Publié le 4 mars 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique de l'emploi, à Blois le 4 mars 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique de l'emploi, à Blois le 4 mars 2013.

4 mars 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Messieurs les Ministres qui mavez accompagné tout au long de cet après-midi,
Monsieur le Président du Conseil régional dont je salue une nouvelle fois limplication dans les actions de formation et dapprentissage,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Maire de Blois qui nous accueillez ici dans cette salle entièrement nouvelle,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les présidents de Fédérations,
Mesdames et Messieurs les responsables,
Je suis venu ici en Loir-et-Cher à Blois pour visiter dabord un centre de formation pour apprentis dans les métiers du bâtiment, avec une grande implication des personnels et une forte motivation des apprentis eux-mêmes qui mont dit non seulement que ce quils faisaient, correspondait à une vocation, parfois même à une ambition quils avaient portée, parfois seuls, sans orientation préalable, parce quils sentaient bien que dans ces métiers-là pouvait se trouver loccasion dune réussite.
Je veux aussi saluer toutes les fédérations, les maîtres dapprentissage qui là encore permettent à des jeunes de trouver une expérience, un accompagnement et parfois même davantage, un encadrement. Je suis aussi sensible au fait que les élus de toutes sensibilités, à tous niveaux de collectivités, se soient également mobilisés.
Ensuite jai eu la chance de pouvoir signer les premiers contrats de génération, quatre contrats, qui ont permis à des jeunes de trouver un emploi avec un contrat à durée indéterminée et à des seniors de pouvoir rester dans lentreprise en attendant de préparer leur retraite. Je veux saluer les chefs dentreprise qui ont été donc les premiers lhistoire retiendra que ça sest passé ici en Loir-et-Cher à faire ce choix, confirmant ainsi les intuitions qui avaient été les miennes pendant le temps dune campagne mais surtout la volonté qui est celle du gouvernement de faire de ces contrats de génération une grande opportunité pour les entreprises, pour les jeunes et pour les seniors.
Il ny a pas de préoccupation plus urgente. Il ny a pas de cause plus importante pour la cohésion nationale £ il ny a pas dexigence plus forte pour le gouvernement que la lutte contre le chômage. La réalité, nous la connaissons, cest quen cinq ans, le nombre de demandeurs demploi a augmenté dun million, dépassant ce quon appelle le seuil des trois millions et si je veux prendre toutes les catégories de demandeurs demploi, en cinq ans, le nombre a augmenté de 1,5 million, arrivant à ce chiffre qui est inquiétant pour tous ceux qui ont des enfants, tous ceux qui ont un emploi et tous ceux qui nen ont pas et en cherchent : près de cinq millions de personnes qui sont ainsi privées davenir.
Le fait que ce mouvement de hausse du chômage affecte toute lEurope et parfois avec plus de brutalité quici puisque le taux de chômage dans la zone euro atteint plus de 12% de la population active, contre 10,5% ici en France. Mais ce fait-là ne nous procure aucun soulagement et ne nous donne aucun répit. Au contraire. Nous avons cette obligation, obligation morale, obligation économique, obligation sociale, de lutter contre le chômage.
Les causes de ce fléau, cest dabord la faible croissance, pour ne pas dire la récession à léchelle de lEurope. Cest également linsuffisante compétitivité de notre appareil productif. Et enfin cest une démographie particulièrement dynamique dans notre pays. Ce qui reste une chance ! Cest quand même mieux davoir le renouvellement des générations même si çela nous procure ce devoir de fournir à des jeunes loccasion de pouvoir trouver un emploi et de réussir leur vie.
Dès lors, notre priorité, cest de retrouver le plus vite possible la croissance. Ça prendra du temps, mais nous avons engagé le processus. Mais lurgence, cest de mobiliser tous les moyens, je dis bien tous les moyens, pour créer des emplois et lobjectif que je me suis fixé, cest dinverser la courbe du chômage dici la fin de lannée. Cest difficile, on me le dit, on me le répète, cest difficile. Oui, cest difficile ! Mais si cétait simple, ce ne serait pas un objectif, ce serait un vu, ce serait un sentiment, ce serait une impression, ce serait une parole ! Non, ce doit être une volonté. Et avec le gouvernement, jentends bien que cet objectif soit tenu pour la fin de lannée.
