Le Président de la République s'est rendu à Chypre à l'occasion de la réunion informelle du Conseil Européen, le 23 et le 24 avril 2026.

Il a débuté sa visite à Chypre par une séquence bilatérale qui a permis une discussion approfondie avec le Président Nikos Christodoulides.

Ils ont abordé les enjeux liés au partenariat stratégique entre les deux pays, la stabilité régionale en Méditerranée orientale et la situation au Proche-Orient et au Moyen-Orient. 

Revoir les propos introductifs : 

Le chef de l'État et le Président Nikos Christodoulides ont aussi évoqué le bilan à mi-parcours de la présidence chypriote du conseil de l'UE et nos priorités européennes, en particulier le soutien à l'Ukraine et l'agenda européen de compétitivité

Puis, ils se sont adressés à la presse. 

Revoir les déclarations à la presse :

23 avril 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Déclaration conjointe du Président de la République et du Président de la République de Chypre.

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup, Monsieur le Président, cher Nikos.
Mesdames et Messieurs les ministres,
Madame l'Ambassadrice,
Monsieur l'Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs.

Permettez-moi d'abord, cher Président, cher Nikos, d'avoir un mot pour le sergent Anicet Girardin qui a succombé, hier, à ses blessures lors d'une attaque contre la FINUL samedi dernier. Une attaque inacceptable, commise selon toute vraisemblance par le Hezbollah, qui a également coûté la vie à l'adjudant Montorio, à qui la nation vient de rendre hommage. Je veux ici adresser mes condoléances sincères à sa famille, ses frères d'armes et avoir une pensée aussi pour nos autres soldats blessés. Nous attendons évidemment des autorités libanaises que toute la lumière soit faite sur cette attaque, que les auteurs soient identifiés, arrêtés et puissent répondre de leurs crimes.

Monsieur le Président, merci pour les mots que vous venez d'avoir et pour l'accueil qui est fait à la France aujourd'hui, juste avant ce sommet informel et sous votre présidence au Conseil européen. Monsieur le Président, c'est pour ma délégation et moi-même, un véritable bonheur d'être à vos côtés, parce que cela compte et parce que la France aime Chypre. Notre rôle est d'être aux côtés de votre pays en effet quand les temps sont difficiles.

Lors de ma visite le mois dernier, immédiatement après le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, nous nous sommes rendus ensemble, avec le Premier ministre grec, Kyriákos Mitsotákis, sur la base aérienne de Paphos, et nous y avons réaffirmé notre solidarité sans faille à l'égard de votre pays. Parce que c'est une solidarité à l'égard d'un ami, c'est aussi une solidarité européenne. C'est donner un contenu immédiat, très concret, à ce que vous venez de rappeler, c'est-à-dire ce que sont nos textes européens qui prévoient une telle solidarité. C'était la réaffirmation de notre détermination à sécuriser l'espace européen. J'ai dit de manière très simple, le 9 mars dernier, lorsque Chypre est attaquée, c'est l'Europe qui est attaquée.

Nous avons donc renforcé notre dispositif de défense dans la région, avec le déploiement rapide de moyens militaires, en particulier le groupe aéronaval français. C'est avec constance ces dernières années que nous avons agi à chaque fois que la région a été sous tension. En 2021, aussi, nous étions aux côtés de la Grèce et de Chypre quand d'autres formes de tensions s'exerçaient en Méditerranée orientale. En tout cas, ce soutien est la manifestation concrète de la solidarité qui nous lie entre membres de l'Union européenne et de la relation franco-chypriote que nous avons rehaussée en décembre dernier au rang de partenariat stratégique. C'était votre volonté, dès le premier jour, je me souviens très bien, de votre élection.

La France est fière d'être l'un des partenaires privilégiés de Chypre en matière de défense, tant au plan opérationnel que pour la fourniture d'équipements et d'armements. Nous venons d'évoquer à l'instant avec Monsieur le président le renforcement de cette coopération avec de nouveaux partenariats, les perspectives à venir avec l'accord SOFA qui sera signé en juin et une volonté, ensemble, d'avancer. Ceci est aussi cohérent avec le rôle que vous avez joué et que vous continuez de jouer pour nous-mêmes et beaucoup d'Européens ces dernières années, puisque votre soutien a été à chaque fois indispensable lors des opérations d'évacuation de nos ressortissants au Proche-Orient. Je tiens ici à vous remercier une fois encore de tout ce qui a été fait durant ces dernières années par votre pays.

C'est pourquoi c'est un partenariat stratégique équilibré, pertinent. Il a, 4 mois après sa signature, déjà porté ses fruits dans de nombreux domaines. En matière de sécurité et de défense, je l'ai dit, où d'ailleurs nous mobilisons les instruments européens, comme le programme SAFE, au service de ces capacités, mais dans les secteurs des infrastructures, de la transition écologique, où des entreprises françaises et chypriotes travaillent étroitement au développement de solutions innovantes. Et je salue la signature récente d'un accord dans le domaine spatial entre Hellas Sat, le CNES, Safran et Thales Alenia Space. Plusieurs entreprises françaises sont directement impliquées dans des projets d'ampleur à Chypre, notamment Bouygues et Egis, les aéroports de Nice, chargés de la gestion de l'agrandissement des aéroports de Larnaca et de Paphos, TotalÉnergies dans le domaine gazier, avec un projet important. Le grand port maritime de Marseille Fos et l'autorité des ports de Chypre ont également conclu un accord pour accélérer la décarbonation des activités du port de Limassol.

Dans le domaine de la sécurité civile, l'expertise française est engagée auprès de nos partenaires chypriotes, notamment pour soutenir les efforts de lutte contre les feux de forêt, défi que nos deux pays doivent relever chaque été. Et puis, nous avons une relation qui s'est intensifiée ces dernières années en matière de recherche. Une partie de la délégation qui m'accompagne d'ailleurs, travaille sur ces sujets, et notre institut de recherche, mais également une coopération remarquable dans le domaine éducatif. Nous irons visiter tout à l'heure l'école franco-chypriote de Nicosie, qui connaît une très forte croissance, avec aussi un développement rapide de son deuxième campus à Limassol. Et là aussi, nous poussons les murs, si je puis dire. Nous avons aussi, avec le président, parlé de la suite. C'est, je crois, un formidable investissement d'avenir.

Tout ça est au service d'une relation bilatérale qui atteint un niveau historique. Nous nous en réjouissons, le président et moi-même, que nous voulons encore densifier avec des projets d'interconnexions, des projets d'énergie et, au fond, en reconnaissant le rôle qu'a Chypre dans la Méditerranée orientale, d'être aussi ce point de passage entre notre Europe et les rives de Méditerranée orientale des autres continents.

C'est pourquoi tous les projets d'interconnexions verront la France à vos côtés en termes de soutien pour des financements européens, de partenariats industriels et opérationnels. C'est aussi pour cela, vous l'avez rappelé, Monsieur le président, que le projet IMEC, de Bombay à Marseille, passe mécaniquement par votre pays et par des partenariats que nous souhaitons renforcer en matière de transport maritime, en matière de connexion énergétique, en matière de connexion et de transmission de données qui sont, je dirais, trois segments sur lesquels le partenariat bilatéral est aussi au service de cette intégration plus large d'un point de vue régional.

