Publié le 23 janvier 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les efforts du gouvernement en faveur de la jeunesse, à Grenoble le 23 janvier 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les efforts du gouvernement en faveur de la jeunesse, à Grenoble le 23 janvier 2013.

23 janvier 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et Messieurs les ministres,
Monsieur le maire de Grenoble, cher Michel DESTOT,
Monsieur le président du Conseil général de lIsère, cher André VALLINI,
Mesdames et Messieurs les parlementaires, les élus,
Mesdames, Messieurs,
Chers jeunes,
Je pense que vous avez donné, par votre conclusion, un sens à mon introduction : cest vous qui allez porter votre avenir £ cest vous qui allez donner la chance à ce pays davancer £ cest vous qui avez les réponses. Nous, notre devoir celles et ceux qui ont par le suffrage universel un mandat et qui lexercent , cest de vous donner toutes les occasions, toutes les conditions pour que vous puissiez réussir votre vie et donc faire réussir la France.
Jinterviens, pour ces vux à la jeunesse, dans un contexte que chacun connait et qui nétait pas prévu, celui de lintervention de la France au Mali. Cest un moment grave, cest une solidarité que nous apportons à un pays ami - lun des plus pauvres du monde -, cest un combat que nous engageons aux côtés des Africains pour assurer lintégrité territoriale dun pays souverain et en même temps protéger les autres contre le terrorisme.
Vous pourriez me dire « mais nous sommes loin des vux à la jeunesse ! ». Et pourtant... Les soldats qui sont présents au Mali les soldats français ont votre âge. Jen ai rencontré qui avaient à peine 19 ans et dautres qui se sentaient déjà vieux quand ils en avaient 23. Ils partaient sur un terrain quils ne connaissaient pas £ ils le faisaient avec fierté, dévouement, parce quils remplissaient une mission au nom de la France. Ils avaient aussi besoin davoir confiance dans lordre que je leur donnais. Ils ne le discutaient pas puisquils sont soldats. Ma responsabilité était donc de faire intervenir ces jeunes Français là où je pensais que cétait non pas lintérêt de notre pays mais lintérêt du monde.
Je reviens à ces vux à la jeunesse en pensant à ces soldats. Je le fais à Grenoble parce que cest la ville la plus jeune de France £ parce que la moitié de la population ici, dans lagglomération, a moins de 30 ans, parce que cest une ville universitaire Madame FIORASO en est la ministre, des Universités - £ parce que cest une ville dexcellence, de recherche, de connaissance, de savoir £ parce que cest une grande métropole à léchelle européenne £ parce que cest une ville qui réussit £ mais aussi parce que cest une ville qui souffre, avec des jeunes qui peuvent se sentir à un moment délaissés, oubliés, écartés, discriminés.
Jétais à Echirolles il y a quelques semaines, après le drame qui sy était produit. A cette occasion, jai rencontré les familles pleines de dignité, les frères et les surs qui voulaient y croire malgré la douleur. Là encore, vous avez donné lexpression de la dignité et de la solidarité. Bien sûr, beaucoup avait aussi lesprit de vengeance, mais avait également confiance dans la justice de la République et dans la capacité de notre école le ministre de lEducation est là à offrir un avenir différent du présent daujourdhui.
Voilà pourquoi je suis ici à Grenoble pour parler de la jeunesse.
Je veux saluer linitiative qui a été prise. Elle na pas été préparée par je ne sais quelle officine de communication ou quelle organisation administrative. Cela vient dun groupe qui sest constitué librement, ou en tout cas qui a été réuni par des rencontres et qui a aussi produit librement ses propositions. Je veux remercier Martin HIRSCH davoir constitué ce groupe, Isabelle GIORDANO de lavoir animé et surtout ces jeunes de sêtre exprimés avec talent, avec confiance parce que ce quils mont dit - cela a été le premier mot quils ont prononcé : « Vous avez de la chance en France davoir une jeunesse dynamique, confiante dans son avenir ».