Comment y parvenir ? Dabord en menant une politique cohérente en matière demploi, c'est-à-dire dans la durée, avec des instruments. Ensuite, en réformant courageusement un certain nombre de mécanismes dont celui de la formation professionnelle.
La cohérence de notre politique de lemploi, elle consiste dabord à mettre en uvre les instruments que nous avons créés en direction des jeunes, des séniors et des chômeurs de longue durée.
Dabord les emplois davenir : ils montent en puissance, le rythme saccélère, il y en a déjà plus de dix mille £ le ministre de lEmploi men fait régulièrement lévaluation et la montée en régime est inexorable. Je remercie dailleurs, une fois encore, les élus, les dirigeants des grandes associations et même des petites, de léconomie sociale et solidaire, de sengager. Je sais que les finances des collectivités locales ne sont pas faciles £ moi-même, jai eu des responsabilités au niveau communal et départemental, je sais ce que cest ! Mais je sais aussi ce que peut représenter de prendre dans une commune ou dans un département, des jeunes et leur donner le coup de main nécessaire pour quils puissent avoir confiance en eux-mêmes et pouvoir demain entrer sur le marché du travail. Donc les emplois davenir vont être au rendez-vous. 100.000 sont prévus à la fin de lannée.
Et puis il y a les contrats aidés, c'est-à-dire pour ceux et celles qui sont depuis trop longtemps écartés du marché du travail et qui vivent de prestations. Mieux vaut un contrat aidé quune prestation. Et là aussi, nous devons tout faire pour utiliser toutes les ressources qui sont aujourdhui mises à disposition des collectivités, des associations. Nous avons créé 120.000 emplois aidés de plus et nous avons même allongé leur durée, passant de neuf mois à douze mois pour donner un peu plus de visibilité à celles et ceux qui ont recours à ces solutions qui ne sont pas définitives, mais qui là encore permettent une insertion.
Ensuite, le contrat de génération, c'est-à-dire lidée que nous pouvons dans une entreprise, permettre à un jeune comme nous lavons montré dans votre commune, Madame la Sénatrice, après parfois un contrat de professionnalisation, parfois un contrat dapprentissage, parfois rien du tout, dentrer dans lentreprise avec un contrat à durée indéterminée et puis un senior qui va lui transmettre son expérience. Deux salariés qui vont se sentir confortés, valorisés et avec donc une prime qui est versée par lEtat à lentreprise qui fait ce choix.
Jai donc signé les premiers contrats et là encore il va y avoir la mise en uvre rapide de ce dispositif, puisque le Journal officiel vient de donner force de loi au contrat de génération. Mon objectif, cest que nous puissions avoir signé 75.000 contrats au cours des douze prochains mois 75.000 contrats, ça veut dire en fait 150.000 emplois emploi du jeune créé, emploi du senior maintenu.
Voilà les instruments que nous avons créés. Mais ici il y a des chefs dentreprise, je les salue £ ils savent bien que ce qui compte, au-delà des instruments, cest la compétitivité, cest la capacité à pouvoir assurer une commande lorsquelle est là et donc nous avons voulu faire que tout soit engagé pour améliorer la compétitivité de nos entreprises. Cest le fameux pacte qui fait suite au rapport GALLOIS et qui entre là encore en application.
Il y a la Banque publique d'investissement. Elle est aujourdhui opérationnelle. Elle associe dailleurs les régions, parce quil ny a pas dintervention possible sans la mise en valeur des territoires et donc la décision des élus. Le pacte de compétitivité, cest aussi le crédit dimpôt qui va donc dès cette année, être liquidé si les entreprises en font la demande et ce qui représente 4% de la masse salariale et 6% lannée prochaine. Un allègement du coût du travail, disons les choses, qui est offert sans conditions aux entreprises, sauf celles dinvestir, dembaucher et dêtre dans une meilleure situation sur les marchés pour passer des commandes.
