès des services de renseignements à toutes les données techniques recueillies lors de laccès à internet, car nous devons maintenant, je le disais, lutter contre cette forme de cyber-terrorisme. Mais, Mesdames et Messieurs, tirer les leçons de Toulouse, de Montauban, ce nest pas seulement connaître la vérité, poser de nouvelles règles, voter de nouvelles lois £ tirer les leçons, cest agir. Depuis un an, des individus cherchant à rejoindre des zones de combat ont été interpellés dans notre pays. Des prêcheurs qui appelaient au fondamentalisme ont été expulsés, leurs avoirs financiers gelés. Plusieurs cellules terroristes ont été démantelées, sous lautorité de la justice. Lautomne dernier, après un attentat à Sarcelles, un groupe a été mis hors détat de nuire. La semaine dernière, à Marignane, une sinistre équipe qui préparait des attentats imminents sur le sol français, a été également arrêtée.
Les services de renseignements, les forces de police font preuve dun savoir-faire remarquable. Et je tiens à leur exprimer ici, en votre nom, toute notre gratitude. Cette lutte de tous les jours, nous la mènerons conformément à nos valeurs : celles de la République. Et au premier rang desquelles le maire de Toulouse y revenait la laïcité, qui est, je le rappelle, le respect des croyances, de toutes les croyances. Et je salue une nouvelle fois tous les représentants des cultes qui sont ici, solidaires, unis, pour défendre la laïcité et le respect des croyances, ensemble ! Et en aucun cas, nos compatriotes musulmans ne doivent être confondus avec ceux qui caricaturent lislam, en développant une lecture radicale. Dans cet esprit, leffort doit être commun : celui de la Nation, à travers léducation, la transmission de lhistoire, celle des civilisations, celle des religions. Et ce sera lobjet de la loi sur la refondation de lécole, parce que nous devons permettre à nos jeunes concitoyens de se sentir pleinement français, et de leur dire que leur pays a besoin deux !
Mais nous devons aussi mobiliser toutes les forces spirituelles, les forces vives de la Nation, parce que chacun, chacune, a à faire un effort de compréhension, de lucidité, mais également de combat contre les thèses du fondamentalisme, ou de lislamisme radical, ou de tout autre extrémisme qui vient à développer le langage de la haine, et à considérer que lautre serait un danger, au sein même de la République. Et contre ceux qui par la force veulent nous agresser, et il y en a et, cest cruel de le dire, ici même , les démocraties doivent savoir utiliser leurs propres forces, sur notre sol, mais aussi partout dans le monde. Car la lutte contre le terrorisme est globale.
Cest la raison pour laquelle la France fait son devoir au Mali, au nom de la communauté internationale, en engageant son armée, à côté des troupes africaines, pour combattre les groupes terroristes qui menacent lensemble du pays, le Mali, mais également lAfrique de lOuest, et au-delà de lAfrique de lOuest, lEurope tout entière ! Laisser le Mali tomber dans les mains de ces groupes, cétait ouvrir de nouvelles filières de recrutement, comme il en existe en Afghanistan, au Pakistan, et même en Syrie. Cétait laisser sorganiser un sanctuaire terroriste, laisser soumettre un peuple, asservir des femmes, détruire des édifices inscrits au Patrimoine de lHumanité. Cétait exposer notre pays, aussi, sur notre propre sol.
Cette lutte est menée avec courage par larmée française. Elle en paye un lourd tribut. Hier, un cinquième soldat français est mort. Il mérite, comme ses camarades, lhommage de toute la Nation, car il défendait non seulement lidéal qui est le nôtre, mais participait à la libération dun pays ami, et à la lutte pour une cause qui est celle de toute la communauté internationale. Je pense à sa famille, et notamment à sa conjointe, enceinte.
Ce matin, à Toulouse, nous ne faisons pas seulement preuve de fidélité : fidélité aux victimes, fidélité aux familles, fidélité aux villes endeuillées. Non, nous faisons bien plus que cela. Jen remercie les enfants et ceux qui ont marché. Nous faisons un acte de volonté : volonté de répondre, volonté de comprendre comment un Français oui, un Français , né ici, qui a grandi ici, a pu devenir un terroriste capable de tuer dautres Français, et même des enfants. Oui, nous voulons comprendre, pour éradiquer ce mal terrible ! Volonté de surmonter aussi lépreuve, ensemble, tous ensemble, en sortant plus forts, plus lucides que nous ne létions avant Toulouse et Montauban.
Volonté, enfin, que de telles atrocités ne puissent plus jamais être commises. Mais en sommes-nous sûrs ? Alors, nous devons le vouloir. Cette volonté de vivre ensemble, dans la concorde, dans la justice, dans le respect, dans la paix : cette volonté, nous la devons aux victimes, aux familles, aux villes de Montauban et de Toulouse. Ces villes resteront le symbole dune tragédie, mais aussi et cest le sens de notre rassemblement daujourd'hui le symbole dune France debout, que rien ne peut abaisser, diminuer, réduire, dune France en mouvement, qui, je vous lassure, ne pourra jamais être arrêtée, divisée, ou séparée.
Cette France debout, cette France en mouvement, cest le sens de votre marche aujourd'hui, pour la liberté, pour la République, et pour la France

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