Cest dailleurs le paradoxe français : les jeunes ont confiance dans lavenir, même si parfois ils sinterrogent pour eux-mêmes. Ceux qui doutent le plus ce sont leurs parents, parce quils sinquiètent du devenir de cette génération.
Alors mon devoir - mon premier devoir - est de faire que la jeunesse soit latout de notre pays, le levier à partir duquel, grâce auquel, nous allons pouvoir donner confiance à la société dans son ensemble.
Mon message est donc simple aujourdhui à loccasion de ces vux à la jeunesse : cest de lui donner non pas sa chance, mais toutes ses chances pour que la promesse de la République continue à être effective. Un doute sest installé depuis trop dannées. Ce doute, cest celui qui tenaille tant de parents et de grands-parents : « est-ce que nos enfants vivront mieux que nous ? » Et comme ils y répondent parfois avec interrogation et même négation, nous devons inverser ce processus.
Oui, notre devoir, cest que nos enfants vivent mieux que nous. Et pour cela, il doit y avoir une mobilisation générale. Cette jeunesse qui sest exprimée, elle nest pas le reflet de toute la jeunesse de France, même sil y a suffisamment de parcours différents pour lui donner du sens à travers ce groupe. Ce qui sest exprimé, cest à la fois un besoin de liberté, dindépendance, de souveraineté même, pour assurer les premiers pas de chacun de ces jeunes et en même temps le besoin dêtre accompagné, parrainé, davoir des repères pour les premiers moments de la vie. Cest le rôle de lÉtat, le rôle aussi de lensemble des acteurs publics dêtre capables de fournir cette transmission.
Jai fait de la jeunesse la première priorité du quinquennat, non pas parce que je voulais flatter une génération ou parce que javais à préférer celle-ci parce quelle était plus jeune que celle-là. Non, jai considéré quaider la jeunesse, lui permettre de retrouver une espérance, cétait donner un horizon à toute la France, à toute la société. Parce que quand un pays peut donner cette certitude que la génération qui vient va vivre mieux que la précédente, alors ce pays avance. Mais inversement, quand il nest plus capable dassurer cette promesse, il décline.
Or il ny a pas de fatalité. Je crois au progrès. Je crois à la marche continue de lhumanité. Je crois à la France, à ses capacités de pouvoir rester une grande nation dans le monde, en Europe. Je crois à lEurope - le message ma été adressé -, cette Europe qui, elle-même, sinterroge sur sa puissance, vit dans le syndrome de son propre déclin, lutte pour préserver ce quelle a - sa monnaie, son marché - alors quelle a toutes les conditions pour rester la première puissance économique. Cette Europe où certaines nations en son sein commencent à se poser la question de savoir si elles vont rester, en Europe, alors que je me souviens lhistoire est longue quun pays notamment avait frappé à la porte avec tant dobstination pour y rentrer que je trouverais dommage quil en sorte aussi rapidement. Nous devons donc aussi dire à la jeunesse que lEurope est également une condition de son propre épanouissement.
Dire que la jeunesse doit être une priorité, cest aussi, dabord, prendre conscience de ce quelle vit.
La crise frappe indistinctement. Elle ne fait pas le tri entre les citoyens. Mais ce qui est sûr, cest quelle touche dabord la jeunesse. Cest elle qui est la génération, je nose pas dire sacrifiée, mais punie par la crise. 500 000 jeunes de moins de 25 ans sont au chômage. Le taux de chômage des jeunes sélève à 25 % de la population dune génération. Dans certains quartiers, ce sont 30, 40 %. En Outre-mer, ce sont 50 %. Un jeune sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. Un jeune attend en moyenne vingt-sept ans je dis bien vingt-sept ans avant de connaître son premier emploi stable. Les jeunes ont de plus en plus de difficultés ils lont dit à pouvoir accéder au logement. Mais même leur droit à la santé sest rétracté. Des principes comme ceux de laccès à la contraception sont maintenant contestés, lenvie de créer une entreprise, de porter une initiative est souvent contrariée par une trop grande complexité.