Et enfin, il y a eu laccord sur la sécurisation de lemploi. Les mots sont compliqués, la réalité, elle est toute simple : les partenaires sociaux se sont mis autour de la table et ont pour beaucoup dentre eux préféré trouver un équilibre, faire en sorte que les salariés aient de nouveaux droits et que les entreprises puissent avoir la souplesse par rapport à un certain nombre de difficultés conjoncturelles. Cet accord va être traduit, c'est-à-dire va devenir un projet de loi £ il sera examiné au Conseil des ministres mercredi. Aussitôt et une fois les procédures satisfaites, il sera soumis au Parlement. Et jai bon espoir quà la fin du mois davril, au début du mois de mai, ce quon appelait « laccord entre les partenaires sociaux », ce qui est aujourdhui le projet de loi, devienne la loi de la République.
Quel sera le progrès attendu ? Pour les salariés, de nouveaux droits : laccès à une complémentaire santé beaucoup en étaient dépourvus la continuité de la couverture chômage, la limitation du temps partiel subi£ et enfin la participation dans les grandes entreprises des représentants des salariés dans les conseils dadministration. Voilà de belles avancées qui nétaient pas dailleurs imaginables dans un contexte de difficultés économiques, que les employeurs ont acceptées.
Du côté des entreprises, elles disposeront dun nouveau cadre pour mieux anticiper les difficultés économiques, il y en a, pour mieux y répondre, en évitant les plans sociaux et la contestation de ces plans sociaux avec des durées souvent interminables de procédures et lincertitude par rapport à un certain nombre de réalités tant pour les salariés que pour les employeurs. Désormais il y aura des accords majoritaires pour éviter des licenciements et pour permettre ladaptation nécessaire au maintien de lemploi car lobjectif, cest le maintien de lemploi, malgré les fluctuations de la conjoncture.
Voilà ce quune politique demploi cohérente peut être capable dengager pour lutter contre le chômage. Est-ce suffisant ? Il nous faudra encore des réformes courageuses et parmi celles-ci, il y a celle de la formation professionnelle.
Comment comprendre le constat a été fait tellement de fois avant moi comment comprendre quil puisse y avoir dans notre économie plus de trois millions de chômeurs et des employeurs qui nous disent quils ne peuvent pas trouver les salariés qui correspondent à leurs exigences et quelquefois même à leur marché ? Comment admettre que dun côté, il y a des personnes qui veulent, de bonne foi -parce que personne ne veut rester au chômage pour le simple plaisir davoir le statut trouver un emploi et des employeurs qui attendent des salariés avec les qualifications correspondantes ? Alors il nous faut régler cette adéquation entre les offres demploi et les demandes demploi.
Je me suis rendu ici dans le Loir-et-Cher, dans un centre dapprentissage assez exceptionnel il faut bien le dire, puisquil a pris une option sur des filières davenir. Exceptionnel, parce quil accueille non seulement des apprentis jeunes mais aussi des moins jeunes, des demandeurs demploi. Exceptionnel parce quil va y avoir un financement du programme dinvestissement davenir pour une nouvelle extension. Eh bien, jaffirme ici une volonté, celle dune formation professionnelle qui donne une fierté aux jeunes ou aux moins jeunes qui y sont accueillis et une certitude, une fiabilité aux entreprises qui pourront recruter dans les meilleures conditions les jeunes qui auront été ainsi formés.
Que dire de notre système de formation professionnelle ?
Dabord il représente 32 milliards deuros. Cest important. Cest une somme que les entreprises, pour beaucoup, acquittent ou que lEtat dépense. Ça mérite donc une évaluation. Cet investissement nécessaire, on le sait, ne donne pas toujours les résultats qui sont attendus. Pourquoi ? Parce que notre dispositif apparaît complexe, il lest, parce que même pour les professionnels, ce nest pas facile de sy retrouver. Il est cloisonné, chacun restant dans ses compétences et parfois faisant doublon et puis il est inégalitaire. Quelques illustrations : loffre de formation est trop concentrée sur les salariés qui eux-mêmes sont souvent les plus hauts dans la hiérarchie sociale et insuffisamment sur les demandeurs demploi. Les demandeurs demploi, les chômeurs représentent 13% de la dépense totale de formation, alors quon pourrait se dire que cest vers eux quil faudrait faire leffort le plus important et pas simplement, même si cest nécessaire, pour adapter les qualifications des salariés qui ont déjà un emploi. On saperçoit aussi que ce sont les salariés des grandes entreprises qui en bénéficient le plus, trois fois plus, que les salariés des TPE alors que ce sont souvent ces salariés-là qui auraient le plus besoin de pouvoir améliorer encore leurs qualifications ou valoriser leur expérience.