Nous œuvrons aussi ensemble dans la région, dans un contexte évidemment bousculé, je veux remercier le président pour son engagement constant, d'abord pour discuter avec toutes les parties prenantes, comme le fait la France, et au fond, nous avons une posture depuis le premier jour qui est claire. Nous appelons au respect du droit international, nous voulons la désescalade et la reprise de négociations. Nous sommes venus en soutien des pays du Golfe qui ont été attaqués directement par l'Iran. Nous avons pris nos responsabilités, nous avons protégé nos ressortissants et nous œuvrons au retour de la paix avec, je dirais, deux questions qui sont importantes pour nos deux pays, sur lesquelles nous avons beaucoup fait ensemble.

La première, c'est celle de la liberté de navigation et tout le travail qui a été fait pour la réouverture pacifique d'Ormuz. Votre pays était aux côtés du Royaume-Uni et de la France, parmi les 49 nations qui se sont réunies la semaine dernière pour, justement, bâtir ce cadre de coopération pacifique et permettre de construire le cadre d'une réouverture dans la durée d'Ormuz, diplomatique, militaire, mais aussi technique et financière, pour assurer la reprise du trafic, ô combien importante pour le commerce international, nos économies, le prix du gaz et du pétrole.

C'est aussi dans ce même esprit que nous œuvrons ensemble aux côtés du Liban. Et vous avez pris une excellente initiative en faisant venir demain le Président Aoun, qui sera à nos côtés avec le prince héritier de Jordanie, le Président de la Syrie et le Président de l'Égypte. Mais le Liban, en effet, est aujourd'hui sous une très forte pression et nous œuvrons tous pour que d'abord le cessez-le-feu soit prolongé. C'est ce que nous défendons. Pour que les négociations puissent se faire dans un cadre adapté, c'est-à-dire évidemment entre le Liban et Israël, mais qu'elles puissent inclure tous les pays de la région qui sont pertinents pour la sécurité et la stabilité du Liban dans la durée, et pour que nous puissions véritablement bâtir les conditions d'une paix durable qui respecte la souveraineté du Liban, son intégrité territoriale et qui désarme durablement le Hezbollah.

À ce titre, je veux ici confirmer, puisque j'ai eu l'occasion il y a 48 heures de recevoir le Premier ministre Nawaf Salam à Paris, que la France se tient prête, au moment où le Liban en jugera opportun, d'organiser une conférence de soutien et de mobilisation de tous pour soutenir le Liban dans cet effort justement de reprise de souveraineté et que nous organiserons cette conférence qui aura tout à la fois vocation à soutenir les forces armées libanaises et à aider à la reconstruction du sud Liban, lesquelles sont indissociables. Et ceci serait aussi l'occasion de mobiliser davantage les financements européens et nous soutenons l'un et l'autre l'idée d'un accord de partenariat de l'Union européenne avec le Liban dans ce contexte, qui pourrait d'ailleurs venir se cristalliser au moment de cette conférence, comme on a su le faire ces dernières années, à chaque fois avec une aide remarquable de votre part, Président, avec la Jordanie ou avec l'Egypte. C'est le moment d'aider le Liban, c'est le moment d'être aux côtés de cette région et de le faire avec cette vocation de paix que nous venons d'évoquer.

De la même manière, nous continuerons évidemment d'œuvrer ensemble pour l'Ukraine et son soutien. Je veux ici féliciter la présidence Chypriote. Le déblocage du prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, agréé en décembre dernier, va devenir une réalité, et c'est une très bonne chose, et je fais confiance à votre leadership. Et nous aurons l'occasion ce soir, puisque vous avez invité le Président Zelensky, de poursuivre les échanges avec l'Ukraine et l'agenda, à la fois de soutien à l'Ukraine, de pression sur la Russie avec des nouvelles sanctions, mais avec aussi une action déterminée à l'égard de la flotte fantôme russe. Notre travail conjoint aussi au sein de la coalition des volontaires doit permettre d'apporter aussi des garanties de sécurité robustes à l'Ukraine, ce qui est un travail indispensable que nous devons poursuivre.

Et puis, je veux ici aussi dire un mot de ce que nous tiendrons à la fois ce soir et demain, c'est-à-dire ce sommet informel, et remercier à nouveau votre présidence pour tout le travail qui est fait en commun. Au fond, nous sommes dans un moment d'indépendance à renforcer et de souveraineté européenne, et c'est absolument indispensable. Et donc les travaux que nous aurons à conduire viendront, si je puis dire, au soutien de cet agenda, dont vous venez de rappeler l'importance, dans la région, à l'égard de l'Ukraine, d'accélérer notre agenda de simplification et de compétitivité, qui est absolument clé. Et cet agenda doit se traduire par des avancées concrètes, la simplification que nous avons décidée et qui doit rentrer en vigueur, une politique ambitieuse de souveraineté sur les aspects technologiques les plus importants et un budget qui réponde à cette ambition de souveraineté par des finalités claires et des moyens là aussi clairs, et la mise en place d'une union de l'épargne et de l'investissement, qui est un élément indispensable de cette compétitivité européenne, en même temps qu'une préférence européenne que nous soutenons dans ce contexte.

Sur tous ces points, nous aurons l'occasion de débattre, ce soir et demain, d'avancer, mais je veux ici dire l'importance, en effet, de votre présidence pour une Europe plus forte, plus souveraine.

Voilà, monsieur le Président, ce que je souhaitais ici rappeler. Nous aurons l'occasion, dans un instant, d'être aux côtés des enfants et des adolescents et de soutenir les initiatives bilatérales éducatives, mais de rappeler aussi l'importance d'un autre agenda qui est aussi à défendre au niveau européen, qui est la protection de nos enfants face aux réseaux sociaux. En tout cas, je veux à nouveau, cher Nikos, vous remercier pour votre accueil, pour l'amitié, pour le partenariat stratégique qui met notre relation bilatérale à son plus haut, vous dire la fierté qui est la nôtre d'être à vos côtés aujourd'hui, et sur le plan bilatéral, sur le plan européen comme sur le plan régional, de continuer à avancer ensemble pour une Europe plus forte et indépendante au service de nos deux pays et pour une région en paix.

Merci beaucoup.

Ce premier jour à Chypre s'est achevé par une visite de l'école franco-chypriote où le Président Emmanuel Macron a échangé avec des jeunes sur les thématiques des réseaux sociaux et de l'intelligence artificielle.

Revoir les échanges :

23 avril 2026 - Seul le prononcé fait foi

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Échanges du Président de la République avec des jeunes de l’école franco-chypriote de Nicosie.

Directeur 
Monsieur le Président, c'est un grand honneur pour notre établissement de vous accueillir aujourd'hui. Les élèves qui se tiennent devant vous sont des élus. 
Ils représentent le Conseil de la Vie Lycéenne, le Conseil de la Vie Collégienne, les représentants du Conseil d'établissement… Enfin, vous avez également deux représentants et co-délégués. 

Leur engagement est encouragé par toute la communauté éducative et le réseau de l'AEFE témoigne justement de leur implication dans la vie de l'établissement. 
Ils ont souhaité vous poser deux questions en lien avec les réseaux sociaux et l'intelligence artificielle. 

Je laisse la parole à la présidente du Conseil de la Vie Lycéenne pour la première question. 


Intervenant 
Bonjour, Monsieur le Président. 
Pourquoi envisagez-vous d'interdire les réseaux sociaux aux personnes âgées de moins de 15 ans ?


Emmanuel MACRON
Merci beaucoup. 
Bonjour à tous et à toutes. 
Merci de nous accueillir dans votre établissement. 
Qui a moins de 15 ans, là ? Donc c'est vous qui êtes concerné. 
Je regarde, je jauge. Qui va sur les réseaux sociaux ? Tout le monde. 
Vous aimez bien aller sur les réseaux sociaux ?


Intervenant 
Honnêtement, oui.