Voilà le constat ! Et en même temps, malgré la crise et en dépit de ces difficultés économiques, il y a encore tant dinitiatives qui sont prises, tant dengagements qui sont marqués chaque jour, tant de créations dentreprises et notamment dans les quartiers les plus en difficulté ! Alors, voilà, nous sommes dans cette situation où il y a à la fois tant de raisons de nous désoler et, en même temps, tant de motifs de nous mobiliser.
La première des priorités je lai dit , cest la jeunesse et donc cest léducation.
Là encore, jai entendu les attentes. Elles sont fortes et le ministre de lÉducation est bien placé pour le savoir. On lui demande tout : dassurer une formation dexcellence, davoir des rythmes scolaires qui soient adaptés aux intérêts de lenfant, mais que les enseignants puissent avoir les conditions de travail les meilleures, que les parents puissent suivre léducation de leurs enfants, que les élèves soient bien orientés, que les entreprises puissent disposer dune main-duvre bien formée et bien qualifiée Nous avons fait le choix de donner tous les moyens, y compris dans cette période de difficultés budgétaires, à lécole et à léducation.
Nous allons créer les emplois denseignants, de personnels de léducation : soixante mille sur le quinquennat. Cest le seul budget qui ait eu ce traitement, au détriment des autres, et je remercie les autres ministres de lavoir compris. Nous voulons donc quil y ait toutes les ressources disponibles - celles que nous pouvons engager aujourdhui - pour léducation.
Mais linterpellation qui ma été faite aujourdhui est celle de lorientation et cest venu à plusieurs reprises. Dabord, ces filières professionnelles qui ne sont pas suffisamment reconnues, ces métiers qui ne sont pas valorisés, ces modèles sociaux qui sont reproduits et qui ne font pas valoir quun certain nombre dactivités puissent être non seulement nobles, mais utiles pour léconomie. Nous devons donc faire en sorte que ces filières-là soient dabord pour les parents une source de confiance lorsque les enfants y sont orientés. Nous devons faire en sorte que lenseignement professionnel et lapprentissage puissent être aussi regardés comme des filières dexcellence.
Nous devons également avoir le souci de la mixité, pouvoir trouver dans les mêmes établissements à la fois ceux qui suivent des filières professionnelles et ceux qui suivent des filières denseignement général, que nous puissions donner cest la tâche de la ministre de lEnseignement supérieur à ceux qui ont suivi les filières professionnelles, le droit de pouvoir aller à lUniversité et notamment dans les instituts universitaires de technologies, parce que cest leur place et quil ny a aucune raison que les bacheliers denseignement général occupent un certain nombre détablissements qui ne leur sont pas destinés. Il faut quil y ait aussi de la mobilité, quil ny ait aucun déterminisme, aucune fatalité qui fasse que dès la 6e, le parcours soit connu.
Nous allons donc réformer lorientation. Nous allons faire en sorte de le faire dans la concertation avec les personnels mais aussi avec les régions parce que ce sont elles qui peuvent également nous aider à prévoir ce que sera lemploi de demain. Nous allons faire en sorte quil y ait aussi un parcours individuel dinformation, dorientation, de découverte. Je retiens la proposition qui a été présentée par ces jeunes : quil y ait des temps où lélève puisse sortir de létablissement, faire un stage, un voyage £ permettre aussi que des entreprises, des associations viennent dans les établissements scolaires pour ouvrir les esprits, montrer quil y a des métiers auxquels les jeunes et peut-être même les enseignants navaient pas lidée.
Cest donc un vaste chantier essentiel parce quaucun jeune et cela vaut aussi pour leurs parents ne doit avoir le sentiment que son destin est inscrit avant même quil nait eu le moindre diplôme, que sa vie nest pas déterminée à lavance et quil a donc toutes ses chances.