Alors si nous sommes conscients de ces faiblesses, même sil y a aussi des éléments de force que je veux souligner, car il y a heureusement des dispositifs qui marchent bien, nous devons nous donner un objectif là encore : faire que la formation professionnelle soit dirigée prioritairement vers les jeunes, notamment les jeunes peu ou pas qualifiés, vers les travailleurs précaires souvent des femmes vers les salariés de plus de cinquante ans qui peuvent être mis de côté pour longtemps et qui vont représenter un coût très important pour la société et pour eux-mêmes £ et enfin, nous devons orienter le système de formation vers les demandeurs demploi.
A cet égard, depuis dix mois, trois décisions importantes ont été prises.
Dabord le gouvernement, avec les partenaires sociaux, a pu dégager 500 millions deuros supplémentaires pour financer des actions de formation vers les jeunes et vers les demandeurs demploi, correspondant donc à lobjectif que javais fixé.
Ensuite, lAFPA, lAssociation pour la Formation Professionnelle des Adultes, le seul organisme public qui existe pour former souvent des demandeurs demploi et qui traversait une crise très grave, a été renfloué. Avec cet effort important, aujourdhui, loutil existe, il doit être pleinement utilisé et notamment pour ces formations de la deuxième chance.
Enfin, laccord du 11 janvier, qui a été passé par les partenaires sociaux, a décidé dune innovation très importante si elle est bien mise en uvre, cest la création dun nouveau compte personnel de formation. Quest-ce que ça signifie ? Cela veut dire que chaque salarié désormais, quels que soient son entreprise, son statut, son âge, son niveau de qualification, disposera dun droit dau moins vingt heures par an pour se former, c'est-à-dire accumulera des droits à la formation. Sil change dentreprise, il repart avec ses droits, ils ne disparaissent pas. Sil devient chômeur, il a accumulé un certain nombre de droits, il peut accéder à une formation. Et alors vous me direz : pour les jeunes qui sont sortis du système scolaire, ils ne vont pas attendre des années avant de se former ! Eh bien pour ceux-là, ils pourront en bénéficier par anticipation £ on ouvrira le capital avant même quil nait été constitué, une espèce de préfinancement. C'est-à-dire que chacun se voit doté maintenant dun capital, dun capital de formation, qui sera dautant plus élevé que justement la formation initiale aura été courte, pour que ceux qui sont sortis prématurément du système scolaire, puissent être requalifiés le moment venu.
Mais nous devrons aller encore plus loin et cest pourquoi jai demandé aux deux ministres Michel SAPIN et Thierry REPENTIN dorganiser dès le printemps, puisque le printemps est arrivé aujourdhui à Blois, une concertation entre les partenaires sociaux pour préparer un projet de loi sur la formation professionnelle et sur lapprentissage, qui devra à tous égards être prêt pour la fin de lannée.
Son but, réorienter les financements de la formation professionnelle vers les chômeurs et vers les salariés qui doivent affronter des mutations technologiques. Lautre objectif, cest que tout doit être fait pour accélérer les délais dans lesquels les demandeurs demploi accèdent effectivement aux formations auxquelles ils ont droit et dont ils ont besoin. Prenons peut-être la réalité daujourdhui. Seulement un chômeur sur quatre peut avoir une formation dans un délai de deux mois. Eh bien avec cette réforme, ce sera un chômeur sur deux£ on va doubler les moyens pour quil puisse y avoir très rapidement, chaque fois quil y a une situation de chômage, une proposition de formation qui puisse être proposée. Rendez-vous compte quaujourdhui, il y a un chômeur sur quatre qui peut passer quinze mois à POLE EMPLOI avant dentrer en formation ! Eh bien ce délai ne pourra plus dépasser six mois et six mois, cest déjà beaucoup !