Emmanuel MACRON
Oui. Vous y passez beaucoup de temps ? Combien [de temps] ? 


Intervenant 
Trop de temps. Au moins quatre heures par jour. 


Emmanuel MACRON
Par jour. Et tu regardes quoi ? 


Intervenant 
Des petites vidéos… [sur] YouTube, Instagram.


Emmanuel MACRON
Et après, tu te sens bien quand tu as fait ça ? 


Intervenant 
Non, je sens que j’ai perdu mon temps. 


Emmanuel MACRON
Ça vaut tous les arguments de la Terre. 
Alors, je vais vous dire. 

La génération un peu avant vous, elle est rentrée dans les réseaux sociaux [et] on n'a pas tellement décidé. Parce qu'en vrai, les réseaux sociaux se sont généralisés au tournant des années 2010, 2010-2015. C'est là qu'en tout cas, la pratique s'est diffusée. Il n'y avait pas tellement de normes. On n'a pas fait collectivement attention à ça, et c'est vrai dans tous les pays du monde. Les parents se sont mis à utiliser les réseaux sociaux, à être de plus en plus sur les réseaux sociaux, et c'est allé vers les ados, les enfants. Puis, il y a une pression, c'est-à-dire que quand tu as trois, quatre copains qui sont en classe, qui l'ont, tu rentres chez toi, tu te dis : « moi, 1) il faut que j'aie un téléphone, et 2) il faut que je sois sur les réseaux sociaux ». 

Il y a une pression, ça fait partie de la vie sociale. Là, on a un peu de recul parce que ça fait dix ans que nos enfants, nos ados, vont sur les réseaux sociaux. Et quel est le résultat ? On a essayé de le mesurer scientifiquement. On a demandé à des scientifiques de regarder. D'abord, ils y passent de plus en plus de temps. Tu es plutôt dans la moyenne. C'est-à-dire que ce qu'on mesure, en tout cas en France, c'est environ 4h20 par jour. C’est plutôt la moyenne mondiale, c'est 4h20 par jour. Ce qui veut dire qu'il y a des jeunes qui, peut-être, n'y vont quasiment pas, mais il y a des jeunes qui vont y passer plus de six heures par jour. Par jour. Premier point. Donc ça te prend du temps sur quoi ? La vie sociale, tes amis, la lecture, le sport, le sommeil, à un âge où tu as besoin de ça pour te développer. 

La deuxième chose, c'est qu'on s'est aperçu que dans cette période où les réseaux sociaux se diffusaient chez les plus jeunes, on a eu une épidémie, si je puis dire, de mal-être. Les sujets de santé mentale se sont envolés chez les plus jeunes. Les problèmes de rapport aux troubles alimentaires qui préexistaient aux réseaux sociaux, les réseaux sociaux les ont accélérés. Parce que quand on est une jeune fille, souvent, et qu'on fait ce qu’il a dit pendant quatre heures par jour, on voit une forme de standard du corps féminin. On a une énorme pression à un moment où on est en train de se construire et de se constituer. C'est ce qui s'est passé, ça se mesure. C'est aussi un lieu où il y a beaucoup de harcèlement. Tout ça pour dire qu'il y a des scientifiques qui ont établi des corrélations. 

Nous, on a demandé une commission dite « Écrans », qui a regardé tout ça. Il n'y a pas un lien de causalité, c'est-à-dire je ne peux pas vous dire : « les réseaux sociaux conduisent à cet effet ». Mais il y a une série de corrélations, c'est-à-dire qu'en même temps qu'on a vu les réseaux sociaux se diffuser, être utilisés par nos jeunes, on a vu des problèmes : de la tension, de la 
souffrance se diffuser. Sur la base de ces travaux scientifiques, après de nombreux mois, on a dit : avant 15 ans, ce n'est pas une bonne chose d'utiliser les réseaux sociaux. Et ce n'est pas une bonne chose pourquoi ? 
Pour deux séries de raisons. 

La première, c'est que tu n'es pas pleinement développé à 15 ans, d'un point de vue émotionnel, psychologique. Donc tu es confronté à des contenus auxquels tu n'es pas préparé. Il faut plutôt protéger les jeunes de ces contenus-là. 
Pendant des années, moi, j'ai essayé de convaincre les plateformes de faire le ménage, de trier. Ça ne les intéresse pas du tout, ce n'est pas rentable. Donc ce n'est pas adapté, vous n'êtes pas prêt avant 15 ans. 

La deuxième chose, c'est ce que j'ai un peu déjà dit, c'est le coût d'opportunité. 
C'est que tout ce temps que ça te vole, c'est du temps dont tu as besoin pour te développer, pour dormir. Parce qu'il faut du sommeil, il en faut toute la vie, pour te développer, avoir une vie sociale, faire du sport, lire. [Lire] est très important. On développe en même temps beaucoup la lecture pour se substituer justement aux réseaux sociaux, et puis avoir du temps social. Voilà les raisons qui nous ont conduits à prendre cette décision. 

Il y a beaucoup de pays qui sont en train de nous suivre, on est environ 14-15 en Europe, et donc on va mettre ça en place à partir du 1er septembre prochain. Je pense que compte tenu de tout ce qu'on sait, ce serait irresponsable de continuer à laisser nos jeunes dans cette jungle. 
Après, il faut qu'on développe aussi des réseaux sociaux qui ont des contenus positifs, plus pédagogiques. Il faut qu'on apprenne, qu'on discipline collectivement cet usage des réseaux sociaux, même pour les adultes, c'est-à-dire qu'on sache dans quelles limites on les utilise. 
Et ça, c'est un autre sujet. 
J'ai répondu à la question ? 


Intervenant 
Oui. 


Emmanuel MACRON
Et toi, tu es chypriote ? 


Intervenant 
Libanaise. 


Emmanuel MACRON
Tu es d'où, au Liban ? 


Intervenant 
De Beyrouth.


Emmanuel MACRON
Et tu es arrivée quand, ici ? 


Intervenant 
Il y a cinq ans. 


Emmanuel MACRON
Après l'explosion. 


Directeur
Prochaine question ?


Intervenant 
Bonjour Monsieur le Président. 
Comment l'école peut former des élèves capables d'utiliser l'intelligence artificielle avec un esprit critique ?


Emmanuel MACRON
C'est le but. 
Ça, tu as raison, c'est le but de l'école et de tout ce qu'on doit faire collectivement. Parce qu'aujourd'hui, l'innovation se fait dans des grands groupes privés, dans quelques-uns de ces grands groupes privés. Parce qu'ils ont énormément de moyens et qu'ils attirent les meilleurs chercheurs, les plus grands talents. Donc il y a une innovation qui est un peu hors du contrôle de cet esprit critique dont tu parles, même si des débats commencent à émerger. Il faut revenir à ce qu'est le rôle de l'école. 
L'école, c'est quoi d'abord ? C'est transmettre des savoirs. Donc avant l'esprit critique, c'est des savoirs, une connaissance pour moi. Parce que quand on a six ans, ce n'est pas vrai qu'on va d'abord apprendre l'esprit critique. On va d'abord apprendre à lire, écrire, compter. 
Donc 1) C'est transmettre des savoirs. C'est hyper important parce que c'est d'abord une transmission. 
2) C'est apprendre à être. C'est-à-dire le respect des maîtres, des règles, des autres. Ce sont des valeurs qui vont avec ça, c'est être un citoyen et en devenir. 