Ensuite, il y a la grave question du décrochage de ces jeunes qui ne vont même pas jusquau bout de lobligation scolaire. On peut punir leurs parents, on peut leur enlever les allocations familiales, cela ne changera pas la réalité. Ce quil faut faire de ces jeunes, cest les accueillir dans dautres établissements, leur fournir tous les éléments qui leur redonneront confiance en eux et en leur capacité à revenir ensuite dans un cycle scolaire.
Moi, je ne peux pas admettre que 140 000 jeunes sortent chaque année du système denseignement sans aucune qualification, sans aucun diplôme. Jai donc fixé lobjectif de diviser ce nombre par deux dici la fin du quinquennat. Nous devons faire en sorte quaucun décrochage ne soit irréversible. Et les jeunes qui se seront perdus et bien nous les reprendrons sous différentes formes. Pourquoi pas dailleurs le service civique ? Il pourrait être lune des réponses à un moment dans ce parcours, pour quelques mois, le temps là encore davoir été utile aux autres - donc utile à soi-même - et de revenir vers un parcours scolaire ?
Ces jeunes qui nauront pas pu, faute de moyens suffisants, accéder à un niveau de qualification plutôt que de les laisser attendre, pendant combien dannées dailleurs, un emploi qui ne viendra jamais nous avons lidée dune garantie qui leur serait apportée et qui nest pas une allocation. Jentends déjà ceux qui nous diraient que ce serait de lassistanat ! Non, il sagit dune garantie qui leur permettrait davoir des moyens de vivre dignement et en même temps, en contrepartie, lobligation de se former, de se qualifier.
Cette nécessité de lorientation, on ne la trouve pas simplement au collège ou au lycée, nous devons la trouver également dans lUniversité. Trop de jeunes sinscrivent à lUniversité et connaissent un parcours déchec. Là encore, nous réformerons le premier cycle. Nous ferons en sorte quil soit moins spécialisé, quil ouvre plus de possibilités pour la réussite des jeunes. Nous décloisonnerons autant quil sera possible les filières pour que grandes écoles, Universités et instituts de technologies puissent être autant de passerelles entre les établissements et entre les jeunes. Nous doublerons la formation universitaire en alternance pour quil y ait davantage dexpériences dans lentreprise.
Là encore, jai entendu les jeunes nous dire quils voulaient des stages pour, justement, connaître lactivité économique, quils étaient même prêts à ce que les entreprises viennent dans les établissements. Je leur ai dit : « sil y a trente ans, on mavait fait cette proposition, jaurais dit que le capital nentrerait pas dans les Universités ! » Mais aujourdhui, le capital, cest eux ! Et ils demandent que les entreprises viennent pour leur proposer un certain nombre de formules, dexpériences nouvelles, à la condition néanmoins que ces stages ne soient pas des emplois gratuits, quil ny ait pas un abus, quil ny ait pas une utilisation du besoin de ces jeunes de se former simplement pour avoir une main-duvre disponible et qui ne serait pas rétribuée pour son travail. Nous encadrerons donc les stages et nous multiplierons les possibilités pour les jeunes de les trouver dans les entreprises.
Enfin il y a la question de laide aux étudiants, de lallocation qui a été une nouvelle fois proposée. Nous avons aujourdhui à peu près six cent trente mille étudiants boursiers. Nous remettrons, là encore, le système des aides à plat au sens que nous ferons en sorte que les mécanismes puissent être revus, de façon à ce quils soient les plus utile, les plus justes et les plus efficaces.