Alors comment parvenir à ce résultat ? Dabord, je lai dit, en affectant plus de ressources de la formation professionnelle vers les demandeurs demploi. Ensuite, en rationalisant les rôles entre les régions, POLE EMPLOI notamment parce quaujourdhui et les régions et POLE EMPLOI peuvent financer des formations pour les demandeurs demploi. Alors qui fait quoi ? Eh bien désormais, après la loi sur la décentralisation, ce seront les régions qui seront pleinement responsables des commandes de formation et POLE EMPLOI pourra suivre individuellement les chômeurs pour les accompagner et leur permettre de retrouver le plus vite possible un emploi.
Former, cest bien. Mais bien former, cest mieux !
Comment bien former ? Dabord en mettant un peu dordre dans tous les organismes de formation. Il y en a dexcellents, il y a de bons et il y en a de moins bons. 55.000 aujourdhui. Est-ce que cest raisonnable davoir 55.000 organismes de formation ? Nous devons recentrer le système sur moins dorganismes et exiger plus de qualité. Il y aura donc un véritable système de certification comme on en demande pour les entreprises, de validation, dévaluation pour que lefficacité soit au rendez-vous parce quil ny a rien de pire que de dire à un jeune ou à un demandeur demploi ou à un salarié qui veut une transition vers une autre qualification, de lui proposer une formation qui ne débouche sur rien. Cest un gâchis financier dabord pour la collectivité, quel que soit le payeur, c'est-à-dire nous tous, et cest un gâchis humain car offrir une formation, cest offrir dune certaine façon une part despoir, de pouvoir trouver un meilleur emploi. Nous navons pas le droit doffrir une formation qui nest pas adaptée à un métier.
Nous devons également préparer les métiers de demain cétait dailleurs tout à fait clair dans le centre de formation du bâtiment de Blois parce quon voyait bien que ce nétaient pas simplement les métiers dhier qui doivent dailleurs être prolongés, cétaient de nouveaux métiers et notamment par rapport à la transition énergétique, à lisolation, à linvention du bâtiment de demain. Mais on peut faire ce même raisonnement pour les réseaux numériques, pour les services à la personne. Donc tous les métiers doivent à un moment être repensés et nous devons les remettre dans des filières davenir. Et cest parce que nous avons confiance dans la formation, que nous pensons que c'est un instrument de croissance que les programmes donc dinvestissement et davenir issus du Grand emprunt, ont été pour partie affectés à la création de centres de formation.
Parce que je considère quun centre de formation comme celui que je viens de visiter, cest un élément majeur de préparation de notre avenir et de la compétitivité des entreprises. Dores et déjà, il y a 56 dossiers qui ont été soutenus pour un montant de 240 millions deuros. Il y aura 12.000 places nouvelles dapprentissage qui seront ouvertes et également des places dhébergement, 4.000, et ce sont de très bonnes leçons que nous ont données les jeunes, en disant : cest très bien, vous nous formez, mais en même temps si nous ne pouvons pas nous loger, si nous ne pouvons pas nous transporter ! Donc nous devons faire aussi cet effort pour dailleurs des jeunes et des moins jeunes, si on veut favoriser la mobilité, il faut un hébergement qui puisse suivre et donc il y aura là encore pour les apprentis comme pour les demandeurs demploi qui auront un stage de formation professionnelle, des solutions qui seront proposées.
A Blois, cest un investissement de 7,5 millions deuros que lEtat consacre ainsi et qui sera complété par les collectivités locales, ce qui en fera un équipement de très haut niveau, notamment dans la production bois. Mais ce qui est vrai pour Blois, doit être vrai pour de nombreux établissements en France.
Je terminerai sur lidée de lalternance.
Cest une vieille idée. Nous avons regardé souvent des modèles à létranger mais cest une idée que nous pratiquons ici en France. Cest non pas une solution pour simplement des jeunes qui seraient en échec scolaire, sûrement pas, lalternance, ça doit être une solution pour tous les jeunes, quelles que soient les filières, de lenseignement professionnel, de lapprentissage ou de lenseignement général. Passer du temps en entreprise, faut-il aussi que les entreprises accueillent. Ça cest une responsabilité. Faut-il aussi que le système de formation et notamment universitaire, accepte cest en train de se faire cette idée. Donc nous devons développer lalternance sous toutes ses formes. Et dailleurs lapprentissage nest plus simplement au niveau 4 ou 5 £ aujourdhui, lapprentissage peut aller du BTS, licence professionnelle et même diplôme dingénieur. Donc il faut ouvrir lapprentissage, le proposer à tous les publics, y compris, je le disais, à des étudiants de lenseignement supérieur.