Troisièmement, c'est la confiance en soi que l'école doit apporter. C'est très important. Ça rejoint tout ce qu'on se disait. C'est aussi pour ça que les réseaux sociaux, quand ils vous volent des heures par jour, peuvent éroder cette confiance. Ils sabotent un peu le travail de l'école. 
Et 4) elle apporte l'esprit critique. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire prendre du recul par rapport à ce qu'on fait, mais ça prend du temps d'avoir de l'esprit critique. Parce que l'esprit critique suppose d'abord d'avoir des connaissances, de savoir distinguer ce qui est le vrai du faux et d'avoir une méthode. 

Je dis ça parce que quand on parle d'esprit critique aujourd'hui, et je lis ça toujours avec les réseaux sociaux, on a l'impression que l'esprit critique, c'est critiquer tout. Cela peut devenir le complotisme. Ce n'est pas ça, l'esprit critique. 
L'esprit critique suppose du discernement. C'est-à-dire qu'il faut savoir séparer le vrai du faux et il faut une méthode pour interroger les faits. Et cette méthode, elle s'apprend. 
C'est ce que fait l'école. Ça se fait avec la réflexion, ce que la philosophie vous enseigne, mais les sciences aussi. Il y a des grands scientifiques ici. C'est ce que tu apprends quand tu fais des cours de physique, par exemple, ou [des cours] de chimie. Tu apprends l'esprit critique, c'est-à-dire que tu vas être confronté à quelque chose qui apparaît comme tel et on va t'apprendre à interroger ce que tu vois. Donc ça, en effet, c'est ce que l'école doit nous apprendre. Par rapport à l'intelligence artificielle : l'école joue un rôle. Vous devez apprendre tout cela et continuer d'apprendre tout cela, parce que ce n'est pas vrai que l'intelligence artificielle le fera à votre place. Je pense que c'est la première chose qu'il faut dire. Parce que qu'est-ce que c'est, 
l'intelligence artificielle ? Est-ce que vous avez une idée de ce que c'est ? 
Et surtout, comment vous la qualifieriez ?


Intervenant 
Un outil.


Emmanuel MACRON
Un outil. Oui, c'est un bon mot. 
C'est un outil. 


Intervenant 
Un robot.


Emmanuel MACRON
Un robot, c'est vrai aussi. 
Oui ?


Intervenant 
Une machine apprenante.


Emmanuel MACRON
Exactement.


Intervenant 
Un outil qui permet de faciliter le travail, qui ne demande pas de penser. 

Emmanuel MACRON
Alors, il va pouvoir peut-être tenir un raisonnement ou ce qui va apparaître comme un raisonnement, mais tout ce que vous dites est juste. 
L'intelligence artificielle, c'est une machine qui apprend. En fait, c'est une machine qui a des systèmes ou pour compter ou pour coder. C’est la révolution des dernières années. On lui a agrégé tellement de capacités de calcul et d'accumulation des données qu'elle peut maintenant compter beaucoup plus vite et coder beaucoup plus vite. C'est exactement ça. 

C’est un soutien pour nous. C'est en effet un outil, et vous le faites sans doute avec ces modèles, ce qu'on appelle les modèles de langage. Mais en fait, ils ne parlent pas, ces modèles. Ils vont compter, et avec justement les calculs qu'ils font, ils vont produire des signes qui sont du langage et qu'on comprend comme étant une pensée ou comme un être sensible. Mais ce n'est pas le cas. Donc l'intelligence artificielle, elle nous apporte beaucoup de choses. Elle nous permet de faire des choses beaucoup plus rapidement. Elle va nous permettre de 
massifier les choses. Elle nous permet d'aller beaucoup plus vite dans des recherches sur l'énergie, sur la biologie, parce qu'elle agrège des choses beaucoup plus vite. Elle vient en soutien, elle nous permet de concentrer notre valeur ajoutée sur des éléments de jugement. Tout ça, c'est formidable, mais elle ne se substitue pas à nous. 

On a besoin de continuer à apprendre tout ce que l'école apportait déjà dans un environnement, où il y a une intelligence artificielle. Ce que progressivement l'école doit faire, et ce qu'on est en train de faire, c'est d'apprendre à utiliser ces instruments, mais à bien les utiliser, c'est-à-dire en donner le cadre, savoir poser une question, interagir avec un modèle, l'aider à tenir votre raisonnement, votre recherche ou votre travail futur, mais en aucun cas se substituer à vous. 
Je dis ça parce qu'un des défis de vos maîtres, c'est que l'intelligence artificielle ne fasse pas les devoirs à votre place. On ne va pas se mentir. C'est très important. Parce que sinon, vous perdez de l'autonomie. Il faut continuer d'entraîner la mémoire. Maintenant, un des défis qu'on a, puisque j'ai défini l'esprit critique et l'importance de l'école, c'est en effet, j'allais dire, d'humaniser. En tout cas, d'être sûr qu'on a une intelligence artificielle qui est au service de l'humain, et donc de l'appréhender, de l'apprendre, de l'utiliser avec cet esprit critique dont tu parlais. 

Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire continuer de la développer, mais 1) savoir dans quel cas on l'utilise, [et] dans quel cas on ne l'utilise pas, 2) d'apprendre entre nous, de se donner des règles de clarté. C'est-à-dire que si on veut avoir de l'esprit critique avec l'intelligence artificielle, il faut sans doute distinguer les contenus qui viennent de l'intelligence artificielle et ceux qui n'en viennent pas. C'est-à-dire un des moyens clés pour avoir l'esprit critique avec l'intelligence artificielle, c'est quand tu regardes des vidéos, déjà que tu saches laquelle est faite par un vrai film, laquelle provient de l'intelligence artificielle. Tu es d'accord ? 
Ça, c'est ce qui te permet d'avoir un esprit critique dessus. Ça, c'est des règles qu'on va devoir imposer. 

Puis l'esprit critique, c'est aussi mettre des limites. Ce n'est pas à l'école, c'est à nous, dans la société, de se dire : « c'est formidable, il y a une innovation, mais cette innovation, je dois l'encadrer, parce qu'il y a des endroits où je n'ai pas envie qu'elle aille. Je n'ai pas envie d'une intelligence artificielle qui va aller manipuler, sans mon consentement ou sans un consentement humain, des systèmes ». Ça peut devenir très dangereux, parce que c'est quoi ces motivations, quels sont ces buts ? Je ne veux pas tellement d'intelligence artificielle qui soit utilisée dans le militaire. En tout cas en soutien de certaines actions humaines, oui, mais pas plus. C'est cet esprit critique qui va permettre de mettre ce qu'on appelle de l'éthique. De l'éthique, ça veut dire des règles morales, d'encadrer. 
J'ai été clair ?


Intervenant 
Merci beaucoup.


Emmanuel MACRON
Allez-y ! 


Directeur
Je crois qu’on a une troisième question.


Intervenant 
Bonjour, Monsieur le Président.


Emmanuel MACRON
Vous êtes Chypriote ? 


Intervenant 
Je suis de nationalité chypriote.


Emmanuel MACRON
Toi, tu es Chypriote aussi ? 


Intervenant 
Je suis Libanais.


Emmanuel MACRON
Tu es Libanais aussi ? D’où ?


Intervenant 
Du Nord.


Emmanuel MACRON
Et tu es venu quand ?


Intervenant 
Il y a six ans.

Emmanuel MACRON
Pareil que toi. Avant le…


Intervenant 
Avant l’explosion… Avant [de] quelques mois.


Intervenant 
Comment décrivez-vous l'amitié entre la France et Chypre ? Et que peut faire la jeunesse pour contribuer à cette amitié ?