Mais au-delà de lécole, de léducation, de lUniversité, notre grand engagement doit être lemploi. Jai donné les chiffres du chômage des jeunes. Lurgence, cest de permettre à ces jeunes, notamment ceux qui sont les moins qualifiés, les plus éloignés du marché du travail, de pouvoir retrouver lespérance. Ce sont les « emplois davenir » et nous en créerons cent mille en 2013, davantage encore en 2014. Je lance donc un appel aux collectivités locales, aux grandes associations, à léconomie sociale et solidaire, aux coopératives, aux jeunes entreprises, de pouvoir accueillir des jeunes en « emplois davenir ».
Et puis pour tous ces jeunes qui demandent une expérience mais aussi une stabilité, nous avons créé le « contrat de génération » qui est cette idée simple : lorsquune entreprise embauche un jeune avec un CDI et garde un senior pour que le senior fasse le tutorat - laccompagnement du jeune -, cette entreprise bénéficie dune prime qui pourrait aller jusquà quatre mille euros pendant trois ans. Cette idée du « contrat de génération » peut être généralisée pour la transmission dentreprise et généralisée également pour la création dentreprise.
Chaque fois quil y a un tuteur et un jeune qui font ensemble cause commune, il doit y avoir un soutien de lÉtat. Cest la belle idée de la transmission ! Cest la belle idée de la solidarité entre les âges qui, jusquà présent, navait pas besoin de primes, de subventions ou dincitations pour être effective parce quelle se faisait naturellement je pense aux entreprises artisanales , mais qui, aujourdhui, compte tenu de létat de léconomie, avec des grandes entreprises, avec des PME, doit être portée par une formule juridique nouvelle. Cest le contrat de génération.
Et puis il y a aussi cette lutte contre la précarité. Un accord important a été signé entre les partenaires sociaux et les employeurs pour que, désormais, les contrats courts soient davantage coûteux pour lentreprise qui les multiplie et que les contrats longs, cest-à-dire les CDI, puissent revenir moins chers que les CDD. Nous transposerons rapidement laccord qui vient dêtre signé entre les syndicats et le patronat pour quil y ait, justement, cette lutte contre la précarité.
On ma parlé de discriminations. Et cest vrai, cest plus dur pour un jeune garçon, une jeune fille dobtenir un emploi même sil a un diplôme, sil porte un nom qui sécrit plus difficilement que les autres et sil habite un quartier qui est plus connu que les autres. Nous constatons je rappelais ces chiffres que dans certaines cités, les taux de chômage des jeunes dépassent 40 %. Alors nous avons et cétait un de mes engagements de campagne pour lélection présidentielle , nous avons créé les emplois francs.
Cela veut dire quoi les emplois francs ? Ce nest pas parce quil y avait des emplois mensongers précédemment. Non, les emplois francs, cest lidée que chaque jeune qui habite un quartier que lon considère comme plus difficile que dautres porte par son adresse, par son lieu de vie un avantage en termes de cotisations sociales et dimpôts. Jusque-là, il y avait les zones franches : demander aux entreprises de venir dans certains quartiers. Certaines lont fait et je veux saluer leur investissement, dautres ont préféré rester en dehors. Là, sans remettre en cause ces zones franches, nous ferons en sorte que les habitants de ces quartiers et les jeunes puissent avoir une chance de plus, un atout de plus pour lemployeur.
Je veux aussi aider les jeunes à créer leur entreprise. La demande ma été adressée, elle est pertinente. Je viens de visiter une jeune entreprise grenobloise (WIZBII) qui met en relation des jeunes qui veulent mettre leurs diplômes en valeur et les entreprises, notamment de nouvelles technologies, qui cherchent un certain nombre de compétences. Et cette entreprise aide même à la création dentreprise ! Formidable idée quInternet produit ! Cela cest linitiative privée. Elle na pas à être ni encouragée ni découragée. Mais nous devons faire davantage et je retiens la proposition qui ma été faite, cest-à-dire soutenir dès le départ des projets de création des jeunes par le microcrédit, par des prêts, par des garanties. Et une des vocations de la Banque Publique dInvestissement, pas à Paris, mais dans les régions, ce sera précisément de venir en soutien aux entreprises, aux nouvelles entreprises et à celles notamment créées par les jeunes.