Mais comment comprendre que seulement 6% des apprentis, 6%, soient issus des zones quon appelle urbaines sensibles, c'est-à-dire des quartiers de nos villes ? Ça veut dire quon na pas fait leffort dorientation suffisant, quon na pas proposé des solutions dans ces quartiers-là, là où il y avait sans doute le plus de besoins. Donc nous devons ouvrir davantage lapprentissage.
Alors il y a une taxe qui sappelle la taxe dapprentissage et je vais faire une annonce : elle doit être entièrement consacrée à lapprentissage. Vous allez me dire : vraiment, si cest pour proférer une telle évidence, que la taxe dapprentissage serve à lapprentissage, mieux vaut ne pas faire de proclamation publique ! Pourtant, la taxe dapprentissage nest pas totalement affectée à lapprentissage £ une partie de la ressource va vers des établissements, par ailleurs très réputés mais qui ne sont pas forcément ceux que lon a à lidée quand on parle dapprentissage. Donc nous devons imposer de nouvelles règles. Jen appelle dailleurs aux entreprises puisque ce sont elles qui la versent£ jen appelle aussi à ces entreprises pour quelles embauchent des apprentis plutôt que de payer une pénalité parce que finalement on peut ne pas payer de taxe dapprentissage si on embauche des apprentis. Et pour tous ceux qui ne veulent pas payer dimpôt, cest quand même une bonne idée. On pourrait dailleurs généraliser cela à dautres impôts pour avoir une vocation, une incitation. Là en loccurrence, plutôt que de payer une taxe, embauchons des apprentis.
Je me tourne également vers les collectivités locales car elles accueillent aujourdhui moins de 6.500 apprentis. Elles pourraient faire davantage. Cest vrai quon nen avait pas nécessairement lidée puisque cétait des métiers de la fonction publique et quon ne pensait pas que lapprentissage pouvait être une filière. Oui, elle peut être une filière, y compris pour passer ensuite les concours et il y a des métiers très techniques dans nos administrations dEtat et de collectivités locales. Donc lapprentissage doit aussi être proposé à lensemble des collectivités publiques.
Enfin la formation professionnelle doit appeler à une clarification.
Qui fait quoi ? LEtat, c'est son rôle, doit être pilote en matière demploi et donc doit définir les instruments. Jai tracé ce quétaient aujourdhui nos instruments pour lutter contre le chômage. La région, elle doit être pilote, elle, en matière de formation des jeunes. Ce sera demain sa responsabilité en apprentissage et aussi pour la formation des demandeurs demploi. Les régions seront donc en charge du service public régional de formation professionnelle en complémentarité avec POLE EMPLOI. Il ne sagit pas de se substituer à POLE EMPLOI. Le rôle de POLE EMPLOI, cest de suivre, daccueillir, daccompagner les chômeurs. Le rôle des régions, ce sera de définir les formations. Pourquoi les régions ? Parce que cest à elles avec les chambres consulaires, avec les fédérations professionnelles, de déterminer la carte des formations, où sont les besoins, quest-ce quil nous faut prévoir pour telle ou telle filière dactivité. Les régions pourront donc donner cette indication. Et POLE EMPLOI pourra accompagner les chômeurs vers les formations qui seront ainsi proposées.
Enfin, il y a les partenaires sociaux, c'est-à-dire des entreprises et des salariés. Je rappelle donc quau-delà de la taxe dapprentissage dont je parlais il y a une taxe pour la formation professionnelle : 1,6% de la masse salariale. Beaucoup de cette ressource est affectée aux formations internes avec un organisme collecteur. Eh bien là encore, lorsque les fonds ne sont pas utilisés dans lentreprise et quils sont donc portés vers des organismes collecteurs, il ny a pas toujours une bonne utilisation de la ressource. Donc nous devrons, avec les responsables de ces organismes, faire en sorte que ces fonds puissent être affectés au plus bas niveau de formation des salariés, pour requalifier, notamment ceux qui peuvent être dépassés par un certain nombre de technologies et qui doivent rester dans lentreprise. Et une partie de ces fonds, je lai dit, devra être affectée à la formation des demandeurs demploi.