Emmanuel MACRON
D'abord, la France a une amitié depuis très longtemps pour Chypre, pour cette région, pour son histoire. Et ça, ça vient d'extrêmement loin chez nos poètes, nos philosophes. 
Il y a toujours eu un attachement pour à la fois la Grèce, pour Chypre. 
Il y a ensuite une histoire singulière de Chypre. Je dirais qu’en tout cas, nous, ces dernières années, on l'a beaucoup renforcée. Il y a une amitié pour la culture, pour cette région. 
Je crois qu’il y a un attachement mutuel et un amour aussi de la liberté. 

Maintenant, je trouve que la France et beaucoup d'Européens, peut-être, ont redécouvert Chypre et en ont revu, reconçu l'importance avec tout ce qui se passe dans la région. Moi, je sais que depuis presque dix ans que je suis Président, j'ai essayé de faire beaucoup avec les différents Présidents chypriotes, et on a accéléré ces dernières années avec le Président actuel, parce que je pense que [dans] cette amitié, 1) il y a un intérêt bilatéral, parce que Chypre parfois se sent seule dans la région, très loin de Bruxelles, et Chypre porte beaucoup de questions qui sont très stratégiques pour les Européens. 
Moi, j'en suis convaincu, c'est aussi pour ça que j'ai voulu qu'on signe ce partenariat stratégique, que vous n'avez pas avec d'autres pays de l'Union européenne, [de] l'Europe continentale, parce qu'il y a une place très particulière. 
Pourquoi ? Parce qu'en fait, Chypre est aux avant-postes de notre Union européenne avec le Proche-Orient. Vous en êtes l'exemple vivant. Je pense que l'avenir de l'Europe se joue avec tous nos partenaires autour de la Méditerranée, le continent africain et le Proche-Orient. Je pense qu'on a besoin de ces pays passerelles, ces connexions, qui subissent beaucoup de pression, mais qui, en même temps, sont aux avant-postes et comprennent très bien aussi toutes ces régions. 

La deuxième chose, c'est qu'il y a un intérêt stratégique et de défense évident. Il y a quelques années, Chypre et la Grèce ont été un peu menacées par la Turquie. On est venus, on a déployé tout de suite des bateaux, des frégates pour protéger. 
On a décidé, il y a quelques mois, avec votre Président, d'avoir un partenariat stratégique très fort. Puis là, en effet, quand vous avez été menacés par les drones qui venaient du Hezbollah.
Tout de suite, on a réagi, on est venu. Je pense que c'est très important, parce que c'est la sécurité de l'Europe qui se joue là. Parce que Chypre est aux avant-postes, mais c'est des groupes terroristes, ce sont des puissances qui peuvent menacer l'ensemble des Européens. 
Je pense que ce lien de défense est clé. 

Ensuite, on le voit, il y a un lien très fort sur le plan éducatif. Cette école en est le symbole, la dynamique de ce qu'on a à Limassol. Sur le plan de la recherche, on a un institut de recherche en commun qui avance sur beaucoup de sujets. Sur le plan de la culture, des infrastructures, de l'énergie. Moi, je crois beaucoup à une alliance, au fond, qui va, et [c’est] ce qu'on a lancé avec le Premier ministre Modi, de Mumbai jusqu'à Marseille. C'est le fameux projet IMEC. Chypre est sur ce corridor. C'est une route de la circulation maritime et de la connexion du commerce. C'est une route de la connexion énergétique entre l'Europe, les pays d'Afrique du Nord, les pays du Proche-Orient. C'est une route de la connexion de données numériques.
Pour toutes ces raisons, la relation avec Chypre est très stratégique.


Intervenant 
Merci beaucoup.


Emmanuel MACRON
Allez-y. 
Je suis à vous. On peut revenir sur les réseaux sociaux. Vous pouvez poser toutes les questions. 


Intervenant 
Vous avez le temps ? 


Emmanuel MACRON
Oui, oui, on a le temps. 
Tu as une question ?


Intervenant 
Oui, merci. En étant élève de Terminale, cette année, on a postulé en France et on voulait vous demander comment ça marche les universités ? [Avez-vous] des conseils peut-être pour les futurs étudiants en France ? 


Emmanuel MACRON
Tu es en quoi ? 


Intervenant 
Architecture.


Emmanuel MACRON
Tu es Chypriote ?


Intervenant 
Oui, je suis Chypriote, sans nationalité française.


Emmanuel MACRON
On accueille chaque année des milliers d'étudiants dans nos universités. 
Il y a un système très simple qui, d'ailleurs, commence maintenant auprès de nos universités avec Campus France, qui aide aussi nos étudiants et qui permet de les accompagner sur le plan à la fois de l'orientation et sur le plan financier. D'ailleurs, notre ambassade, elle peut aussi vous aider avec les conseillers. 
En France, on a un système universitaire qui est assez particulier parce qu'il est extrêmement ouvert. Là, on a fait une réforme et qui est modeste, mais qui concerne surtout les extras communautaires. Mais pour les étudiants français et européens, c'est une réforme qui ne vous touche pas, mais nos universités, à nous, elles sont gratuites. 
Si vous allez dans des écoles privées, c'est payant, mais on a un système d'université et de préparation aux grandes écoles qui est gratuit parce que c'est le contribuable qui paye en quelque sorte la part de l'étudiant. C'est un choix collectif depuis longtemps. 

Nos universités sont ouvertes chaque année à des milliers d'étudiants. C'est le choix qui est défini par les universités. Donc c'est l'université, sa communauté pédagogique, qui va décider des ouvertures qu'elle fait de postes, mais toutes nos universités accueillent des étudiants étrangers, et en particulier, beaucoup d'étudiants européens. 
Après, Campus France accompagne les plus méritants d'entre eux, et on a des systèmes aussi de bourses pour les étudiants les plus méritants.


Intervenant 
Mais récemment, j’ai vu sur les réseaux qu’il y avait une augmentation…


Emmanuel MACRON
Oui, c’est vrai. Pour beaucoup, surtout pour les étudiants non communautaires, mais parce qu'on avait un système qui était toujours zéro, même pour les étudiants étrangers, enfin, qui était gratuit. On prend en charge tous les frais et on prend en charge même les frais de sécurité sociale pour les étudiants français. 

C'est légitime de penser un peu cette évolution, parce que si tu veux que les universités et les moyens se portent mieux, c'est légitime de demander une part. 
Quand tu vas étudier au Canada, ça te coûte des milliers, voire des dizaines de milliers. Je dis ça, j'adore les Canadiens, c'est des magnifiques universités, mais tout le monde budgète de payer des dizaines de milliers d'euros par an. 
Je pense que c'était légitime que les universités puissent aller vers cette politique tarifaire un peu plus adaptée, qui restera quand même très compétitive. 
On est beaucoup moins cher que les universités anglaises ou que les autres. 
Oui, vas-y.


Intervenant
J'ai une question pour vous. 
En France et à Chypre, nous avons la chance, en tout cas, surtout à Chypre, d'avoir un climat méditerranéen chaud. Et même en France, sur les côtes des Landes, à Biarritz, la mer est chaude, mais ça, c'est grâce aux courants. 
Les courants, donc les mers froides, enfin l'eau froide du nord descend et l'eau chaude monte à la surface. Mais ces courants sont en train de constamment s'altérer. Il y a des changements. Si demain, il y a une grande glaciation à Chypre ou en France, quelles seraient les mesures à prendre ?