Ensuite, il ma été rappelé que pour un jeune qui voulait son autonomie, son indépendance, qui voulait même accéder à un emploi, le droit au logement était essentiel. Jai donc demandé au gouvernement de préparer la mise en place dune garantie universelle et solidaire des risques locatifs. De quoi sagit-il ? Dune mesure pour les jeunes ? Non, dune mesure pour tous les locataires qui ferait que pour un propriétaire, si cette garantie existait, il y aurait une assurance contre le risque dimpayé. Cest une réforme originale et lourde. Mais, en réalité, elle sera essentiellement au bénéfice des jeunes parce que ce sont eux qui ont le plus de mal à fournir des cautions. Ou alors ce sont leurs parents qui doivent les prodiguer quand ils le peuvent. Avec ce mécanisme que la ministre du Logement est en train de préparer, il y aura donc cette garantie universelle. Je souhaite quà la fin de lannée, nous puissions avoir créé ce mécanisme.
Autre interrogation, le droit à la santé. Là encore, je vais évoquer laccord qui a été passé entre les partenaires sociaux et qui va permettre de généraliser ce quon appelle la « Complémentaire santé » à tous les salariés. Mais les jeunes, ils ne sont pas encore salariés et nous constatons quun jeune sur six na pas de Complémentaire santé, ce qui revient à dire que les jeunes se soignent moins bien que leurs parents. Nous aurons donc à cur de proposer aux jeunes une formule de généralisation aussi des Complémentaires santé.
Jajoute que pour la contraception, le gouvernement a introduit un kit gratuit pour les mineurs et conduira en 2013 une grande campagne dinformation, déducation sexuelle dans les établissements, hors des établissements parce quil nest pas admissible quune jeune fille puisse être enceinte sans lavoir voulu à quinze ans, à seize ans et recoure à une IVG et, parfois, ny recoure pas parce quil nest pas si simple daller aussi dans un centre de Planning Familial. Et cette réalité, elle nest pas celle de la France dil y a quelques années, cest la réalité daujourdhui qui sest même aggravée depuis plusieurs années, faute de services publics suffisants en matière de santé.
Voilà ce que je voulais dire à tous ces jeunes qui me questionnaient mais qui, en même temps, affirmaient des principes. Je les ai écoutés. Il y a trois volontés, trois exigences qui ont été rappelées. Sans doute ne sont-elles pas différentes de celles que nous-mêmes à leur âge nous avions à lesprit. La première de ces exigences, cest louverture. Aucun jeune ne veut être enfermé ni dans son établissement, ni dans son quartier, ni dans son destin. Tous les jeunes demandent à vivre non seulement libres, mais à être véritablement des citoyens dans la société avec des droits, des devoirs, avec une volonté de participer, avec une reconnaissance, un respect, y compris pour les contrôles de police cela peut arriver.
Louverture, cest donc le principe sur lequel notre société sest fondée ! Cela veut dire quoi ? Cela veut dire être mis en relation, être informé. Finalement, le grand privilège qui existe dans nos sociétés, ce nest pas simplement entre ceux qui ont du capital et ceux qui nen ont pas cest déjà un premier élément de disparité , cest entre ceux qui ont les informations et ceux qui ne les ont pas, ceux qui savent sorienter et ceux qui ne le savent pas, ceux qui ont des réseaux, des appuis, des soutiens et ceux qui nen ont pas.
Nous devons donc faire en sorte, tous les acteurs publics, douvrir. Cest également la responsabilité des collectivités locales. Jai entendu une proposition elle peut paraître utopique , quil y ait des espaces, des lieux où lon puisse se rencontrer, échanger, avoir des expériences qui soient confrontées les unes les autres, ce quils ont fait finalement puisquils ne se connaissaient pas.