Voilà Mesdames et Messieurs ce que jétais venu vous délivrer ici dans votre département. La France et jen fais le constat à chacun de mes déplacements je la connais bien, la France nous sommes un certain nombre à pouvoir dire que nous lavons traversée, que nous avons entendu, écouté tant de Français parfois exprimer avec colère leur angoisse, leur inquiétude, il y en a aujourdhui, mais aussi leur envie, leur volonté, leurs aspirations ça faisait plaisir dentendre ces jeunes dire quils voulaient être créateurs dentreprise, dire quils voulaient être salariés, dire quils avaient choisi ce métier ou dautres qui entraient plein de fougue dans lentreprise la France, donc a des atouts considérables, un système éducatif qui peut être encore développé, elle a une jeunesse nombreuse ça nous distingue de tous les autres pays européens £ elle a une grande tradition des métiers, un réseau de PME, dartisans. Tout à lheure, il y avait une jeune qui avait retrouvé une citation dEINSTEIN -je la félicite pour ses recherches et nous, nous pensions que cétait sur la théorie de la relativité, ce qui pouvait avoir quelque intérêt pour un certain nombre détudes- qui disait que « lartisanat est lavenir du monde »!
Alors nous avons ces atouts-là et pourtant nous ne les exploitons pas assez. Trop de jeunes ne sont pas orientés vers les filières professionnelles qui leur garantiraient lavenir. Ça veut dire que beaucoup vont vers des filières qui ne mènent nulle part et qui attendent en plus des mois et des mois avant quon les requalifie. Trop peu de salariés, jen faisais le constat, sont concernés par la formation professionnelle. Et quelquefois, jen ai rencontré, notamment des femmes, qui ont pu passer plus de quarante ans dans une entreprise sans jamais suivre un stage de formation professionnelle et connaître le même niveau actualisé de rémunération, du début jusquà la fin de carrière, toujours au SMIC !
Trop de chômeurs nont une formation que pour les accompagner pendant un temps, ce quils appellent eux-mêmes les stages « parking ». Donc nous ne pouvons plus accepter ces paradoxes : autant datouts, autant de forces, autant de vitalité, autant dopportunités et finalement trop peu de résultats. Cest pourquoi le système de formation doit être modernisé parce que cest un atout, cest une arme majeure dans la lutte contre le chômage.
Alors on me dira : est-ce quil faut dépenser davantage ? Non. On peut même faire mieux en dépensant peut-être moins, à condition que nous nous mobilisions tous, que nous fassions preuve dintelligence et aussi de responsabilité, que nous ne cherchions pas selon les organismes que nous gérons, les compétences que nous pouvons détenir par nos fonctions, à capter, à diriger. Non, il faut accepter que nous puissions être tous utiles et que nous puissions rationaliser parce que ce qui compte, ce nest pas de savoir qui va décider, cest qui va pouvoir bénéficier dune bonne formation.
Voilà pourquoi la bataille pour lemploi, la lutte contre le chômage peuvent être gagnées.
Ce sera, je lai dit, difficile, la croissance, elle ne se décrète pas, il y aura une politique économique à mener avec nos pays européens parce que laustérité ne peut pas être la seule destinée de lEurope. Il y aura sûrement encore des efforts à faire sur la maîtrise de nos comptes publics parce que le déficit ne peut pas être toléré, parce que lendettement vient à un moment à être un frein à lactivité économique et à la croissance.
Donc nous devons faire de la croissance, bien gérer nos finances publiques et en même temps mobiliser tous nos instruments et avec une bonne formation professionnelle. Et à ces conditions-là, oui je pense que nous réussirons.
Nous réussirons, non pas pour nous-mêmes, nous réussirons pour la France parce que quand on sait que notre pays a autant de chances, datouts, de conditions pour réussir, notre devoir, cest de lui permettre davoir de lespoir.
Merci.

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