Emmanuel MACRON
Alors, je pense que tu n'es pas ici le plus exposé à un risque de glaciation rapide. Je vais être honnête. Par contre, ce que tu as dit, c'est vrai pour une partie des pays qui sont sur l'Atlantique, à cause, je pense que c'est à ça que tu fais référence, de ce qu'on appelle le « Gulf Stream » qui est un courant qui évite en effet que des eaux trop froides descendent et qui, en particulier sur les côtes atlantiques françaises, réchauffent historiquement l'eau depuis longtemps et se déplacent progressivement. 
Quels sont les risques qu'on a sur nos océans qui sont liés au climat ? 1) on a un risque de montée des eaux, qui est largement lié au réchauffement climatique, à la fonte de glaciers. 
Donc, on voit un phénomène de montée des eaux. Ça, c'est le premier risque. Il est déjà là. Il touche beaucoup de pays à travers ce qu'on appelle « l'érosion côtière », l'érosion des côtes. 
C'est-à-dire que la mer vient manger les côtes parce qu'elles montent. 
Nous, on l’a, en France. Par exemple, tu as des endroits où la mer vient manger une partie du territoire. Tu as des immeubles qui s'effondrent. C'est un phénomène qui est très fort, et il y a certains pays vulnérables, [comme] en Afrique [avec] le Sénégal par exemple, qui a eu beaucoup ça, avec ses côtes qui ont été mangées. Ce qui va avec cette érosion côtière, c'est aussi un phénomène de grand risque pour des îles, des petites îles. 

On a par exemple maintenant à peu près établi que tu as des îles dans le Pacifique, des toutes petites îles, qui ont horizon à 2050. Ta génération, elle vivra 2050. Eh bien, ces îles, vraisemblablement, vont disparaître. Ce n'est pas de la fiction. Donc ça, c'est le premier risque, c'est, à cause du réchauffement, la montée des eaux, la disparition de certaines îles, la fragilisation de certains territoires. 

Le deuxième risque qu'on a à court terme, c'est la modification qui est liée au réchauffement de la terre, de l'acidité de la mer, et donc une attaque sur la biodiversité marine. Et ça, on le voit aussi, à cause d'un phénomène de réchauffement. Tu as des phénomènes d'acidification qui se passent et donc tu as des espèces qui sont menacées. Tu as certains endroits, à cause de ces 
phénomènes, où tu as, par exemple, les coraux qui sont en train de disparaître ou des espèces qui disparaissent. On a donc un deuxième risque qui est un risque pour la biodiversité et qui est énorme parce que la biodiversité marine est très importante pour nos équilibres. 
Une fois que tu perds une espèce, tu as l'impression que ce n'est pas grave, mais ça vient tout déséquilibrer. Ça déséquilibre les autres espèces,l'écosystème et la vie animale évidemment, mais aussi humaine parce qu'on est un tout. 

Puis, le troisième risque, c'est la désorganisation. En effet, c'est les phénomènes climatiques majeurs. On les voit déjà avec des cyclones, avec des incendies qui reviennent plus souvent. Et c'est les courants marins qui sont en train de se dérégler. Ça commence. 
Donc ça, c'est aussi un phénomène. Alors il commence à se traduire par déjà des choses qu'on voit : des cyclones plus nombreux dans certaines zones. Tu as peut-être entendu parler des sargasses, par exemple, dans les Antilles. C'est terrible, ce sont des algues qui s'accumulent et qui sont très mauvaises à la fois pour la santé animale et humaine, qui ont une odeur terrible. 
C'est lié à quoi ? C'est les alluvions de l'Amazonie qui viennent avec la température se transformer différemment, qui nourrissent ces algues et les courants les ramènent. Tu vois, c'est exactement l'illustration de ce que je dis, dérèglement des courants. Donc dans les risques, il y a en effet le dérèglement possible du Gulf Stream. Il y a plein de scientifiques qui sont en train de le modéliser. Il est possible que ça vienne et ça aura des impacts. 

Ça pourra refroidir certaines zones. Je ne pense pas que ça amènera une glaciation ici, mais ça peut refroidir certaines zones sur la partie atlantique et ça peut conduire à ce que des espèces de poissons soient plus pêchables ou en effet, à ce que ça change un petit peu des écosystèmes. 
Ce n'est pas le risque le plus immédiat, mais il existe. 
Alors face à ça, qu'est-ce qu'on fait ? 
C'est ce qu'on appelle les politiques d'adaptation, c'est-à-dire qu'on adapte les choses en essayant d'anticiper. Mais ce qui doit aller en amont, c'est ce qu'on appelle les politiques d'atténuation, c'est-à-dire qu'on doit surtout traiter la cause et donc essayer de réduire tout ce qui crée ça. C'est nos émissions de gaz à effet de serre. 
C'est pour ça qu'on essaie tous, en train d'électrifier, de décarboner, d'adapter nos pratiques pour freiner ce réchauffement. 
J'ai été clair ? Oui ? 
Donc, à mon avis, pas de risque de glaciation à Chypre pour les prochaines années.


Intervenant 
C'est une question un peu personnelle, mais pourquoi avez-vous voulu être Président de la France ? 


Emmanuel MACRON
J'ai toujours aimé mon pays et je me suis toujours intéressé à la vie de mon pays. Mais ça, ça ne fait pas de toi un Président. 


Intervenant 
Oui. 


Emmanuel MACRON
Après, de plus en plus, je me suis passionné pour la politique. Après, j'ai fait des études qui m'ont amené, pas de manière directe, mais à être haut fonctionnaire. Puis après, j'ai vu le secteur privé. Je me suis intéressé à ce que faisait l'État. J'avais envie que mes idées puissent se réaliser. 
D'abord, j'ai conseillé d'autres Présidents. Après, j'ai été même ministre. Après, je me suis dit, on peut changer les choses plus fort, plus vite. Donc j'ai lancé un mouvement politique. Et puis, je suis allé à la présidence. C'est toujours pour faire des choses que je ne crois pas simplement utiles, mais c'est me battre pour que mon pays et puis notre Europe avancent, et puis [pour]défendre des valeurs auxquelles je crois. Donc c'est une affaire de passion. Ce n'est pas tellement un plan de carrière. Je n'ai pas fait de politique avant, et je n'en ferai pas 
après, tu vois ?


Intervenant 
Et ça vous intéresse encore [de] progresser pour la France ? 


Emmanuel MACRON
Chaque jour. Ce qui est, je vais te dire, le plus dur après neuf ans, c'est qu'il faut garder ce que tu as bien fait et essayer d'aller plus loin. Mais il faut parfois reprendre des choses que tu as mal faites. Parce qu'il y a des choses que tu as faites et puis tu n'as pas réussi, soit tu ne l'as pas bien expliqué, soit ce n'était pas la bonne chose qu'il fallait faire, soit on ne l'a pas faite assez vite. Il faut avoir l'énergie d'aller le reprendre et de se dire : « ça, on n'a pas bien réussi ». Tu vois ? Mais oui, bien sûr, jusqu'à la fin, sinon je le regretterais trop. Après, il y a des choses que tu réussis, d'autres que tu ne réussis pas, parce que tu as des contraintes, parce que parfois, tu arrives à convaincre. Tu ne fais pas les choses toute seule, donc quand tu n'arrives pas à convaincre, à emmener les gens, tu n'arrives pas à changer les choses. 
Il faut toujours, essayer, avoir des convictions et les porter avec sincérité. 
Toi, tu es chypriote ? 


Intervenant 
Moitié grecque et moitié française. 


Emmanuel MACRON
Moitié grecque, moitié française. Et toi, tu es ? 


Intervenant 
Français. 


Emmanuel MACRON
Français.


Directeur
Peut-être une dernière question.