Le second principe, la seconde volonté, cest la mobilité. Etre jeune, cest voyager. Vous me direz, aujourdhui, cest le troisième âge qui voyage. Cest un signe des temps ! Avant, cétaient les jeunes qui voyageaient. Mais cest cher, cest rude, cest dur ! Toutes les procédures européennes doivent donc être maintenant dirigées vers les échanges, les voyages, les mobilités.
Il a été évoqué le programme Erasmus. Nous étions, mardi dernier, en Allemagne, les ministres, les parlementaires. Michel DESTOT était présent. Nous étions en Allemagne et nous parlions de ce quavait été le traité, il y a cinquante ans, entre la France et lAllemagne de réconciliation et damitié. Le général de GAULLE et Konrad ADENAUER : soixante-douze ans pour le général de GAULLE, quatre-vingt-sept ans pour Konrad ADENAUER. Cela donne de la perspective pour ceux qui ont encore cinquante-huit ans qui sont à la tête de lÉtat ! Ces deux personnages font un traité de réconciliation. Et quel est le seul engagement quils prennent lun par rapport à lautre ? Cest pour la jeunesse. Parce quils avaient compris quil fallait dépasser les clivages, les guerres, les oppositions, cétait la jeunesse qui pouvait être le socle à partir duquel pouvait se construire une amitié et lEurope avec.
Cette Europe, elle doit donner là encore toute sa place à la jeunesse. Le programme Erasmus parce quil y a toujours quelques esprits grincheux qui voudraient le remettre en cause , doit être non seulement conforté, mais élargi. Je rappelle quil a déjà bénéficié à quatre cent cinquante mille jeunes Français, mais souvent parmi les plus favorisés de notre société. Le programme Erasmus doit donc être élargi à ceux qui sont dans les filières professionnelles, à ceux qui sont dans lapprentissage.
De la même façon, nous devons faire en sorte que tout jeune, à un moment, dans son parcours scolaire, universitaire, professionnel, puisse avoir une expérience à létranger, puisse vivre une partie de sa vie pas trop longtemps à létranger. Après, ils choisiront leur destination. Il y a des modèles, vous verrez si vous les suivrez. Je ne suis pas sûr que ce soient des préoccupations fiscales qui vont vous mobiliser à ce stade donc vous pouvez choisir tous les pays du monde et pas seulement ceux où il fait froid. Allez dans les pays chauds, allez apporter votre soutien, votre solidarité, votre engagement. Oui, il faudra donc introduire aussi ces formules, y compris dans la formation professionnelle ! Pourquoi ne pas reconnaître dans le droit à la formation professionnelle le droit à faire cette expérience internationale ?
Mobilité, ouverture, engagement. Oui, lengagement. Cest, finalement, le privilège de la jeunesse de penser quelle peut changer le monde, de croire quil est possible davoir un destin plus grand que soi. Cest le rêve de la jeunesse dimaginer que la génération qui arrive va décider de tout. Lengagement doit donc être au cur de ce quune société peut offrir à une génération. Cela peut être un engagement associatif. Ici, beaucoup ont déjà fait ce choix. Ce qui veut dire que léducation populaire dont on parlait au lendemain de la guerre sest perpétuée et que les jeunes ont, en réalité, toujours eu cette conviction que lassociation peut rendre plus fort. Mais une proposition ma été faite et je la retiens, cest quon puisse valider lexpérience dans une association comme une expérience professionnelle, que celles et ceux qui ont permis une solidarité à légard des personnes âgées, qui ont fait un travail dans un quartier, qui ont fait de laccompagnement scolaire, puissent avoir même un diplôme qui leur reconnaisse ce quils ont fait.