Intervenant 
Bonjour, Monsieur le Président. Je suis un des éco-délégués de cette école. J’ai eu l'occasion de lire un article qui parlait des SMR. 
C'est un projet destiné pour l'année 2030. Juste, je voulais connaître votre opinion. Et ce changement d'énergie, comment ça va impacter la France et aussi l'Europe ?


Emmanuel MACRON
Vous savez ce que c'est les SMR ?


Intervenant 
Oui, moi, je suis multinational. Je suis né ici, à Chypre, mais je suis moitié russe et moitié ukrainien.


Emmanuel MACRON
J'espère que la famille n'est pas trop déchirée ?


Intervenant 
Non, pas du tout, Monsieur.


Emmanuel MACRON
SMR, tu expliques à tes camarades ce que c'est ?


Intervenant 
Bien sûr, c'est des réacteurs nucléaires qui produisent de l'énergie nucléaire. En fait, le but de ces réacteurs, c'est de passer d'énergie fossile à l'énergie nucléaire.


Emmanuel MACRON
Alors, en fait, SMR, c'est vrai. Je vais essayer de vous expliquer en quoi ça joue. 
SMR, ça veut dire Small Modular Reactor. C'est des plus petits réacteurs avec des technologies qu'on stabilise. Certaines sont prêtes, d'autres sont à venir. 
Mais la question que tu poses, elle est en fait plus sur l'énergie nucléaire. 
Pour que vous compreniez, je vais essayer de le faire le plus simplement possible, sous le contrôle de plus grands physiciens que moi. En fait, pour faire fonctionner une société, nous, il faut de l'énergie. Vous en utilisez tout le temps : pour vous déplacer, pour vous chauffer à la maison, pour faire marcher la clim, pour faire tourner les usines, pour allumer la lumière. 
On utilise de l'énergie. Cette énergie, elle a plusieurs sources. Nous, notre défi, c'est d'avoir l'énergie qui est à la fois la moins chère possible, pour ne pas que vos parents payent trop cher et que les entreprises soient compétitives, une énergie plutôt qu'on produit chez nous pour ne pas dépendre. Vous voyez en ce moment ce qui se passe à Ormuz, ça nous touche parce que c'est une énergie qu'on ne produit pas, on prend leur gaz et leur pétrole. Puis d'essayer d'avoir l'énergie qui est la moins polluante, donc qui émet moins de gaz à effet de serre. 

Historiquement, on a fait beaucoup de tout ce que je dis là avec du charbon. C'est une énergie fossile, c'est-à-dire qu'elle vient de sous la terre, c'est des ressources périssables. 
Le charbon, il y en a encore dans le sol européen, mais c'est la pire des énergies en termes de pollution. C'est le truc qui pollue le plus au monde. 
Malheureusement, il y a encore des pays qui ont dû le rouvrir, à cause d'ailleurs de la guerre en Ukraine, parce qu'on voulait se passer du gaz russe. 
Mais le charbon, on essaie de s'en passer parce que c'est le plus polluant, ce n'est pas super compétitif, c'est vraiment des vieux machins. 

Il y a encore des pays qui utilisent beaucoup de charbon pour leur modèle, par exemple l'Inde, mais aussi la Corée. C'est un vrai problème. Notre priorité, si on voulait régler le climat à l'échelle de la planète, ce serait de faire sortir le charbon de tous ces pays émergents : Vietnam, Corée, Indonésie. 
Un peu mieux que ça, et qui est encore une énergie fossile, c'est-à-dire qu'on va chercher dans la terre qu'on extrait : le gaz. Vous en avez ici. Vous extrayez du gaz. Le gaz, c'est une énergie fossile aussi. Ça pollue, mais beaucoup moins que le charbon.
C'est assez compétitif, mais c'est limité. Il n'y en aura pas à perpétuité, parce qu'encore une fois, ça pollue. On en a ici, mais on n'en a pas partout en Europe, et l'Europe, elle est dépendante de gaz. Elle est dépendante aujourd'hui, d'ailleurs, des États-Unis, qui sont devenus des gros producteurs, et du Golfe, confère ce qui se passe à Ormuz. 

Puis il y a une troisième source d'énergie qui est le nucléaire. Le nucléaire, ce n'est pas quelque chose qu'on extrait du sol, ce n'est pas une énergie fossile, c'est sur la base d'une réaction où on va concentrer beaucoup d'énergie. On va, grâce à l'énergie qui se dégage de cette réaction —j'essaie de simplifier au maximum — faire tourner des turbines, des réacteurs et, ce faisant, produire de l'électricité. Comme c'est une réaction qui est très puissante, le nucléaire, qu'on a stabilisé à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et donc qui s'est développé dans les années 50-60, permet de produire des centrales nucléaires qui sont des énormes usines en quelque sorte. 
Alors elle produit cette réaction de manière très sécurisée et permet de faire tourner des réacteurs et donc de produire des grandes quantités d'électricité. 
Alors c'est des gros investissements au début, mais à terme, on les amortit, comme on dit. C'est-à-dire au bout de plusieurs décennies, c'est rentable. On le fait sur notre sol. La seule chose qu'il faut apporter, c'est l'uranium dont on a besoin. Là, pour le coup, c'est assez compétitif et souverain. Donc ça, c'est une bonne solution. C'est mieux que l'énergie fossile. 

Puis on a une autre famille de solutions qui est l'énergie renouvelable. Les sources d'énergie renouvelable : le solaire, les éoliennes, et l'éolien en mer. Toute notre stratégie, et c'est ce qu'on fait en France, c'est ce qu'on veut faire partout en Europe, c'est progressivement aller à zéro sur le charbon et remplacer partout où il y a du charbon par du renouvelable, peut-être du gaz, essayer de réduire notre dépendance au gaz et aller vers de l'économie d'énergie et des renouvelables et du nucléaire. 
Le nucléaire, on le développe en Europe. La France l’a. En France, 75 % de l'électricité qu'on produit, elle est faite à base de nucléaire. Tu imagines ? Des pays comme la Pologne, des pays comme la République tchèque, ou d’autres, sont en train de redévelopper du nucléaire. D'autres font du renouvelable. Il faut un peu de tout. 

Donc les fameux SMR sont des petites centrales nucléaires. Elles sont donc plus abordables. Elles se produisent plus rapidement. Elles font moins peur. Les réseaux électriques peuvent les intégrer plus facilement. C'est des technologies qui vont arriver en effet sur le marché vers 2030. 
Elles vont pouvoir permettre d'abord à des pays qui n'ont pas encore de nucléaire d'en prendre, et donc peut-être de réduire la consommation d'énergie fossile. Elle va permettre donc de développer plus vite cela, et elle va permettre aussi de réduire la consommation d'énergie fossile pour des sites industriels ou des ports. 
Par exemple, les ports consomment beaucoup d'énergie fossile. Si on veut les électrifier, avoir un SMR, c'est bien. Après, quand on parle de SMR, il y a aussi différentes innovations techniques, mais là, je vais finir de vous achever, donc je ne vais pas trop développer. 

C'était à peu près clair ? Le combat, tout ce qu'on fait, c'est cette transition pour aller vers l'énergie renouvelable et vers le nucléaire, parce que c'est ce qui va baisser nos coûts. 
Allez, je prends la dernière question. Alors, toi et toi, ensemble, et puis je réponds et on file. 


Intervenant
Bonjour, Monsieur le Président. Vous avez parlé d'une progression de l'Union européenne. Est-ce que vous pouvez envisager dans le futur une fédéralisation de l'Union européenne ?


Intervenant
Qu'est-ce que les jeunes comme nous peuvent faire pour promouvoir la paix dans le monde ?