Lengagement, cest aussi lengagement politique. Peut-être pourrait-on dabord faire en sorte quil puisse y avoir des jeunes dans les Conseils économiques, sociaux, environnementaux dans chaque région. Après, on verra si on fait des quotas pour les Assemblées il y a déjà du travail pour réussir la parité ! Mais comme on va faire le non-cumul des mandats, cela ouvrira quelques places supplémentaires. Mais il faudra que vous sautiez dessus parce quelles seront vite occupées. Et puis en même temps, il faudra les lâcher un moment parce quon nest pas jeune toute sa vie même si on le croit. Cest cela lillusion. Cest pour cela quil y a des élus comme moi dailleurs qui ont une très longue carrière politique, pensant quils sont toujours jeunes. Ce que je peux donc vous dire pour la politique : « prenez vos responsabilités, pensez que vous pouvez vous présenter à des mandats ». Nous arrivons à la veille délections municipales, allez chercher des places, revendiquez-les. Et si vous êtes électeurs, regardez la composition des listes et votez en conséquence.
Lengagement, oui. Lengagement civique aussi. Et je veux saluer ce quest le service civique, lidée qui avait été lancée par Martin HIRSCH, quil a réussi à traduire dans les faits, ce que lon appelle dans dautres pays le volontariat. Mais en France, comme on avait la nostalgie du service militaire, on a appelé cela le service civil ou le service civique.
Aujourdhui, il y a vingt mille jeunes qui sont en service civique. Je propose quà la fin du quinquennat, nous soyons à près de cent mille. Mais déjà, si nous pouvions être lannée prochaine à trente mille jeunes, ce serait déjà un progrès malgré nos contraintes budgétaires parce que nous considérons quà un moment, être utile aux autres, cest être utile à soi-même, que les jeunes qui sont passés dans le service civique nen sont pas sortis de la même manière quils y étaient rentrés, quils ont eu une expérience rare.
Je demande aux collectivités locales daccompagner les services civiques. Des jeunes qui peuvent être en service civique peuvent être aussi ceux qui vont encadrer les « emplois davenir ». Ceux qui vont être en service civique vont pouvoir faire aussi le travail transgénérationnel qui était souhaité : aller vers les plus anciens que soi, être capable de comprendre ce quest la sagesse dune génération, ce quest lenthousiasme dune autre. Le service civique doit donc être pour nous une référence.
Je veux terminer cette séance de vux qui est autant dengagements parce que nous ne pouvons plus être simplement dans les souhaits, dans les incantations, dans les attentes. Nous devons traduire maintenant dans les actes nos engagements. Quand jévoque la jeunesse, jévoque la société toute entière. Quand je prends la génération qui vient comme la génération qui doit recevoir de nous toute notre attention, je le dis pour la cohésion même de notre pays. Jai réfléchi sur ce qui était susceptible de réunir, de rassembler une nation comme la nôtre traversée par tant de clivages, tant de sensibilités, parfois tant dindividualisme, mais cest ce qui nous constitue.
Quest-ce qui, finalement, à un moment, va nous réconcilier ? Quest-ce qui va nous élever ? Quest-ce qui va nous permettre de nous sentir une nation fière et forte ? Cest tout simplement ce que nous pouvons faire pour les jeunes, non pas pour les satisfaire, ils ne le seront jamais. Ils seront même toujours dans la revendication parce que cest leur nature, cest leur mission. Mais nous, nous devons nous rassembler. Et cest mon mandat de président de la République de permettre le rassemblement du pays, lapaisement de la France et surtout doffrir la belle perspective de faire avancer la France.
Je vous lai dit, nous sommes le pays qui a la vitalité démographique la plus dynamique dEurope. En 2030 ou 2035, il y aura soixante et onze millions dhabitants en France, soixante-dix-sept millions seulement, si je puis dire, en Allemagne. Nous serons le pays le plus jeune dEurope. Cest cet atout-là que je veux donner comme facteur despérance à notre pays. Et si jai un vu à formuler, cest que la France fasse confiance à sa jeunesse parce quen faisant confiance à sa jeunesse, elle assurera son avenir et sa propre réussite. Merci.

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