Emmanuel MACRON
Merci pour ces deux dernières questions. 
Vos deux questions, elles sont d'ailleurs un peu liées. 
Pour moi, l'Union européenne, l'aventure européenne, c'est une aventure de paix, de prospérité, de démocratie et de souveraineté. Donc là, le défi de notre Europe, c'est d'être plus forte et plus indépendante. 

Pourquoi ? Parce qu'on a des États-Unis d'Amérique, qui ne nous protégeront plus dans la durée. 
On l'a bien vu, avec l'affaire du Groenland, avec ce qui se passe aujourd'hui en Iran, avec un peu ce qui se passe en Ukraine. Ils sont là encore, c'est formidable, c'est des alliés, mais l'Europe, elle s'est construite en pensant que pour toute l'éternité, les États-Unis nous protégeraient. 
Pour votre génération, je pense que ce sera plus vrai. On doit être indépendants sur le plan de notre défense et notre sécurité, plus fort. 

Deuxièmement, on dépend aussi des Américains sur les solutions technologiques, l'intelligence artificielle des réseaux. Est-ce que c'est bien de dire que nos cerveaux, nos solutions technologiques, non. Nous, Européens, on doit, si on veut continuer de décider pour nous-mêmes, les maîtriser. Puis, on voit aussi que la Chine est en train d'arriver, le conflit entre les deux se fait, on est un peu pris au milieu. La Chine arrive avec des produits de moins en moins chers, elle prend des parts de marché, elle nous impose ces produits parce qu'on est un peu naïfs, et de l'autre côté, les Américains mettent leurs tarifs et nous les mettent dessus aussi. 
Donc la bataille de l'Europe, là, c'est d'être plus indépendante, de moins dépendre. C'est à chaque fois de nous dire, dès qu'on fait quelque chose : est-ce qu'il y a une solution européenne ? Et à chaque fois qu'on choisit un non-européen, on perd du temps. On se trompe. Il faut continuer à être ouvert avec tous les autres, mais on doit renforcer nos liens pour avoir vraiment une indépendance européenne, qui est la clé. 

C’est ce qu'on appelle « la souveraineté », c'est-à-dire la capacité de décider pour nous-mêmes. 
Parce que si demain on n'est plus capable de nous protéger nous-mêmes, pour notre défense, si toutes nos solutions technologiques sont dans la main des autres, on pourra dire ce qu'on veut. On ne choisira plus. 

Mon obsession, c'est que vos générations puissent continuer de choisir en européen. Donc, il faut une Europe plus forte. Donc la clé, c'est d'abord ça. C'est une Europe qui sait se protéger, qui impose la préférence européenne, qui investit sur son avenir beaucoup plus qu'elle le fait aujourd'hui et qui décide sur les grands sujets technologiques, de défense et de sécurité, d'espace, d'intelligence artificielle, de santé, d'investir ensemble et de bâtir des solutions communes. 
Pour ça, est-ce qu'il faut un fédéralisme ? Non. Mais c'est une des options, certains la défendent. Moi, je suis assez attaché aux États-nations parce que je pense qu'ils sont aussi porteurs d'une souveraineté, d'une légitimité démocratique. Mais je suis un passionné d'Europe et je pense que le modèle qu'on a créé, il faut juste le rendre plus fort. Mais je n'exclus pas par principe l'idée de renforcer. On a créé avec la Commission européenne ce qu'on appelle des « pouvoirs fédéraux ». Elle décide au nom de tous sur certains sujets. Mais je pense que c'est bien encore d'avoir des États-nations avec leur identité, leur spécificité, et que tout ne soit pas décidé dans un centre lointain. 

Mais la bataille de l'Europe, notre bataille-là, c'est de faire de l'Europe une puissance plus indépendante, plus forte. C’est ça aussi qui maintiendra la paix, pour en venir à ta question. 
C'est une bataille de chaque jour. Je pense que la paix est menacée. Moi, je crois que votre génération a un rôle. Nous, d'abord, on a un devoir à votre égard pour la paix. 
Donc, je ne vais pas vous charger de quelque chose qui est notre travail. La réalité, c'est que c'est aux adultes d'assurer la paix pour que leurs enfants grandissent en paix. 
La honte que peut avoir ma génération de dirigeants, c'est d'être aussi peu efficace à assurer la paix pour votre génération. Vous, vous ne devriez pas avoir de soucis avec la guerre. 
C'est notre problème. 

Alors vous, qu'est-ce que je peux vous demander en plus de ce que vous subissez déjà ? D'abord, c'est de toujours rappeler que la paix doit primer à vos parents. 
Ensuite, moi, je dirais deux choses qui sont clés pour porter cette paix pour votre génération et pour la suite. 

La première, c'est de toujours chercher à comprendre les autres et d'être dans ce geste de partage, d'ouverture vers les autres cultures. C'est ce qu'est le projet européen, mais c'est aussi ce que vous faites ici, dans cette école, c'est le lien qu'il y a. Je pense que ça, c'est fondamental. La paix ne se décrète pas un beau matin. La guerre naît des malentendus, des incompréhensions ou de la folie de certains dirigeants et parfois de peuples qui pensent que leur sécurité viendra de la destruction du voisin. 

Nous sommes tous différents.

Ce qui fait la paix, c'est qu'on accepte de faire cet effort de comprendre nos différences, de créer un système où on se respecte mutuellement, mais où chaque partie fait l'effort de comprendre l'autre. Je pense que les jeunes que vous êtes, vous pouvez faire quelque chose de très important pour la paix d'aujourd'hui et de demain, c'est de continuer à comprendre les autres et d'avoir une certaine indulgence pour eux, parce qu'on comprend toujours moins bien l'autre que soi-même. C'est vrai de son voisin en classe, c'est vrai de son voisin de maison, c'est vrai des autres peuples. La clé, elle est là. Elle est d'avoir ce geste, d'essayer de comprendre, d'avoir cette tolérance. 

La deuxième chose, pour votre génération, c'est d'avoir le goût de l'avenir. Moi, ce qui me frappe, et c'est aussi pour ça qu'on mène ce combat pour les réseaux sociaux : « aime la guerre celui qui n'espère plus rien ». La paix, elle, suppose de respecter l'autre, ce que je viens de dire, mais la deuxième chose, c'est d'aimer l'avenir. Quand tu aimes l'avenir, tu n'as aucune envie de faire la guerre. 
Moi, je veux pour votre génération que vous aimiez l'avenir et que vous ne soyez pas trop angoissé par l'avenir. 
Je sais que là, aujourd'hui, il y a les sujets climatiques, il y a la guerre, il y a ces réseaux sociaux. 
Votre génération, elle subit une pression des contenus que ma génération n'avait pas. 
On vivait beaucoup plus dans l'innocence. Vous avez droit quand même à votre part d'innocence. Donc ne soyez pas trop inquiets des problèmes du monde, mais aimez l'avenir et chérissez-la. 
Voilà. 
Ça, c'est mes deux conseils pour nous aider et vous aider pour la suite. À nous de faire le boulot à court terme, mais vous, essayez toujours de comprendre l'autre et aimez l'avenir. 

Merci beaucoup pour votre temps. 
Merci beaucoup pour cet échange. 
Bon courage pour la suite. Ne soyez pas inquiets.                                                               

Intervenant 
C'est possible d'annuler le Bac ?


Emmanuel MACRON
Jamais de la vie.

Enfin, le chef de l'État a participé à une réunion puis à un dîner dans le cadre du Conseil européen informel à la Marina d'Ayia Napa. 

Revoir la déclaration du Président :

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